Alliance Interdite - T.1 Lys Mortel

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Summary

Sous l'éclat mensonger des salons parisiens et la lueur crue des ruelles de Séoul, existe un monde invisible, régi par des serments gravés dans le sang. Axelle Delacroix y est née. Héritière d'un nom qui protège autant qu'il enferme, elle a appris très tôt que le pouvoir se paie toujours d'une forme de liberté. Derrière le marbre poli et les sourires maîtrisés, son héritage est une arme... et une prison. Dans l'ombre, les frères Yu règnent par l'acier et le silence. Leur empire n'a pas été bâti sur l'honneur, mais sur la domination, la peur et le sang versé sans remords. Lorsque leurs mondes entrent en collision, plus aucune règle ne tient. L'ennemi devient tentation. Le désir se mêle à la haine. Et chaque choix menace de tout faire basculer. Car dans ce jeu de pouvoir, aimer n'est pas une faiblesse. C'est une condamnation.

Genre
Romance
Author
Flo
Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
18+

1 - Bonjour Séoul

Axelle

La ville est déjà éveillée. Derrière les vitres, j’entends le grondement familier des voitures, les voix des vendeurs, les pas pressés sur le bitume brûlant. Tout est vivant, bruyant, Séoul bât comme un cœur qui refuse de se calmer.

Je suis assise autour de la petite table de la cuisine, une tasse de café entre les mains, la vapeur montant en volutes devant moi alors que je la regarde disparaître, sans vraiment penser à rien. Mes yeux piquent encore du manque de sommeil, fatigués, ils n’ont plus la lueur d’autrefois. Ils sont juste... vides. Mes cheveux noirs tombent en désordre sur mes épaules, j’ai l’impression de n’être plus que l’ombre de moi-même. Rien de ce que je suis aujourd’hui ne trahis le nom que j’avais à Paris.Ici, je ne suis plus une Delacroix.Simplement Axelle.

Il est neuf heures trente passées et ce matin, je veux juste respirer. Pas de clients, pas de faux sourires, pas de comptes à rendre. Juste un peu de silence dans cet appartement trop petit.Derrière moi, j’entends vaguement la respiration lente et les ronflements de Mathias depuis sa chambre. Il dort encore... Les nuits à l’Eclipse l’épuisent. Officiellement, il est barman... En réalité, j’ai cessé de poser des questions depuis bien longtemps. Je sais déjà ce que je ne voudrais pas savoir.

Cinq ans ont passé.

Cinq putains d’années à survivre ici.À apprendre une langue que je ne maîtrise toujours pas, à enchaîner les petits boulots où personne ne me regardait vraiment, à m’effacer petit à petit. Pour moi, c’était pire encore, le poids du passé ne s’efface pas, il s’est incrusté dans ma peau. La nuit où Esteban est mort ne m’as jamais quitté. Elle refait surface dans mes rêves, dans le silence, dans chaque larme qui m’épuise... Je le porte comme une cicatrice invisible.

Et puis, il y a eu les ordres de mon père.Je revois encore son regard, froid et impassible.« Tu compromets tout avec tes attachements d’adolescente. »Il m’a envoyée loin de Paris, loin de tout, mais pas seule.Non, jamais seule. Il m’a enchainée à mon frère.

Mathias.

Mon frère, mon gardien. Celui qui doit veiller sur moi et me maintenir debout... Et il l’a fait, il a tout encaissé. Mes crises, mes insomnies, mes silences. Parfois, je pense qu’il est le seul fil qui me rattache encore à quelque chose d’humain. Alors oui, notre vie à Séoul est simple, presque normale. Mais je suis persuadée que quelque chose se trame, Mathias me cache des choses que je finirais par découvrir.

Je porte mon café à mes lèvres tout en regardant le soleil se refléter sur les immeubles encerclant notre petit lieu de vie, et j’essaie de me convaincre que je suis juste une fille comme les autres. Une jeune femme de vingt-deux ans, pas celle qui a vu l’homme qu’elle aimait mourir sous la main de son propre père. Je serre un peu plus ma tasse entre mes doigts, laissant la chaleur brûler légèrement ma paume, m’ancrant dans cette réalité.Derrière moi, la porte de la chambre s’ouvre doucement, me tirant de mes pensées. Mathias apparaît dans l’embrasure, pieds nus, les cheveux en bataille et bâillant à s’en décrocher la mâchoire.

— « Bonjour, petite sœur, » dit-il d’une voix grave emplie d’un sérieux manque de sommeil.

Mes lèvres s’étirent en un léger sourire.

— « Tu sais qu’on n’est plus à Paris, hein ? Essaie un peu de parler coréen. »

Il me lance un regard faussement sérieux.

— «Annyeong...»

Je me surprends à rire, malgré tout, il réussit toujours à me décrocher un sourire. Je me lève pour lui préparer un café avec notre petite machine bleu ciel que j’ai insisté à acheter à notre arrivée. Cinq minutes plus tard, je lui tends le mug alors qu’il s’affale sur la chaise en face de moi comme si la nuit l’avait assommé.Il boit une gorgée et lève les yeux vers moi.

— « T’as une sale tête, Axelle. »

— « Et toi, t’as l’air d’avoir perdu un combat. »

Il se met à rire et s’étire tel un félin, renversant presque son café. Alors qu’il se penche pour attraper un morceau de sucre, j’aperçois une fine ligne rouge et encore fraîche sur l’arrière de son biceps. Mon sourire disparaît.

— « Qu’est-ce que c’est ? »

Il baisse les yeux vers l’endroit que je pointe du doigt et hausse les épaules.

— « Je suis tombé hier soir. Suffit qu’un abruti renverse sa boisson et le sol de l’Eclipse devient un vrai piège. »

Mathias prend une gorgée et fuit mon regard, signe qu’il ment mais je ne dirais rien pour le moment.

— « Toujours aussi maladroit. »

Un sourire s’affiche sur son visage, soulagé que je n’insiste pas... Puis il change de sujet avec cette aisance que j’ai appris à reconnaître.

— « Tu travailles demain ? »

Je secoue la tête.

— « Non. Deux jours de repos. »

— « Ah, les chats vont te manquer... Ils préparent sûrement déjà leur vengeance. »

Je ne peux m’empêcher de sourire. Le bar à chats... Là-bas, au milieu de ces petites vies qui ronronnent, j’arrive presque à me sentir apaisée. Cela fait maintenant presque deux ans que j’y travaille, bien que j’ai eu du mal à trouver un job stable, entre la barrière de la langue et la discrimination, j’ai finis par trouver refuge avec ces petites boules de poils, certes je ne suis pas payée des milles et des cents, mais je m’y sens bien.

— « Je les adore, » murmurais-je, plus pour moi que pour lui.

Ses yeux verts s’ancrent dans les miens avec un éclat de tendresse.

— « Bien. Alors, on trouvera quelque chose à faire aujourd’hui si tu veux. »

Je lui rends son sourire.

— « T’en fais pas, j’ai prévu de sortir cet après-midi avec une amie. Et puis tu devrais te reposer si ça peut t’éviter de tomber à nouveau ce soir... »

Son rire résonne de nouveau dans la pièce, jovial et rare. Pendant quelques minutes, il n’y a plus de fantômes, plus de Delacroix, plus de sang sur nos mains.Juste nous deux, Axelle et Mathias.Un frère et une sœur à Séoul, buvant leur café du matin,et prétendant que le passé n’existe plus.

⚜️⚜️⚜️

Les néons des enseignes commencent à s’allumer un à un en cette fin d’après-midi, leurs reflets colorés dansent sur les vitres des immeubles alors que les rues se remplissent peu à peu de monde. Je replace une mèche de cheveux derrière mon oreille en entrant dans une petite maison de thé cachée au fond d’une ruelle tranquille. Une douce lumière se reflète sur les tables en bois et un agréable parfum de miel et d’orge grillé vole dans l’air.

Près de la fenêtre, en train de me faire de grands signes, se trouve Jiwoo Han, la seule véritable amie que je me suis faite ici. Nous nous sommes rencontrées un an plus tôt, au bar à chats, à cause d’un verre de lait renversé et d’un Scottish Fold particulièrement grognon. Jiwoo a mon âge, un visage rayonnant et un rire qui attire immédiatement la sympathie. Ses long et fin cheveux noirs sont regroupés dans un chignon probablement fait à la va-vite, sa robe volante orange pale lui donne cet aspect innocent et joyeux, me permettent d’oublier mes propres démons, ne serait-ce que quelque heures.

— « Axelle ! » s’écrit-elle en se levant presque de sa chaise, un grand sourire aux lèvres alors que prends place en face d’elle, amusée.

— « Ça fait si longtemps ! J’ai cru que tu avais disparu ! »

Un sourire sincère se dessine sur mon visage puis je hausse les épaules.

— « Ça ne fait qu’un jour... J’ai juste passé un peu de temps avec Mathias. »

Les joues de Jiwoo se colorent aussitôt de rose, et sa voix se fait plus douce et timide.

— « Oh... ton frère... »

Je retiens un rire en me cachant derrière mon menu.

Et voilà, c’est reparti.

Jiwoo joint ses mains devant elle, comme si elle s’apprêtait à prier.— « Il est tellement grand, beau, poli... Et la façon dont il m’a regardée quand il est venu au café le mois dernier... » Elle pousse un petit soupir rêveur. « Je te jure, c’était comme si un ange venait d’apparaître juste devant moi. »

Je manque de m’étouffer avec ma propre salive.

Mathias ? Un ange ?Si seulement elle savait... Si elle avait connu le Mathias que moi je connais, le soldat froid, obéissant aveuglément à Lucien, notre père.Je pose ma tasse, me retenant de rire.

— « Ouais, il peut être... charmant. »

— « Charmant ? » Jiwoo se penche vers moi, les yeux pétillants de malice et d’admiration. « Il est bien plus que ça, Axelle. C’est un rêve... Un homme fort mais doux. Le genre d’homme qui te protège, tu vois ? »

J’incline la tête, les coudes posés sur la table et le menton entre les mains.

— « Mmm. »

Je ne prends même pas la peine de la corriger. Qu’elle garde ses illusions, personne n’a besoin de savoir que Mathias peut sourire une minute et briser des os la suivante. Je la laisse donc parler, hoche la tête au bon moment et cache mon amusement du mieux que je peux. Si Jiwoo veut voir mon frère comme un ange gardien, je ne vais pas lui enlever ce fantasme.Mais je peux, au moins, en jouer un peu...

— « Jiwoo... » dis-je lentement, les yeux brillant d’espièglerie. Je me penche au-dessus de la table, la voix suffisamment basse pour qu’elle se rapproche.

— « Tu veux savoir comment il est vraiment, mon frère ? »

Elle cligne des yeux, la tasse à mi-chemin entre la table et ses lèvres.

— « Q-quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »

Je souris, laissant le silence durer un instant.

— « Disons juste... qu’il n’a rien d’un ange. »

Ses joues s’enflamment aussitôt.

— « A-Axelle ! »

Je ris franchement, ravie de sa réaction.

— « Oh, allez, me dis pas que t’y as jamais pensé. Ces beaux yeux verts et ces bras musclés, hmm ? Et son sourire ? Avoue qu’il est dangereux. »

— « Arrête... » gémit Jiwoo en cachant son visage derrière ses mains, mais je vois bien le rouge lui monter jusqu’aux oreilles.

Mon rire résonne dans la maison de thé, attirant quelques regards des tables voisines.

— « Eh bah, Jiwoo, je pensais pas que t’étais à ce point obsédée par Mathias... »

Elle se réfugie derrière sa tasse, mortifiée.

— « C’est pas ma faute ! Il est juste... il est tellement... » Elle agite les mains, perdue dans ses mots. « Tu l’as bien vu, non ? »

Un sourire malicieux se dessine sur mes lèvres.

— « Fais-moi confiance, je l’ai vu plus qu’assez dans ma vie. »

Jiwoo pousse un gémissement étouffé, et je finis par poser ma main sur la sienne, attendrie.

— « Pardon, pardon. Je te taquine. »

Elle secoue la tête rapidement, les yeux baissés comme si la table était devenue la chose la plus intéressante aux alentours.

— « C’est rien... C’est juste que... » Sa voix devint presque un murmure. « Parfois je rêve de lui... d’une certaine façon. »

Je m’adosse à la chaise, un sourire narquois aux lèvres.

— «Ohhh, Jiwoo. D’une certaine façon, hein ? Tu me caches bien des choses. »

Elle enfouit de nouveau son visage dans ses paumes, marmonnant quelque chose d’incompréhensible.

Je reprends une gorgée de thé, songeuse. Mathias travaille ce soir à l’Eclipse. J’adore ce club, la musique, les lumières, le chaos. Tout ce qui me fait oublier qui je suis réellement. Et Jiwoo ? Elle pourrait peut-être y voir son “ange” de plus près.

— « Très bien, » dis-je soudain, d’un ton léger mais décidé. « J’ai pris ma décision. »

Jiwoo relève la tête, méfiante.

— « Décision... de quoi ? »

— « Ce soir, on sort. À l’Eclipse. »

Jiwoo manque de s’étouffer avec une gorgée.

— « L’E-Eclipse ?! Mais ton frère travaille là-bas ! »

— « Exactement. » Dis-je avec un clin d’œil. « Tu pourras le regarder toute la nuit, moi j’irais danser jusqu’à en avoir mal aux pieds... et qui sait ? Il te servira peut-être un verre. »

Jiwoo place une main devant sa bouche, le rouge lui montant jusqu’au cou et les yeux écarquillés.

— « Tu es diabolique. »

— « Non. Efficace, et crois-moi, Jiwoo... tu n’as encore jamais vu Séoul tant que tu n’as pas passé une nuit à l’Eclipse. »

⚜️⚜️⚜️

Après environs deux heures passées avec Jiwoo, et quatorze minutes de marche dans les rues animées de Séoul, je me tiens devant le miroir de ma chambre, brossant mes cheveux noirs de jais impatiemment. J’ai troqué mes vêtements confortables pour quelque chose d’un peu plus affirmé : une jupe noire courte, un crop top blanc soulignant mes courbes, et un trait d’eyeliner sombre faisant ressortir mes yeux verts comme deux éclats d’émeraude. Ce soir, je veux me sentir vivante et m’amuser. Pas comme le pion usé que Lucien a laissé derrière lui.

Derrière moi, la voix grave de Mathias retentit dans le petit espace.

— « Tu te prépares pour quelque chose ? »

Je croise son regard dans le miroir, un sourire en coin. Il est en train d’enfiler une chemise noire impeccable, les manches retroussées jusqu’aux avant-bras puis passe la main dans ses cheveux vers l’arrière d’un geste nonchalant.

— « Très observateur, »

Mathias plisse les yeux en boutonnant sa chemise.

— « Ne me dis pas que tu comptes sortir. Tu sais que j’aime pas te savoir dehors la nuit à Séoul. »

Je me retourne, m’appuyant contre la commode, les bras croisés.

— «Sérieux, tu parles exactement comme Papa... »

— « Parfait, » réplique-t-il sèchement. « Parce que Séoul la nuit, c’est pas mieux que Paris, et je préférerais éviter d’avoir à aller te chercher j’sais pas où en plein service. »

Je lâche un soupir exaspéré.

— « Détends-toi, je sors pas seule. Jiwoo vient avec moi. »

À la mention de son nom, il se fige légèrement. Ses sourcils se froncent et une lueur amusée traverse son regard.

— « ...La timide... Celle du café ? »

— « Mmh. » Je ris légèrement en passant devant lui. « Et entre nous... Tu lui as tapé dans l’œil. »

Mathias cligne des yeux, puis éclate de rire.

— « Quoi ? N’importe quoi. »

— « Oh si, complètement, » chantonné-je en retournant vers le miroir pour vérifier mon rouge à lèvres. « Elle parle de toi comme d’un ange tombé du ciel. Ce qui, soit dit en passant, est absolument hilarant. »

— « Un ange. » Dit-il d’un ton taquin en secouant la tête. « La pauvre, elle est aveugle. »

J’hausse un sourcil et lui adresse un regard sérieux à travers le miroir.

— « Alors sois gentil avec elle ce soir. C’est ma seule amie ici, et j’aimerais que ça reste ainsi. »

Mathias esquisse un sourire, mais son regard se durcit aussitôt.

— « Axelle, tu ne vas pas à l’Eclipse. »

— « Qui a parlé de l’Eclipse ? » répondis-je d’un air innocent, en ajustant mes boucles d’oreilles.

Il s’approche et se place juste devant moi. Sa taille me dépasse largement, et ses yeux s’emplissent de soupçon et d’inquiétude.

— « Tu viens juste de me dire de bien me comporter ce soir, mais je travaille... donc tu avais évidemment prévu d’y aller. »

Je pouffe et essaie de me glisser sur le côté pour le contourner.

— « Peut-être que j’ai juste envie de danser. »

— « Et peut-être que moi, je n’ai pas envie que tu traînes dans un club rempli d’abrutis ivres. »Sa voix prend un ton froid, celui qui me rappelle toujours qui il peut devenir quand son masque tombe.

Je lève les yeux au ciel, essayant d’esquiver la tension.

— « Sérieux, j’ai survécu à Paris. Je peux survivre à Séoul. »

Il soupire, excédé, et passe une main sur son visage.

— « Sérieux, Axelle. T’es pas obligée de sortir pour t’amuser, invite la ici ? »

Je lui tapote le bras avec douceur.

— « Moi au moins, j’ai juste envie de danser... Ne crois pas que j’ai pas remarqué toutes les femmes qui se faufilent hors de ta chambre à l’aube. »

Sa bouche s’élargit en un sourire malicieux et sans gêne.

— « Tu me connais,petite sœur. Une nuit, pas plus. »

— « Exactement, » répliqué-je en attrapant mon sac. « Alors sois cool avec Jiwoo, hm ? C’est pas l’un de tes...souvenirs. »

Mathias ricane et attrape sa veste en secouant la tête.

— « T’es folle. »

Je lui lance un clin d’œil alors qu’il est déjà à mi-chemin vers la porte.

— « Folle, peut-être. Mais follement amusante. »

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