Cette histoire a des dents - L'affaire de la Supernova-Cerises

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Summary

Ouais, bon, je sais pas comment résumer ça. C’est juste mon journal intime et ma thérapie, quoi. Si vous croyez qu’être médium, c’est fun, ça devrait vous faire prendre mesure de la réalité. Parce que déjà , ma vie de base est nulle, et ensuite, j’attire toutes les Horreurs Métaphysiques de l’univers. Là, c’est l’histoire de la fois où j’aurais mieux fait de pas sécher le lycée. Une réaction en chaîne de barge, sérieux. Alors, si vous voulez savoir comment on se débarrasse d’un agglomérat de haine traumatique en robe à cerises et à tendances incendiaires , c’est ici. Ça peut servir vu le monde dans lequel on vit, on sait jamais.

Status
Ongoing
Chapters
11
Rating
n/a
Age Rating
18+

Birth Ritual

Cette histoire a des dents -

Carnet 1

L’affaire de la Supernova-Cerises

(Ou le début des embrouilles)

(Birth ritual)

(Au commencement, Jackie acheta un cahier et des stylos. Parce que les plumes et les Moleskines, c’était hors de prix)

J’ai beaucoup réfléchi à la manière de débuter ce carnet et , pour être honnête, j’en ai toujours pas la moindre putain d’idée. Ecrire pour mettre de l’ordre dans le chaos, c’est bien beau sur le papier. En pratique, faut se demander où commence réellement mon histoire et ça devient compliqué parce que ça amène à se poser d’autres questions style « Est ce qu’on est le protagoniste de sa propre vie ? ». Etc etc. Ou peut-être que c’est moi qui cogite un peu trop et qui veux pas me lancer.

Alors, on y va sans plus attendre sinon cette page restera vierge et j’ai pas acheté ces stylos pour rien en faire. C’est cher, ces bidules ( je roule pas sur l’or). Du coup, je vais écrire comme ça vient et on verra où ça nous mène. Après tout, si je peux vivre en me laissant porter, pourquoi pas écrire de cette manière ? Pas trop penser, prendre les choses comme elles se présentent, rien espérer –surtout pas de miracle. En voilà un mode de vie , tiens. Prenez pas exemple. Pas savoir de quoi demain sera fait, c’est romanesque, la vie est pleine de surprises, blablabla… Ouais , tu parles. Les surprises , c’est cool, vous trouvez ? Sauf qu’en général, elles sont mauvaises, c’est comme ça, on y peut rien. Dans mon monde, j’ai plus de chances de tomber sur un cadavre dans les chiottes d’une station service que de me faire offrir un repas parce que je suis le centième client de la journée. Et puisque j’ai apparemment été rayée de la liste des miracles pour avoir offensé l’univers , aucune fée va venir me tapoter la tête avec sa baguette magique pour me tirer du puits sans fond de la page blanche. Non, si personne vous lance d’échelle, faut remonter toute seule, à la force des bras. Ecrire, raturer, écrire, raturer. Péter les plombs et cramer le cahier ( optionnel). C’est comme ce qu’on vous dit pendant un sevrage, en fait. On vous prévient d’emblée que c’est un cycle d’éternel recommencement. Vous allez monter, glisser un peu, vous raccrocher, puis carrément vous casser la gueule, toucher le fond, vouloir remonter– et ainsi de suite et ainsi de suite. L’ouroboros, voilà ma putain de vie.

Bref, je cause, je cause et on a pas tellement avancé sur la question initiale.

Ma naissance ? Ce serait trop facile – en plus d’être une connerie. Les gens disent que pour savoir qui on est, faut regarder d’où on vient. Les gens disent aussi pas mal de trucs stupides ( moi la première), mais là-dessus, je pense qu’ils ont raison. Une naissance, c’est une couche d’enrobé tout neuf sur une route cahoteuse. Si on gratte un peu, on trouve la merde de ceux qui vous ont précédé. Dans vos traits, dans votre éducation, même dans votre caractère. Moi, ma vie était déjà niquée avant même de venir au monde, puisque maman oscillait entre contractions, morphine et héroïne et que je suis probablement un de ces bébés qui naissent accro – le fléau de notre siècle. Donc, faudrait comprendre comment elle en est arrivée là pour me comprendre moi, ce qui fait que mon histoire ne serait que le prolongement de celle de ma mère. Le truc, c’est que pour la piger elle, je devrais revenir à grand-père, puis à son père à lui. Et on recommence jusqu’à remonter à un irlandais débarquant à Fort Clinton en 1855 ( le premier foutu O’Reilly à foirer son american dream). Ou même, si on joue à ça, on pourrait déboucher sur un singe qui a décidé que se redresser sur ses pattes arrières, ça pouvait être sympa ( une belle erreur de l’évolution, ça). Voire à un mec et sa femme se baladant à poil ,main dans la main , dans le jardin d’Eden ( si vous êtes du genre grand barbu dans le ciel et femme créée à partir d’une côte). Vous pouvez bien croire ce que vous voulez, c’est pas le sujet ici.

On pourrait aussi chercher le moment où les choses ont vraiment dérapé et le prendre pour point de départ. Et là, y a foule, plus de prétendants que pour le trône de Westeros. Des trucs qui ont déconné et des mauvaises décisions, j’en ai un paquet en stock. La mort de maman, déjà. A peu près tout ce qui touche à grand père. Un cerf qui brame, étendu dans la neige, des larmes et de la morve gelées sur mon visage et un Remington, aussi lourd que la gamine que j’étais, calé contre mon épaule. Notre fuite avec ma tante, puis les années passées en étant que de passage partout- nulle part chez soi parce que la maison, c’était là où la vieille Chevy d’Angie tombait en rade d’essence, le temps de pouvoir se permettre un nouveau plein. Une soirée d’été en 2011 à Buffalo et un brasier qui se rallume. La première clope que j’ai fumée ou bien le jour où j’ai découvert que le silence pouvait s’arracher chimiquement. Une petite fille disparue et un manoir en ruines au milieu d’une forêt de l’Illinois. Un garçon que j’aimais, une bague de fiançailles refusée par pure terreur de l’engagement, une portière claquée et de l’asphalte à perte de vue. Même, dans une note un peu moins coupante, une rencontre avec une serveuse rousse un peu trop curieuse dans un diner de Pennsylvanie en juillet 2017 (c’est pas contre toi, Ruby, mais tu sais le nombre de problèmes dans lesquels tu m’as précipitée, ma belle. Dans ton cas, la curiosité, ça devrait être interdit par la loi, sérieusement). Tout ça, c’est le sommet de la salade iceberg, sans croûtons ni vinaigrette. Rien que des trucs qui me sont arrivés avant mes vingt ans. Allez savoir quant au reste. Tout ce que je peux dire, c’est que ces sept dernières années, ça a pas non plus été de tout repos– mais pour le coup, c’est moi qui ai cherché la plupart de ces problèmes. J’ai carrément foncé tête la première dans toutes ces embrouilles, ces morts et autres non-joyeusetés. Pourquoi ? Mais qu’est ce que j’en sais, moi ? C’est pour ça qu’on écrit, il paraît: pour comprendre et avancer. Mais j’aurais pas assez de pages (ou la force) pour tout passer en revue, j’imagine. On verra ( ça va devenir la devise de ce carnet).

Puisqu’on en est là, je sais vers quel endroit de ma vie minable on se dirige, à deux-cent à l’heure, sans freins sur l’autoroute de la perdition, sans même avoir de quoi payer le péage ( et quelques cachetons avec lesquels vous pouvez pas trop passer la douane dans les poches).

Bon ok, j’ai fait exprès de dériver jusqu’ici, j’avoue.

Ma première véritable affaire , ça m’a l’air d’être un bon début. Le soucis, c’est qu’ici aussi, c’est difficile de savoir comment attaquer. Le cinéma ? Oui, c’est cohérent, mais plus j’y pense et plus je vois un autre commencement à toute cette merde.

Ouais, c’est clair, en fait. Alors, prenez un petit quelque chose à manger et à boire, installez vous confortablement et n’éteignez pas les lumières ( bah oui, comment vous allez lire, sinon ? ). On va se replonger de ce pas dans le cerveau de la moi de dix-sept ans, celle qui pensait tout savoir sur tout et qui connaissait franchement rien à rien. Celle qui une nuit a défié l’Univers , lui a demandé des péripéties et qui depuis le regrette chaque jour.

Comme l’a si bien dit une tarée en robe à cerises: Demandez, demandez, demandez et il vous sera toujours donné. Donnez, donnez, donnez et rien ne vous sera jamais rendu.

Finalement, le début de mon histoire , on s’en fout. Ce qui compte, c’est ce que ça m’a coûté. Parfois, j’ai perdu ; Souvent, j’ai gagné. J’ai ri ; j’ai chialé comme une madeleine. J’ai perdu des gens ; J’en ai trouvé d’autres. J’ai aimé plus d’une fois, au point de transformer un film d’horreur en romcom niaise de temps en temps. Dit comme ça, ça ressemble à la vie de madame tout le monde. Vous méprenez pas. Je vais pas vous faire le coup du « je suis pas comme les autres meufs », mais c’est par pose plus que par vérité ( donc je le fais indirectement ).Parce que – et je déteste ce que je vais écrire– je suis pas madame tout le monde, vous vous en rendrez vite compte si vous choisissez d’aller plus loin. Y a un truc pour lequel j’avais pas signé, si tant est que j’ai signé pour quoi que ce soit. La morale de tout ça, c’est qu’il faut lire les petites clauses en bas de page, sinon vous risquez de payer un prix indécent, moi je vous le dis.