La couronne des illusions

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Summary

Ramenée d’une île oubliée, une jeune femme retrouve un royaume où les secrets sont partout. ‎Entre princes rivaux, un roi intrigué et une cour pleine de rumeurs, elle doit naviguer dans un monde où chaque sourire cache une intention et chaque geste peut changer son destin. ‎Dans ce jeu de pouvoir et d’illusions, rien n’est jamais ce qu’il semble.

Genre
Romance
Author
Rvaleris
Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre I: Le Naufrage

Sept hivers.

‎Katarina les comptait non pas en années, mais en cicatrices.

‎Celles laissées par le sel sur sa peau, par le vent sur ses lèvres, par la solitude dans ses pensées. L’île n’était pas grande. Elle n’était pas cruelle non plus. Elle était indifférente  et c’était sans doute pire.

‎Ce matin-là, la mer était étrangement calme.

‎Un calme trompeur, comme toujours.

‎Katarina était accroupie près du rivage, les pieds nus dans le sable humide, occupée à rincer un filet grossier qu’elle avait tressé elle-même. Ses gestes étaient précis, répétés mille fois. La survie avait fini par devenir une habitude.

‎Puis elle entendit le bruit.

‎Un choc lointain. Sourds éclats de bois. Des cris étouffés portés par le vent.

‎Elle se figea.

‎Son regard se leva lentement vers l’horizon.

‎Un navire luttait contre les vagues, trop proche des récifs. Trop grand pour ces eaux traîtresses. Trop confiant.

‎— Idiots… murmura-t-elle.

‎Elle se redressa, le cœur battant plus vite. Elle connaissait cette mer mieux que quiconque. Elle savait ce qui allait suivre.

‎Le fracas fut brutal.

‎Le mât se brisa dans un cri sec. La coque éventrée laissa entrer l’eau sans résistance. En quelques instants, le navire fut condamné.

‎Katarina recula d’un pas.

‎Elle aurait pu détourner le regard.

‎Elle aurait pu partir.

‎Mais elle resta.

‎Les vagues rejetèrent bientôt des débris… puis un corps.

‎Un homme.

‎Il flottait maladroitement, inconscient, emporté par le courant jusqu’à la plage. Katarina attendit que la mer le relâche complètement avant de s’approcher.

‎Il était vivant.

‎Elle le sut à la façon dont sa poitrine se soulevait faiblement.

‎Ses vêtements étaient riches, trop riches pour un simple marin. Même abîmés par l’eau, ils portaient la marque du pouvoir. Katarina hésita un instant, puis posa deux doigts contre son cou.

‎Un pouls régulier.

‎— Tu as survécu, murmura-t-elle.

‎Elle ne savait pas pourquoi elle l’avait dit à voix haute.

‎Avec difficulté, elle l’aida à se retourner sur le côté, comme elle l’avait appris par nécessité. Elle recula ensuite, gardant ses distances. Les inconnus étaient dangereux. Les nobles l’étaient plus encore.

‎L’homme gémit.

‎Ses paupières frémirent avant de s’ouvrir lentement.

‎Des yeux sombres, perçants, encore embués par l’inconscience, se posèrent sur elle.

‎— Où… où suis-je ? demanda-t-il d’une voix rauque.

‎Katarina inspira doucement.

‎— Sur une île, répondit-elle simplement.

‎Il tenta de se redresser, échoua, puis serra les dents.

‎— Le navire…

‎— A coulé.

‎Un silence s’installa.

‎Il observa la plage, la forêt derrière elle, puis revint à Katarina. Son regard s’attarda sur sa robe usée, sur ses mains marquées, sur ses cheveux emmêlés par le vent.

‎— Vous vivez ici ?

‎Elle hocha la tête.

‎— Depuis longtemps.

‎Il sembla réfléchir, comme si cette réponse le troublait plus qu’elle n’aurait dû.

‎— Je m’appelle Kael, dit-il enfin. Kael de Valombre.

‎Le nom était prononcé avec assurance, mais sans arrogance.

‎Katarina ne réagit pas.

‎— Et vous ?

‎Elle le regarda un instant de trop.

‎— Katarina.

‎— Vous êtes seule ?

‎La question était simple. La réponse, beaucoup moins.

‎— Oui.

‎Il détourna légèrement le regard, comme s’il mesurait le poids de ce mot.

‎— Je vous dois la vie, Katarina.

‎— Non, répondit-elle. La mer vous l’a laissée.

‎Il esquissa un sourire bref, presque surpris.

‎— Je dois rentrer au royaume, dit-il après un moment. Mon équipage… mon père…

‎Il s’interrompit.

‎— Je ne peux pas vous laisser ici.

‎Katarina sentit quelque chose se nouer dans sa poitrine.

‎Pas de la peur.

‎Pas de la joie.

‎Quelque chose de plus ancien.

‎— Ce monde n’est pas le mien, dit-elle doucement.

‎— Peut-être, répondit-il. Mais il pourrait le devenir.

‎Le vent se leva, faisant danser les vagues.

‎Katarina baissa les yeux vers le sable, laissant le silence répondre à sa place.

‎Depuis sept ans, elle n’avait attendu personne.

‎Et pourtant, quand elle releva la tête, le regard qu’elle posa sur l’horizon semblait déjà ailleurs.