Ch 01 - Une vie heureuse
Grandir dans une famille aimante, travailleuse et heureuse de ses choix m’a semblé parfaitement normal durant toute mon enfance. Mes parents s’encourageaient, souriaient à la vie malgré les sacrifices qu’implique le fait de prendre soin du vivant: une grande ferme d’élevage d’agneaux et de poules pondeuses.
Ils tenaient à fournir une nourriture de qualité. C’était leur manière de contribuer à la vie de Rivière-du-Loup, une ville à taille humaine, posée au bord du Saint-Laurent.
Mon père, Alexandre, aussi costaud que tendre.
Ma mère, Lili, un rayon de soleil au quotidien.
Et Maxime, mon frère, de deux ans mon cadet. L’ombre de notre père, toujours dans ses traces.
J’ai pris mon rôle de grand frère à cœur, protecteur mais surtout désireux de montrer l’exemple. Mes parents m’ont appris à travailler dur pour accomplir de nobles rêves. Très vite, j’ai aidé à la ferme, mais pas seulement. Mon terrain de jeu a rapidement dépassé nos clôtures.
J’adorais observer, aider, réparer.
D’abord chez nous, puis chez les voisins, puis plus loin…
Je me suis fait un point d’honneur à travailler comme étudiant pour participer au coût de mes études d’ingénieur en construction. Socialiser a toujours été simple pour moi.
J’écoute. Je m’intéresse aux autres. Sincèrement.
C’est ainsi que j’ai rencontré Amy, étudiante en décoration d’intérieur. Très vite, nous avons passé tout notre temps libre à imaginer des lieux que nous bâtirions ensemble pour ceux que nous aimions.
Cette amitié sincère a grandi, doucement, jusqu’à prendre toute la place.
Avec Amy, chaque première fois s’est inscrite dans une évidence partagée, celle d’une âme sœur. Et c’était tellement juste.
À la fin de nos études, nous avons emménagé ensemble dans la toute première maison que j’ai construite. Un peu en retrait de la ville, entre la ferme de ma famille et la villa de ses parents.
Je l’ai demandée en mariage quelques années plus tard, lorsque j’ai pu lancer ma propre entreprise de construction. C’était une évidence pour nous deux. Nous avons pris le temps de bâtir des fondations solides avant d’envisager la suite.
Nos familles sont devenues naturellement proches. Mathilda et Nathan, les parents d’Amy, ont pris l’habitude de nous rendre visite au moins une fois par mois, pour côtoyer Alexandre, Lili et Maxime de mon côté. Nous avons partagé tant de moments tendres et bienveillants.
Mon cœur se serre en y repensant.
Tout a pris de l’ampleur, puis de la hauteur. Maxime a fait ses débuts pour succéder à mon père dans l’entreprise familiale. Il a lancé un club de motos avec ses amis de toujours, des gars du coin, fiables et soudés. Les White Ash sont nés sans effort, simplement par affinité.
Amy a décroché un poste dans une société de vente de biens de luxe, où elle concevait leurs espaces d’exposition. Elle adorait ce travail.
De mon côté, j’ai obtenu mon premier gros marché à la suite d’un appel d’offres pour la construction de maisons à charpente en bois plein.
Nous nous voyions moins, mais c’était suffisant pour profiter pleinement de nos moments ensemble. Amy aimait dire que nous étions devenus adultes.
J’ai eu l’impression d’être le maître du monde quand Amy m’a annoncé qu’elle attendait notre bébé, un an après notre mariage. Cet enfant allait grandir entouré d’amour, au cœur de notre foyer. Et l’enthousiasme de ses grands-parents promettait déjà une joyeuse compétition pour le gâter.
Je l’ai pressenti…Tout était trop beau.
Trop parfait.

Boss








