Una Vez Más •[ Minsung ]•

Summary

Dans ce Château, à l'heure où les étoiles brillent et les cordes des violons chantent derrière les colonnes de lierre, Jisung se tenait retiré de ce bal qu'on avait organisé en son honneur : il trouvait ces invités plus détestables les uns que les autres, avec leurs manières et leurs sourires hypocrites. Mais son père ne voulait rien entendre, le jeune noble avait son avenir déjà tracé et il ne lui parlait que de ça : prendre le pouvoir comme son père, épouser une belle femme et faire s'incliner le peuple devant lui comme l'avaient fait son père et tous ses ancêtres avant lui. Monseigneur Han n'avait que ça à la bouche : responsabilité, devoir. Son fils dans tout ça, ne voyait qu'un piège qui allait se refermer sur lui très bientôt. Révolté une bonne fois pour toutes et sorti prendre l'air, voici comment Jisung tomba nez à nez avec un dangereux cambrioleur au regard sombre et aux mains envoutantes et qu'il ne l'arrêta pas...

Status
Complete
Chapters
9
Rating
n/a
Age Rating
18+

1☾

Le Rideau se lève...

🌑🌒🌓🌔🌕🌖🌗🌘🌑


« Cette nuit-là au Château, dans le cœur du rez-de-chaussée, les mélodies des violonistes faisaient vibrer la piste de danse depuis le crépuscule déjà. Le bal, disait-on, allait bien durer jusqu'au lever du Soleil et les pies étaient au rendez-vous.

Par ce terme se reconnaissent les riches désireux d'être encore plus riches qui se déplaçaient chaque mois pour toucher le pouvoir de la famille Han, rien qu'avec les yeux.

De partout des décorations, des tableaux, des lustres plus chers qu'une vie et ce soir des dizaines de gens pour les voir :

Les invités, des aristos venus des quatre coins du royaume qui croulaient sous la dentelle ou sous les plumes et qui suaient derrière leur masque aussi bien que serviteurs qui se ruaient à gauche et à droite pour les alcooliser un par un. Dans ce noble décor, les personnages se sentaient à leur place : tout était précieux, tout étincelait et toute cette lumière tournait en boucle au point d'en perdre la tête.

Et lui dans tout cela, il s'était proclamé spectateur.

Jisung, fils unique du grand Duc Han, l'homme qui faisait de l'ombre au Roi d'Espagne lui-même était assis devant son verre à fixer les bulles pour tuer le temps avant que le temps ne le tue.

La rumeur avait raison, il était né dans un cadre resplendissant, perché au sommet d'une grande colline, la beauté de sa maison n'avait aucun supérieur. On lui répétait ses mots depuis toujours et il n'avait pas les clés pour en juger différemment. Il n'avait jamais pu sortir en vingt-deux ans.

Son père était parmi les plus grands des Grands alors la vie du fils était rythmée en conséquence, il ne connaissait qu'une seule demeure, qu'un seul point de vue, qu'un seul avenir : prendre épouse et partir gouverner loin ou rester ici et devenir grand duc à son tour. Un choix plaqué or qui n'en était pas réellement un. Alors, Jisung faisait tout pour s'évader vers quelque chose de différent.

Par exemple, dans son temps libre il s'enfermait dans une pièce quelconque et il lisait beaucoup. Il adorait quand le narrateur le transportait vers un autre horizon et révélait les secrets du monde dans le creux de son oreille. Enfermé dans sa tête il pouvait aisément être un héros admiré dans le monde entier aussi bien qu'un fugitif libre ou mieux encore, un aventurier parti découvrir la Terre, loin.

Où son rôle n'était pas enraciné dans la tradition et où sa timidité ne lui portait pas préjudice.

Pour son bien et pour celui de l'étiquette, son père avait mis en place un système de réceptions, comme en ce moment, qui revenait tous les mois en son honneur (oui oui elle est censée être pour lui cette réception, pour qu'il sociabilise soi-disant) mais comme il n'avait pas hérité, personne ne le voyait.

Jisung avait bien essayé de freiner ces évènements inutiles. Pourquoi s'infliger cela ? Quitte à l'enfermer à vie, son paternel pourrait au moins le laisser ne voir personne.

Mais chaque fois que père et fils parlaient, c'était comme Jisung qui parlait au mur. Son père était bien le premier dont la superficialité crevait les yeux, un acteur qui récitait des discours tout faits sans lever le nez de son bureau, les mêmes discours que la veille et l'avant-veille, et l'avant-avant-veille... Il y vantait la beauté des femmes que Jisung apprécierait sans doute s'il songeait à y mettre du sien. Il y vantait le ballet des rires et des discussions que Jisung se plairait à écouter s'il prenait la peine de s'ouvrir à de nouvelles rencontres.

Jisung aurait bien voulu rétorquer qu'il avait essayé ! En vain. Il n'arrivait pas à faire semblant d'être heureux et sympathique quand il observait ce gratin de société se pavaner, caché derrière un éventail ou des bijoux en toc cracher sur la personne qui vient à peine de tourner le dos.

Il préférait hélas, la beauté de ce qui n'existait pas.

Histoires de pirate, de justicier masqué ou d'explorateur dans sa jungle, il ignorait tout des centres d'intérêts des adultes de son âge. Sans surprise, grandir lui faisait peur. Maintenant c'était trop tard, il allait bientôt devoir se marier.

Bien sûr il imaginait le pire, qu'il allait échouer, décevoir son peuple, faire honte à sa lignée, se ridiculiser et finir seul ou mal accompagné.

S'il avait pu choisir où naître, il n'aurait jamais choisi d'être ici. Néanmoins il pouvait s'estimer heureux de ne pas être né ailleurs. Les livres lui avaient dit qu'il aurait très bien pu être de ceux qui crèvent de faim au pied de la Colline.

Mais tel était le destin.

Personne ne sort de sa propre histoire.

Chaque fenêtre, il regardait vers le lointain pour voir plus haut que tout ça et chaque seconde, il voulait un peu plus quitter décor et cette foule d'acteurs avant que ses rêves de gosse ne s'échouent contre les murs du Château.

Seulement maintenant il restait là.

Coincé dans son costume de bal, dans sa veste queue de pie bleu roi, dans son coin, sur un fauteuil en soie. Les murmures incessants de la soirée bourdonnaient dans ses oreilles aussi fort que la musique et maintenant que le verre était vide, il n'avait plus rien à faire là.

Il y avait une femme à côté de lui sur un fauteuil pareil, elle parlait mais il ne la regardait pas dans les yeux, trop occupé à résumer sa vie pour l'exposition il ne l'avait même pas écoutée. Reprenant contenance il l'observa : elle était belle mais pas à son goût. Des ondulations généreuses dans ses cheveux très rouges, et une robe à frous-frous grossièrement jaune et mal ajustée pour sa poitrine : le premier bouton du corset était défait.

Aussi, il remarqua que ses mains jouaient avec une perle effilochée de son gant, signe qu'elle était nerveuse.

... Et bien oui.

De son point de vue à elle, c'était très décevant. Avant de venir, ses parents l'avaient commandée d'aller le séduire pour qu'elle l'attrape dans ses filets : Le poisson d'or, le fils du Suzerain.

Mais maintenant, cela faisait bien dix minutes qu'elle essayait d'établir une connexion avec un garçon extrêmement riche et tout à fait charmant qui avait autant de conversation qu'une huître cuite. L'opération tombait à l'eau pour ainsi dire, malgré ses efforts pour l'aguicher. Elle vint à l'idée que cet Oiseau là n'aimait sûrement pas les femmes. Mal à l'aise, elle sourit poliment et partit.

...

Laissé seul, Jisung en profita pour s'éclipser. C'est vrai qu'il était bizarre et assez nul en société, il la comprenait. Au final, c'était mieux pour tout le monde ainsi.

Il monta une paire d'escaliers

Enfin, les discussions lui paraissaient agréables, elle remuait dans le fond de ses oreilles, lui rappelant qu'il s'en était éloigné et il ne pouvait qu'apprécier. Il était asocial en paix.

Sur ce flan du Château, se rangeaient des arcs romains par tous les étages qui permettaient à Jisung de profiter du vent et du ciel moucheté, en haut ses yeux se perdirent dans l'immensité noire, il se dit que sa vie était bien morose ici-bas. Il s'assit par terre, adossé contre un des Ioniques qui maintenait un arc et souffla un grand coup. Il avait enlevé son masque pour laisser respirer ses joues rondes.

Une luciole se cacha dans la lune ; un hibou hululait au loin mais il était camouflé par l'orchestre des grillons qui peuplaient la cour. Le printemps touchait à sa fin.

Jisung aimerait disparaître.

Mais maintenant il était bien, seul dans la nuit ici, personne ne savait qu'il était là alors il pouvait se rendre partout. Non sans efforts il se releva pour aller vers un des balcons ornés de l'étage, chargé de plantes suspendues. Il se pencha contre le garde-corps pour laisser son regard tomber dans le vide, sur la cour et les jardins.

Il discernait tant bien que mal les bosquets, les parterres de fleurs et les buissons taillés dont on ne voyait que la silhouette, l'obscurité engloutissait tout le paysage, notamment par la faute de son plus gros problème : le mur.

Immense il protégeait la forteresse en cas d'attaque mais il empêchait tout espoir de sortie, il se dressait imperturbable et bouchait même la vue.

En ce soir de bal, le portail faisait l'exception d'être ouvert, mais les gardes fermaient cette aération comme des points de suture. C'était peine perdue.

Pour ne pas perdre haleine, il raccrocha ses yeux à l'œuvre des jardins, de nuit, le Labyrinthe de rosiers ressemblait à un immense serpent endormi, emmêlé autour du bassin aux flamants roses avec tous ses éclairages de fontaine.

Face à ce cadre, Jisung ressentit l'étrange envie de s'y trouver. Plonger dans la pénombre de cette jungle artificielle. Sentir les roses qu'il ne pouvait pas voir, marcher sur le gazon tondu en perdant sa tête dans les nuages...

A pas de loups, il s'était frayé un chemin sans alerter personne. Il arpentait désormais le dédale pavé et laissait ses poumons bouffer fièrement l'air alentour, sans se soucier de ce qui pouvait bien s'y cacher. Il parvint sans peine au bassin qu'il longea, les grands oiseaux n'étaient pas dérangés par sa présence et les petites fontaines scintillantes étaient les seules à accompagner le bruit de ses pas.

Jusqu'à ce qu'un cri étouffé ne retentisse.