Chapitre 1 – Ce qui naît dans l’ombre
On déclara Cristo mort.
Aucun corps. Aucune trace exploitable. Seulement des vidéos brouillées, des capteurs brûlés, et cette couleur… verte.
Les médias parlèrent d’un mythe. Les autorités d’un terroriste disparu. Les habitants, eux, parlaient à voix basse. Certains jurent avoir vu une lumière flotter dans les ruelles. D’autres affirmaient qu’un souffle invisible les avait tirés hors d’un accident, d’un incendie, d’un effondrement.
L’Ombre Verte était devenue une rumeur vivante.
Dans une salle sans fenêtres, profondément enfouie sous des tonnes de béton, des écrans s’allumèrent un à un. Des visages fermés. Des grades. Des silences lourds.
— Sujet Émeraude : statut inconnu, annonça une voix synthétique.
Un homme posa lentement un dossier sur la table. Sur la couverture noire, une simple lettre verte brillait encore faiblement.
EMERAUDE.
— Il n’est pas mort, dit-il. — Alors où est-il ? demanda quelqu’un. — Partout… ou nulle part.
Personne ne répondit.
Pendant ce temps, dans un autre quartier de la ville, loin des caméras et des sirènes, quelque chose bougea.
Une vitrine se fissura sans qu’aucune main ne la touche. Un distributeur s’écrasa contre un mur. L’air vibra.
Des témoins parlèrent d’un courant invisible, d’objets qui flottaient une fraction de seconde avant d’être projetés avec une violence inhumaine.
Et toujours… cette même teinte verdâtre. Mais différente. Plus sombre. Plus instable.
Il se tenait seul dans l’ombre d’un immeuble abandonné.
Capuche sur la tête. Respiration calme. Les yeux fixés sur la ville.
Il n’était pas un sauveur. Il n’était pas un symbole.
C’ était une colère qui avait survécu.
Quand il activa son pouvoir, son corps devint flou, presque transparent. Pas longtemps. Jamais longtemps. La douleur revenait vite. Mais il la connaissait. Il l’accepte.
Autour de lui, des débris se mirent à trembler.
— Tu te caches bien… murmura-t-il, comme s’il parlait à quelqu’un qui n’était pas là.
Un sourire froid traversa son visage.
— Mais je te retrouverai.
Il n’avait pas encore de nom pour le monde. Les rapports parlaient plus tard d’Anonyme.
Lui, il savait déjà qui il cherchait.
Quelque part, loin de la ville, Cristo ouvrit les yeux.
Il était vivant. Mais plus seul que jamais.
Et sans le savoir, son passé venait de se lever contre lui.
Chapitre 2 – Une ville sous tension
La ville avait changé de rythme.
Les nuits n’étaient plus silencieuses. Des alarmes lointaines, des hélicoptères, des sirènes étouffées par la pluie. Les gens rentraient plus tôt. Les regards se faisaient méfiants. On parlait moins de l’Ombre Verte… et davantage de quelque chose d’autre.
Un homme avait été retrouvé écrasé contre la façade d’un immeuble. Aucun impact visible. Comme si l’air lui-même l’avait projeté là.
Les caméras n’avaient rien filmé. Juste une vibration. Puis du vert.
Dans les rapports de police, un mot revenait sans cesse : Inexplicable.
Cristo observait tout cela à distance.
Invisible, perché sur le toit d’un immeuble, il regardait les gyrophares teinter la rue de bleu et de rouge. Son aura verte pulsait doucement, comme un cœur calme mais inquiet.
Ce n’était pas lui.
Il le savait. Il le sentait.
Cette énergie… elle lui ressemblait. Mais elle était brisée. Déformée.
— Il y en a un autre… murmura-t-il.
Et pour la première fois depuis longtemps, Cristo ressentit quelque chose de nouveau : la peur de ne plus être seul.
Chapitre 3 – Anonyme
Il frappa sans prévenir.
Une bijouterie sécurisée. Des vitrines blindées. Des alarmes dernier cri.
Tout céda en une seconde.
Les portes se tordirent comme du métal mou. Les coffres s’arrachèrent du sol. Les bijoux flottèrent un instant dans l’air… avant de retomber dans un sac noir.
Personne ne vit son visage. Personne ne peut le suivre.
Un vigile tente de s’interposer.
Il ne le toucha même pas.
Le corps est projeté à travers la pièce, s’écrasant contre un mur avec une violence inhumaine. Vivant. Mais brisé.
Avant de disparaître, l’homme invisible laissa derrière lui une phrase, gravée dans le métal tordu d’une porte :
« Le monde doit payer. »
Les médias lui donnèrent un nom dès le lendemain.
Anonyme.
Dans l’ombre, il sourit.
Un sourire sans joie.
Chapitre 4 – Échos du passé
Cristo rêva cette nuit-là.
Il avait dix ans. Une cour d’école. Des rires cruels.
Il vit un garçon debout, seul, sac trop grand sur le dos. Il savait qui c’était. Mais dans le rêve, il n’osait pas prononcer son nom.
— Hé, t’es bizarre ou quoi ?
Les brutes approchaient.
Cristo était là. Il pouvait partir. Ou rester.
Dans le rêve, comme dans la réalité autrefois… il choisit de rire avec eux.
Un rire faux. Un rire de survie.
Le garçon baissa les yeux.
Puis le rêve s’effondra.
Cristo se réveilla en sursaut, l’aura vert jaillissant malgré lui, illuminant la pièce abandonnée où il se cachait.
— Pardon… murmura-t-il.
Mais il était trop tard pour les excuses.
Chapitre 5 – Signaux faibles
Au QG du FBI, l’ambiance était électrique.
Des cartes de la ville tapissaient les murs. Des points rouges clignotent. Des vidéos au ralenti montraient des objets qui bougeaient seuls.
— Télékinésie confirmée. — Invisibilité partielle. — Même signature énergétique que le Sujet Émeraude.
Un silence tomba.
— Alors ce n’est pas un cas isolé, dit une femme en costume sombre. — Non, répondit l’homme au dossier ÉMERAUDE. C’est une variation.
Il ferma lentement le dossier.
— Et une variation peut devenir une menace.
Un nouvel écran s’alluma. Une lettre blanche sur fond noir.
A
— Lancez la surveillance maximale, ordonna-t-il. — Et si émeraude réapparaît ? — Alors… nous aurons deux problèmes au lieu d’un.
Pendant ce temps, sur un toit, Anonyme observait la ville.
Des voitures tremblaient légèrement autour de lui, comme attirées par sa colère.
— Tu vois, Cristo… murmura-t-il dans le vide. — Le monde n’a pas changé.
Son invisibilité s’estompa. La douleur revint. Il laissa échapper un souffle, puis disparut dans l’ombre.
La chasse venait de commencer.
Chapitre 6 – Avant la lumière verte
Ils étaient assis côte à côte.
Deux enfants. Deux sacs trop lourds. Deux silences différents.
Cristo n’était pas encore l’Ombre Verte. Nolan n’était pas encore Anonyme.
Ils partageaient les mêmes bancs, les mêmes devoirs oubliés, les mêmes après-midis à traîner après l’école. Nolan parlait peu, mais quand il parlait, Cristo écoutait. Il le faisait rire. Il le comprenait.
— Tu crois qu’on peut devenir quelqu’un d’important ? demanda Nolan un jour. — Ouais, répondit Cristo sans réfléchir. Bien sûr.
À cette époque, Cristo y croyait vraiment.
Puis les autres arrivent.
Des regards. Des mots. Des coups parfois.
Nolan encaissait. Cristo observait.
Au début.
Chapitre 7 – Le choix
La cour était bruyante ce jour-là.
— Hé, le bizarre !
Cristo sentit la peur avant même que les mots ne sortent. La peur froide. Celle qui serre la poitrine et empêche de penser.
Ils entourèrent Nolan.
— Tu traînes avec lui maintenant ? demanda l’un d’eux en regardant Cristo.
Il y eut un silence.
Cristo savait ce qui allait se passer. S’il ne parlait pas… ce serait lui, le prochain.
Alors il rit.
Un rire sec. Forcé.
— Laisse tomber, dit-il. Il est nul de toute façon.
Les mots frappent plus fort que les poings.
Nolan ne pleure pas. Il ne cria pas.
Il regarda Cristo.
Un regard que Cristo n’oublierait jamais.
Ce jour-là, quelque chose se brisa.
Chapitre 8 – Ce qui reste quand on survit
Après ça, Nolan disparut.
Plus de messages. Plus de bancs partagés. Plus de rires étouffés.
Cristo fit semblant d’oublier.
Il devint discret. Inoffensif. Invisible… bien avant de l’être vraiment.
Puis il y eut l’accident. La balançoire. La chute. La lumière verte.
Cristo survécut.
Mais Nolan aussi.
Dans le présent, Anonyme se tenait immobile au milieu d’un entrepôt abandonné.
Des objets flottaient lentement autour de lui : chaises, poutres, éclats de verre. Ils tremblaient au rythme de sa respiration.
— Tu as survécu, Cristo… murmura-t-il. — Moi aussi.
Les objets s’écrasèrent violemment contre les murs.
Son invisibilité se déclencha, imparfaite, douloureuse. L’aura verte se manifesta malgré lui, plus sombre, plus instable.
— La différence, ajouta-t-il dans le vide, — c’est que toi… on t’a appelé un héros.
Il sourit.
— Moi, je vais être ta punition.
Chapitre 9 – Le compte à rebours
La banque centrale était pleine ce jour-là.
Des familles. Des employés fatigués. Des enfants qui s’ennuyaient.
Cristo sentit le danger avant même que l’alarme ne retentisse. Une pression dans la poitrine. Une vibration verte, faible mais insistante.
— Non… murmura-t-il.
À plusieurs rues de là, Anonyme observa le bâtiment.
— Le hasard n’existe pas, dit-il calmement.
Autour de lui, les objets commencent à trembler.
Chapitre 10 – L’explosion
La détonation secoua tout le quartier.
Vitres pulvérisées. Sol éventré. Hurlements.
Cristo apparut au milieu de la fumée, visible, l’aura verte éclatant autour de lui. Il reconnut immédiatement la voiture écrasée contre un lampadaire.
Celle de sa famille.
— Non… NON !
Il courut, souleva des blocs de béton, repoussa les flammes. Il les trouva vivants. Gravement blessés. Mais vivants.
Au-dessus, les hélicoptères arrivaient déjà.
Police. Pompiers. Et le FBI.
Chapitre 11 – Projet Émeraude / Projet A
Sous la ville, les écrans s’illuminèrent.
— Confirmation visuelle du Sujet Émeraude. — Et l’autre ? — Présent sur zone. Télékinésie massive.
Un homme afficha deux dossiers.
PROJET ÉMERAUDE Objectif : Étude, récupération, contrôle.
PROJET À – ANONYME Objectif : Neutralisation immédiate.
Une photo apparut. Floue. Puis nette.
Cristo vit le visage.
Nolan.
Le monde s’effondra une seconde fois.
Chapitre 12 – Le nom
Cristo se retrouva face à lui, sur le toit d’un immeuble détruit.
— Nolan… — Trop tard pour dire mon nom, répondit Anonyme.
Des voitures flottèrent autour d’eux.
— Tu m’as laissé tomber. — J’étais un enfant ! — Moi aussi.
La télékinésie frappa comme une tempête. Cristo fut projeté contre un mur, l’aura vert éclatant pour le protéger.
— Je ne veux pas te tuer aujourd’hui, dit Nolan. — Je veux que tu comprennes.
Il disparut.
Chapitre 13 – Fractures
La famille de Cristo survécut.
Mais rien ne serait plus jamais comme avant.
Cristo se cacha. Le FBI le traquait. Nolan frappait ailleurs.
La ville sombrait dans la peur.
Et l’Ombre Verte commençait à douter.
Chapitre 14 – Anonyme frappe
Un commissariat entier fut désarmé sans un coup de feu.
Des murs arrachés. Des armes écrasées. Des policiers vivants… humiliés.
Un message apparut sur un écran brisé :
« Vous ne me contrôlerez pas. »
Le Projet A passe en priorité absolue.
Chapitre 15 – L’erreur
Cristo tente de parler à Nolan.
Mauvaise idée.
— Tu crois encore qu’on peut réparer ? — Non, répondit Nolan. Toi, tu peux être pardonné. Pas moi.
Il relâcha toute sa puissance.
Cristo ne dut sa survie qu’à son aura verte, poussée à sa limite.
Chapitre 16 – Traqués
Le FBI lança une opération massive.
Drones. Snipers. Pièges énergétiques.
Cristo et Nolan furent pris dans le même filet.
— Ironique, souffla Nolan. — On peut encore sortir d’ici ensemble, dit Cristo. — Ensemble ? Tu n’as jamais été avec moi.
Chapitre 17 – Le choix
Nolan pouvait fuir.
Mais il vit Cristo tomber, blessé, encerclé.
Un instant. Un seul.
Il détourna la trajectoire d’un missile.
— Ne crois pas que je te pardonne, dit-il. — Je règle juste une dette.
Ils s’échappèrent séparément.
Chapitre 18 – Ce que devient un symbole
Le monde vit Cristo sauver des civils une dernière fois.
Puis disparaître.
Encore.
Le FBI déclara : — Sujet Émeraude : hors d’atteinte. — Projet A : toujours actif.
Chapitre 19 – Nolan
Pour la première fois, Nolan retire sa capuche.
Il se regarda dans un miroir fissuré.
— Je ne suis plus Anonyme, murmura-t-il. — Je suis ce que tu as créé.
Son aura verte s’assombrit encore.
Chapitre 20 – Deux ombres
Quelque part, loin de la ville, Cristo se releva.
Il avait compris.
Il ne s’agissait plus de bien ou de mal. Mais de responsabilité.
Deux survivants. Deux ombres vertes. Deux destins liés.
Et la certitude d’une chose :
La prochaine fois qu’ils se retrouveraient… l’un des deux ne partira pas.
Chapitre 21 –le duel
Le ciel s’était assombri au-dessus de la vieille ville. Les bâtiments semblaient retenir leur souffle tandis que Cristo avançait, les poings serrés, le cœur battant à tout rompre. Devant lui, Nolan se tenait immobile, un sourire cruel aux lèvres, les yeux brillants d’une lueur que Cristo connaissait trop bien.
« Cristo… tu as enfin grandi, » dit Nolan d’une voix glaciale. Cristo ne répondit pas. Son énergie verte commença à crépiter autour de lui, illuminant ses bras comme des néons dans la poussière et les débris.
Le premier choc fut brutal. Nolan se jeta sur lui, déchaînant une attaque d’une puissance inhumaine. Les murs derrière Cristo explosèrent sous l’impact, projetant des gravats et des éclats de béton partout. Cristo esquiva de justesse, sentant la force de Nolan l’aspirer vers le sol comme un cyclone.
« Comment… peut-il être si fort… ? » pensa Cristo, haletant. Chaque coup qu’il essayait de donner semblait rebondir contre un mur invisible. Nolan n’était pas seulement puissant, il était cinq fois plus rapide et plus destructeur que Cristo.
Cristo riposta, projetant des éclairs de lumière verte. L’énergie fendit l’air avec un sifflement aigu, illuminant les visages et les ruines autour d’eux. Nolan ricana, esquivant avec une facilité effrayante, ses attaques créant des cratères dans le sol et envoyant des véhicules en lambeaux voler à plusieurs mètres.
Un souvenir d’enfance traversa l’esprit de Cristo : lui et Nolan, riant ensemble dans le parc, ignorant encore que le destin les séparerait. La douleur de cette trahison le fit trembler, mais la rage et la détermination le poussèrent à continuer.
Cristo utilisa alors toute son ingéniosité : il détourna des débris pour créer des pièges, tenta de surprendre Nolan avec des illusions de lumière verte. Mais Nolan était toujours un pas en avance. Chaque mouvement de Cristo était anticipé, chaque plan déjoué.
Les attaques se succédaient, de plus en plus rapides, de plus en plus puissantes. Des murs s’effondrent, des lampadaires s’arrachaient du sol, et la poussière forme un nuage presque opaque. Cristo était épuisé, couvert de blessures, mais il refusait d’abandonner.
Puis Nolan concentra toute son énergie. Une aura sombre et violente l’enveloppa. Les éclairs d’énergie se succédaient autour de lui comme un ouragan. Cristo sentit le vent de l’attaque le soulever du sol. Il regarda Nolan dans les yeux et vit la certitude d’un vainqueur… et la fin approcher.
Le temps sembla ralentir. Cristo ferma les yeux un instant, se souvenant d’un geste d’amitié passée, et puisa dans sa dernière réserve d’énergie. La lumière verte autour de lui s’intensifia, crépitant et tourbillonnant comme jamais auparavant.
Mais avant qu’il puisse frapper… Nolan se jeta vers lui. Le choc final allait tomber.
Et dans un éclair vert éclatant, tout s’arrêta.
Le vent s’était tu. Les bâtiments semblaient retenir leur souffle. Et la poussière, suspendue dans l’air, cachait le visage de Cristo.