Le Dragon de Fumées

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Summary

Lei Diàn est animé par une seule obsession : se venger de l'empereur qui a détruit sa vie, Chang Ming Sun. Afin de pouvoir s'approcher de l'empereur et tenter de l'assassiner, il décide de se travestir et de prendre la place de sa sœur, destinée à être sacrifiée en l'honneur du dieu Longweï. Il sait qu'il aura là l'unique occasion de se retrouver seul avec son ennemi. Ainsi, sous le nom de Ye Zi, il se prépare à sacrifier sa vie en emportant avec lui Chang Ming Sun. Cependant, c'était sans compter sur Longweï, qui loin de n'être qu'un simple mythe, semble avoir d'autres plans pour lui. Et quand un dieu décide de vous prendre sous son aile, votre vie s'en retrouve irrémédiablement bouleversée.

Status
Ongoing
Chapters
20
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue : La légende de Longweï


Quelque part vers l’est, s’étendait une région maintenue isolée par une chaîne de montagnes infranchissable, un désert sans fin et un océan indomptable. Cette contrée reculée avait une particularité, elle abritait huit clans distincts qui, bien que partageant la même terre, ne s’entendaient aucunement. Chaque clan cherchait à dominer les autres dans une quête sans fin de richesse et de territoires.

Parmi eux se trouvait la tribu Xinyang, un clan tant attaqué et mis en échec par les autres factions qu’il était au bord de la disparition. Dans un ultime geste de désespoir, ses membres implorèrent leurs divinités de leur porter secours. Seul un des dieux, ému par leur dévotion et leurs prières, descendit de son royaume céleste pour répondre à leur appel.

Longweï était une divinité guerrière, connu autant pour son altruiste que pour sa combativité. Rares étaient les dieux qui quittaient la sérénité des cieux pour la rudesse de la terre, même pour aider des fidèles. Pourtant, ce dernier, profondément attaché aux humains, n’hésita pas à fouler le sol inhospitalier du monde des vivants pour leur venir en aide.

Arrivé sur terre, le dieu guerrier fit qu’il savait faire de mieux : se battre et conquérir. Grâce à son soutien, le faible clan Xinyang enchaîna les victoires. En moins de cinq ans, il s’imposa face aux autres tribus, s’enrichit considérablement et renversa le cours de son destin.

Ses disciples couverts de gloire et de succès, Longweï aurait normalement dû rejoindre les cieux pour continuer à veiller sur eux depuis son royaume céleste. Cependant, une rencontre fortuite l’empêcha définitivement de regagner son monde.

Durant ces années de bataille, il croisa la route d’une mortelle à la beauté sans pareille et en tomba immédiatement amoureux. Cette femme possédait des cheveux aussi noirs qu’une nuit sans lune, une peau de nacre et des yeux reflétant un ciel pluvieux. Fille d’un commerçant du clan Bingwen, on l’admirait autant pour son intelligence que pour son élégance et tous ceux qui avait eu l’honneur de la rencontrer ne tarissait pas d’éloge à son égard. Elle était si extraordinaire qu’elle avait réussi à conquérir le cœur d’un dieu.

Entre ces deux êtres l’amour fut immédiat et ils se fiancèrent quelques semaines à peine après leur première rencontre. Le dieu fit la promesse à sa bien-aimée qu’une fois la guerre terminée, ils se marieraient et qu’il l’emmènerait vivre à ses côtés dans son royaume céleste. La divinité, follement éprise, couvrait sa fiancée de présents et de tendresse et leur relation fut idyllique. Jusqu’au jour, alors que Longweï affrontait les derniers clans rebelles, il fut contraint de rester au front et de délaisser sa promise. Habituée à être le centre des attentions de son fiancé, cette dernière ne supportait pas ses longues absences et peu à peu, la confiance qu’elle avait en lui s’éroda. Une angoisse sournoise s’immisça dans son esprit : elle craignait qu’une fois la paix revenue, son dieu l’abandonne pour regagner seul les cieux.

Longweï fit tout ce qui était en son pouvoir pour chasser ses doutes, mais aucune de ses nombreuses promesses ne réussit à la rassurer. Cette femme, jadis éclatante de vie, se ternissait au point de ne plus avoir le cœur à sourire. La divinité, ne supportant plus de la voir dépérir, ne trouva qu’un seul moyen pour dissiper ses inquiétudes et lui prouver la sincérité de ses sentiments. Il décida de lui offrir son trésor le plus précieux, ses ailes, son unique moyen de regagner les cieux.

Son geste, d’une symbolique forte, eut l’effet escompté et le sourire de la fiancée réapparut dans les jours qui suivirent. Le cœur apaisé, Longweï retourna alors combattre, impatient de sceller leur union et de l’emmener dans son royaume. Toutefois, un matin, les serviteurs eurent la surprise de découvrir que la chambre de la femme était vide. Aussi bien la fiancée que les précieuses ailes avaient disparu.

Longweï, convaincu qu’elle avait été enlevée, dépêcha ses plus fidèles guerriers à sa recherche. Quelques jours plus tard, ils revinrent les mains vides, mais avec une révélation amère. Sa fiancée n’avait pas été kidnappée, elle s’était enfuie. Elle avait rejoint la grande forêt située au pied des montagnes du nord, là où résidait son clan, la redoutable tribu de l’Est. Sous une apparence charmante et douce, se cachait une menteuse habile qui s’était jouée de tous avec talent. Elle n’était pas la fille d’un marchand, comme elle l’avait prétendu, mais une guerrière aguerrie formée dès son enfance à la manipulation et au combat. Elle utilisait sa beauté et ses charmes pour atteindre ses objectifs et sa relation avec Longweï en avait été l’illustration parfaite. Chaque émotion, chaque geste tendre, chaque mot doux faisait partie d’une vaste mise en scène destinée à se rapprocher de lui, à gagner sa confiance, puis à le détruire.

La tribu de l’Est, dominante et fière, considérait Longweï comme la source de tous leurs maux. Auparavant l’un des clans les plus puissants du territoire, ils ne pouvaient accepter la défaite que leur avait infligée le dieu quelques années plus tôt. Même s’il montrait une attitude soumise aux yeux du monde, dans l’ombre, ils n’avaient pas renoncé au combat et avaient envoyé l’une de leurs meilleurs assassins pour éliminer cette divinité gênante. Seulement, leur plan d’anéantir le dieu se heurta rapidement à un obstacle majeur : Longweï était immortel et toute tentative d’assassinat était vouée à l’échec.

La prétendue fiancée, pleine de ressources, ne s’était pas découragée pour autant. Elle avait réfléchi à d’autres stratégies pour lui nuire et avait rapidement compris que si elle ne pouvait lui faire du mal physiquement, alors elle devrait s’attaquer à lui psychiquement. Sa proximité avec la divinité lui avait révélé à quel point il tenait à son royaume céleste et combien il aspirait à y retourner. Il louait sans cesse les splendeurs et la sérénité des cieux, mais exprimait également un mal-être grandissant à rester sur Terre parmi les humains, dans un monde qui n’était pas le sien. Alors, elle avait décidé de lui dérober son unique moyen de retour, ses ailes, pour le condamner à rester sur terre. La perte de son précieux trésor, mais également la trahison de celle qu’il considérait comme son amour, seraient les souffrances qui anéantiront Longweï.

Lorsque la traîtrise de celle qu’il avait considérée comme son âme-sœur fut révélée, le dieu fut submergé par la colère. Il se lança immédiatement à sa poursuite, remuant ciel et terre pour la retrouver. La perfide, sûre d’elle, pensait pouvoir échapper facilement à son ancien amant furieux et se prélassait auprès des siens, ignorant qu’une calamité l’attendait. Elle découvrit rapidement que nul en ce monde ne pouvait se soustraire éternellement à une divinité en furie. Après des mois de recherches acharnées, Longweï finit par la localiser et la capturer. Il l’enferma alors dans un cachot lugubre, dépourvu de toute source de lumière, et pendant dix jours interminables, elle ne reçut que pour seule subsistance que de l’eau souillée. Chaque nuit, on la privait de sommeil et à chaque aurore, le dieu se rendait à sa cellule, déterminé à lui faire avouer où elle avait caché ses ailes.

Pourtant, malgré la pression, elle demeura silencieuse, défiant le dieu d’un regard méprisant. Face à cette femme obstinée, Longweï savait qu’il n’avait d’autre choix que de recourir à des tortures plus cruelles pour la faire parler, mais cette idée le répugnait. Malgré sa colère, il n’arrivait pas à complétement effacer les sentiments qu’il avait éprouvés pour elle. Il l’avait aimé d’un amour sincère et avait la sensation que chaque souffrance qu’il lui infligeait se retournait contre lui-même. Guidé par ses sentiments, il ne pouvait se résoudre à faire couler son sang.

Le malheur continua de s’abattre sur lui lorsqu’un matin, en entrant dans la cellule où il l’avait emprisonnée, il découvrit son corps sans vie. Avec l’aide d’un complice extérieur, la femme avait mis fin à ses jours en se tranchant la gorge, emportant son secret dans la tombe. La perte de sa seule piste, ou peut-être le chagrin causé par sa mort, précipita le dieu dans une folie destructrice. Dans une vengeance aveugle, Longweï déchaina sa rage et ses pouvoirs divins sur ceux qu’il considérait dorénavant comme ses ennemis, le clan de l’Est. Il massacra sans distinction tous ceux qui se trouvaient sur leurs terres et même femmes et enfants ne purent échapper à ce carnage. Il déversa sur la région un déluge de sang et de flammes, réduisant ces terres jadis verdoyantes en un désert aride, peuplé uniquement d’arbres calcinés et de cendres.

Après cette tragédie, le dieu se volatilisa durant plus d’un siècle. On entendait parfois des rumeurs rapportant qu’il aurait été aperçu près de certains villages, mais ces récits ne restèrent que des ragots. Puis, un jour, il réapparut subitement près des terres du peuple qu’il avait autrefois protégées, épuisé par la quête infructueuse de ses ailes.

Durant son absence, la tribu Xinyang était devenue une nation puissante. La guerre avait unifié les clans sous une seule bannière, et l’ancien chef victorieux avait été couronné empereur. C’était son arrière-petit-fils qui gouvernait dès lors cette nation florissante. Le modeste village tribal s’était transformé en une capitale prospère et au cœur de cette cité, la divinité qui les avait autrefois soutenus était toujours profondément vénérée.

La découverte que, même après un siècle, les descendants du clan Xinyang ne l’avaient pas oublié apporta un semblant de réconfort à Longwei dans son désarroi. Il comprit que s’il ne pouvait regagner les cieux, alors sa place était ici, à veiller sur eux. Il fit émerger, à la périphérie de la ville, une immense montagne solitaire et se réfugia à son sommet. Puis, de ses pouvoirs divins, il scella l’accès, choisissant d’y vivre reclus dans la tristesse et la solitude.

Longweï devient le gardien éternel de la nation qu’il avait jadis contribué à fonder et durant le millénaire qui suivit, le clan Xinyang adora sans relâche leur divinité guerrière. Au pied de la montagne sacrée, ils construisirent un somptueux temple couvert d’or et de soie et multiplièrent en son sein sacrifices et offrandes. Leur profonde dévotion leur apporta chance et prospérité à travers les siècles. Mille ans plus tard, le clan demeurait puissant et sans rival, et de génération en génération, leurs empereurs régnaient avec autorité sur les sept autres clans de la région.