Chapitre 1

Drazic
Un rayon de soleil filtre par la fenêtre de ma chambre et je soupire en craignant déjà cette nouvelle journée. 365 jours que je survie depuis cet incident, et je n’arrive toujours pas à passer une nuit de sommeil réparatrice. Il faut dire que tout s’est emballé si vite, que je ne me suis pas rendu compte de ce qui m’arrivait. Je n’ai pas pris conscience de ma vie, jusqu’il y a six mois, lorsque je me suis retrouvé face à mon père et Jessie… Je vivais comme un zombie, ne suivant que les règles que l’on me dictait durant chaque travail d’intérêt général que l’on m’imposait. Tout cela pour ne pas songer à celle qui me martèle intérieurement depuis ce jour. Morgane… son sourire… la façon dont elle faisait déborder sa pâte de chocolat sur le bord de sa bouche. Cette aisance qu’elle avait de faire chavirer les battements de mon cœur, et cela, juste avec sa présence. Ses cheveux ondulés de couleur feu, qui s’entortillaient si bien dans mes doigts. Son regard émeraude illuminé qu’elle portait sur moi, avec ses rougeurs sur ses joues qui faisaient ressortir quelques tâches de rousseurs…
Je soupire tout en portant ma main à ma poitrine, cette brulure constante ne faiblit pas, tout comme cette souffrance vis-à-vis de sa mère.
Mon père ne semble pas m’en vouloir, il accepte la situation… Quant à elle… Jessie semble résigner à juste vivre à ses côtés, ne parlant plus de leurs fiançailles, ni de leur mariage, d’après les dire de Rod. Je me suis toujours demandé, si elle était au courant de tout… Rod m’a certifié qu’elle ne savait rien. Pourtant, elle est consciente à l’intérieur d’elle, que sa fille a quitté Wichita à cause de moi…
Je finis par me lever afin de m’habiller, l’odeur de la caféine remplit l’appartement pendant que je regarde mes messages. Il semble qu’une nouvelle enfant se présente au centre aujourd’hui et qu’elle me soit assignée. J’éteins mon portable, enfouissant mes doigts dans la longueur de mes cheveux. Si j’avais su que je passerais mes fautes à aider des enfants orphelins à la suite des intempéries mortelles de notre climat, j’en aurais ri à exploser mes poumons. Cependant, Jhon avait raison de me rappeler que ceci fait partie du travail de chasseurs de tornades. Je tenais plus que tout à ce métier, voulant protéger les autres, pouvoir les prévenir de l’attaque imminente. Mais récemment, je me suis rendu compte que je peux aider les gens différemment. Je parviens à soutenir les familles qui ont perdu un proche, juste par une présence, et depuis quelques semaines, je peux donner un peu de joie aux orphelins dû à ses horreurs. Je vous sens ahuri de mes mots, moi qui ne vivais que pour les pourchasser, et qui les adulais… Me voilà, chaque jour, en train de réaliser à quel point, elles nous font tous souffrir.
Ma tasse de café finie, j’attrape mes clés et je sors de l’appartement en mettant ma capuche. Je sais que tout le monde m’a pardonné, mais je n’en reste pas moins celui qui a explosé et qui a failli tuer un des hommes puissants de la ville… après mon père. Je n’ai eu aucun contact avec eux et encore moins avec celle qui se prend pour ma sœur. Mon père m’a appris qu’elle était partie au Kansas, ne voulant pas que je sois mal à l’aise de sa présence. Aaarg… il faut croire que mes sœurs ne font que passer.
J’arrive au centre, saluant Cynthia d’un hochement de tête et je me rends dans le bureau de Grâce. Cette femme me connait depuis mon enfance et je n’ai pas besoin de jouer les beaux gosses devant elle. Personnellement, cette attitude ne me dérange pas, j’en ai fini avec les gonzesses…
— Oh Drazic, tu arrives à temps ! s’exclame-t-elle en prenant un dossier en mains.
Pas le temps de me poser, qu’elle file déjà dans le hall pour rejoindre le jardin. Je la suis, toujours surpris que ces petites jambes puissent aller si vite. Elle devait faire des marathons dans sa jeunesse.
— Reina est arrivée tôt ce matin, commence-t-elle en continuant à marcher, Malheureusement, elle n’est pas du tout encline à vouloir venir dans la salle commune pour saluer tout le monde. Bon, je sais ! Elle ne reste que quelques semaines, mais elle doit se sentir ici chez elle.
Nous passons la porte qui donne dans le jardin, et j’aperçois une silhouette assise dos à nous. Ses cheveux noirs sont tressés simplement, et je souris en voyant porter une veste noire en cuir trop grande pour elle. Peut-être un vêtement de son père ?
— J’aimerais que tu t’occupes d’elle. Je sais que tu as le don de les…
Elle m’observe un instant, détaillant ma propre veste un moment.
— Je pense que vous vous entendrez bien…
Ah, cela est clair pour elle, mais moi pour moi. Reina ne daigne pas lever le menton pour me saluer, arrachant la pauvre herbe entre ses jambes. Me voilà parti pour un monologue, où je lui parle des lieux et des autres enfants présents. Aucune réaction, même pas un faible mouvement de ses traits et j’expire profondément en me couchant dans l’herbe.
— Bon, puisque je n’ai rien à faire de plus, je vais faire une sieste. Tape-moi lorsque tu veux rentrer, lui fais-je part en fermant les paupières.
Mes bras s ous ma nuque, je fais mine de fredonner, laissant juste le temps se passer entre nous.
— Tu aimes les lucioles ?
Mon corps se crispe instantanément, le son de mon fredonnement se bloque dans ma gorge. J’entrouvre les yeux, laissant mon regard porté dans les nuages, tandis que mon bras se déplie pour me rendre compte du bout de mes pulpes que son collier est par-dessus mon pull à capuche.
— Mon père aimait cela aussi, continue-t-elle d’une faible voix.
Mes narines se dilatent, enlevant ce souvenir… Sa tristesse, sa détresse dans la pénombre de ma chambre, lorsque ses pires cauchemars foudroyaient le ciel.
— Tu aimes les motos ? l’interrogé-je en me redressant tout en glissant mon collier dans mon pull.
Il n’en faut pas plus pour qu’elle s’ouvre à moi les jours suivants. Nous nous rendons souvent sur la plaine, où je lui montre les chevaux qui profitent de leur liberté, ou de mes amis qui filent à la recherche d’une bourrasque. Etonnement, malgré ce qu’elle a vécu durant la dernière catastrophe qui lui a fait perdre sa famille, Reina ne semble pas redouter d’en parler. J’ai souvent l’impression de voir cette lueur d’intérêt illuminer ses grands yeux bruns. Cynthia pense qu’elle réagit comme moi, lorsque ma mère est partie… une conversation qui ne s’éternise jamais. Elle sait clairement que je ne désire pas en parler…
Rod
— Mec, cela fait un siècle que l’on ne s’est pas vu ! lui fais-je remarquer.
Celui-ci sourit en me tapant sur l’épaule, avant de prendre la bouteille de notre breuvage fétiche sur la table. Hé oui, ce ne serait pas une soirée entre mecs, sans un bon Captain Morgan. Les burgers cuisants entre nous, il me tend un verre bien remplit avant de s’appuyer contre la barrière.
— Journée fatigante ? l’interrogé-je.
Il ne cesse de glisser ses doigts dans ses cheveux, typique du gars qui réfléchit encore de trop. Je ne lui en veux pas, cela va faire un an qu’il évite toute conversation à son sujet. Même si cela lui brûle de me poser des questions, cependant, je m’arrange toujours pour placer une information à son sujet. Morgane et moi, nous avons gardés le contact, s’envoyant des messages vocaux assez souvent ou simplement en face vidéo. J’esquisse un sourire amusé en songeant qu’elle ne peut vraiment pas s’empêcher de fourrer une tartine de chocolat à chaque fois. Tout comme avec lui, nous ne parlons pas du passé, mais uniquement de nous ou de sa mère, qui va finir par me faire prendre 10 kilos avec sa tarte aux cerises.
— Reina va partir, m’apprend-il d’une voix maussade.
— Oh, ils ont retrouvé de la famille ? Les grands-parents n’ont pas su la garder, si je me souviens.
— Non, elle va dans un centre là-bas. Il est plus près de sa famille, donc elle pourra se sentir moins seule.
Je sens les traits de Drazic se crisper instantanément, et je plisse mon regard sur les hamburgers, conscient qu’il a du mal. Cette petite fille est devenue comme son ombre du jour au lendemain. Il l’emmène monter Tornado plusieurs fois par semaine, il a même accepté de manger un repas avec son père et Jessie pour lui faire plaisir. Bon, il a vite regretté les anecdotes de son père sur sa jeunesse, mais il semble différent en sa présence. Il a recommencé à sourire sincèrement, et je dois admettre qu’elle a un effet apaisant sur lui… tout comme elle…
— C’est une bonne chose, affirmé-je, Elle n’allait pas rester au centre toute sa vie.
Je porte les viandes sur les assiettes et nous rejoignons la table pour manger. Drazic grignote à peine, il se contente simplement de vider le breuvage dans son verre et je tressaille en remarquant ses doigts qui jouent avec son collier. Il ne se rend pas compte de son geste, jusqu’à ce qu’il m’observe.
— Au fait, tu as décidé de ce que tu ferais après. Tes heures sont bientôt finies, dis-je pour détourner la conversation.
— Je t’avoue que je n’en sais rien, soupire-t-il avant de prendre une gorgée.
— Et si tu prenais quelques jours de vacances ? proposé-je, Tu sais quand Reina va partir ?
— Fin de la semaine… Sauf, si elle fugue du centre, ricane-t-il.
Je comprends que cela ne doit pas être évident pour elle de quitter Wichita. Elle a toujours vécue dans le coin, et elle a pris ses marques au centre avec lui. Reina va devoir tout recommencer ailleurs…
Durant le reste du repas, nous parlons de tout et de rien. Nous jouons aux fléchettes et bien entendu, je suis une fois de plus, la risée de ce gamin prétentieux. Cependant, cela me plait de le voir remonter la pente depuis cette histoire et le départ de Morgane. Il est plus de vingt-trois heures lorsqu’il décide de rentrer chez lui, et je commence à ranger les affaires. Arrivé dans la caravane, je remarque que j’ai un message non lu et je souris en voyant qu’il vient de Morgane.
« Dans quelques jours, une fille de Wichita nous rejoint. J’espère être à la hauteur. »
Mes doigts se figent sur le portable, regardant la lune qui semble sourire dans le ciel… Coïncidence ?









cc ma belle et merci pour ce début du tome 2 . cela me fait plaisir de retrouver tout ces personnages et dans découvrir de nouveaux. et que dire de cette fameuse coïncidence. hâte de découvrir la suite.