Lysandra l'Emeraude

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Summary

Lysandra régnait sur les mers, capitaine redoutée du Purple Leviathan, jusqu'au jour où ceux qu'elle appelait ses frères d'armes ont retourné leurs lames contre elle. Menés par son propre second - son ombre, sa confiance - les mutins l'ont abandonnée sur une île oubliée, convaincus d'avoir brisé son règne. Mais en usurpant son commandement, ils ont réveillé une malédiction que nul ne devrait défier. Car perdre le Purple Leviathan, c'est attirer la colère de Calypso. Transformée en néréide, Lysandra renaît dans les abysses, tandis que ceux qui l'ont trompé se dissolvent en êtres d'écume, condamnés à errer entre deux mondes. Trahie par son second. Tranchée par l'ambition de son équipage. Déchue, mais pas vaincue. Des profondeurs, Lysandra remonte, guidée par les murmures de ses marins brisés, avec un seul but : reprendre son navire et faire payer chaque traître. Dans un monde où les dieux veillent, où les océans dévorent et où la vengeance a le goût du sel et du sang, la mer n'a pas fini de gronder.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Le vent soufflait une légère brise fraîche lorsque Lysandra amarra son navire de fortune au port de La Rochelle. C’était comme si l’océan lui-même lui murmurait un mauvais présage. Les cordages claquaient contre le mât, nerveux, comme si le bateau voulait, lui aussi, l’avertir du danger qui rôdait tout près.

Elle posa le pied sur le quai humide et une étrange tension lui serra la poitrine. L’air salé avait un goût métallique, presque amer. La tension était palpable, mais elle semblait n’en être que la seule victime. Le port, lui, demeurait fidèle à lui-même : bruyant, animé, indifférent. Pourtant, les mouettes tournaient en cercles plus hauts qu’à l’accoutumée, bousculées par un vent qui changeait sans cesse de direction.

Lysandra fronça les sourcils. Elle connaissait cette sensation. Ce frisson dans l’air, cette lourdeur dans le vent... Calypso. La déesse des mers était en colère. Et elle la traquait.

Chaque pas qu’elle faisait sur les planches grinçantes du quai résonnait comme un défi lancé à l’océan. Mais elle n’avait pas le choix. Son rafiot était à bout de souffle et si elle voulait retrouver le coupable qui l’avait obligée à affronter cette colère divine, elle devait mettre la main sur un navire plus grand, plus solide... et surtout, encore intact, car son bâtiment sombrait un peu plus à chaque seconde qui passaient.

La Rochelle était sa meilleure chance. Ou sa dernière.

Essayant de passer inaperçue tout en accélérant discrètement le pas, elle tenta de regagner la ville. Mais elle fut rapidement interceptée par le maître de port.

— Pas si vite ! Vous devez un sol pour l’amarrage de votre navire, et il me faut votre nom pour l’enregistrement.

Elle s’arrêta net, ferma les yeux et maudit cet homme intérieurement. Lesmaîtres de portétaient vraiment des fouines. Rien n’échappait à leur vigilance.

 Par les algues de l’enfer marin ! 

Le maître de port s’avança d’un pas lourd, les mains sur son carnet de recensements. Il avait vraiment le physique de l’emploi : petit, râblé, le ventre légèrement rebondi sous son manteau élimé et surtout, cette tête de fouine qui semblait fouiller chaque recoin du monde. Ses yeux, deux billes sombres et perçantes, scrutaient Lysandra avec une minutie presque insultante.

Son nez pointu frémissait au moindre mouvement. Une moustache maigre, mal taillée, achevait de lui donner l’air d’un homme né pour épier, noter, taxer et soupçonner.

Il renifla bruyamment, satisfait d’avoir intercepté une nouvelle « proie ».

— Alors ? Votre nom, madame. Et faites vite, j’ai d’autres navires à enregistrer.

Elle se retourna pour faire face à l’individu, puis jeta un regard au loin vers son bateau, qui s’enfonçait un peu plus avant de ne laisser dépasser que son mât à la surface de l’eau. Lysandra sentit sa patience vaciller. Si Calypso ne la traquait pas déjà, cet homme suffirait à lui faire perdre son sang‑froid. Recenser cette épave relevait du ridicule. Il n’y avait plus rien à répertorier.

— Que diriez-vous d’un louis d’or et... nous oublions le nom, d’accord ? lança-t‑elle d’un ton malicieusement charmeur en laissant glisser les pièces dans le livre de comptes.

Le vieil homme haussa ses sourcils hirsutes, surpris, puis referma brusquement son carnet avant de déclarer :

— Bienvenue parmi nous, Madame Johnson.

— J’aime quand on se comprend, répondit‑elle avec un clin d’œil avant de reprendre sa route.

Une fois en ville, la pirate remarqua qu’un événement battait son plein. Sans doute encore l’un de ces satanés officiers de la Marine Royale Française qu’on décorait pour avoir massacré un grand nombre de pirates. La célébration résonnait dans toutes les rues. La foule hurlait son enthousiasme et des coups de fusil claquaient en l’air.

Elle le maudit intérieurement, lui souhaitant une fin atroce en hommage à ses frères et sœurs tombés par sa faute.

Que ton âme se perde dans les courants sans jamais revoir la surface.

Elle profita de l’agitation générale pour se faufiler vers l’endroit où étaient amarrés les grands et robustes navires de la Royal Navy.

Les rues vibraient au rythme des tambours et des acclamations, offrant à Lysandra la couverture parfaite pour disparaître dans la foule.

Du moins, c’est ce qu’elle croyait.

À peine eut‑elle atteint la zone plus calme du port militaire que deux gardes de la Marine Royale surgirent devant elle, l’épée au flanc et l’air important.

— Hé, toi ! s’exclama le premier, un grand au regard vide. On ne passe pas ici sans autorisation.

Le second, plus trapu mais pas plus futé, hocha vigoureusement la tête comme un chien de garde trop zélé.

Lysandra leva les yeux au ciel. Bien sûr. Il fallait que ce soit eux. Elle les avait déjà vus plus de deux ans auparavant, lorsqu’elle était encore la célèbre capitaine duPurpleLeviathan. Ils avaient tenté de l’arrêter, mais, idiots comme ils l’étaient, elle s’était échappée avec une facilité presque ridicule. Et aujourd’hui encore, elle comptait bien les berner.

— Messieurs dit‑elle avec un sourire mielleux en repoussant du bout du doigt les pointes de leurs épées, vous tombez à pic. Je suis justement envoyée pour vérifier les amarres deLaProvidence. On m’a dit que seuls les meilleurs gardes surveillaient ce secteur... et je vois qu’on ne m’a pas menti.

Les deux hommes se redressèrent aussitôt, gonflant le torse, flattés comme des coqs de basse‑cour.

— Ah... oui, évidemment, répondit le grand, soudain très fier. On nous confie les missions les plus importantes.

— Les plus importantes, répéta l’autre, ravi d’être inclus dans la phrase.

Lysandra hocha la tête avec gravité, comme si elle confirmait une vérité universelle.

— Je n’en ai jamais douté. Maintenant, si vous vouliez bien me laisser passer... je ne voudrais surtout pas retarder votre travail exemplaire.

Les deux gardes échangèrent un regard, hésitèrent... puis s’écartèrent en même temps, presque au garde‑à‑vous.

— Allez‑y, madame. Et... bonne inspection.

Elle leur adressa un clin d’œil avant de poursuivre son chemin, intérieurement amusée. Manipuler ces deux‑là avait été plus simple que de voler un bonbon à un enfant.

Le calme relatif du port contrastait violemment avec la liesse de la ville. Ici, seuls résonnaient le clapotis de l’eau contre les coques et le craquement des cordages. Lysandra avança entre les rangées de navires, chacun plus imposant que le précédent. Elle les jaugeait d’un œil expert : trop petit, trop endommagé, trop surveillé...

Puis elle le vit.

Un trois‑mâts splendide, fraîchement entretenu, la coque sombre et lustrée, les voiles soigneusement repliées. LeMoineau. Un bijou. Rapide, robuste, parfaitement armé... et surtout, étrangement déserté. Les marins devaient être en ville, occupés à célébrer leur héros du jour.

Un sourire carnassier étira les lèvres de Lysandra.

— Parfait.

Elle s’approcha du navire, vérifia d’un coup d’œil que personne ne la regardait, puis grimpa agilement sur la passerelle. Le pont était vide. Elle se glissa jusqu’au gouvernail, puis vers les amarres. Il ne lui restait qu’à les détacher, à hisser une voile et elle serait loin avant même que les tambours ne cessent de battre.

Elle commença à défaire la première amarre.

— Madame ?

Lysandra se figea. Non. Pas eux.

Elle se retourna lentement... et découvrit les deux gardes idiots, plantés au pied de la passerelle, l’air perplexe.

— On... on ne savait pas que l’inspection incluait de... euh... détacher le navire, dit le grand, les sourcils froncés comme s’il tentait de résoudre une équation trop complexe.

— Oui, détacher, répéta le trapu, très fier de suivre la conversation.

Lysandra inspira profondément. Calypso devait se tordre de rire.

— Messieurs, dit‑elle avec un calme feint, vous êtes vraiment perspicaces. C’est justement une procédure spéciale. Très spéciale. Tellement spéciale que seuls les gardes les plus compétents peuvent m’assister.

Les deux hommes se redressèrent aussitôt, ravis.

— Nous ? Assister ? demanda le grand, les yeux brillants.

— Exactement, répondit Lysandra en descendant la passerelle pour les rejoindre. J’ai besoin que vous surveilliez l’entrée du quai. Personne ne doit approcher. C’est une mission de la plus haute importance.

Le trapu bomba le torse.

— De la plus haute importance, répéta‑t‑il, comme un perroquet satisfait.

— Et surtout, ajouta Lysandra en posant une main sur l’épaule du grand, si quelqu’un vous demande ce que je fais... vous dites que c’est confidentiel.

Les deux gardes échangèrent un regard grave, comme si elle venait de leur confier un secret d’État.

— Confidentiel, confirmèrent‑ils en chœur.

— Parfait. Maintenant, allez. Et souvenez‑vous : personne ne passe.

Ils partirent aussitôt, presque en courant, déterminés à accomplir leur mission avec un zèle disproportionné.

Lysandra les regarda s’éloigner, secouant la tête.

— Par tous les diables... que ferait le monde sans les idiots ?

Elle remonta sur leMoineau, prête à reprendre son larcin là où elle l’avait laissé. Elle détacha les amarres une à une. La tension, mêlée à l’excitation de quitter enfin cet endroit à bord d’un navire digne de ce nom, lui nouait presque la gorge.

Encore une, et le navire serait à elle. Le vent gonflait déjà légèrement les voiles, donnant l’impression de l’encourager à se dépêcher. Elle posa la main sur la dernière corde. Lysandra y était presque. Mais un hurlement strident fendit l’air, interrompant une fois encore son vol.

La pirate se retourna brusquement. Une femme venait de glisser du quai voisin, sans doute à cause d’un tonneau renversé et avait basculé dans l’eau glacée. Elle battait des bras, paniquée, ses jupons s’alourdissant à vue d’œil.

— Par les abysses..., souffla Lysandra.

Elle jeta un regard vers l’entrée du quai. Évidemment, les deux gardes idiots trottinaient sur place, affolés comme des poules.

Lysandra leva les yeux au ciel. Le destin avait un humour douteux.

— Ne restez pas plantés là ! Allez la sortir de l’eau ! ordonna‑t‑elle.

Les deux gardes se figèrent, se regardèrent, puis se penchèrent au‑dessus du quai... sans rien faire d’autre.

— C’est que... nous ne savons pas nager..., avoua le grand, inquiet.

— Pas nager..., confirma le petit, comme s’il posait un diagnostic.

Lysandra n’en pouvait plus.

Elle attrapa une corde, sauta duMoineauet courut jusqu’au bord du quai voisin mais la femme avait déjà disparu sous la surface, ne laissant que de petites auréoles qui s’élargissaient dans l’eau sombre.

Les deux gardes l’avaient suivie sans vraiment réfléchir — en même temps, en étaient‑ils capables ? — trottinant sur place comme deux chiens excités, les yeux rivés sur la scène.

— Il faut toujours tout faire soi‑même ! s’exclama Lysandra. Tenez‑moi ça, et n’abîmez pas mon tricorne ! ajouta‑t‑elle en leur fourrant son épée, son justaucorps et son tricorne dans les bras.

Sans plus attendre, elle plongea. La morsure glaciale de l’eau lui fouetta les joues, qui rosirent instantanément. Elle nagea aussi vite qu’elle le pouvait, ses muscles se crispant sous le froid.

Elle aperçut la jeune femme qui coulait lentement, inconsciente. Une fois à sa portée, Lysandra l’attrapa et tenta de remonter vers la surface. Mais malgré tous ses efforts, elle n’y parvenait pas.

Les vêtements de l’inconnue étaient bien trop lourds. Sans perdre une seconde, l’air commençant à lui manquer, elle lui arracha la robe, laissant la femme en sous‑vêtements afin d’alléger son poids.

Lysandra passa un bras sous celui de la jeune femme et la hissa contre elle. Le corps inerte pesait lourd, même allégé de sa robe. Ses poumons brûlaient déjà, réclamant de l’air. Elle donna un puissant coup de jambe, puis un autre, luttant contre l’eau glacée qui engourdissait ses muscles.

La surface semblait s’éloigner à mesure qu’elle s’en approchait.

Encore... encore un effort...

Elle resserra sa prise autour de la femme et battit des jambes avec une détermination farouche. Ses tempes pulsaient, sa vision se rétrécissait, mais une lueur argentée commença enfin à filtrer au‑dessus d’elle.

La surface.

Elle tendit le bras libre vers cette clarté tremblante, comme si elle pouvait la saisir. Un dernier coup de jambe, désespéré, et sa tête perça enfin l’eau dans une éclaboussure violente.

L’air s’engouffra dans ses poumons comme une brûlure.

Elle inspira, haleta, toussa, mais ne lâcha pas la femme. D’une voix rauque, elle cria vers le quai :

— Attrapez‑la !

Les deux gardes, qui s’agitaient comme des canards paniqués, se précipitèrent enfin au bord du quai. Le grand tendit les bras, manquant de tomber, tandis que le petit répétait :

— Elle remonte ! Elle remonte !

L’ancienne capitaine duPurple Levithanpoussa la femme vers eux, la maintenant hors de l’eau tant bien que mal. Les gardes réussirent à l’agripper et la hissèrent sur les planches, ruisselante et inconsciente.

Lysandra, elle, resta une seconde de plus dans l’eau glacée, reprenant son souffle, les cheveux plaqués contre son visage. Puis, d’un geste vif, elle attrapa la corde qu’elle avait laissée pendre et se hissa à son tour, trempée, grelottante... mais vivante.

— Elle ne respire plus ! s’écria le grand garde en posant sa main sur la carotide de la noyée.

En entendant ces mots, Lysandra n’hésita pas une seconde. Elle attrapa le corset de l’inconnue et le déchira d’un geste brutal. Aussitôt, la jeune femme inspira violemment et recracha l’eau qu’elle avait avalée.

— Je n’aurais jamais pensé à ça..., s’étonna le grand garde, les yeux écarquillés.

— Non, jamais pensé à ça..., répéta le trapu, admiratif.

— Ça se voit que vous ne connaissez rien aux femmes ! lança Lysandra, exaspérée.

Les gardes baissèrent la tête, penauds, tandis que la rescapée retrouvait un peu de couleur.

— Merci..., souffla l’inconnue, encore à bout de force.

Lysandra hocha simplement la tête, déjà prête à récupérer ses affaires et à disparaître avant que les ennuis n’arrivent. Mais à peine eut‑elle saisi son tricorne qu’une voix, avec la froideur d’une lame sortie de son fourreau, retentit derrière elle :

— Halte‑là !

Les gardes se figèrent aussitôt, raides comme des piquets. Lysandra pivota lentement, déjà prête à maudire la mer entière.

Un homme avança vers eux d’un pas mesuré, chaque talon claquant contre les planches du quai avec une précision militaire. Sa silhouette se découpait dans la lumière du port. Manteau bleu nuit impeccablement boutonné, épaulettes dorées, sabre au côté. Son tricorne portait l’insigne argenté des officiers supérieurs.

Un brigadier des armées navales. Mais pas n’importe lequel : Augustin Rochefort. Un homme dont le désir d’anéantir tous les pirates surpassait tout le reste.

Les deux gardes se mirent au garde‑à‑vous si brusquement qu’ils manquèrent de lâcher les affaires de Lysandra.

L’officier s’arrêta devant elle, les mains croisées dans le dos, le regard aussi tranchant qu’un harpon.

— Ainsi donc, dit‑il d’une voix grave, c’est vous qui semez le chaos sur mon quai.

Il balaya la scène du regard. La femme encore l’esprit brumeux, les gardes trempés jusqu’aux genoux, la corde encore pendante au-dessus de l’eau... et Lysandra, dégoulinante, son tricorne sous le bras.

— Je vois que vous avez un certain talent pour attirer les ennuis, Madame..., ajouta‑t‑il en laissant sa phrase en suspens, comme une invitation forcée.

Lysandra esquissa un sourire crispé.

— Johnson. Madame Johnson.

Le brigadier arqua un sourcil, sceptique.

— Johnson. Bien sûr.

Il fit un pas vers elle, suffisamment près pour qu’elle sente l’odeur de sel et de cuir de son uniforme. D’un geste brusque, il lui attrapa le bras et souleva sa chemise trempée.

Un « P » marqué au fer était gravé sur son avant‑bras gauche.

— Je m’en doutais. Pirate !

Puis, soulevant davantage le tissu, il découvrit un tatouage des plus intéressants.

— Voyez‑vous ça..., poursuivit‑il, le regard brillant de satisfaction. Je crois que nous tenons là un gros poisson.

Le tatouage représentait une émeraude éclatante entourée de chaînes brisées, un motif simple mais puissant, rappelant qu’aucune entrave ne pouvait la retenir.

— Lysandra l’Émeraude ! Voilà longtemps que j’attendais votre capture. Mettez‑lui les fers, ordonna‑t‑il avant de rebrousser chemin, tandis que d’autres gardes l’encerclaient, leurs épées pointées vers la pirate.

— Non, attendez, brigadier ! s’exclama la jeune femme tombée à l’eau. Cette femme vient de me sauver la vie !

L’homme de haut grade s’arrêta net et détailla la jeune femme. Lysandra ne l’avait pas remarqué plus tôt, mais à présent, à la vue de sa gestuelle, elle comprit qu’il s’agissait d’une noble. Cela ne sembla pourtant avoir aucune importance pour le brigadier.

— Elle a beau vous avoir sauvé la vie, Mademoiselle, elle n’en reste pas moins une pirate. Et les pirates, nous les arrêtons et les conduisons à l’échafaud. C’est tout ce qu’ils méritent, acheva-t-il sa phrase d’un ton dédaigneux avant de reprendre sa route.

L’ancienne capitaine duPurple Leviathanse laissa passer les fers sans broncher. Elle avait beau ne pas être ravie de se retrouver dans un tel pétrin, elle n’était pas suicidaire pour autant. Tenter de se débattre maintenant aurait été une cause perdue.

Maudissant la part d’elle qui refusait de laisser des innocents être blessés ou mourir, elle se laissa conduire par les gardes jusqu’au cachot.

La pirate jeta un dernier regard derrière elle et, en croisant le regard désolé de la jeune noble, esquissa un léger sourire, comme pour lui dire que tout allait bien.

Mais au fond d’elle, rien n’allait. Lysandra inspira profondément. LeMoineaun’avait jamais semblé aussi loin.