Entre deux monstres

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Summary

Les monstres portent des masques. Ils sourient, Ils parlent, Ils vivent parmi les autres. Certains se salissent les mains. D’autres préfèrent rester dans l’ombre et regarder les autres sombrer. Quand leurs chemins se croisent, une seule chose est certaine : l’un finira par chasser… et l’autre par être chassé.

Genre
Thriller
Author
Hyun
Status
Ongoing
Chapters
8
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 — Ce que les gens ne voient pas

Les gens aiment mettre des mots sur les choses.

Ça les rassure. “Art”. “Beauté”. “Sens”. Comme si nommer quelque chose suffisait à le comprendre.

Pour eux, l’art, c’est ce qu’on accroche à un mur. Ce qu’on applaudit dans une salle sombre. Ce qu’on photographie pour le montrer aux autres. Ils parlent d’émotion, de message, de liberté. Ils disent que l’art doit faire ressentir quelque chose. Ils disent aussi que l’artiste est quelqu’un de sensible. Parois fragile, souvent inspiré.

Je les observe parler de tout ça avec une certaine fascination.

Certains sculptent la pierre, D’autres peignent des toiles, D’autres encore écrivent des histoires pour donner l’illusion de comprendre le monde.

Moi, je travaille avec ce que les gens préfèrent ne pas regarder.

Je dirais pas que je suis vraiment un artiste. Certes, je produis de l’art. Mais je dirais plutôt que je suis… un prédateur.

C’est drôle, quand on y pense.

Les prédateurs sont toujours vus comme des bêtes. Instinctifs. Sales. Désordonnés.

Je ne suis rien de tout ça.

Tout est propre, Tout est précis, Tout est pensé.

Et pourtant, quand je ferme les yeux, ce n’est pas l’odeur du sang que je sens en premier.

C’est l’odeur d’une maison sans chaleur.

D’une femme qui ne regardait jamais son fils.

D’un homme qui avait perdu sa place avant même d’avoir compris qu’il était en train de tomber.

Mais ça… c’est une autre histoire.

J’étais affalé sur ma chaise, perdu dans mes pensées, quand quelqu’un frappa du bout des doigts sur la table en bois devant moi. Le bruit sec résonna plus fort que nécessaire dans la salle.

— À quoi tu pensais, si perdu ?

C’était le délégué de classe.

Je levai les yeux vers lui, puis esquissai un sourire qui se voulait normal. Le genre de sourire qu’on utilise pour ne pas avoir à expliquer ce qui se passe vraiment dans sa tête.

— Aux examens, répondis-je simplement. Ils approchent.

Ce n’était pas tout à fait un mensonge.

Les examens approchaient vraiment. Tout le monde en parlait. Les professeurs, les élèves, même ceux qui faisaient semblant de s’en moquer.

Mais ce n’était pas ce qui occupait réellement mes pensées.

Le délégué me regarda, puis sourit, comme toujours.

— Tu ne devrais pas t’inquiéter. De toute façon, tu es toujours le meilleur.

Oui. C’est toujours ça, lui.

Le gentil délégué de classe. Admirable. Adoré.

Si on demandait aux élèves quel genre de personne il est, ils ne diraient que des éloges. Jamais un mot de travers. Pour les professeurs, c’est un modèle à suivre. L’élève parfait. Poli. Travailleur. Responsable.

Pathétique.

Il répond oui à tout. Il accepte tout. Il s’excuse même quand ce n’est pas sa faute. Le petit toutou de tout le monde. Toujours prêt à aider. Toujours prêt à sourire. Toujours prêt à s’effacer.

Et pourtant… jamais premier.

Jamais.

Pourquoi, à votre avis ?

Pourquoi alors qu’il révise tous les jours, qu’il fait même des nuits blanches, qu’il arrive parfois en cours avec des cernes si profondes qu’on dirait qu’il n’a pas dormi depuis des semaines ?

La réponse est simple.

Parce que moi, j’ai toujours été premier.

Dans tout. Absolument tout. Le sport, Les classements, Les concours, Les notes, Les regards des profs.

Toujours devant lui. Toujours.

Je voyais bien l’effort qu’il faisait. La façon dont il serrait les dents quand les résultats étaient affichés.

Je le méprise plus que n’importe qui d’autre dans cette salle.

Mais je retiens mon dégoût. Je garde mon sourire. Je hoche la tête comme si ses mots me touchaient vraiment. Comme si sa gentillesse avait un sens.

— Peut-être, répondis-je simplement.

Une réponse vague. Suffisante. Inoffensive.

C’est ça, le plus important : rester ordinaire.

Avoir une vie tout à fait normale. Des notes parfaites. Une attitude calme. Un visage tranquille.

Personne ne soupçonne jamais celui qui n’a rien à se reprocher.

Je baissai de nouveau les yeux vers mon cahier.

Derrière moi, quelqu’un riait. Plus loin, un professeur demandait le silence.

La vie continuait. Simple. Banale.

À la fin des cours, je suis rentré chez moi, épuisé d’avoir joué le “sociable” toute la journée.

Ouvrant la porte, j’ai entendu des rires venant de la cuisine.

C’étaient la femme de mon oncle paternel et sa fille, occupées à cuisiner ensemble dans cette ambiance légère et chaleureuse, le genre de scène que l’on associe à un moment précieux entre mère et fille

Deux servantes les aidaient en silence, passant de la vaisselle aux ingrédients, ajoutant leurs gestes précis sans interrompre le flot de leur complicité.

Elles ont entendu mes pas.

Je me devais d’être social une dernière fois.

La femme de mon oncle s’est tournée vers moi, un sourire déjà accroché aux lèvres.

— Tu rentres tôt aujourd’hui. Tu dois être fatigué.

La petite n’a rien dit, mais elle me souriait. Un sourire simple. Naturel.

Je me suis légèrement incliné, puis j’ai répondu avec le même masque que d’habitude.

— Oui, tata. Je suis fatigué. Je vais me reposer dans ma chambre.

— Vas-y, je t’enverrai quelqu’un quand le dîner sera prêt 

J’ai hoché la tête et je suis monté.

Ma chambre m’a accueilli dans son silence.

Seule. Vide. Froide.

Ça me rappelait mon ancien chez-moi”.

Je posai mon sac près du lit sans allumer la lumière. Je n’en avais pas besoin. Cette pièce, je la connaissais déjà trop bien, même si ce n’était pas vraiment la mienne. Les murs étaient propres. Trop propres. Comme une chambre d’hôtel où personne ne reste assez longtemps pour y laisser une trace.

Je m’allongeai sur le dos et fixai le plafond.

Et, comme toujours, les souvenirs revinrent.

Avant, il y avait une autre maison. Plus grande. Plus silencieuse.

Mon père rentrait tard. Toujours fatigué. Toujours ailleurs.

Ma mère, elle, restait enfermée dans sa chambre, Je me souviens du bruit de la porte. Toujours le même. Sec. Définitif. Comme si elle coupait le monde en deux à chaque fois qu’elle la fermait. Elle ne me demandait jamais comment s’était passée ma journée, Elle ne me demandait rien du tout.

J’arrêtai de penser au passé.

Je fermai les yeux, laissant le silence m’envelopper, Il n’y avait rien d’autre que le battement régulier de mon cœur, le souffle calme dans la chambre, et…... l’excitation.

L’excitation de la prochaine chasse.

Mon sourire s’élargit légèrement, Personne ne soupçonnerait jamais.

Ça faisait deux ans aujourd’hui. Deux ans que je me retenais. Deux ans à marcher droit, à parler juste, à respirer comme tout le monde. Deux ans...... Aujourd'hui j'en peux plus.

Les pulsions me dévoraient de l’intérieur, comme une bête enfermée trop longtemps dans une cage trop petite.

Troisième....

Le mot résonna dans ma tête, J’avais trop hâte, Trop impatient.

C’était presque ridicule, cette sensation. Comme un enfant qui attend un cadeau, comme quelqu’un qui compte les secondes avant un événement important. Sauf que ce n’était ni une fête, ni une réussite.

c'est n'est pas l’acte qui me hante, c'est ce qu’il laisse en moi.

Il y avait eu, autrefois, cette sensation précise. Brève. Tranchante. Claire. Comme si, pendant un instant, tout s’alignait enfin. Comme si le monde cessait de faire du bruit.

J’étais encore plongé dans mes pensées lorsqu’un coup discret retentit à la porte m’arracha à mes pensées, annonçant que le dîner était prêt.

Je remis mon masque en place avant de sortir de la chambre. Le même que d’habitude. Celui qui rassure.

Celui qui fait oublier. Celui qui me rend invisible, Dehors, le monde continuait comme si de rien n’était.