Chapitre 1
Adrienne n’en croyait pas ses yeux ou ses oreilles. Cette scène était digne d’une série Hollywoodienne. L’homme avec qui elle était depuis trois ans serait marié depuis huit ans. Un cocktail d’émotion se fit dans son corps. Honte, colère, stupéfaction.... Comment une telle chose pouvait-elle se dérouler ? Elle haleta qu’elle peinait à respirer et tout le monde la regardait en folle. Petite précision, les membres de la famille de son défunt fiancé. Nicolas lui attrapa le tour de la taille et extradant du couloir actuel pour le couloir suivant. Il la força à s’asseoir sur l’une des chaises et prit place près d’elle. Manuella voyant son amie effarée se proposa d’aller lui chercher de quoi boire.
On aurait dit qu’on avait vidé l’âme d’Adrienne. Ses yeux ne reflétaient aucune émotion mais son cœur lui passait par toutes. Elle se mit à trembler telle une feuille si fort que sa respiration devint bruyante.
- Respire ! Respire ! Lui ordonna Nicole posant délicatement sa main contre son dos.
- Ah...Ah...elle ne parlait qu’en onomatopée, tellement elle était choquée. Comment ? Mon Yann était... marié ? Huit ? Trois ? Dans ce monologue rempli de désillusion, elle tourna son regard vers Nicolas : Dis-moi que ce n’est pas vrai !
- Adrienne, j’aurais aimé mais...je...elle recouvrit ses yeux de ses mains puis fondit en larmes. Pleure ! Pleure !
- Ma vie a été un mensonge ! Nicolas... Nicolas... pince-moi ! Il n’y a donc plus d’hommes fidèles sur cette Terre? Poussa-t-elle d’une voix si perçante qui révélait sa douleur.
Bryan trouva enfin Adrienne. Alors qu’il s’apprêtait à engager sa course pour le couloir, il fut interpellé par Manuella : « Où vas-tu comme ça hein ? » Le coupa Manuella, lui barrant la route d’un ait agressif.
- Bonsoir Manuella…
- Oh. Je m’en fous de tes bonnes manières. D’ailleurs, ne joue pas celui qui en a. Vu ce qu’il vient de se passer, tu es le moins bien éduqué de tous ici, répliqua Manuella. Cesse donc cette tête d’enterrement. Ou si tu tiens à la garder, qu’elle soit au moins pour ton ami décédé. Car si c’est pour mon amie, tous les deux fixent Adrienne, je te conseille d’arrêter ta mascarade.
- Manuella, je suis réellement désolé.
- Désolé ? De quoi ? Qu’elle ait eu à découvrir qu’elle était la maîtresse de son fiancé ? Ou que ton ami soit décédé ? Bryan prit une longue inspiration essayant avec tant bien que mal de ne pas pleurer. Mais alors qu’il jouait de ça, Manuella se mit à taper des mains. Quel beau jeu d’acteur ! Scande-t-elle. Qu’on lui donne un oscar ! Regarde mon amie toute abattue. Regarde-la souffrir. Elle ne vous a rien fait. Elle voulait juste de l’amour...sincère, véritable !
- Je sais. Personne ne mérite qu’on lui fasse une telle chose. Mais…je n’étais pas le mieux placé pour lui dire une telle chose, confessa Bryan.
- Mais au moins tu as essayé de raisonner ton ami ?
- Oui, s’est-il empressé de répondre.
- Mensonge ! Interrompit assez rapidement Manuella. De toute manière, il est décédé et personne d’autre que lui et Dieu ne pourront nous l’affirmer. Rebrousse chemin !
Bryan vit dans le regard de Manuella une grande détermination. S’efforcer à parler avec Adrienne ne ferait qu’aggraver sa situation. Il exécuta sur le champ et repartit où il était. Manuella quant à elle, dévala jusqu’à son amie et lui tendit la bouteille d’eau apportée. Nicolas s’en saisit et l’ouvrit pour elle. Cette dernière repoussa la bouteille sans tarder et se leva brusquement : « Allons-nous-en ! Je ne veux plus rester ici... » les fit-elle comprendre.
- Ok ! Allons ! Je vais aller prendre la voiture !
De l’autre côté aussi, le choc de la petite scène ne laissait personne indifférent. Paula, l’épouse n’avait dit moindre mot depuis lors. Ses yeux gonflés avaient tellement versé de larmes pour le départ de son mari et elle ne les referait pas pleurer pour une telle histoire. Elle regardait Bryan se mêler à eux tel un petit chien la queue entre les jambes. Son visage esquissa un léger sourire en coin tandis que ses yeux hurlaient de douleur. Elle leva les yeux au ciel et récita une petite prière à voix basse. Sa mère aussi présente s’approcha d’elle : « Ma fille, tu devrais rentrer ! Notre place n’est pas parmi ses hypocrites ! » Lui a-t-elle soufflé dans son oreille. Paula ne traîna pas des pieds. Elle attrapa son sac et suivit sa mère.
- Mais où allez-vous ? Demanda la maman de Yann. Une femme n’abandonne pas la dépouille de son mari ainsi !
- Ma fille est-elle son épouse ? Je ne crois pas ! Je l’ignore ! Vous étiez tous au courant pour sa deuxième femme ici non ? S’il avait fait de ma fille son épouse alors il ne serait pas allé chercher une autre. Appelez-la elle et demandez-lui de rester à ses côtés. Elle souhaitait y être même ! Répondit la maman de Paula s’adressant directement à la belle-mère de sa fille. Elle essuya ses pieds sur le sol et avança. Paula s’arrêta. Tu fais quoi encore derrière ? On y va, trancha-t-elle en sa fille dans leur dialecte.
- Ma fille, que dit la tradition ? La coutume ? Tu ne peux laisser ton époux ainsi et aller te reposer ! Reprit sa belle-mère.
- Belle-maman, oui dès à présent je ne vous ferais plus honneur de vous appeler maman. Tout le couloir s’exclama. J’entendais toujours dire que la famille de ton mari n’est pas ton mari, je le confirme. Comment une mère comme vous, une femme d’abord...avez-vous pu laisser faire ça ? Accepteriez-vous qu’on fasse de même à votre fille ? Non ! Dieu merci tout ce que Dieu est fait bon ! Je ne me réjouis pas de sa mort mais au moins on a su ! J’ai des enfants à faire coucher !
Ils la regardèrent s’éloigner silencieusement, chacun la jugeant et prenant son histoire face à cette histoire. Elle passa devant Bryan et l’entendit s’excuser. Sourde oreille ! Elle attrapa la main de sa mère et toutes deux disparurent.
A l’extérieur, les deux rivales se croisèrent au loin. Adrienne qui s’apprêtait à monter dans la voiture de Manuella et Paula aux côtés de sa mère. Paula ressentait une humiliation grandissante et une colère noire pour son défunt mari et cette Adrienne. Quant à Adrienne, de la haine pour n’avoir pas pu avoir la place de celle-ci. Elle était le secret, la maîtresse et Paula, celle que tout le monde connaissait. Elle affichait clairement sa bague, portait son nom et ses enfants. C’était elle la véritable épouse ! Admettre cela fit de longues déchirures dans l’âme d’Adrienne. Le moteur ronfla et ils purent prendre la route.
Manuella lança de la musique aléatoire pour détendre l’atmosphère durant le trajet. Adrienne garda la tête collée contre la vitre et les yeux hors du champ. Elle divaguait entre souvenir et réalité. Il n’était donc pas pétrolier comme il lui avait dit. Tous ces voyages n’étaient donc pas pour le travail mais pour son autre famille. Tout sonna clair dans sa tête à présent. La peine silencieuse est bien la plus lourde à supporter. Quand on ne peut trouver des mots pour exprimer ce que l’on ressent, il vaut mieux rester en silence et l’évacuer du mieux qu’on peut.
Une heure et demie plus tard,
Le cœur d’une mère est sans doute l’une des choses les plus sûres sur Terre. Josiane n’arrivait point à fermer l’œil de toute la nuit. Elle imaginait sa fille actuellement. Une immense tristesse. Paula n’avait même pas mangé. Dans son état, ce n’était pas bien. Elle voulait se rassurer que sa fille s’alimente au moins bien pour ce petit bout de choux qui était en route depuis cinq mois. De la lumière dans la cuisine, elle devait y être. Une fois à l’intérieur, elle vit sa fille à l’extérieur à la véranda. Assise par terre, dos à la maison et embrassant la petite piscine qu’ils avaient : Tu devrais dormir...Paula sursauta mais reprit son calme lorsqu’elle reconnut la voix de sa mère.
- Maman, comment dormir après tout ce que j’ai appris aujourd’hui ? Josiane prit place de sa fille et la laissa poser sa tête sur son épaule. Mon mari, l’homme parfait n’était pas si parfait. Normal, c’est un homme !
- Non, ma chérie ! Ne pense pas de la sorte !
- Comment devrais-je penser ? Demanda Paula à sa mère la voix presque cassée.
- Paula, tu dois manger...répondit Josiane qui cherchait à éviter les longs débats. Tu es enceinte, ne l’oublie pas !
- Je n’ai pas faim. Je mangerais plus tard ! Maman, les hommes sont-ils tous infidèles ? Je veux dire j’ai porté quatre grossesses pour lui dont une fausse couche. J’ai mis ma santé en danger pour lui donner ses enfants. Je participe à toutes les charges de la maison, je suis présente, tout et tout. Mais il a préféré voir ailleurs, fit-elle savoir à sa mère. Tant de fois je me disais qu’il travaillait quelque part sur cette Terre alors qu’il n’était qu’à quelques trains de nous avec une autre...qu’il comptait épouser…
- Tu sais ce que je pense de l’infidélité. Et s’il était vivant, je t’aurais demandé de plier bagage. Josiane se racla la gorge avant de continuer, j’avais une copine Malia…. Elle était très belle. Nous avions grandi ensemble. Elle s’est marié trois ans avant moi avec un monsieur assez stable financièrement. Seulement, leur mariage était précipité. Il était dans la trentaine et la famille voulait qu’il se responsabilise. Il l’avait épousé deux mois après leur rencontre. Tout se passait bien en apparence jusqu’à sa cinquième année de mariage. Pendant ce temps, le monsieur avait des relations extraconjugales et Maria le savait, elle pardonnait. Malia était devenue si faible et amincie. Les résultats ont prouvé qu’elle était atteinte du VIH/SIDA. Ma copine était très fidèle et pieuse, ça ne pouvait qu’être son mari. Elle l’avait confronté, il a nié et avait répudié Malia. Par chance, la famille de Malia a pu continuer son traitement et son mari s’est trouvée une femme. Sa nouvelle femme était sa maîtresse et une ancienne prostituée. On a appris des échos lors de la mariage que la mère du monsieur était contre vu le statut de la nouvelle femme. De là, proviendrait donc la maladie. Il est mort en premier, Malia trois années plus tard et la maîtresse, je ne sais pas ce qu’elle est devenue, expliqua Josiane. Depuis ce jour, je prône la fidélité dans le couple !
- La pauvre dame ! Mon Dieu !
- Je me rappelle quand je l’ai vu allongée dans ce cercueil, je me revoyais à des jours avant son décès. Malia faisait fréquemment des rechutes mais à chaque fois, elle s’en sortait. Mais cette fois ce n’était plus pareil. Malia ne parlait même plus, elle qui était une pipette. Elle restait allongée sur le lit comme un cadavre et entendait sa dernière heure pour partir. Sur son lit de mort, elle nous demandait de ne jamais pardonner l’infidélité. De partir dès la première occasion.
- Elle a bien raison mais quel homme sur Terre est fidèle ?
- C’est ce qu’ils veulent vous faire croire ! Ils le sont. Si nous femmes sont fidèles à nos maris et que nous sommes issus d’eux, alors ils peuvent l’être ! Justifia Josiane à sa fille.