La Lune incarnée
CHAPITRE 1 : La Lune incarnée
Une nuit d’orage, le tonnerre grondait violemment et des éclairs illuminaient le ciel. Ariane contemplait le sublime spectacle qui animait l’obscurité de sa fenêtre de chambre. Son domaine étant surélevé, elle était en mesure d’admirer cet orage dans toute sa grandeur.
Soudainement, un hurlement retentit et l’orage se dissipa brusquement, laissant place à une splendide pleine lune. Étonnée par cet arrêt si soudain ainsi que par ce cri, Ariane décida de sortir pour éclaircir ces mystères. Elle s’arma de son arc, enfila la ceinture du carquois de ses flèches et se vêtit de sa cape bleu nuit. N’ayant pas la possibilité de sortir par la porte d’entrée du château, car elle était en constante surveillance, la princesse ressortit sa corde, la même qu’elle avait déjà utilisé maintes fois pour s’évader de ce monde aristocratique dans lequel elle vivait. Une fois sur le sol, elle s’attarda à observer les plaines qui se dressaient devant elle. Elle observa l’horizon à la recherche d’indices.
À nouveau, un hurlement retentit, Ariane dressa ses oreilles et écouta attentivement, elle l’entendit une nouvelle fois et telle la chasseresse qu’elle était, grâce à son instinct et son ouïe particulièrement développés, elle se rapprocha du son avec facilité. Le son se situait près du ruisseau aux Opales de Lune. La légende raconte qu’il porte ce nom à cause des pierres de Lune qui seraient emprisonnés dans les immenses rochers qui l’entourait. Les Pierre de Lune, plus souvent appelées Opale de Lune, contiendraient un fragment de magie lunaire. Ces pierres extraordinairement puissantes donnaient naissance à des animaux dotés de pouvoirs dont nous ignorions les effets.
Elle longea le ruisseau à la recherche de l’animal.
Derrière elle, Ariane sentit une présence, elle se retourna brandissant une flèche, mais rien. Elle ne vit rien. De nouveau, la présence se fit sentir, cette fois-ci, elle décocha sa flèche, elle ne toucha qu’un ridicule buisson, mais elle entendit un terrifiant grognement, elle avait énervé la créature. Ariane sentit une respiration le long de son dos, elle se crispa et prépara doucement à encocher une nouvelle flèche. Elle se retourna très calmement en brandissant son arc vers la créature. C’était un imposant loup au pelage aussi noir que la plus sombre des nuits. Il avait une égratignure au flanc, Ariane l’avait effectivement touché.
Ce loup géant était l’un des rares de son espèce, il était recherché dans toute la planète entière, car, dit impossible à dresser, il était considéré comme un danger pour les habitants et aurait causé plusieurs massacres de villages.
Elle était là, indécise, nez à museau avec cet élégant être et son arc toujours ciblé vers lui. Il la regarda dans les yeux et entra au plus profond de son âme. Ariane baissa son arme et ils restèrent dans cette position pendant quelques minutes, elle vit dans ses yeux, de la crainte, mais aussi du défi. Le loup la défiait de le regarder sans peurs. Soudain, elle entendit une branche craquer.
—Va-t-en, ordonna-t-elle au loup.
En une fraction de seconde, il avait disparu et l’orage reprit immédiatement. Elle scruta le lieu d’où provenait le son avec son arc levé, prêt à être utilisé.
—Qui va là ? demanda-t-elle.
Une silhouette sortit de derrière un arbre. Un jeune chasseur armé de deux dagues qu’il tenait en main apparut.
—Décline ton identité sinon, je décoche cette flèche, je n’ai encore jamais raté ma cible et je n’ai pas prévu de commencer aujourd’hui, ordonna-t-elle.
Il se rapprocha d’elle doucement puis il s’inclina devant elle.
—Je me prénomme Eloïs Bigge, descendant d’une longue et importante lignée de chasseur.
—J’ai ouïe les éloges de la célèbre famille Bigge, mais ces chasseurs habitent dans une contrée lointaine à la nôtre, par-delà la chaîne de montagne. Que vient faire un Bigge à Mea Mahina ?
—Je viens chasser un loup prénommé Alkiss, le tuer et ramener sa peau chez moi comme manteau.
—Alkiss ? Je n’en ai nullement entendu parler.
—C’est compréhensible, il vient de chez moi, dans les plaines de Cristal. Ce loup est, cependant, réputé dans ma contrée. Tu en as pourtant fait sa rencontre et je suis d’ailleurs déconcerté que tu sois toujours en vie.
—Le loup noir présent il y a peu, ne m’a pas attaqué, j’ai lancé l’offensive. Il n’a même pas répliqué...il s’est simplement contenté de me regarder droit dans les yeux.
Elle lui a expliqué cet étrange phénomène, davantage pour l’éclairer elle-même que pour apporter des précisions au chasseur.
—À présent, je suis contrainte de rentrer. Ma famille ne sait pas que je suis ici et je vous prierais de ne pas ébruiter cette rencontre. Veuillez m’excuser.
Ariane repartit vers son domaine sous la pluie, mais sentit qu’une présence la suivait toujours.
Elle n’y fit pas plus attention et se contenta de remonter jusqu’à sa chambre, où sa sœur l’attendait.
Elle ne l’avait pas encore aperçu et enroulait sa corde quand sa sœur entama une phrase :
—Où étais-tu ?
Ariane sursauta et répondit :
—J’étais dehors, mais toi ? Que fais-tu dans ma chambre ?
—Je venais te chercher de la part de mère, elle désire qu’on se lève à l’aube pour se préparer à assister à la cérémonie des plaintes du village.
—Oh non ! C’est exact, c’est aujourd’hui que père reçoit les doléances du village.
—Maintenant peux-tu me dire ce que tu faisais à l’extérieur ?
—Je te le dis, mais promets-moi de ne pas le répéter à mère.
Adélaïde acquiesça.
—Bien, dit Ariane en s’asseyant sur son lit à baldaquin, je suis sortie pour aller voir d’où venait le bruit. Tu as entendu ce hurlement ? Je suis allée chasser l’animal qui l’avait émis.
—Ariane, tu as conscience que mère n’éprouve pas le désir que tu utilises ton arc. Encore moins la nuit ! C’est indigne de notre rang.
—Qu’elle le veuille ou non, elle devra accepter que je refuse d’être enfermée dans le rôle d’une princesse ! Cette étiquette ne me convient pas. Jamais je ne renoncerai à mon arc ni à ma soif d’aventure. C’est hors de question ! C’est ma seule échappatoire à ce monde insensé !
—Ariane ! Adélaïde ! Que faites-vous ? Les servantes vous attendent pour vous habiller, les appela leur mère en entrant dans la chambre.
Elles se levèrent et saluèrent leur mère avec une humble révérence.
—Veuillez accepter nos excuses, mère. Nous avons perdu la notion du temps, dit Adélaïde.
—Allez, dépêchez donc de rejoindre les habilleuses !
Heureusement, Ariane eut parvenu à cacher sa cape et son arc juste avant que la reine Cassius, leur mère, n’entra.
Les princesses descendirent pour se préparer dans la pièce où les attendaient les servantes. Ariane enfila une robe bustier ample rose pâle et Adélaïde portait une robe violette ample en tulle que leur avait imposé leur mère, bien qu’Adélaïde soit toutefois contente de sa tenue.
Le recueil des doléances du village est d’un tel ennui ! Du moins, c’est ce que pensa Ariane. Elle n’en pouvait plus d’être assise sur son trône depuis six bonnes heures. Pour en rajouter à cette journée si assommante, le corset de sa tenue l’empêchait de respirer et cette posture parfaite qu’elle se devait d’avoir constamment et les paysans qui réclamaient chacun une requête, toutes plus absurdes les unes que les autres, l’épuisait. Une jeune entra dans la salle, sa présence fit chahuter les paysans et Ariane ne fut que plus ravie de cette intervention inhabituelle qui pourrait bien égayer cette journée maussade. La famille royale ne put de suite l’identifier à cause de l’attroupement des paysans qui leur cachait la vue, cependant le jeune homme avait l’air d’être respecté même honoré par les habitants du village, car chacun lui cédait sa place. L’homme s’inclina avec la même grâce qu’un prince.
À ce moment, Ariane parvint enfin à l’identifier : c’était le garçon de cette nuit ! Celui de son escapade nocturne, le chasseur de créatures.
—Vos majestés, auraient-elles l’obligeance de m’accorder une audience privée ? dit le chasseur en guise de salut.
—Peut-on savoir qui se présente à nous ? demanda le roi.
—Oh, bien sûr ! Veuillez me pardonner pour mon impolitesse, je me prénomme Eloïs, de la famille Bigge.
Plus de doutes, c’était bien le garçon qu’Ariane avait rencontré la nuit dernière ! Il semblerait que lui, cependant, ne l’ait pas encore remarquée, ou du moins pas reconnu. Le roi connaissant la réputation de la famille Bigge, donna l’ordre de vider la salle.
— Nous reprendrons notre séance dès que possible, déclara la reine sous les grognements mécontents des paysans.
—Maintenant, que tout le monde est sorti, veuillez exprimer la raison de votre présence, monsieur Bigge.
—Je suis dans votre contrée si lointaine à la mienne pour chasser un animal originaire des plaines de Cristal de mon royaume : un redoutable.
—Nous vous remercions pour cette mise en garde contre ce monstre au sein de notre royaume. Que pouvons-nous faire pour vous venir en aide ? demanda Cassius.
—Prévenez simplement vos sujets de rester sur leurs gardes et de ne surtout pas aller près du ruisseau aux Opales de Lune ; c’est le dernier endroit où il a été aperçu. Ni au-delà, il a sûrement eu à se réfugier dans la forêt lorsqu’une gente demoiselle l’a chassé.
—Aucune demoiselle digne de cette appelation ne devrait chasser, encore moins dans l’obscurité de la nuit. Sauriez-vous nous la décrire ? demanda la reine, outrée par cette confession.
Eloïs regarda discrètement Ariane et un sourire malicieux se dessina au creux de son visage. Il se souvenait donc d’elle, elle qui priait pour qu’il ne la dénonce pas. Apparemment, il saisit le message, car, en posant à nouveau son regard sur la reine, il énonça :
—Non malheureusement. Je vous ferai part du moindre détail qui pourrait me revenir.
Si je ne puis abuser un peu plus de votre gentillesse, il me serait nécessaire de me réapprovisionner en armes ainsi qu’en nourriture avant mon départ.
—Suivez ma fille, elle vous guidera à travers notre château pour que vous récupériez ce dont vous avez besoin.
Ariane se leva telle la princesse qu’elle était astreinte à être, passa devant Eloïs sans dire un mot et le conduisit hors de la grande salle.
Une fois hors du champ de vision de ses parents, elle relâcha sa posture, se disant qu’elle n’avait pas à être exemplaire avec lui étant donné qu’il l’avait auparavant vu chassant un loup en pleine nuit. Être une princesse des plus classique ne pouvait être crédible sous ses yeux.
Elle commença à parler :
—Tu comptes vraiment tuer cette pauvre bête ?
—Je n’ai pas d’autre choix. Et croyez-moi ce n’est pas une pauvre bête, elle mérite le sort que je lui réserve.
—Et qui l’a décrété ?
Cette question déstabilisa fortement le jeune homme.
—Euh... Et bien... Moi !
—Que t’as-t-elle donc fait subir de si terrible pour que tu décides de son sort ?
—Elle a attaqué tous les troupeaux de mon village et a tué plusieurs centaines de personnes !
—Tout ce qu’elle voulait, c’est manger ! Si elle a tué des gens, c’est probablement parce qu’ils l’ont attaqué, elle n’a fait que se défendre !
—Avec tout le respect que je vous dois, Princesse ! dit-il en haussant le ton. Vous parlez sans connaître, ce n’est pas parce qu’elle vous a épargné que c’est un animal innocent. C’est même une bête affreuse et assoiffée de sang !
Ariane, surprise de cette insolence, ne parla plus du trajet. Elle l’emmena donc, comme prévu, d’abord dans la salle d’armements où il se munit d’une épée puis elle finit par lui montrer le garde-manger où il se sert une quantité astronomique de provisions.
Lorsque le réapprovisionnement du chasseur fut terminé, les deux enfants se redirigèrent vers la grande salle pour prévenir du départ d’Eloïs.
À leur arrivée devant la porte de la salle, Eloïs s’arrêta et demanda :
—Avant de nous quitter Princesse, vous ne m’avez pas encore dit votre nom. Consentez-vous à bien vouloir me le faire connaître ?
Elle répondit machinalement et demanda à être tutoyée, précisant qu’elle détestait tous ces protocoles appliqués uniquement à la famille royale.
—Je ne suis pas certain d’en avoir le droit, Princesse.
—Nous ne sommes que tous les deux, tu n’auras qu’à ne me vouvoyer en la présence de mes parents.
—En-tout-cas, c’est un très joli prénom, il te sied parfaitement.
Ils entrèrent dans la salle, Ariane reprit sa posture exemplaire et retourna s’asseoir sur son trône. Eloïs prévint que son départ pour sa chasse se fera cette nuit, car l’animal ne se montrerait que dans l’ombre. Il partit après une révérence et un sourire qui dessinait ses fossettes en l’intention de la princesse Ariane.
Lors de la fin de journée, Ariane fut parvenue à s’éclipser pour un court moment de la surveillance de sa mère et se résolut à aller voir Eloïs juste avant son départ. Elle se dirigea vers les écuries où le jeune homme scellait son cheval.
—Bonsoir, dit-il en finissant d’attacher la lanière de sa selle, qu’est-ce qu’une princesse vient faire dans l’habitat des bestiaux ?
—Je viens fréquemment ici, j’apprécie la compagne de ces merveilleux animaux, répondit Ariane, ils sont bien plus paisibles que les humains.
—Seulement, aujourd’hui ce n’est pas pour eux que tu es venue, ai-je tords ? Par conséquent, que viens-tu réellement faire ici ?
—Très bien, je passais voir si tu ne t’étais pas rétracté sur le sort que tu réserves à ce loup.
—Je peux te poser une question ? Pourquoi tu t’intéresses tant à cette bête ?
À vrai dire, elle l’ignorait également, elle lui dit et ajouta :
—J’ai été attirée par ce loup dès que je l’ai entendu la nuit dernière.
—Par ailleurs, une princesse n’a certainement pas le droit de sortir en pleine nuit. Pourquoi as-tu désobéi ?
—Je t’ai déjà expliqué la raison de ma sortie nocturne, il n’y a rien à dire de plus.
—Je croyais cette excuse avant de constater que tu étais une princesse.
Je ne suis pas à même de croire que tu as évité tous les gardes du château pour enquêter sur un simple bruit.
—Pourtant, c’est la vérité ! Il m’a paru bizarre que l’orage s’arrête instantanément au moment du hurlement, j’ai eu la ferme intention d’en savoir davantage sur cet étrange phénomène et sur la créature qui était à l’origine de ce bruit. Rien de plus.
Son arrogance envers elle la déconcertait et la faisait enrageait.
—Et ?
–Et je suis bien contrainte de m’accorder quelques instants de liberté, étant donné le peu de répit que m’offre ma vie de princesse exemplaire.
Il la faisait sortir de ses gonds, mais elle ne parvenait pas à se taire devant lui.
—Voilà la raison que j’attendais ! Mais si tu ne supportes plus la pression de ton monde pourquoi tu ne t’enfuis pas ?
—Je n’y songerais aucunement. J’ai des responsabilités ! J’ai un royaume à protéger, une sœur à aimer et un frère à encourager, je refuse de les abandonner ! De plus, mon frère désire monter en grade, je tiens à l’épauler.
—Mais il est indéniable que le monde de princesse ne t’appartient pas !
—Cela se voit tant ?
—Je le vois bien, moi. Mais dis-moi, dans ce cas, quel monde t’appartiendrait ?
—Je l’ignore…
–Décris-moi l’endroit dont tu rêves.
Ariane réfléchit quelques secondes puis se lance.
– Ce serait un monde où je pourrais manier l’arc, où je ne serais pas constamment reprise sur mon comportement, où je ne devrais pas être l’exemple de la féminité ni de la bienséance. Un monde où je pourrais faire mes propres choix, où les protocoles seraient bannies. Un monde où je pourrais vivre ma vie comme je le désire, un monde où je serais enfin libre !
—Tu devrais vraiment vivre la vie que tu désires tant, si ton frère réalise son rêve, tu devrais en faire autant. Tes excuses sont des balivernes, c’est la peur qui te retient. Tu appréhendes d’affronter la réalité. Si tu souhaites venir avec moi, je t’accueillerai avec plaisir dans mon voyage.
Il monta sur sa selle en disant cela, puis il lui tendit la main. Elle tendit timidement ses doigts, mais quand ceux-ci effleurèrent ceux d’Eloïs, elle se résigna.
—Je regrette, mais je ne peux pas... mon rêve est inaccessible.
Il sourit, un peu désolé et en prenant les rennes, il déclara :
—Si tu changes d’avis, tente de me retrouver, je suis convaincu que ce sera une tâche aisée pour toi de.
Et il partit, galopant en direction du ruisseau aux Opales de Lune.
Ariane rentra dans sa chambre et réfléchit longuement à la dernière discussion qu’elle a eue avec ce chasseur. Elle se délecterait tellement à s’échapper, découvrir le monde, elle a songé à passer l’acte tant de fois, mais chaque fois l’amour qu’elle portait à son frère et sa sœur la retenait. Mais ce soir, elle pressentait que quelque chose avait changé, ne sachant quoi. Ariane se coucha en se certifiant que la nuit porterait conseil.
Pendant qu’elle dormait paisiblement, un hurlement retentit, la réveillant. Elle sentit, les hurlements ne cessant pas, qu’ils étaient des cris de détresse en provenance d’Alkiss.
Elle prit son arc et sa cape, mais ne retrouva pas sa corde, la seule solution prompte était de descendre par les escaliers en évitant les gardes. C’est ce qu’elle fit. Fort heureusement, elle avait observé depuis quelque temps le fonctionnement des gardes du château, ce qui lui facilita la tâche pour les esquiver. Elle passa par les coins les plus reculés, les plus lugubres du château et réussit, en définitive, à sortir. Elle siffla son cheval et monta sur lui vivement. Elle traversa le village au galop, se dirigea à toute vitesse au ruisseau, brandissant son arc et cherchant avec ardeur le loup. Elle ne trouva rien près du ruisseau. Un hurlement retentit une nouvelle fois, Ariane localisa son emplacement. Elle connaissait la forêt du bout des doigts, elle accéléra son allure pour arriver à temps. Une dague était lancée pour toucher le loup, Ariane décocha une flèche visant la dague et interrompit son vol. Sa flèche dévia la trajectoire de la dague, le métal de la lame retentit sur le sol tandis que la flèche s’enfonça dans le tronc d’un arbre, sauvant Alkiss.
Elle se plaça entre Alkiss et le lanceur de la dague, brandit une nouvelle flèche vers le tueur, toujours sur son imposant destrier.
—Ne le touche pas ! ordonna la princesse.
Elle ne voyait que la silhouette du chasseur, mais avait une idée sur son identité.
— dépose immédiatement tes armes, Eloïs !
—Princesse ! Comme l’on se retrouve ! dit-il en s’avançant à la lumière du clair de lune.
Ariane était agacée de sans cesse l’entendre l’appeler Princesse comme si son titre était une insulte.
Il était toujours armé d’une de ses dagues, prêt à la lancer sur sa cible.
—Pose tes armes ! dit-elle en tendant davantage un peu plus la corde de son arc, je ne te le répéterai pas une nouvelle fois.
—Je les pose, je les pose, c’est bon.
Il posa ses dagues à terre et en voyant le regard de la princesse, se décida à se désarmer également de son épée. Elle descendit de son cheval, mais garda toujours son arme chargée.
—Peut-on savoir ce qu’une princesse vient faire ici ? En pleine nuit ?
—J’estimais que mes actes étaient suffisamment clairs, je te retiens de tuer ce loup derrière moi.
—Tu ne seras pas à même de m’en empêcher éternellement.
—N’en soit pas si sûr, je ne rate jamais ma cible.
Il haussa les épaules, enfourcha son cheval à la robe alezan et demanda en partant :
—Pourquoi fais-tu tant d’efforts pour sauver cette effroyable bête ?
Ariane n’en savait pas plus que lui. Elle sentait qu’il l’appelait, rien d’autre. Elle resta silencieuse.
—Je présume que l’on risque de se recroiser bientôt ! Au revoir, Princesse.
Il se retira un peu plus loin dans la forêt.
Ariane abaissa enfin son arme. Soudainement, elle sentit un souffle chaud dans son dos. Elle se tendit de nouveau et se retourna en délicatesse pour faire face au loup noir. Il avait des yeux rouges sanglants, des crocs aiguisés et un pelage sombre et soyeux. Ariane était paralysée de peur, mais également d’admiration. Le loup lui fit un signe de tête, comme un remerciement, et plongea de nouveau ses yeux terrifiants dans les yeux purs marron de la princesse.
C’était étonnant, mais Ariane avait l’impression qu’Alkiss communiquait avec elle. Elle comprenait les pensées d’Alkiss à son égard. Il l’implorait de rester à ses côtés pour l’aider à survivre dans ce nouvel environnement, elle ne saisissait pas pourquoi le loup avait besoin de son aide pour se défendre, mais cela la fit réfléchir.
Elle retourna au château et s’allongea sur son lit, comptant au début s’endormir jusqu’au matin, mais une seule idée lui trottait dans la tête : partir et protéger Alkiss. Elle ignorait pourquoi elle lui portait tant d’importance, mais le fait était là : elle ne sera pas paisible tant qu’Alkiss sera en danger. Elle prépara donc, dans le plus grand des silences, un baluchon de provisions, rechargea son carquois de flèche et rénova au mieux son arc. Elle examina chaque recoin de sa chambre, mais la corde restait introuvable, quelqu’un s’en était emparé. Elle en fut réduit à nouer tous ses draps ainsi que quelques-unes des robes qu’elle déteste tant pour créer une corde qui lui permettrait de descendre plus facilement, étant donné que la garde était renforcée à cette heure-ci. Elle attacha un bout à son lit à baldaquin et lança l’autre extrémité par la fenêtre. elle troqua sa robe pour des vêtements mieux adaptés à l’expédition, qu’elle avait naturellement obtenus en secret de sa douce mère : une robe de chasseresse ornée d’une ceinture pour son carquois. Elle dégagea également son visage en tressant quelques mèches de ses longs cheveux châtains en une couronne.
Elle commença à se hisser hors de sa chambre quand sa sœur entra.
—Ariane, cria-t-elle, que fais-tu ?
Ariane, qui était encore sur le rebord de la fenêtre, s’arrêta dans son élan de fuite.
—Je pars, répondit la benjamine, il le faut, je suis tenue de sauver ce loup du jeune homme de la famille Bigge.
—Ce n’est pas de ton ressort ! Je ne comprends pas pourquoi tu es obligée de sauver une bête sauvage. Et si dangereuse d’après ce que j’ai pu ouïr.
—Adélaïde, tu ne m’en dissuaderas pas, je pars pour cette raison majoritairement, mais il y en a des tas d’autres.
Adélaïde jugea que cela ne servait à rien d’insister, tout ce qui aboutira, c’est une dispute entre elle et sa sœur.
—D’accord, pars ! Mais dès demain matin lorsque j’aurais parvenu à camoufler ta disparition, je te rejoins.
—Tu ne dois pas, je ne t’oblige pas.
—Je le sais, mais je le veux ! Après tout, je suis ta grande sœur, je suis tenu de veiller sur toi.
Elles restèrent un instant sans rien dire puis se mirent d’accord sur un lieu et une heure de rendez-vous et Ariane descendit. Elle nourrit son cheval, le scella et l’enfourcha, puis se redirigea dans la forêt dans l’espoir de retrouver Alkiss. Elle chercha quelques heures, mais n’ayant presque pas dormi ces deux dernières nuits, la fatigue se fit ressentir, Ariane avait du mal à garder les yeux ouverts. Elle prit la décision de s’arrêter pour dormir un peu, elle fit un feu et sombra dans les bras de Morphée.