La chasse de minuit
Tout le monde dormait profondément, sauf San et Wooyoung qui partageaient leur chambre, enlacés dans le silence de la nuit, à moitié nus. La maison était calme, chaque respiration se mêlant aux bruits légers de la vieille horloge.
Plus tôt dans la journée, ils étaient passés au marché d’Halloween. C’était presque gratuit, une trouvaille pour rire un peu : une petite plante en plastique noire avec une tête de citrouille orange et des feuilles vertes. Une plante banale sauf qu’elle avait la particularité de briller dans le noir. Ils l’avaient trouvé drôle, l’avaient posée sur la table et l’avaient oubliée. Seonghwa avait failli la ranger mais la trouvait plutôt mignonne dans le fond alors il s’était couché, en la laissant sur la table basse du salon.
Au milieu de la nuit, quand minuit sonna, la tête de citrouille commença à scintiller. Plus que ce qu’elle devait. Une fumée fine s’échappa de sa bouche, ondulant dans l’air et enveloppant toute la maison. L’effet était silencieux, hypnotique, jusqu’à ce que la brume devienne trop dense pour être ignorée. L’odeur cendré en faisait toussoter plus d’un dans leur sommeil.
En quelques minutes, ils se retrouvèrent tous dans une forêt étrange, le sol humide sous leur corps et une brume épaisse tout autour. À quelques centaines de mètres, se dressait un manoir sombre et imposant, les fenêtres semblant les observer.
Ils se pincèrent, incapables de croire à ce qu’ils voyaient. C’était réel. La peur s’installa doucement dans leurs entrailles. Ils se rapprochèrent les uns des autres, la respiration erratique. San et Wooyoung frissonnaient, encore à moitié nus. L’un en simple pull et l’autre en bas de pyjama. Ils se serrèrent la main, restant collé l’un à l’autre.
Yeosang tenait Jongho par la manche, le regard perdu et embrumé par le sommeil. Jongho avait les jambes chancelantes, sa mâchoire se contracta. Il devait se donner du courage, il s’était promis de tous les protéger en cas de problème.
Yunho et Mingi se tenaient le bras, contre Seonghwa et Hongjoong, eux aussi compressés l’un à l’autre. Ils étaient tous les huit collés. La nuit était dure, froide, humide. Le brouillard ne leur laissait que la vision des arbres à proximités et les lumières de l’ancien château. Ils étaient pétrifiés. Leurs corps refusaient de bouger...jusqu’à ce qu’un bruit les y oblige.
Ils se levèrent tous sur le champs. Ils se retournèrent vers le craquement de branche, un grognement suivit. Ils marchèrent alors rapidement, la panique montante dans leur organisme. Ils n’osaient pas prononcer un seul mot. Briser le silence, quelles en seraient les conséquences ? Ils se ruèrent vers le château, même si pour eux, ils le savaient. Ils allaient regretter ce choix.
Seonghwa tenait la manche de Hongjoong, le souffle court. Il essayait de tenir, c’était son rôle. Il était l’aîné. Le leader avançait, par petit pas, suivant Yunho et Jongho qui s’étaient placé tout devant. Les plus courageux. Mingi lui était collé avec San et Wooyoung. Yeosang tenait Seonghwa par le bras.
Jongho inspira profondément, le cœur battant. Ses doigts tremblaient, il n’avait jamais été dans un tel état. Il attrapa la poignée et la baissa puis poussa la porte. Elle grinça. Yunho frotta son épaule, avançant dans le manoir en premier. Tous entrés, Wooyoung ferma la porte derrière lui, un cliquetis se fit entendre. Tous se retournèrent, le deuxième maknae tira la porte mais elle ne s’ouvrait plus.
— On est...coincé...
Mingi déglutit, s’accrochant au bras de San fermement, lui restait cramponné à Wooyoung. Celui-ci se recula, il posa sa main sur celle de son petit ami et observa le manoir. Il était élégant, grand, trop haut. Jongho avança d’un pas, les lumières frémirent et s’éteignirent à l’unisson. Les bougies s’allumèrent, devenant la seule source lumineuse du château.
Yunho saisit le poignet du plus jeune, l’arrêtant dans son élan. Il allait parler mais un vent frais les atteignit, leur coupant presque la respiration. D’où venait ce courant d’air ? Un chuchotement arriva à leur oreille, rauque, comme un souffle erratique. Ils se collèrent les uns aux autres, reculant dans le couloir avec les bougies sur leur droite.
Une fumée s’installa dans le hall d’entrée, venant du dessous de la porte. Une brume épaisse envahi la grande salle. Ils entendaient presque des respirations, des bruits de pas. Et un claque.. régulier sur le marbre. Cela ressemblait à une canne, ou un bâton qui aidait à marcher.
Hongjoong se recula encore, tirant Yunho et Jongho, les rapprochant d’eux. Ils passèrent le couloir à reculons et la porte claqua devant eux. Ils sursautèrent, le boucan résonna dans tout le manoir. Et sans crier gare, ils se mirent à courir. Tout simplement parce que derrière la porte qu’ils venait de passer, quelqu’un aussi se ruait vers eux.
Ils coururent aussi vite que leurs jambes leur permis. Ils soufflèrent, le cœur lourd. Ils se remirent à marcher, plus rien ne les suivait. Ils ne voyaient presque rien. Certaines bougies restaient éteintes. La luminosité était comme une lampe de téléphone en pleine forêt. Inefficace.
Ils n’osaient même pas parler. Le moindre son pourrait leur couter cher. Ils faisaient bien attention les uns aux autres. Ils restaient ensemble, en groupe, à la file indienne.
Puis, le silence se brisa. Yunho osa enfin élevé la voix, tremblante malgré tout.
— Vous savez où on va ?...
— On te suit je te signale ! Cri Wooyoung en chuchotant.
— Chut toi ! Râle Yeosang en pinçant son bras.
San plaqua sa main sur la bouche de Wooyoung, forçant à se taire. Celui-ci râla mais resta silencieux par la suite. Ils marchèrent de nouveau, sans un bruit. Malgré qu’il n’y avait qu’eux dans ce long couloir, ils se sentaient tous épiés. De tous les côtés.
Mingi était partit derrière Yunho, s’agrippant à ses épaules. Il avait du mal à respirer, la panique envahissait sa cage thoracique à chaque pas qu’il faisait. Yeosang était à côté de Jongho, serrant sa main comme un encrage. Ils étaient tout devant, aux aguets de chaque bruit ou petite anomalie dans leur champ de vision.
Yeosang avait des sueurs froides dans le dos. Il avait un mauvais pressentiment. Et il avait eu raison. Toutes les bougies du couloir s’éteignirent en même temps dans un amas de fumée, de minuscule explosion de flamme pour ensuite devenir aussi noir que la nuit. Cette fois, ils n’avaient plus aucune source de lumière.
Ils tentèrent de rester calme, comme des ombres mais soudain, Mingi hurla, courant contre le mur. Quelque chose venait de le toucher. Yunho vacilla, il allait râler mais se tut, une main froide, gelée remontait son dos. Ils n’osaient plus bouger, il saisit le bras de Jongho fermement. Lui prit Yeosang dans ses bras, presque instinctif. Il se recula, se prenant le corps de Seonghwa qui les attira contre lui. Il glissa ses mains dans leurs cheveux, sa tête contre celle de Yeosang.
Hongjoong agrippait la taille de Seonghwa, il fit reculer Yunho, l’attirant vers lui. Celui-ci reprit ses esprits et la main dans son dos disparu. Il souffla, les bougies se rallumèrent une par une mais un autre cri, aigu se fit entendre, résonnant encore plus que celui de Mingi.
— AH !! ON VIENT DE ME TOUCHER !! Hurle Wooyoung, sautant sur San.
San le rattrape et le serra contre son torse, les bras enroulé autour de son corps. Il ressentit alors cette main glacé sur ses épaules nues, si gelée qu’elle en était brûlante. Mingi restait accroupi au sol, Yunho vint rapidement vers lui, l’aidant à se redresser pour le ramener avec eux sans attendre. Mingi renifla, essuyant les larmes de terreur sur son visage.
— On ferait mieux de courir... Non...? Propose Jongho, la voix tremblante.
Tous hochèrent la tête avant de courir de nouveau. Ils entrèrent dans une salle, la porte entrouverte, ils en profitèrent et s’enfermèrent à l’intérieur. Seonghwa se posa contre le mur, il se laissa glisser dessus et s’assit au sol, passant ses mains dans ses cheveux. Il souffla mais redressa la tête et tous se figèrent, la canne, ce bruit, il résonnait dans le couloir où ils étaient.
Il plaça son doigt sur sa bouche et tout le monde opina, aucun bruit ne sera tolérer. Ils ne bougeaient plus. Seul la lumière naturelle de la lune éclairait cette grande pièce. Ils pouvaient y voir un long fauteuil, en velours, bleu nuit, ou noir. Ils ne parvenaient pas à distinguaient clairement les couleurs.
Il y avait également plusieurs lampes, éteintes, debout, torsadé. Un grand lustre au dessus de la table basse devant le grand canapé. Une bibliothèque en fond, avec peut-être 300 livres, elle était immense. Impressionnante. Il y avait même une échelle pour y chercher les livres en hauteurs. Une échelle coulissante comme dans les films.
Ils se retournèrent vers la fenêtre, une ombre. Ils se détendirent un instant, juste un corbeau à la branche sur l’arbre de dehors.
Wooyoung prit appuie contre le mur, les bruits de pas s’étaient arrêtés. Le calme était revenu. Il se décolla du bois puis s’assit dans le canapé, trop propre pour un manoir si vieux. Maintenant qu’ils y pensaient, ce manoir hors du temps. Il n’y avait personne et pourtant il restait d’une propreté impeccable. Il semblait vivant.
San le rejoignit, l’amenant contre lui. Wooyoung déposa sa tête contre son épaule froide, il frissonna et ramena ses genoux contre son torse. Il plaça son pull au dessus de ses jambes, recevant un peu de chaleurs. Heureusement qu’il avait pensé à un sous-vêtement avant de dormir. Il faisait trop froid pour dormir sans.
— San, tiens.
San leva les yeux, il tendit la main et attrapa le vêtements que Jongho lança, un manteau, propre, qui était accroché à une armoire au fond de la pièce. Il l’enfila sans hésiter, pourquoi sentait-il la lessive ? La lavande. Il attrapa ensuite un pantalon, Wooyoung le saisit et n’hésita pas un instant à se vêtir. Il ferma le bouton, pile la bonne taille. Ce genre de tissu ne ressemblait à ceux qu’ils avaient en Corée, ce textile faisait très Européen.
Il posa ses mains sur ses pieds, tout le monde était à pieds nus mais c’était aussi une chances, ils faisaient moins de bruits. Et en chaussettes, sur ce marbre, ils auraient tous glissés.
Yunho se redressa le premier, il avança vers la porte, il posa son oreille dessus, aucun bruit. Le silence complet.
— Je vais aller voir ce qu’il y a au fond du couloir. Je pense que c’est la meilleure solution, je reviens dans cinq petites minutes.
— C’est trop dangereux d’y aller tout seul, je viens. Ajoute Jongho en s’avançant.
Mais Yeosang lui prit la main et Yunho tapota son épaule, un sourire aux lèvres.
— Reste avec eux, protège les s’il se passe quelque chose.
— Yunho.
Le concerné tourna la tête et croisa le regard de Seonghwa puis de Hongjoong qui s’approchaient à leur tour. Mingi vint les rejoindre juste après. Yunho déposa un baiser sur sa joue, frottant son nez contre le sien avant de se reculer de nouveau à la porte.
— Ça va aller, je ferai attention? Je reviens dans cinq minutes.
Il sortit alors de la pièce. Yeosang se blottit contre Jongho qui plaça son bras autour de ses épaules. Ils avaient tous les deux un affreux pressentiment. Juste cinq minutes.
Yunho referma la porte derrière lui, il souffla, la respiration difficile. Il prit une bonne grosse minute avant de lâcher la poignée et s’avança dans le couloir, à petits pas.
Dans la pièce, le temps semblait duré une éternité. San et Wooyoung s’étaient allongés dans le canapé. San caressait les cheveux de son petit ami, encore doux de son shampoing d’il y a quelques heures. Il glissait ses doigts sur son visage, les yeux du plus jeune étaient presque fermés, apaisé de ses petites caresses.
Jongho faisait les cents pas, les épaules tendus, pestant dans sa barbe imaginaire. Seonghwa et Hongjoong étaient assis au sol, faisant une bataille de pouce sans réellement vouloir gagner. Mingi était assit contre le mur avec Yeosang, tous deux avaient un mauvais pressentiment. Yeosang le sentait mal.
Il se releva alors et alla vers la porte, il allait sortir mais la main de Hongjoong l’en empêcha. Il s’était levé sans attendre, ayant compris ce qu’il allait faire. Jongho s’avança et posa ses mains sur les épaules de Yeosang qui souffla.
— Ça fait longtemps qu’il est parti.. On devrait aller voir.
Seonghwa hocha la tête en s’approchant. Wooyoung et San vinrent avec eux sans attendre, eux aussi inquiets pour Yunho. Hongjoong croisa les bras contre son torse, se posant contre la porte.
— Encore deux minutes. Et si...
Ils se figèrent, un cri, étouffé mais ils auraient jurés entendre la voix de Yunho. Hongjoong se retourna, ouvrit la porte sans attendre et couru vers le cri, les autres le suivirent. Wooyoung les dépassa rapidement, sûrement le plus rapide d’entre eux. Il arriva rapidement devant une porte, tapa dessus et tenta de l’ouvrir.
— Yunho ! Tu m’entends ?!
— Bouge Wooyoung !
Wooyoung se recula, Jongho prit sa place et tira la poignée de toutes ses forces. La clenche céda, une vis sauta et se planta dans le mur. Le plus jeune ouvrit la porte, il avança d’un pas mais se figea, son corps devint presque une flaque tant ses membres tremblèrent. Ils se figèrent.
Mingi poussa Jongho et alla vers le corps inerte au sol, ensanglanté. Il le prit dans ses bras et le secoua, le sang continuait de s’écoulait. Yunho devait avoir plusieurs trous dans le corps, une dizaine de coups de couteaux dont un dans la poitrine au niveau du cœur, aucun moyen de s’en sortir.
Hongjoong s’approcha, doucement. Ses jambes cédèrent, ses genoux claquèrent dans le sang du danseur principal. Les larmes coulèrent sur ses joues, sa main glissa dans ses cheveux, sa peau encore chaude. Mais plus aucun mouvement. Son cœur s’était tut.
Jongho était encore figé, incapable de bouger, il se laissa glisser contre la porte. Il posa sa main sur sa bouche, s’empêchant de faire du bruit, les larmes vinrent d’elles-mêmes, son corps tressauta, pris de sanglots silencieux. Yeosang s’était assis au sol, tremblant, incapable de dire un mot.
Seonghwa ne savait pas comment réagir, il s’était approché, lentement. Il s’accroupit sur le côté de Yunho, sa main sur son front et il lui ferma les paupières. Il ne savait plus comment respirer, sa cage thoracique se compressa. Il fondit en larmes à son tour et se mordit la lèvre, ne voulant pas faire de bruit mais Mingi lui hurla. Sa tête rencontra le torse inerte de son meilleur ami. Les sanglots bruyants.
San ne bougeait pas, les joues bien humides déjà. Wooyoung avançait à petit pas, il avait l’impression d’être dans un rêve. Il s’assit, doucement, presque au ralenti. Ses doigts frôlèrent le dos de la main de Yunho, qui commençait à devenir froide sur ce marbre. Il se prit de sanglots incontrôlable, il pleura sans retenu et une main se posa sur sa bouche. Son corps rencontra celui de Jongho qui le serra dans ses bras.
Mingi avait réussi à être moins bruyant, mais ses larmes n’avaient pas cessées, elles coulaient sans retenus.
Hongjoong serra les dents, il se redressa, il leva la tête, le regard rempli d’une haine viscéral.
— Bande de chien ! Vous n’êtes que des lâches ! Vous attaquez à lui quand il est seul ! Montrez-vous !! Vous...
— Hongjoong !! Hurle Seonghwa.
Il tendit la main, attrapant la sienne mais c’était déjà trop tard. Hongjoong vacilla. Sa main se plaqua d’instinct contre sa gorge tranchée, les yeux grands ouverts. Le sang gicla partout, un grognement atteignit leurs oreilles. La brume entoura un instant le corps de Hongjoong avant de disparaitre.
Seonghwa rattrapa Hongjoong, il posa sa main sur sa gorge avec lui, pleurant plus qu’auparavant. Il tenta d’arrêter le sang mais Hongjoong s’étouffait avec.
— Non ! Non !! S’il te plaît ! Hongjoong !!
Mingi s’était redressé, serrant la main raide de Yunho. Wooyoung toussa, les yeux écarquillés, son corps tremblait, du sang était entré dans sa bouche. Le goût de fer restait sur sa langue. Les larmes redoublaient, il était figé, les bras de Jongho le maintenait. Il n’arrivait plus à faire aucun bruit. Son regard était fixé sur le corps de Hongjoong prit de spasme de moins en moins présent.
Yeosang avait accouru vers Seonghwa, l’aidant à arrêter de l’hémorragie mais c’était voué à l’échec. San s’était avancé, la main sur le dos de Jongho, la respiration presque inexistante. Les hurlements de Seonghwa les brisaient, il cria à s’en déchirer les poumons. Sa voix craqua, le corps de Hongjoong avait cessé de faire ne serait-ce qu’un seul mouvement. Son visage, ruisselant de ses larmes. Les yeux fermés, le sang ne coulait plus. Des litres de rouge sur le sol et sur eux.
Deux membres, partis en un instant. Comme une flamme sur une allumette. Il n’était plus que six à présent.
Les minutes passèrent... Les heures peut-être...
Ils n’avaient aucune notion du temps mais ce qu’ils savaient. C’est que les corps refroidissaient.
Seonghwa venait de poser le corps de Hongjoong sur le sol froid, encore humide de sang. Il essuya ses larmes, étalant le liquide écarte sur son visage. Il se redressa ensuite, le corps lourd. Tout le monde le suivit du regard. Jongho fut le deuxième à se lever, comprenant son intension. Et il avait raison.
— Il faut partir... Murmure Seonghwa. On ne peut pas rester ici.. Allez... Viens Mingi.
Il s’abaissa, tendit doucement sa main. Son regard toujours aussi doux, comme celui d’une mère inquiète pour son enfant. Mingi renifla. Il saisit son poignet et se redressa, lâchant la paume de Yunho.
San se mit sur ses pieds, il aida Wooyoung à faire de même. Il attrapa sa main et entrelaça ses doigts aux siens. Wooyoung avait encore des sanglots, il avança tout de même avec les autres. Yeosang regarda une dernière fois derrière lui avant de saisir le bras de Jongho, se plaçant à côté de lui.
Ils sortirent de la grande salle, arrivant encore dans un couloir. Ils le passèrent, sans grande difficulté puis tournèrent à droite, la suite du couloir mais cette fois, plus long. Le fond était sans lumière, une atmosphère étrange et pourtant ils ont continué. Ils n’avaient plus rien à perdre.
— Hé... Commence Wooyoung, la voix tremblante.
Tout le monde se tourna vers lui, il pointa du doigt une commode avec un tiroir entrouvert. Seonghwa s’avança, il tira le tiroir pour l’ouvrir complètement, une feuille pliée. C’était tout ce qui se trouvait à l’intérieur. Il s’empara du papier et la déplia. Une simple écriture. Du japonais. Il tourna la tête et le tendit à Wooyoung. Il était celui qui s’en sortait le mieux dans cette langue.
Wooyoung la saisit, les doigts frémissants. Il décortiqua chaque phrase avec attention. Il tentait de se concentrer le plus possible. Et les autres ne firent aucun bruit. Le laissant prendre son temps. San plaça ses mains sur sa taille, calant sa tête sur son épaule pour lire par dessus mais bien évidemment, il n’en comprenait pas un mot.
Wooyoung racla sa gorge, attirant l’attention de nouveau sur lui, encore plus tendu.
— Si j’ai bien compris... Ce monde..se trouverait entre celui des vivants, le notre... et celui des morts... C’est un monde pour les mauvais esprits.. Et ce sont des chasseurs d’âmes.. Ils..se serviraient d’objets simple..pour se servir de passerelle...
Il glissa son doigt sur la feuille, les sourcils froncés. Cette fois, la fin de la page, il était incapable de comprendre. La personne ayant écrit ça devait être pressé. C’était illisible. Il le rendit à Seonghwa qui le replaça dans le tiroir, pas question de ramener ça avec. Peut-être que d’autres gens en auront besoin.
— Un entre monde hein... Comme c’est ridicule... Rigole Jongho, amèrement.
Il se posa contre le mur, la main dans ses cheveux. Le menton tremblant, les cils encore humides.
— Et pourtant... On ne peut que le croire.. Ajoute Yeosang, se frottant le bras nerveusement.
Mingi hocha la tête. Il restait collé à Seonghwa, comme un enfant à son seul parent. Seonghwa lui saisit la main, se voulant rassurant. Mingi renifla, les larmes encore présentes.
Wooyoung s’en remettait à peine, ses yeux lui brulaient la rétine. Ils remirent en marche, les bougies au bout du couloir se rallumèrent à leur arrivé. Un anneau de lumière, plus dense apparu. Une porte ouverte, avec une ampoule allumé. Cette luminosité ne pouvait venir que de l’électricité.
— On devrait aller voir.. Suggère Mingi, malgré la peur.
— Je vais y aller.
Tous regardèrent Seonghwa. Jongho fronça les sourcils, il tapa son bras, faisant sursauter Seonghwa qui se frotta l’endroit douloureux.
— Quoi ?
— T’es con ou quoi ? Tu te souviens pas de ce qui est arrivé avec Yunho ? Râle le plus jeune, sec. Je viens avec toi. A deux, on a plus de chance. Et vous, restez là, c’est un ordre.
Il les pointa du doigt et tous hochèrent la tête, stupéfait de l’autorité de leur cadet. Jongho prit la main de Yeosang et lui fit lâcher son bras. Celui-ci déglutit mais accepta la décision, il souffla. Il allait parler mais les lèves de Jongho se posèrent sur les siennes. Seulement quelques instant mais se fut assez pour que Yeosang se tut. Pas un mot et pourtant, il avait tout compris.
Il les observa partir, les doigts contre ses lèvres. Son cœur battait à toute allure. Et s’il leur arrivait quelque chose ? Il secoua la tête puis expira un grand coup. Il ne devait pas penser à ça. Tout se passera bien, ils reviendront.
Mingi se posa contre le mur, il fronça les sourcils. Il n’eut même pas le temps de comprendre qu’un bras sortit du mur, il hurla et se recula mais le bras le tira par les cheveux. Yeosang, sursauta et rappliqua sans réfléchir pour aider Mingi. Il prit son bras et tenta de le ramener vers lui. Wooyoung et San firent de même, ils aidèrent Mingi. Mais la main serrait fermement les cheveux du plus grand. Wooyoung le lâcha pour s’attaquer directement à la main. Il la roua de coup puis sans prévenir, il la mordit, de toute la force de sa mâchoire. Derrière le mur, ils entendirent un cri de douleur. Un deuxième bras en sortit, le papier peint se déchira. San réagit à temps, tirant Wooyoung vers lui mais la main, attira de nouveau Mingi.
Celui-ci cria, les larmes coulant, il tendit la main, tous les trois tentèrent de la rattraper mais Mingi se fit attirer. Son corps corps disparu dans le mur. Seul ses cris purent encore être entendu. Wooyoung plaça ses mains sur sa bouche, la respiration rapide.
Yeosang se recula, ses jambes vacillèrent, il tomba sur les fesses, les yeux écarquillés. San attrapa Wooyoung dans ses bras, se rassurant, il était là. Il ne l’avait pas perdu. Wooyoung se blottit contre lui et le serra à son tour. Il déglutit, la douleur dans ses dents bien présente, il n’avait jamais mordu si fort.
Ils crièrent tous les trois, voyant le mur se briser, une porte s’ouvrit. Le corps de Mingi atterrit devant eux, les paupières grands ouvertes. Le visage baignant dans ses larmes. Et un trou dans la poitrine.
Des pas rapides se firent entendre plus loin, Seonghwa et Jongho couraient vers eux. Ils les avaient entendu, mais trop tard. Ils se figèrent à la vue du cadavre de Mingi. Seonghwa réagit sans attendre. Il se jeta sur Wooyoung et San et prit leur bras pour courir de là où ils venaient. Jongho s’occupa de Yeosang, il le souleva sur son épaule, sans attendre sa réponse. Yeosang se tint à lui, les larmes bien présentes. Il fondit en larmes.
Son regard croisa celui du tueur qui avait un aspect cadavérique. Sans comprendre comment, il disparu dans un amas de fumée que seul lui fut témoin. Serait-ce lui le prochain ? Il perdait complètement pied.
Seonghwa entra dans la pièce allumée et ferma la porte une fois tout le monde à l’intérieur. Il tourna la clé et se laissa glisser contre la porte, la respiration rapide.
— Reste pas près de la porte.. Chuchote Jongho, tendant sa main.
Il déposa doucement Yeosang sur le sol puis attrapa la main de Seonghwa pour l’attirer et le prit dans ses bras. Le plus âgé craqua à son tour, son bras entourant le corps de Jongho et l’autre Yeosang. Celui-ci sanglotait, incapable de se retenir plus longtemps. Il se blottit contre le plus jeune qui déposa un baiser sur son front. Son regard brisé mais d’une extrême douceur envers lui. Une détermination sans faille. Il ferait tout pour les protéger. Quoi qu’il arrive. Ils sortiront d’ici. Pour Yunho. Pour Hongjoong. Pour Mingi.
Ils n’étaient partis que 3 petites minutes. Chaque secondes comptaient. Et c’était la réalité la plus cruelle qui soit.
Wooyoung avait les mains sur son visage, tentant de respirer correctement. Les cils humides. San glissa un bras autour de son corps et Wooyoung sauta presque sur lui. Il entoura son cou de ses bras et plaça sa tête contre son épaule. San lui releva doucement le menton puis déposa ses lèvres contre les siennes, presque comme un adieu.
Wooyoung fondit en larmes, répondant à son baiser de façon désespéré. Comme une dernière fois. San explosa alors en sanglots à son tour, serrant Wooyoung comme si sa vie en dépendait. Il trembla contre lui, se retenant de faire trop de bruit. Wooyoung se mordait la main, s’empêchant de pleurer trop fort.
Seonghwa se redressa, allant vers eux, il tendit les bras et les prit contre lui. Dans une tendresse presque surnaturelle. Après tout ce qui venait de se passer, son amour pour eux ne faiblissait pas. Il se renforçait. Yeosang et Jongho les rejoignirent. Et dans un ultime acte d’amour, ils s’enlacèrent, tous les cinq restant, dans cette chambre.
— O.. On va sortir.. Je.. Je vous le jure... Promet Seonghwa, sanglotant, les serrant dans ses bras.
Ils restèrent dans cette chambre, dix minutes, ou peut-être deux heures. Ils n’en avaient aucune idée mais ils se levèrent. Le corps vidé de toute énergie mais encore rempli de leur instinct, animal, vivant. Leur cœur battait à tout rompre mais ils n’avaient pas le choix. Ils devaient rentrer.
Ils prirent une grande inspiration à l’unisson et Seonghwa déverrouilla la clé. Il ’ouvrit la porte sans réfléchir. La moindre seconde était précieuse. Ils ne devaient pas en gaspiller une seule.
Ils sortirent de la chambre, ils se figèrent. Il était là, toujours à côté du cadavre de Mingi, presque invisible mais la fumée donnait les contours de son corps. A peine l’esprit fit un pas que le groupe se mit à courir. Le plus vite qu’ils pouvaient, ils tournèrent dans un couloir et montèrent des escaliers.
— C’est la porte ? Cri Wooyoung, montrant la porte d’entrée contre un mur qui n’avait rien d’extérieur.
Ce mur menait clairement à une chambre, et pourquoi la porte d’entrée serait à l’étage. Ils avancèrent tout de même. Ce monde n’avait rien de logique, ils ne devaient pas réfléchir.
Jongho changea le premier de direction, tout le monde le suivit instinctivement. Il attrapa la poignée et l’ouvrit sans attendre, dans son élan il tomba. Yeosang le retint, ainsi de suite, mais ils tombèrent à la chaine en criant. Ils heurtèrent le sol, tombant du premier étage. Ils toussèrent et se redressèrent sans attendre.
— I.. Il est là ! Cri San, se plaçant devant Wooyoung par automatisme.
Wooyoung s’agrippa à lui et se recula, tous se reculèrent. Sans savoir où aller à présent. Yeosang regardait autour d’eux, il retint son souffle les yeux grands ouverts. Un mur noir entre les arbres, comme porte. Il le sentait, c’était ça, leur sortie.
— Là-bas !
Ils se figèrent, l’esprit apparu subitement devant eux. Il tendit la main avec son couteau et l’abattit sur San, Wooyoung hurla et le retourna, se plaçant devant lui. Mais rien ne vient, juste un gémissement de douleur. Ils levèrent la tête et ouvrirent grand les yeux. Yeosang recula d’un pas, Seonghwa posa sa main sur sa bouche.
— J... Jongho... Jongho !!
Yeosang voulu courir vers lui mais Seonghwa l’attrapa contre lui, le maintenant de son bras.
Jongho avait arrêté l’esprit, le couteau planté dans son épaule, il tremblait mais le maintenait en place, les yeux noir. Tout se lisait dans son regard. La haine. La colère. La détermination. Il jeta un regard derrière lui puis poussa l’assaillant de toutes ses forces. Le couteau se retira. Il faillit faiblir mais Wooyoung se remit sur ses pieds et le tira en arrière. Il se mit à courir, tenant San par la main en même temps et tous les 5, coururent de toutes leurs forces vers la forêt.
Yeosang sauta dans la porte fait d’ombres, suivit des autres. Seonghwa glissa juste avant mais Jongho l’attrapa juste avant de passer et le tira dedans. Il grimaça à la douleur dans son épaule puis Wooyoung et San entrèrent avec Jongho en dernier.
Yeosang cri, se prenant le parquet de leur appartement. Il tourna la tête, de la brume partout. Les autres arrivèrent, pas au même endroit. San atterri dans le salon, il se prend la table basse dans le dos, lui faisant lâcher une plainte de douleur. Il se redressa et son regard croisa la petite plante en plastique citrouille du marché. La fumée, venait de cette plante ? Il la prit en main et l’arracha sans même réfléchir. La tête redevint sombre, la fumée disparu doucement.
Wooyoung cria, il se raccrocha à la barre. Il reprit sa respiration puis il fondit en larmes, hurlant dans les escaliers, toute la pression se relâchait d’un seul coup.
Seonghwa sortit, se retrouvant dans le couloir de l’entrée avec Yeosang qui se relevait, courant dans les escaliers. Il se leva aussi, reconnaissant les pleurs de Wooyoung. San se rua à toutes vitesse vers son petit ami. Il gravit les marches avant Yeosang et prit son compagnon dans ses bras qui se laissa aller contre lui.
Jongho entra le dernier, il tomba sur son épaule, lui arrachant un sanglot, son menton trembla, il se redressa, le brouillard presque disparu. La douleur qu’il ressentait, c’était loin d’être un rêve. Il tourna la tête et vit tout le monde dans les escaliers, il était tombé en bas, à l’entré du salon, devant les marches.
Yeosang retint son souffle, il descendit rapidement et le prit dans ses bras sans attendre. Seonghwa s’assit dans l’escalier, le corps tremblant et fondit en larmes à son tour. Il plaça ses mains sur son visage, hurlant dans ses paumes.
Les autres le rejoignirent rapidement, s’enlaçant de nouveau, mais cette fois, dans l’espoir d’être vivant.
Puis sans prévenir, l’horloge sonna. Un seul coup. Juste un.
Ils se regardèrent, les yeux ronds et observa leur grande horloge. Une heure du matin. Il ne s’était passé qu’une heure.
Ils se délaissèrent et Seonghwa se releva, il essuya son visage, encore teintait de sang. Il descendit les marches pour aller dans le salon, les autres le suivirent, restant près des uns des autres.
— C’est ça... Informe San, pointant la plante-citrouille du doigt. C’était la passerelle...
Seonghwa se baissa et la prit en main, les larmes redoublèrent, il hurla et jeta la plante de toute ses forces contre le mur qui explosa en cendre. Tous sursautèrent et se pressèrent les uns contre les autres.
— C... Comment on va expliquer ça... Sanglote Yeosang.
Et ça, ils n’en savaient rien. Perdre 3 membres. Trois personnes disparus en une heure, comment quelqu’un pouvait les croire ? Wooyoung se frotta les yeux, blottit contre San qui le serra contre lui. Son regard fut attirer par le mur, où il y avait leurs cadres photos. Il fronça les sourcils et s’avança, tout doucement. Suivi de San qui tenait sa main, les autres le suivirent, sans vraiment réfléchir. Mais ils ne voulaient plus se quitter.
— Pourquoi.. Pourquoi nous ne sommes que 5 partout...?
Il détacha un cadre et montra la photo, leur première photo de groupe à huit s’était transformé à cinq.
Les trois personnes qui connurent la mort dans l’entre monde n’existait désormais plus dans leur monde. Plus aucune trace d’eux. Même cette maison ayant sept chambres, n’en avait plus que quatre. Tous les objets ayant appartenus aux défunts, étaient partis dans le monde des morts. Seuls les cinq restants, ceux qui étaient entrés avec eux dans cet entre monde, se souvenait de ces trois personnes.
Et ça, ils ne s’en remirent jamais.