Chapter 1
Chapitre 1
La réception battait son plein dans le palace, The Crown Spire, l’un des lieux privés les plus prisés de Londres. Lustres monumentaux, champagne millésimé, robes sculpturales et costumes taillés à la perfection. Tout respirait l’opulence, cette élégance froide propre aux cercles où l’argent n’a plus besoin d’être ostentatoire pour imposer le respect.
Les conversations se croisaient dans un murmure feutré, ponctué de rires mesurés et de regards calculateurs. Ici, chaque présence avait un sens. Chaque invitation était un symbole.
Dans l’espace VIP, réservé à la crème de la crème, un groupe se distinguait. Des hommes impeccablement vêtus, à leurs bras des femmes ravissantes, parfaitement conscientes de leur charme. Autour d’une table basse et de quelques verres cristallins, l’un des hommes déclara :
— Honnêtement, je ne vois personne d’autre capable de gérer un tel empire avec autant de sang-froid. Il a doublé le chiffre d’affaires de l’entreprise en seulement sept ans.
Un autre enchaîna aussitôt :
— Ce type est une anomalie statistique. Trente-deux ans, vice-président d’une multinationale, et une croissance qui ferait pâlir n’importe quel conseil d’administration.
— Sans parler du reste, ajouta un troisième. Beau gosse, carrure impeccable, une véritable bête de style. Non seulement indécemment riche pour la prochaine décennie, mais en plus surdiplômé.
Un sourire étiré, presque admiratif, se dessina sur ses lèvres.
— Et l’argent… On peut en parler, ou c’est indécent même pour nous ?
Les femmes échangèrent des regards complices, certaines se mordant légèrement la lèvre.
— Sérieusement, reprit un autre, il coche toutes les cases. Brillant, riche à un niveau presque insultant, une prestance qui écrase tout autour. Le genre d’homme qui transforme les autres en figurants.
— Je l’ai vu négocier à Zurich l’an dernier. Glacial, précis, implacable. Il a retourné une situation compromise en moins de dix minutes. Ce genre de cerveau, on n’en croise pas deux dans une vie.
Les éloges se succédaient, toujours plus appuyés, toujours plus excessifs.
— Et ce charisme… Tu peux mépriser son arrogance, mais impossible de l’ignorer. Il entre dans une pièce, tout s’aligne.
— On est d’accord. Pianiste hors pair, en plus. Il est littéralement surdimensionné. Ce type est un chef-d’œuvre.
Les femmes acquiesçaient, captivées, visiblement conquises par ce portrait presque mythologique.
Puis l’un des hommes leva les yeux au ciel, visiblement à bout.
— D’accord, stop. Là, j’en peux plus.
Il soupira, déposa son verre sur la table avant de se tourner vers une silhouette allongée sur le sofa d’en face, prenant la pose avec l’aisance d’un artiste de renom.
— Sérieusement… tu n’en as pas marre qu’on te jette des fleurs à longueur de journée ?
Aucune réaction.
L’homme fronça les sourcils, insista, légèrement plus fort.
— Je te parle.
Toujours rien.
Il se pencha alors vers lui, un sourire faussement exaspéré aux lèvres.
— Dominic. Je m’adresse à toi.
La silhouette allongée sur le sofa ne bougea pas .
Dominic Carllias avait adopté cette posture nonchalante qui lui était propre, un bras négligemment posé sur le dossier, les jambes croisées avec une assurance insolente. Son costume sombre, parfaitement ajusté, semblait prolonger sa personne plutôt que l’habiller. Il avait ôté sa cravate et déboutonné quelques boutons de sa chemise, et malgré ce relâchement apparent, le charme opérait sans effort.
Il affichait cet air blasé, distant, comme si le monde autour de lui n’était qu’un bruit de fond vaguement tolérable. Son regard, froid et concentré, s’attardait sur le plafond vitré du rooftop, indifférent aux regards qui convergeaient vers lui.
Il finit par tourner lentement la tête.
— Eh bien… souffla-t-il d’une voix calme, parfaitement , c’est le poids des habitudes.
La phrase tomba avec une légèreté presque absurde, étudiée mais juste.
Un silence immédiat s’abattit autour de la table.
Les hommes cessèrent de parler. Les sourires se figèrent. L’atmosphère se tendit, comme si quelqu’un venait de baisser le volume général de la soirée.
Les femmes, en revanche, restèrent suspendues à lui. Les regards admiratifs ne faiblirent pas, bien au contraire. Certaines semblaient encore plus fascinées par cette assurance désinvolte, par cette manière arrogante d’exister sans effort.
C’est à cet instant que la porte s’ouvrit.
Une silhouette attira aussitôt l’attention. Une femme venait d’entrer dans l’espace VIP.
Grande, élancée, magnétique. Une beauté saisissante, sculpturale, à la poitrine généreuse, manifestement habituée aux flashes et aux regards insistants. Sa démarche était assurée, presque théâtrale. Elle avança droit vers Dominic, sans accorder la moindre attention au reste du groupe.
— Je rêve, lança-t-elle d’une voix claire. Pourquoi tu traînes encore ici ?
Elle se rapprocha sans hésitation.
— Je me sens seule sans toi, ajouta-t-elle.
Les regards se firent appuyés, avides, ouvertement admiratifs à son égard . les femmes , elles échangèrent des regards agacés, visiblement mal à l’aise.
— Calme-toi, Victoria, intervint l’un des hommes d’un ton faussement détaché.
Un autre, tout en la détaillant sans la moindre discrétion, ajouta :
— Franchement, tu manques de savoir-vivre. Même pour une star des podiums.
Elle fronça légèrement les sourcils, esquissa un sourire contrarié sans reculer d’un pas.
— Je ne comprends pas ce que tu essaies d’insinuer.
— Écoute, reprit un troisième, depuis qu’on est arrivés, Dominic est ailleurs. Laisse-le tranquille et prends donc un verre avec nous.
Le dernier haussa les épaules, un soupir résigné aux lèvres.
— On a passé la soirée à lui jeter des fleurs pour qu’il sorte de sa bulle… mais rien à faire.
Victoria laissa échapper un léger rire, puis répondit avec assurance :
— Vous n’avez rien compris. Dominic et moi sommes ensemble depuis un mois. C’est le parfait amour. Pourquoi devrais-je encore faire semblant ?
Elle se glissa alors sur le sofa, tout près de lui, s’installant avec une intimité assumée. Puis elle adressa un sourire aux autres.
— Pas vrai, mon chéri ?
Elle se pencha vers son visage, son décolleté attirant aussitôt des regards encore plus appuyés. Sa voix se fit douce, presque caressante.
— Dis-moi… qu’est-ce qui te chagrine ?
Elle se rapprocha davantage, cherchant à capter son attention.
— Vas-y, je t’écoute, mon amour. Qu’est-ce qui te contrarie ?
Dominic ne répondit pas.
Elle insista, se penchant encore, jusqu’à ce qu’il pose enfin son regard sur elle. Ses lèvres bougèrent à peine. Il marmonna quelques mots qu’elle ne saisit pas.
— Pardon ? murmura-t-elle en se rapprochant davantage pour l’entendre.
— Pars, répondit-il simplement.
Elle cligna des yeux, persuadée d’avoir mal entendu.
— Qu’est-ce que tu as dit ?
— J’ai dit que je n’avais pas envie de te voir. Ni de te parler.
Le choc se peignit instantanément sur son visage.
— Ce n’est pas une façon de parler à ta petite amie, Dominic.
Il se redressa brusquement, rompant la proximité d’un geste sec.
— Je ne comprends pas, lâcha-t-il d’une voix basse. J’ai l’impression de devenir fou.
Les regards se braquèrent sur lui. Le silence était total.
— C’est la faute de ma secrétaire.
Un léger mouvement parcourut le groupe. Les hommes échangèrent des regards, puis des murmures discrets s’élevèrent, étouffés par la musique et l’agitation de la soirée.
— De quoi est-ce qu’il parle ? souffla l’un d’eux à voix basse, penché vers son voisin.
— Tu la connais, toi ? demanda un autre, intrigué.
— Oui, répondit un troisième, toujours à mi-voix. Elle le supporte depuis sept ans. Une dure à cuire. Elle s’appelle Kimberley.
Le silence retomba brusquement lorsque Dominic reprit la parole, sans prévenir.
— Je suis paumé.
Sa voix était plus basse, plus rugueuse. Moins sûre d’elle.
Personne ne réagit. Les regards se braquèrent sur lui, attentifs, presque suspendus. Dominic passa une main sur son visage, contrarié, l’esprit visiblement ailleurs.
— Elle me rend dingue.
Victoria laissa échapper un claquement de langue agacé, un tss sec, sans tenter de masquer son irritation.
— Qui est cette femme exceptionnelle qui arrive à rendre dingue Dominic Carllias ? lança l’un des hommes avec un mélange de curiosité et d’incrédulité. On veut tous le savoir.
Tous les regards étaient sur Dominic, comme s’il avait soudainement perdu la raison. Car , le genre de réaction qu’il affichait à cet instant ne lui ressemblait pas.