L'hiver de tout les dangers

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Summary

« Avec le retour de l’hiver, un frisson glacé parcourait Léa. L’inconnu sous le réverbère… serait-il là, tapi dans l’ombre, prêt à surgir à nouveau ? Chaque souffle de vent semblait murmurer son nom, chaque ombre se teinter de menace. Cet hiver, rien ne serait plus pareil. »

Genre
Thriller
Author
jessica
Status
Ongoing
Chapters
17
Rating
5.0 1 review
Age Rating
16+

Chapitre 1

Léa le savait : l’hiver s’annonçait rude.

Voilà trois ans déjà qu’elle avait choisi ce mode de vie singulier, cinq mois sur la Côte d’Azur, cinq mois à la montagne. Une existence rythmée par les saisons, les valises et les départs.

À vingt-sept ans, cette instabilité lui convenait. Elle y trouvait une forme de liberté. Les deux mois restants, elle les passait chez sa meilleure amie, comme une parenthèse douce entre deux vies.

- Alors, Léa ? Tu es prête pour le départ ? demanda Sara.

Léa, qui venait de fermer sa valise, se retourna vers elle avec un sourire tranquille.

- Fin prête. Il ne me reste qu’à prendre mon sac.

- Le propriétaire t’a rappelée ?

- Oui. J’ai les clés à seize heures. Je ferais mieux de me dépêcher si je veux arriver à l’heure.

Sara la contempla en silence, un pli d’inquiétude au coin des lèvres.

- Je n’aime pas te savoir seule là-bas… Il y a tellement de détraqués.

Elle saisit les mains de son amie, comme pour la retenir encore un peu.

- Dans le Sud, tu es près de ta famille. Mais à Val d’Isère…

Sa voix s’éteignit. Son regard, lui, parlait pour elle.

Léa l’attira contre elle.

- Je sais que tu t’inquiètes. Mais je ne crains rien. Je ne passe presque jamais de temps chez moi, tu le sais bien.

Sara se dégagea doucement et alla s’asseoir dans son fauteuil préféré, les bras noués autour de ses jambes, l’air boudeur.

- Je ne le sens pas, cette année… Et si tu trouvais un travail ici ?

Léa pencha la tête, amusée mais déterminée.

- Tu sais que j’ai besoin de cet argent. Si je m’impose ce rythme infernal, c’est pour acheter ma maison. Il ne me manque plus qu’une saison pour atteindre mon objectif. Je veux ouvrir un élevage de chiens. J’y suis presque. Et là-bas, comme tu dis, l’argent circule. Ici, je n’aurais jamais un salaire suffisant.

Sara ne répondit pas. Elle n’était pas convaincue, mais elle respectait le rêve de son amie.

En silence, elle l’aida à charger les bagages dans la vieille Golf fatiguée par les kilomètres.

- Tant que tu y es, tu pourrais économiser pour changer de voiture.

Léa éclata de rire en refermant le coffre.

- Jamais de la vie. Tu sais à quel point je l’aime, cette épave.

Après un dernier câlin un peu plus long que les autres, Léa prit place au volant et démarra.

Pourtant, une fois seule sur la route, son sourire s’effaça.

Elle aussi ressentait cette étrange appréhension.

Cette saison aurait dû être la dernière. Celle qui concrétiserait son projet. Celle qui la rapprocherait enfin de son rêve.

Mais l’hiver précédent ne l’avait pas épargnée.

Un événement, en particulier, continuait de la hanter.

À la mi-février, alors qu’elle regagnait son appartement après une longue journée, un homme l’avait accostée. Elle avait l’habitude des touristes perdus. Pourtant, cette fois, quelque chose avait été différent.

Son apparence d’abord.

Puis sa manière de la fixer.

Il lui avait demandé son chemin d’une voix calme, presque trop maîtrisée.

Un ton poli. Mesuré.

Mais quelque chose, dans cette voix posée, avait glacé son sang.

Après lui avoir répondu, elle avait repris sa route en accélérant le pas.


Quelques mètres plus loin, une intuition la força à se retourner.

L’homme la suivait.

Son cœur avait aussitôt cogné plus fort contre sa poitrine. Elle accéléra encore, presque au bord de la course, jusqu’à atteindre son immeuble. Une fois à l’intérieur, elle verrouilla la porte d’entrée avec précipitation, monta les escaliers et s’enferma chez elle.

Elle vérifia chaque fenêtre. Deux fois.

Les rideaux tirés, les volets clos.

Comme pour effacer la sensation poisseuse laissée par cette rencontre, elle prit une douche brûlante, puis avala un repas sur le pouce. Les gestes mécaniques, l’esprit ailleurs.

En faisant la vaisselle, elle jeta malgré elle un coup d’œil vers la rue.

Et son souffle se coupa.

Il était là.

Immobile.

Sous le réverbère, de l’autre côté de la chaussée.

La lumière jaune dessinait son ombre longue et étirée sur l’asphalte.

Instinctivement, elle attrapa son téléphone, les doigts encore couverts de mousse, et composa le numéro de la police. Son pouce resta suspendu au-dessus de la touche d’appel.

Peut-être attendait-il simplement quelqu’un.

Elle resta figée, à l’observer.

Une minute. Puis deux. Puis davantage.

Une sensation étrange la traversa : celle d’être observée en retour. Même à cette distance. Même derrière la vitre.

Son cœur battait trop vite.

Alors qu’elle se décidait enfin à appeler, l’homme consulta sa montre, tourna les talons… et s’éloigna.

Léa demeura immobile de longues minutes encore, les yeux rivés sur l’endroit qu’il venait de quitter. Le silence de la rue lui parut soudain plus oppressant que sa présence.

Elle termina sa vaisselle d’un geste absent.

Avant de se coucher, elle vérifia une nouvelle fois chaque fermeture et donna un tour supplémentaire à la serrure.

Les trois jours suivants, il revint.

À la même heure.

Au même endroit.

Sous le même réverbère.

Chaque soir, Léa restait tapie dans l’ombre, loin de la fenêtre, toutes lumières éteintes. Elle n’osait pas appeler la police. Elle n’avait aucune preuve. Seulement cette certitude viscérale d’être visée.

Se sentant menacée, elle en parla à son collègue Tom. Sans hésiter, il lui proposa de dormir chez elle.

Ce soir-là, l’homme ne vint pas.

Tom resta une semaine.

Et l’inconnu disparut aussi brusquement qu’il était apparu.

Léa ne le revit plus.

C’est à cela qu’elle pensait en conduisant vers la montagne.

Elle voulait croire qu’il ne s’agissait que d’un vacancier étrange, présent quelques jours seulement. Une coïncidence. Un malentendu.

Elle espérait ne jamais le revoir.

Cet épisode avait précipité sa décision : cette saison serait la dernière.

Elle secoua la tête pour chasser ses pensées sombres et ouvrit légèrement la fenêtre. L’air froid s’engouffra dans l’habitacle. Elle alluma la radio, espérant couvrir le tumulte de son esprit.

Pourtant, une légère angoisse l’accompagna tout au long du trajet.

Comme une ombre invisible assise sur le siège arrière.