À contre-jour

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Summary

Une route tranquille. Une famille ordinaire. Puis, soudain, tout bascule. Leur quotidien ne sera plus jamais le même. Retrouvez David, Sophie et leur fille Emma, dans une aventure où chaque rencontre peut être la dernière.

Status
Ongoing
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
16+

Pleurs dans l'ombre

La famille Lemoine roule paisiblement sur un chemin isolé, découvrant la région, quand le drame survient. Sophie donne un violent coup de volant pour éviter une collision frontale. 

Leur voiture plonge dans le fossé. David, encore sous l’adrénaline, vérifie rapidement que sa femme et leur fille Emma vont bien malgré le mini-choc, puis se précipite vers l’autre véhicule pour porter secours au conducteur.

— Plus de peur que de mal… Emma, ça va ? T’as rien ? Ta tête ? Tes bras ? Pas trop secouée ? — Doucement sur le nombre de questions, maman… Est-ce qu’on a cogné la voiture ? J’ai fermé les yeux… j’étais effrayée… j’ai cru que j’allais vous perdre, mama…

Sa voix se brise, et des larmes coulent.

— Oh, ma chérie… on est encore là. Je vais très bien, et papa aussi. Allons le rejoindre pour aider le conducteur de la voiture qu’on a évitée. J’espère qu’il va bien.

Les occupants de la voiture que Sophie a esquivée se sont encastrés dans la barre de coupe d’une moissonneuse arrêtée en plein champ. Heureusement, la machine n’est pas en marche. Sinon… ça aurait été une vraie boucherie.

— EST-CE QUE TOUT VA BIEN ? crie David en approchant, priant de ne trouver aucun corps sans vie.

Silence. Personne à bord. Aucun habitant alentour, pas une maison, pas un bruit.

Après une bonne vingtaine de minutes à fouiller autour, David conclut que la voiture a dû dévaler la pente à cause d’un oubli de frein à main.

— Montons cette pente, nous aurons plus d’informations et pour essayer de prévenir les potentiels propriétaires de la voiture.

La famille Lemoine arrive sur une plage presque vide, à peine une quinzaine de personnes sur leur serviette ou sur les transats mis à disposition, mais elles sont toutes immobiles. C’est trop calme.

Le bruit des vagues vient doucement frapper le sable, tandis que le soleil, caché derrière des nuages tellement épais que les rayons ne traversent pas.

David et Sophie observent la scène, intrigués.

— Ils dorment, non ? Ou ils bronzent ? Emma, qui tient la main de sa mère, fronce le nez en retirant ses chaussures. — J’ai du sable partout, râle-t-elle.

Emma chute en essayant de remettre sa chaussure. — Ça va, chérie ? C’était pas malin de remettre ta chaussure en gardant ta main dans la mienne, mais lâcher ma main en chutant, c’est encore moins malin.

Sophie et Emma rigolent de la situation. Emma se relève en regardant si quelqu’un l’a vue chuter.

— Eh… eh… eh… mais maman, ces gens… ils sont tous nus !

Sophie cache les yeux de sa fille, même si elle détourne déjà le regard, gênée.

David sourit un peu pour détendre l’atmosphère : — La probabilité d’arriver sur une plage nudiste, hein.

Emma reste les yeux fermés et les mains devant son visage. — C’est quoi, une plage nudiste ? Sophie explique doucement : — C’est un endroit où les gens aiment se promener sans vêtements. Emma regarde son père : — Alors papa, tu vas leur parler nu aussi ? Sophie rit en lançant un regard à David : — J’aurais pas été contre voir ton père nu, moi.

Emma rigole à la blague, mais Sophie reprend vite son sérieux : — C’est pas le moment… C’est fou ce qui nous arrive en moins d’une heure. Vas-y David, on t’attend ici avec Emma.

Sophie observe son mari mais comprend qu’il y a quelque chose d’anormal. — Ça va aller, ma chérie, ne t’inquiète pas. — Oui je sais, c’est pour ça que je le fais loin de l’eau. Les fondations de mon grand royaume ne céderont pas à la grande menace qu’on appelle l’eau.

Sophie sourit en voyant sa fille construire un château de sable malgré ce qui vient de leur arriver.

David revient en trottinant mais son expression du visage n’indique rien de bon. — Alors, ils ne viennent pas ?

David prend Sophie à l’écart. — Comment te dire… ces gens ont l’air morts. Je n’ai pas osé prendre leur pouls. — Est-ce que leurs yeux sont ouverts ? Ou leur ventre bouge ? David répond froidement : — Non.

Sophie passe sa main dans ses cheveux en regardant Emma terminer son royaume. — Il doit y avoir des bâtiments pas loin pour loger les gens ! — Oui, j’ai aperçu des murs blancs. — On y va, chérie, tu viens ?

Sophie tend la main vers Emma, qui finit les murailles de son royaume. — Mais j’ai pas fini, maman. — Tu t’es plaint du sable y’a dix minutes et… Emma coupe la parole de sa mère : — D’ailleurs, j’ai encore ce maudit sable… Rahhh…

Ouaaah…!

Emma tombe en plein centre de son royaume. — Oh non… mon royaume !

— Allez, Emma, on va voir les gens qui s’occupent de cette plage. Ils dorment, papa n’a pas voulu les déranger. — Attends, maman, c’est quoi ça ? Ça brille !

Sophie et Emma suivent David.

C’est un collier, il est tellement beau. — Oui, couleur or. Tu as de la chance de l’avoir vu dans le sable. Regarde si y’a un prénom. Sûrement quelqu’un l’a perdu ! — Eh non, pas de prénom. Eh… maman, il s’ouvre, trop stylé… eh c’est quoi, maman ?

Sophie prend le collier et le jette un peu plus loin sur le sable. — Mais mon collier ? — Ce collier appartenait à un drogué, chéri, essuie-toi les mains, c’était sûrement son moyen de se droguer discrètement. — Ahh beurk.

La famille Lemoine avance à gauche des gens potentiellement décédés, tandis qu’Emma croit qu’ils dorment tous. — Comment ça se fait qu’il fasse aussi chaud et que le monsieur est froid ? — De quoi tu parles, chérie ? — Bah, le monsieur qui dort a un tout petit zizi.

Emma pointe du doigt le monsieur.

David et Sophie se regardent avec un air gêné mais finissent par sourire. — Oh, voilà les bâtiments. — On dirait que ça bouge à l’intérieur. — Oh mais oui, t’as raison.

David pousse une porte en verre. Le battant gémit sur ses gonds. Un souffle glacé s’échappe, la climatisation rendant l’air presque hostile.

Une voix de femme, brisée, arrache un cri qui glace le sang. Pas un cri de peur, mais un cri venant du ventre. Les murs renvoient l’écho, amplifiant la douleur comme une blessure qu’on rouvre encore et encore.

Des sanglots étouffés, des respirations saccadées.

Des mains se couvrent le visage pour ne plus voir. Emma serre plus fort la main de sa mère.

— Maman, on devrait par… Emma se fait couper la parole par un homme sorti de l’ombre. La seule source de lumière vient de la porte en verre. — Bonjour, vous êtes vivants ?

Emma dit à sa mère en chuchotant qu’elle a peur du monsieur et de l’endroit. Sophie reste silencieuse et caresse la joue d’Emma.

David répond sur un ton hautain : — Évitez de poser de telles questions stupides devant notre fille de dix ans. Vous voyez bien qu’on est en forme, pourquoi ne serions-nous pas en vie ? Que leur est-il arrivé, à ces gens sur les transats ? — Ils sont tous morts, il y a maintenant environ deux heures. — Mais ils dormaient, vous m’avez dit ? dit Emma.

Les trois adultes regardent Emma en baissant la tête. — Les pleurs étouffés, les sanglots bruts… ce sont des mères, des pères, des ados, des enfants qui viennent de voir s’éteindre ce qu’ils avaient de plus cher.

— Si j’ai posé cette question qui vous semble étrange, c’est parce que vous avez été vus par le soleil et vous êtes encore en vie pour une courte durée. — Comment ça ? — Mais maman, je ne veux pas vous perdre. — Je te promets que demain et après-demain, papa et moi serons toujours à tes côtés.

— Ils sont morts de quoi ? Et vous appelez comment ? — Christophe, vous pouvez m’appeler Chris. — Moi c’est David, voilà Sophie ma femme et ma fille Emma.

— Nous sommes sûrs qu’ils sont morts à cause du soleil. Moi je gère la réception donc j’étais hors de la vision du soleil.

Carole, qu’on entend pleurer, était dehors avec son mari Idris. Carole a eu la chance d’être sur une terrasse complètement couverte, elle ne l’a pas vu perdre connaissance.

Mais Roland s’est réfugié seul au fond ; il a perdu sa femme qui a voulu aider Idris. Roland paye l’addition à ce moment-là, n’a rien vu non plus ; il se retourne avec les bruits de panique et 25 autres personnes tombent juste après.

Des jeunes ont crié : « LE SOLEIL TUE ! » Ils se sont tous réfugiés dans un autre bâtiment. Certains ont traversé le soleil…, trois sorties de secours sont bloquées par des cadavres.

Vous doutez, on ne sait sûrement pas tout. J’étais surpris de voir des survivants, vous êtes sûrement un remède.

Emma et David restent sans parole.

— Je vois que vous avez une télé qui fait la promotion des activités de votre camp nudiste, dit Sophie.

Emma essaye de lire à voix haute ce qui est écrit sur la télé : — « La soirée pyjama… sans pyjama » ? C’est quoi ça ? Je veux essayer !

David et Sophie répondent en cœur, synchronisés : — NON, NON, NON !

— De toute façon, vous n’inquiétez pas, nos activités sont stoppées.

— Je ne voulais pas parler des activités du camp mais est-ce que vous avez essayé d’obtenir des informations directement avec cette télé ? — Non, c’est vrai que personne n’a eu l’idée.

Chris attrape la télécommande.