Chapter 1
Julian
La lumière du matin filtre à travers les volets de la chambre, au mur gris perle, faisant des lignes fines sur le mur face au lit. Il cligne des yeux une fois, deux fois... avant la réalisation.
Ce n'est pas chez moi.
Il aura fallu quelques secondes pour qu'il se tire de son sommeil. Quand il se redresse, il sent une forme bouger près de lui : une femme, dos à lui, aux cheveux noirs en pagaille. L'homme soupire lourdement. Les vêtements éparpillés, il regarde les murs, les meubles de la grande penderie en bois blanc, le tableau faussement artistique accroché au mur. Il se voit dans le reflet d'un miroir dans le coin de la chambre.
Putain de lundis.
Il se demande quel genre de défilé de mauvaises décisions il avait pu prendre encore ce matin. Il passe une main dans ses cheveux épais.
Je devrais vraiment aller au coiffeur.
Ses cheveux étaient plus longs que d'habitude, mais plaqués en arrière. Ça lui donne l'allure d'un homme élégant des années 60. Peut-être que c'est pour ça qu'il se contente souvent de couper juste les pointes.
Alors qu'il allait se rallonger dans les draps, il fut tiré de sa flemmardise par le vibreur du téléphone, en pleine tentative de se rappeler la soirée d'hier. Il attrape son téléphone en grognant.
Qui m'appelle encore ! pense-t-il.
Miles 16 : appel manqué.
L'homme reste figé pendant quelques secondes. Pourquoi Miles l'appelle-t-il autant ? C'est bizarre, ça ; il était habitué à ses retards. Après toutes ses années ensemble, avait-il encore fait croire, dans son ivresse, qu'il était enfermé dans une boîte pour l'Antarctique ? Puis il regarda l'heure et la date.
Lundi 11 septembre, 09:45
Le sang quitte son visage. Il reste fixé pendant de longues et interminables minutes sur son écran. Il regarde rapidement son agenda, puis tout se remet à courir.
Présentations projet Aige : Investisseurs Harry Donovan
Son billet de train pour la gloire ? Il l'avait oublié. Il sort avec une rapidité qui pourrait presque être surhumaine. Il a juste eu le temps d'entendre des sons plaintifs et puis, le sons d'une voix féminine et rauque de bon matin :
– Bonjour... Julian, qu'est-ce que tu fais ? fit la jeune femme d'une petite voix rauque
Julian était en train de ramasser ses vêtements éparpillés un peu partout dans la chambre. Il regarde sa chemise, qui sentait la cigarette et l'alcool, en particulier le Saint-Germain.
Quelle idée de merde de boire autant la veille d'un jour aussi important.
Triste réalité : il n'avait même pas pris la peine de répondre à la jeune femme, qui continuait de l'appeler, sans vraiment avoir la force de se relever pour regarder. Il ne savait même pas quel était son prénom ; elle pouvait très bien s'appeler Mariam, comme avoir un nom complètement sorti de nulle part.
Elle s'appelle comment, celle-là ? Déjà ? Chloé ? 2B ? Peu importe.
Son téléphone continuait de sonner. Disons que Miles était plutôt tenace : entre les messages où il l'insultait et les appels qui devenaient limite du harcèlement, il l'avait quand même contacté sur trois différentes plateformes de réseaux sociaux. Ce n'est pas forcément négligeable. Julian se dépêche d'enfiler son pantalon, sa chemise froissée, sa veste de costume. Il se regarde dans le miroir.
– Julian, qu'est-ce que tu fais ? demande la femme avec insistance Tu pars déjà ?
– Je... désolé, j'ai un truc de prévu ce matin, une réunion très importante qui peut soit me donner un ticket d'or pour le Valhalla, ou dans la rivière des damnés, explique rapidement Julian alors qu'il essaye d'avoir l'air présentable. Nous allons sûrement nous recontacter, Caroline.
La jeune femme se redresse d'un coup sec pour le regarder, en le fusillant du regard. Ses yeux verts, qu'il se souvenait très bien, l'avaient fasciné hier soir ; elle était en train de le découper minutieusement au scalpel.
– Britany, tu peux au moins retenir ça ! grogne la jeune femme, vexée
– Tu m'étonnes que j'ai préféré l'oublier avec un nom pareil, disait-il sans même y penser deux fois.
Sans prévenir, la jeune femme lui a balancé un oreiller au visage. Chouette manière de commencer sa journée. Il avait plutôt l'habitude ; disons que ce n'était pas forcément toutes les femmes qui aimaient son franc-parler.
Pourtant, il était honnête.
La jeune femme se leva du lit en roulant la couverture autour d'elle.
Julian pensait que c'était complètement inutile, ce qu'elle était en train de faire : elle avait passé la moitié de la nuit sous lui, et à genoux devant lui aussi.
Il avait du mal à se rappeler son prénom, mais il se rappelait très bien certaines positions.
Ça devrait le faire réfléchir sur sa philosophie. Et pourtant, ça l'amusait particulièrement — ainsi que la petite moue boudeuse et colérique de la jeune femme devant lui.
– Va te faire foutre ! Dégage de chez moi ! hurle la jeune femme. De toute façon, tu étais complètement nul au lit !
– À vrai dire, j'aimerais pouvoir démentir ce que tu es en train de dire, parce que je suis un véritable dieu au lit, mais vu que je ne me souviens absolument pas de la nuit dernière, il est possible que ma performance ait été médiocre, explique-t-il alors qu'il était en train de mettre sa montre correctement sur son poignet.
– Connard ! Je vais te tuer !!
Avant qu'elle puisse vraiment faire quelque chose, il avait déjà fermé la porte pour partir. Quand il décroche enfin au téléphone, après 40 appels supplémentaires de Miles, disons que le bonjour n'a pas été plus chaleureux :
– POURQUOI TU RÉPONDS PAS !! hurle Miles à travers le téléphone.
– Bonjour mon amour, moi aussi je suis content d'entendre ta voix.
Julian était en train de marcher jusqu'à sa voiture, une M4 d'un noir métallique aux jantes vernis. Est-ce qu'il avait vraiment pris le risque de conduire en étant ivre ? Non, ça devait sans doute être la femme qui conduisait. Il n'était pas si inconscient quand même.
– Là, tout de suite, je ne suis pas du tout d'humeur à faire de l'humour avec toi, Julian. Est-ce que tu es au courant qu'aujourd'hui tu as le THE Harry Donovan, de la grande famille Donovan, qui vient investir dans TON projet ? Même à travers le téléphone, on pouvait entendre qu'il était en train de se taper sur le front. Tu es littéralement irrécupérable. Qu'est-ce que je vais faire de toi ? T'étais où encore ? Si t'étais encore à l'autre bout de la ville, dans l'appartement d'une inconnue, je te...
– Calme-toi, calme-toi, tout va bien. OK, là je suis euh... je suis euh... il cherchait du regard un échappatoire et, intérieurement, il priait peut-être pour qu'il ne soit pas trop loin du bureau. Je prends un simple café et puis j'arrive au bureau, disons dans 10 minutes. Tout va bien.
– Et la réalité, ça donne quoi ? demande Miles, sans aucune foi.
– Je me suis réveillé dans le lit d'une inconnue que j'ai affectueusement appelée Caroline, alors qu'elle s'appelait... j'ai déjà oublié. Mon costume sent le Saint-Germain et la cigarette, et pu...
– Ne m'en dis pas plus. J'ai compris le topo. T'as de la chance qu'actuellement je suis dans ton appartement, parce que j'avais espoir que tu ne me répondrais pas, parce que t'étais sous la douche pour te faire tout beau, tout propre pour notre plus gros investisseur. L'agacement et le sarcasme dans la voix de Miles étaient aussi lisibles qu'un livre ouvert. Donc costume rouge, ou on part sur un classique noir ? Et pour le parfum : nous partons sur un Ambre nuit, ou sur un... je suis désolé de te causer autant de soucis au quotidien ?
Julian a eu un léger rire en l'écoutant. Franchement, Miles, c'était vraiment fait pour être son meilleur ami.
Il avait la main sur la poignée de la portière quand il réalisa qu'il avait oublié ses clés dans l'appartement de la femme. Il allait devoir l'affronter encore une fois.
Et merde...
– Je préfère Gris Dior, et puis ta deuxième proposition, elle est un petit peu... passer de mode. Et soyons fous : costume bordeaux et chemise noire.
–Et mes excuses ? Franchement, je les mériterais.
– Tu sais très bien que je m'étouffe si je m'excuse ! Est-ce que tu veux avoir ma mort sur la conscience ? demande Julian, de façon exagérée. Il faut que je retourne dans l'appartement de la folle.
Julian soupira en passant une main dans ses cheveux ; il savait très bien qu'elle allait lui crier dessus. Peut-être même lui sauter dessus, lui arracher les cheveux, lui balancer des choses au visage.
Ça va le retarder mais bon.
— Quel genre de con oublie ses clés de voiture dans l'appartement d'une pure inconnue dont il se souvient même pas le prénom ? Interroge Miles avec exaspération.
— Le genre de con qui a trop bu de Saint-Germain et de tequila, paf, soupire julian.
Il se lèche le dos de la main comme pour vérifier ses propos.
Effectivement ça avait un petit goût de sel et de citron.
—Je confirme avoir effectivement bu des shot tequila hier soir, lance julian avec impertinence.
Il était déjà en train d'avancer pour retourner dans l'appartement de la folle, ça le comble de joie, de retourner dans l'appartement d'une femme qui l'a sauté toute la nuit et dont il ne se souvient de rien et qui a envie de le tuer.
Je devrais vraiment envisager de faire d'autres choix dans ma vie. Pensait-il
— Miles, si je meurs, est-ce que tu peux léguer ma collection de comics, édition limitée à mon chien Elvis Presley, Chuck Norris, Kurt Cobain, disait-il, don solennel, comme si c'était la chose la plus importante du monde
– Putain tu peux me rappeler pourquoi t'as donné autant de prénom à ton chien ? Soupire miles.
— Tu m'as coupé, j'avais pas fini, j'ai oublié de dire The Rock, Anakin Skywalker, continue-t-il évidemment avec des rictus.
Et n'oublions pas évidemment son nom de scène Lady Marmalade.
Tu lui lègue tout compris mes figurines collector de Star Wars, de One Piece et mon T-shirt dédicacé par Tom Cruise.
Évidemment, Julian était complètement en train de se payer la tête de ce pauvre Miles qui était complètement sur les nerfs.
On pouvait l'entendre à travers le téléphone, Les dents de l'homme étaient en train de grincer.
Et Julian, lui, montait dans l'ascenseur, la main devant la bouche pour s'empêcher de rire.
D'ailleurs il fait un peu une grimace.
L'alcool, la cigarette il faut dire qu'au petit matin ça devait pas faire bon ménage au niveau de l'haleine.
— Tu vois, c'est tout ce que tu gagneras toi, je te lègue rien du tout si je meurs à cause de toi-
— EST-CE QUE ÇA SERAIT POSSIBLE QUE TU LA FERMES JUSTE UNE FOIS ?! Hurlé Miles à travers le téléphone avant de faire un petit bruit de ravalement.
Julian, écarte le téléphone de son oreille, comme si il s'agissait d'une bombe.
Laissant Miles, continuer de hurler.
De toute façon, Julian savait très bien que c'est Miles qui finit par le regretter actuellement il devait tellement y avoir d'employés qu'il le regardait.
— bon maintenant tu vas m'écouter compris, tu ne fais aucun arrêt compris aucun ! Si je te vois dans le bureau de cette pauvre fille en train de cacher ces dossiers ces fiches ou je ne sais pas de mélanger ses crayons, je te coupe les oreilles moi-même, menaça-t-il avec autorité.
Est-ce que je me suis bien fait comprendre pas de tour de passe-passe pas de piège ?
– Je ne vois absolument pas de quoi tu parles. Bon, je te laisse, je crois que j'ai un Gremlins caché dans mon coffre. Ciao
Il raccroche très rapidement, il est sorti à peine de l'ascenseur qu'il entendait déjà la voix féminine à travers la porte en train de le critiquer au téléphone.
Les femmes ne perdaient vraiment pas de temps quand il s'agissait de descendre un homme réalisent. Julian.
Il fait exactement trois coups à la porte, les mains derrière son dos, essayant d'avoir l'air d'un ange.
Quand la porte s'ouvre, il se retrouve nez à nez avec la femme.
elle ouvre grand les yeux avant de les plisser, son sourcil accentuant la ride au milieu de son front.
Un froncement colérique lui remonta le nez dilatant ses narines. Julian essaye de se retenir.
Se retenir de quoi de se moquer d'elle.
Évidemment ça lui faisait d'énormes narines c'était peut flatteur.
— Je peux savoir ce que tu fais là t'étais pas parti, cracha la femme avec colère.
—Si, si mais j'ai réalisé que j'avais oublié mes clés chez toi, et puis je me suis dit la pauvre, j'ai été si... si...
Le manque de sincérité de Julian transparaît énormément, il ne sait même pas quel beau il faut employer actuellement.
— Si peu délicat, si arrogant, si cruelle et moqueur, mesquin, profiteur ? Lâcha la femme sèchement.
— Tu exagères, je ne suis pas non plus toutes ces choses ? Questionne Julian faussement coupable.
— Tu veux que je te dise un truc ? Dit Britany dans une, tentative de faire durer le suspense. T'es même pire que toutes ces choses.
Après avoir lancé ses paroles pleines d'amour et d'admiration envers Julian.
La femme recula et va jusqu'à sa cuisine pour attraper les clés de voiture qui sont sur le plan de marbre.
Elle revient vers lui et lui balance les clés à la figure.
On pouvait juste entendre un petit « Aïe ! » de la part de Julian.
— eh bien merci c'est très aimable à toi de m'avoir rendu mes clés. Fit Julian avec sarcasme
Par contre un petit conseil chéri tu devrais pas écarter les narines comme ça quand t'es en colère, c'est ridicule.
Julian était tellement fier de lui à cet instant.
La femme était devenue rouge de colère.
S'il serait dans un cartoon, il était persuadé qu'il aurait pu voir de la fumée sortir de ses oreilles.
— DÉGAGE CONNAR !!! Hurla t'elle folle de rage.
— Tellement peu élégante quand tu fais ça, relance Julian uniquement pour le plaisir de l'avoir plus en colère.
Pourtant, il avait quand même rapidement couru dans l'ascenseur une fois à l'intérieur face à lui-même dans ce magnifique miroir, il passe les mains dans ses cheveux se regarde.
—Bonjour, monsieur Kensington, quelle merveilleuse entreprise que vous dirigez d'une main de fer, se parla t'il à lui-même.
Vous trouvez monsieur Donovan, je pensais que je pouvais encore plus resserrer la vis
Il rigolait tout seul quand les portes de l'ascenseur s'ouvrent, il avance avec confiance et assurance jusqu'à sa voiture.
À l'intérieur, il cherche désespérément ses lunettes.
— Putain...
Cracha-t-il avec frustration. Pas le choix, il allait devoir faire sans ça aujourd'hui.
Il démarra la voiture ; le vrombissement du moteur fit sourire Julian.
Il démarra et avança dans les rues.
En faisant très attention.
C'était comique à voir, il avançait légèrement son corps pour regarder de loin, plissant les yeux.
C'était dangereux de conduire sans lunettes, surtout pour quelqu'un qui était complètement myope.
Mais bon il fallait bien vivre dangereusement, parfois non ?
Un large sourire étira ses lèvres.
Enfin, il voyait déjà la hauteur de son immeuble.
Classe, sobre et élégant.
Intérieurement, il se dit que cet immeuble était à son image, grand impressionnant, regardant de haut les autres.
Ce n'était qu'un début.
Bientôt, ce serait plus haut. Il serait beaucoup plus haut.