Distance
Distance
Je crois qu’c’est la nuit
Mes larmes cachent le jour
Je n’vois que la pluie
J’ai dû laisser passer mon tour
Je ne comprends plus
Je n’ai plus de repères
Au fond d’ma propre rue
Je sais plus je me perds
Vraiment je sais plus
Un fantôme est en moi
J’ai perdu la vue
J’ai dû cramer ma voix
Je ne vois plus rien
J’ai perdu mon passé
Je suis comme un chien
Aboyant sur le pavé
Je ne suis plus rien
Juste une épave à brader
Huber-Félix Thiéfaine, Distance, Amicalement blues
Le halo des réverbères se reflète sur l’asphalte parsemé de flaques. La nuit est trouble ou bien est-ce ton regard ? Des sanglots secs soulèvent ta poitrine. Tes pas, aveugles et précipités, rendent ta démarche hasardeuse.
Sept cents mètres, putain ! Tu devrais quand même y arriver. Il est tard. Ou tôt. On doit approcher les 4h00 du matin.
Mais, en cette nuit fiévreuse, presque tropicale, le quartier est encore bruyant. Des rires et des chants s’échappent des rues que tu traverses. Ces manifestations de joie viennent percuter ta déroute.
De grosses gouttes tombées des toits viennent s’échouer sur ta robe. C’est pire qu’une brûlure sur ta peau.
Tu rejoins ton studio. L’air y est suffocant. En serait-il autrement... ailleurs ?
Sans prendre la peine d’ôter tes vêtements, tu t’écroules sur le lit. Dès que tu fermes les yeux, des images insoutenables viennent se glisser sous tes paupières. Alors tu les gardes grands ouverts. Pour ne pas pleurer, pour ne pas sombrer. Les secondes s’égrènent au son du tic-tac régulier et inflexible de la pendule...
Ça y est, tu ne penses plus à rien, tu ne ressens plus rien.
L’obscurité est venue tisser sur ton opprobre un linceul invisible et inaliénable.