je n'aurais pas peur cette fois

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Summary

Après une nuit étrangement paisible, Margarèthe meurt percutée par une voiture... et rencontre ce qu'elle pense être son ange gardien. Elle se réveille dans la chambre de son adolescence. Dans cette maison qu'elle a toujours voulu fuir. Mais certaines secondes chances doivent être entreprises avec prudence. Et Margarèthe va découvrir ce qu'elle doit vraiment payer.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1

Si chaque nuit Margarèthe peinait à trouver le sommeil, celle-ci était différente.

La lumière des réverbères filtrait à travers les volets et découpait la chambre en ombres douces. L’espace était modeste, ordonné, presque effacé — à l’image de celle qui y vivait. Rien n’y criait l’identité. Quelques photos de voyages, des cartes postales, des affiches de tableaux de la Renaissance accrochées comme des promesses jamais tenues.

Son armoire débordait de vêtements choisis sans élan. Elle les avait achetés pour se couvrir, jamais pour se révéler. Ses draps, en revanche, étaient colorés. Rassurants. Son lit était un refuge. Le seul endroit où son âme osait encore parler.

Quand Morphée l’oubliait, Margarèthe rêvait éveillée. Des histoires naissaient en elle — dramatiques, fantastiques, parfois lumineuses. Son imagination était sa dernière échappatoire. Certaines histoires la suivaient depuis des années, d’autres prolongeaient des rêves lucides, ceux qui la laissaient, au réveil, un peu moins fatiguée d’exister.

Mais ce soir de décembre, rien.

Le vide.

Aucune histoire. Aucun sens.

Sa vie était devenue trop lourde pour être ignorée.

Elle se leva et entrouvrit le volet roulant.

La ville.

Quelque chose clochait.

Margarèthe vivait au quatrième étage d’un immeuble modeste du centre de Lyon. Une rue qu’elle connaissait par cœur. Pourtant, en observant les alentours, une sensation étrange s’imposa à elle. Tout était à sa place… mais dénué de son sens.

Elle sortit sur le balcon. Respira.

Rien d’anormal. Et pourtant, tout semblait différent.

Elle tenta de comprendre. Sortit son téléphone. Une photo. Puis une autre, plus ancienne, retrouvée dans sa galerie.

Identiques.

Alors quoi ?

Elle ferma les yeux.

Et écouta.

La ville murmurait encore, mais sans agitation. Sans tension. Le silence n’était pas vide — il était apaisé. Comme suspendu.

Le calme avait changé de nature.

Sans réfléchir davantage, l’envie de sortir s’imposa à elle.

Elle s’habilla rapidement, ferma la porte sans bruit, prit l’ascenseur. L’air nocturne la saisit lorsqu’elle mit le pied dehors. Frais et saisissant.

Elle marcha, le regard levé vers les étoiles.

Les rues étaient désertes. Cela aurait dû l’inquiéter. Mais pas cette fois. Aucune alerte intérieure.

Après quelques minutes, elle atteignit les quais du Rhône. Face au dôme de l’Hôtel-Dieu, majestueux et irréel.

C’était absurde.

Jamais elle ne se serait aventurée ici seule, à cette heure. Les quais changeaient de visage la nuit. Pourtant, ce soir-là, ils semblaient lavés de toute menace.

Pas une silhouette.

Pas une voiture.

La panique tenta de s’infiltrer.

Merde. Je suis seule. Pourquoi il n’y a personne ?

Elle fit demi-tour. Puis se stoppa net.

Quelque chose la retenait.

Un poids doux et lourd à la fois, posé au fond de son être.

Elle se retourna. Les lumières se reflétaient sur l’eau sombre du fleuve. Le spectacle l’hypnotisa instantanément. Elle s’assit sur un banc.

Le temps perdit toute consistance.

Plus de peur. Plus de désir. Plus de lutte.

Juste elle, le fleuve et le froid.

Quand elle voulut se lever, son corps protesta.

Comme si on ne voulait pas la laisser partir.

Margarèthe avait toujours cru en Dieu. Une foi discrète et intime, presque muette. Suffisante pour donner un cadre à l’inexplicable. Mais jamais elle ne l’avait ressenti.

Pas comme ça.

Une présence.

Ni voix, ni image.

Juste une certitude, une conviction.

Une paix si profonde qu’elle lui coupa le souffle quelques instant.

« Tu peux souffler maintenant. »

Elle ne sut dire si ces mots avaient été prononcés — ou songés.

Quand elle retrouva la maîtrise de son corps, elle se leva. Un sourire léger aux lèvres. Elle reprit le chemin de chez elle.

Le feu passa au vert.

Elle avança, et alors qu’elle n’ut le temps de distinguer un lointain bruit.

Le monde bascula.

Une douleur fulgurante la traversa, sans origine identifiable. Le temps se distordit. Une force la cloua au sol.

Puis plus rien.

Une voix.

« Margarèthe. »

Elle ouvrit les yeux.

Devant elle, au sol, gisait une femme.

Jeune.

Pâle.

A l’air mélancolique.

Du sang s’écoulait lentement, sans bruit. Son visage était étrangement serein.

Margarèthe s’approcha.

Et comprit.

C’était elle.

La douleur qui lui parut étouffante juste avant, avait disparu.

« La voiture… » murmura-t-elle.

Autour d’elle, le monde reprenait vie. Des cris. Des pas. Des lumières. Une foule se formait. Alors qu’elle aurait juré que cette rue était vide. Un homme tentait des gestes inutiles sur son corps projeté à plusieurs mètres.

Elle était morte.

Heurtée par un chauffard, sans même avoir pu l’éviter.

Et, à sa propre surprise, un soulagement s’imposa.

Enfin.

Alors qu’elle observait la scène, un détail troubla son attention.

Quelqu’un, à distance.

Immobile, calme. Qui contrastait avec l’agitation de l’accident.

Il ne regardait ni l’accident, ni la foule.

Il la regardait, elle.

Elle sentit la même présence que sur le banc.

La même gravité.

Sans savoir pourquoi, elle s’avança vers lui.

Il ne parla pas.

Mais lorsqu’il tendit la main, elle sut.

Sa paume était chaude. Réelle. Réconfortante.

Ils marchèrent en silence, s’éloignant du tumulte. Le fleuve réapparut.

Enfin, il s’arrêta.

« Si tout pouvait être différent… accepterais-tu d’en payer le prix ? »

« Qui es-tu ? »

Un silence.

Puis un sourire.

« Qui crois-tu que je sois ? »

Elle chercha une réponse. Aucune ne semblait suffisante.

« Est-ce que ça a de l’importance ? »

Il observa l’eau.

« Peut-être. Plus tard. »

Elle pensa à son corps, derrière elle. À la paix ressentie. À ce soulagement coupable.

« Et si je refuse ? »

« Alors tout restera à sa place. »

« Et si j’accepte ? »

Il se tourna vers elle.

« Alors tu n’auras plus le droit d’ignorer ce que tu fuis. »

Le silence retomba.

Margarèthe inspira.

« Quand ? »

Il sourit à nouveau. Pas comme un ange. Pas comme un homme.

« Tu n’as pas besoin de le savoir. »

Elle ferma les yeux.

« D’accord. »