ACTE I - INTRODUCTION *** Le Chevalier Des Gueux
Dix-huitième siècle, Louisiane.
Un silence oppressant régnait, la poussière s’étendait à perte de vue sur une terre aride. Nul n’aurait osé s’aventurer à pied dans un lieu si hostile à la vie et si éloigné de toute civilisation. Pourtant, au loin, une silhouette frêle, accroupie dans la poussière, hurlait comme une grosse merde. Cette silhouette, c’était le Chevalier Des Gueux.
Le Chevalier Des Gueux était un homme dont le nom circulait peu, mais dont la réputation, diffuse, résonnait sans qu’on le sache. Né dans une famille française extrêmement riche, tout le prédestinait à une vie religieuse, à endosser le titre de chevalier de l’Église. Il était encouragé sans relâche par son père, qui y investissait de grandes ressources, et par son meilleur ami, Tiberge. Mais le destin en décida autrement. Des Gueux croisa le chemin d’une 92i El Mordjene nommée Manon Lescobar. Lorsqu’il posa les yeux sur elle, les témoins de la scène jurèrent avoir vu l’érection la plus fulgurante jamais observée.
Sans surprise, Des Gueux tourna le dos à ses études religieuses pour suivre Manon, sans un sou en poche, mais porté par le bonheur. Ils s’installèrent à Paris, et il coupa tout contact avec Tiberge et son père. Leur vie était heureuse, certes, mais marquée par une misère crasse. Même Manon finit par juger Des Gueux pathétique et misérable. Lorsqu’elle menaça de le quitter, cette michto, Des Gueux s’engagea sur une voie sans retour : la vente de produits illicites. La drogue, quoi. La beuh.
Au début, se faire une place dans ce milieu ultraconcurrentiel à Paris, tout en le cachant à Manon et au reste du monde, fut un défi ardu. Mais à force de persévérance et de sueur, Des Gueux se forgea une réputation sous le pseudonyme de Chevalier. En un temps indéterminé, il bâtit un empire tel qu’il devint le premier dealer de France, amassant une fortune exceptionnelle. Bien sûr, Manon était désormais dans la confidence.
Elle hésita un instant, à peine deux secondes, le temps de voir la bague en diamant que Des Gueux lui avait offerte. Elle devint alors sa principale complice, supervisant avec lui la distribution de leur commerce.
Mais une vie de félicité dans l’illégalité ne dure jamais longtemps.
Un jour, Des Gueux reçut une proposition pour une livraison hors du pays, en Louisiane. D’ordinaire, il aurait délégué à l’un de ses dealers, mais la commande était excrément importante et exigeait la présence des têtes pensantes pour conclure l’affaire. Ainsi, Des Gueux et Manon prirent le premier navire en direction de la colonie.
Une fois sur place, ils louèrent une calèche et s’arrêtèrent à quelques kilomètres de leur destination pour continuer à pied, afin de ne pas éveiller les soupçons. Les coordonnées envoyées sur la montre connectée de Des Gueux pointaient vers un lieu isolé, en plein cœur du désert, loin de tout regard indiscret.
Ils marchèrent une heure... deux heures... trois heures. La traversée s’éternisait, bien au-delà de ce qu’ils avaient anticipé. Manon, desséchée comme les couilles de papy, commençait à perdre patience, tandis que Des Gueux rêvait d’un burger pour apaiser sa faim. La tension monta, et une dispute éclata :
— Par la Sainte Vierge, Des Gueux, tu pouvais pas prévoir que tes talons de catin ne tiendraient pas trois heures dans ce sable ? lança Manon.
— Pardon, ma douce... Je t’offrirai une voiture à ton effigie dès qu’on rentrera...
— Oh, ferme-la, Des Gueux ! Ta voiture, je vais te la fourrer dans l’anus ! C’est toi qui m’as traînée dans ce désert pour ton histoire de beuh, alors que t’aurais pu envoyer un de tes bouffons ! J’ai soif, j’ai faim, et j’ai pas signé pour crever comme un chameau !
Un silence pesant s’installa, seulement troublé par le vent balayant la poussière. Ils étaient enfin arrivés au point de rendez-vous. Ils attendirent une heure... deux heures... trois heures. Mais personne ne se montra. Manon, à bout, explosa :
— C’en est trop, c’est fini entre nous ! Je me casse, et je vais me faire prendre par quatre Blacks ! Débrouille-toi tout seul maintenant !
Mais alors qu’elle s’élançait en courant, un vrombissement sourd branla l’air. Surgissant du sol, un camping-car délabré apparut, bardé de quarante tourelles fixées sur son toit. Elles pivotèrent toutes vers Manon et ouvrirent le feu, la criblant de balles pendant un temps indéterminé. Des Gueux, qui s’était endormi dans les hautes herbes, fut épargné. Le vacarme le réveilla, et il assista, impuissant, au massacre.
Soudain, tout devint clair. La transaction n’était qu’un piège. Des Gueux se précipita vers elle, hurlant de désespoir, mais la caravane avait déjà disparu.
C’était trop tard.