Vitiated

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Summary

"Certains amours sont des refuges. D’autres sont des poisons." Quand sa sœur Kaylee part pour le Yémen, Nora se retrouve seule face à Ashton, le petit ami de sa sœur. Ashton est instable, hanté par un passé de violence et une peur viscérale de l’abandon. Entre eux, une tension interdite s’installe, un mélange dangereux de besoin et de désir. Pour échapper à cet engrenage, Nora se tourne vers Aaron, dont la douceur semble être le remède parfait. Mais dans ce jeu de loyautés brisées et de secrets enfouis, personne n'est vraiment ce qu'il prétend être. Jusqu'où peut-on aimer sans se détruire ? Dans un monde où les sentiments deviennent des armes, Nora s'apprête à découvrir que le danger le plus grand ne vient pas toujours de l'ennemi que l'on croit.

Genre
Drama
Author
Flav
Status
Complete
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1

Ashton

Kaylee replia le t-shirt avec une précision presque excessive.

Elle savait qu’elle n’en aurait pas besoin de la moitié. Là-bas, au Yémen, le confort serait secondaire. Mais elle continuait. Comme si organiser sa valise lui permettait de retarder le moment où elle devrait affronter ce qu’elle s’apprêtait réellement à faire : partir.

— Tu es sûre que tu n’oublies rien ? demandai-je depuis l’embrasure de la porte.

Elle leva brièvement les yeux vers moi, un sourire léger aux lèvres.

— J’ai vérifié trois fois.

— Tu fais toujours ça quand tu doutes.

Elle referma la fermeture éclair un peu trop vite.

— Je ne doute pas.

Je m’approchai et m’assis sur le bord du lit. J’observe la valise quelques secondes, puis Kaylee. Elle évitait son regard. Mauvais signe.

— Kaylee…

Elle soupira, passa une main dans ses cheveux.

— Ne recommence pas.

— Je pose juste une question.

Je marquai une pause.

— Tu es vraiment sûre de ton choix ?

Elle se redressa.

— Oui.

— Parce que si tu hésites, même un peu…

— Je n’hésite pas, Ashton.

Sa voix était ferme, mais je la connaissais trop bien pour ne pas entendre ce qu’elle cachait derrière.

— Le Yémen, repris-je plus calmement. Ce n’est pas une mission facile. C’est dangereux. Instable.

Je baissai la voix.

— Tu pourrais aider autrement. Plus près. Sans t’exposer autant.

Kaylee secoua la tête.

— Construire des puits, Ashton.

Elle s’arrêta enfin de bouger.

— Des villages entiers n’ont pas accès à l’eau potable. Des enfants boivent de l’eau contaminée. Des familles marchent des kilomètres pour remplir un bidon.

Elle me regarda droit dans les yeux.

— Je ne peux pas rester ici à faire semblant que ça ne me concerne pas.

Un silence s’installa.

— Et moi ? demandai-je doucement.

Elle s’adoucit immédiatement.

— Toi, tu comptes.

Elle s’approcha et posa ses mains sur mon visage.

— Mais justement. Si je reste alors que je sais que je peux aider… je ne me le pardonnerai jamais.

Je fermai brièvement les yeux.

— J’ai peur pour toi.

— Je sais.

— J’aimerais que tu restes.

— Moi aussi.

Elle se pencha et posa son front contre le mien.

— Mais c’est important. Ça me tient trop à cœur pour que je fasse demi-tour maintenant.

J’inspirai profondément, puis hoche la tête.

— Alors je te soutiendrai.

Ma voix était grave.

— Peu importe la distance. Peu importe le temps. Je serai là.

Kaylee sourit, les yeux brillants.

— C’est pour ça que je t’aime.

Nous restèrent ainsi quelques secondes, silencieux, conscients que rien de ce qu’ils diraient allégerait vraiment la séparation.

Puis Kaylee attrapa sa valise.

— Je dois y aller.

Je me lève pour prendre la poignée à sa place.

— Je t’accompagne.

À cet instant précis, alors que je refermé la porte derrière nous ,je comprit que ce départ n’était pas seulement celui de Kaylee.

C’était le début de quelque chose que je ne contrôlais pas.

Et les choses qu’on ne contrôle pas…

finissent toujours par laisser des traces.

Kaylee attrapa sa valise et descendit lentement les escaliers.

Chaque marche résonnait un peu trop fort dans le silence de la maison. Elle connaissait ce bruit par cœur, mais aujourd’hui, il lui donnait l’impression de compter le temps qu’il lui restait avant de partir. En bas, la porte d’entrée était entrouverte. L’air frais du matin s’infiltrait déjà à l’intérieur.

Nora était là.

Debout sur le pas de la porte, les bras croisés, le regard fixé droit devant elle. Comme si elle s’était postée là pour empêcher quelque chose. Ou quelqu’un. Elle n’avait pas encore mis ses chaussures. Elle ne partait pas. Elle attendait.

Kaylee s’arrêta une seconde sur la dernière marche.

— Je suis désolée, dit-elle doucement.

Nora tourna lentement la tête vers elle.

— De partir comme ça ?

Kaylee hocha la tête.

— Oui. J’aurais dû t’en parler plus tôt.

Un rire bref, sans joie, échappa à Nora.

— Plus tôt, ça aurait été bien, oui.

Elle haussa les épaules.

— J’aurais aimé être au courant avant de me réveiller avec ton départ dans la figure.

— Ce n’était pas contre toi, répondit Kaylee aussitôt.

— Je sais.

Cette réponse surprit Kaylee. Elle s’approcha un peu.

— Tu sais ?

— Je sais que tu fais toujours les choses comme ça.

Nora la regarda enfin vraiment.

— Tu décides, et après tu expliques.

Kaylee baissa légèrement les yeux.

— Je voulais être sûre avant d’en parler.

— Pour pouvoir me dire que tu avais raison, c’est ça ?

— Non.

Kaylee inspira profondément.

— Pour pouvoir te regarder dans les yeux et te dire que je le faisais parce que c’était important. Parce que ça me tient à cœur.

Un silence s’installa.

— Je comprends ton point de vue, finit par dire Nora.

Sa voix était plus calme.

— Vraiment. Construire des puits, aider des gens qui n’ont même pas accès à l’eau potable… Je comprends.

Kaylee sentit une légère détente dans sa poitrine.

— Merci.

— Mais ça ne change rien au fait que tu pars, ajouta Nora.

— Je sais.

— Et que tu me laisses ici, continua-t-elle, avec ton mec chargé de me surveiller.

Kaylee se tourna vers moi, qui me tenait un peu en retrait, près du mur. Je n’étais pas intervenu.J’attendais.

— Ashton, dit-elle alors, la voix plus ferme, n’oublie pas ce que je t’ai demandé.

— Je n’oublierai pas.

— Veille sur elle.

Kaylee insista du regard.

— À l’université. Et ailleurs. S’il te plaît.

À cet instant précis, Nora explosa.

— Ça suffit.

Kaylee se figea.

— Je ne suis pas un bébé, lâcha Nora.

— Nora…

— Non, laisse-moi finir.

Elle se tourna vers moi, le regard brûlant.

— Ce n’est pas à ton mec de me gérer. Je suis assez grande pour m’occuper de moi toute seule.

— Personne n’a dit le contraire, tenta Kaylee.

— Si, exactement ça que tu dis !

Nora se rapprocha d’un pas.

— Tu pars et tu laisses quelqu’un à ta place pour faire semblant que tu prends encore soin de moi.

Kaylee sentit son cœur se serrer.

— Je fais ça pour ton bien.

— Mon bien ?

Nora éclata d’un rire nerveux.

— Si tu voulais prendre soin de moi, tu n’avais qu’à rester.

Les mots furent plus violents que Nora ne l’avait prévu.

Ils frappèrent Kaylee de plein fouet.

— Tu crois que c’est facile pour moi ? demanda Kaylee, la voix tremblante malgré elle.

— Tu crois que je pars sans y penser ?

— Alors pourquoi tu pars ? cria Nora.

Kaylee posa sa valise.

— Parce que je sais que tu te mets dans des situations compliquées sans t’en rendre compte.

Elle s’approcha.

— Parce que tu fais confiance trop vite. Parce que tu crois que tu peux tout gérer seule alors que parfois, ce n’est pas vrai.

— Tu n’as pas le droit de dire ça.

— Si, j’ai le droit.

Kaylee la fixa, les yeux brillants.

— Je suis ta sœur. Et j’ai passé trop de temps à réparer les conséquences de tes décisions pour faire semblant de ne rien voir.

Nora resta silencieuse. Les mâchoires crispées.

— Je ne veux pas te contrôler, continua Kaylee plus doucement.

— Je veux te protéger.

— Je n’ai pas besoin de protection, murmura Nora.

— Si.

Kaylee posa une main sur son bras.

— Même quand tu crois le contraire.

Nora se dégagea.

— Pars, dit-elle simplement.

— Nora…

— Pars avant que je dise quelque chose que je regretterai.

Kaylee la regarda longuement, puis hocha la tête.

— Je t’aime.

Nora ne répondit pas.

Kaylee attrapa sa valise, franchit le seuil de la porte. Juste avant de sortir, elle se tourna une dernière fois vers moi.

— Prends soin d’elle.

J’acquiesça.

Et Kaylee partit avec la certitude douloureuse qu’en voulant protéger sa sœur, elle venait peut-être de créer une faille bien plus grande qu’elle ne l’imaginait.