Chapter 1
La nuit du roi
La ville ne dormait jamais vraiment.
Sous les lumières artificielles, les humains marchaient vite, les yeux baissés, ignorant qu’au‑dessus d’eux régnait un monde ancien, silencieux et affamé.
Au sommet d’une tour de verre noir, Lunacien observait la ville.
Quatre siècles et demi d’existence… et toujours ce même vide.
Son reflet dans la vitre ne trahissait rien : visage immobile, regard dur, couronne invisible mais bien présente. Roi des vampires. Juge. Bourreau s’il le fallait. Juste, toujours. Bon, autant qu’un monstre pouvait l’être.
— Ils vivent si vite… murmura-t-il.
Derrière lui, les ministres attendaient, figés dans le respect et la peur. Aucun n’osait troubler son silence. Tous connaissaient son tempérament : colérique, tranchant, mais jamais cruel sans raison.
— Les quartiers humains s’enfoncent encore dans la misère, déclara l’un d’eux.
— Ce n’est pas notre royaume, répondit Lunacien froidement.
— Pourtant… leurs souffrances attirent les nôtres.
Un silence lourd tomba.
Lunacien se détourna enfin de la ville. Son cœur, que l’on disait de pierre, se fissurait parfois au contact de ces réalités humaines. Mais il refusait de le montrer. Un roi n’a pas le droit à la faiblesse.
Cette nuit-là, pourtant, quelque chose allait changer.
Dans une ruelle étroite, loin des tours et des palais invisibles, un jeune homme marchait pieds fatigués, manteau trop léger pour le froid. Les gens passaient sans le voir. Comme toujours.
Il s’appelait Céleste.
Son cœur était trop doux pour ce monde. Il ressentait la douleur des autres comme si elle était la sienne. Chaque regard méprisant, chaque silence, chaque nuit vendue pour survivre laissait une trace… mais n’éteignait jamais sa bonté.
Il leva les yeux vers la lune.
— Même les monstres ont peut‑être quelqu’un qui les aime…
À cet instant précis, dans la tour de verre, Lunacien ressentit quelque chose qu’il n’avait plus ressenti depuis des siècles.
Un frisson.
Un appel.
Comme si une lumière venait de s’allumer dans la nuit.