Les secrets de l’Académie Noctis

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Summary

À vingt ans, Amaya croit rejoindre l’une des meilleures écoles du pays. Mais dès qu’elle franchit le portail de l’Académie Noctis, une inquiétante sensation l’envahit. Les couloirs semblent trop silencieux, les regards trop insistants, les règles trop strictes. Et surtout… certains étudiants disparaissent sans explication. Parmi les enseignants, un homme se distingue : le professeur Keller. Mystérieux, calme, protecteur mais étrangement dangereux, il semble connaître des choses qu’il ne devrait pas. Entre eux, une tension silencieuse s’installe, aussi irrésistible qu’interdite. Lorsqu’un étudiant charismatique, Narek, s’intéresse soudain à elle, Amaya se retrouve au centre d’un jeu d’ombres qui la dépasse. Une société secrète opère dans l’ombre de Noctis… et elle en est la nouvelle cible. Amaya devra choisir en qui placer sa confiance — et découvrir pourquoi on la protège depuis si longtemps

Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
16+

CHAPITRE 1 — L’ARRIVÉE DANS LES OMBRES

Je n’avais jamais aimé les trajets en voiture, mais celui-ci avait quelque chose d’étouffant, presque oppressant. Peut-être parce qu’en m’enfonçant dans la forêt qui menait à l’Académie Noctis, j’avais l’impression de rouler droit vers quelque chose dont je ne pourrais plus revenir.

Un point de non-retour.

Je m’efforçai d’inspirer profondément, les mains crispées sur mon sac posé contre mes genoux. Vingt ans. Nouvel établissement. Nouvelle vie. C’était concrètement le moment de renaître, de laisser derrière moi les ombres d’une ville qui m’avait toujours étouffée.

Alors pourquoi avais-je l’impression que les ombres me suivaient ici aussi ?

La voiture franchit soudain un portail en fer forgé si haut qu’il semblait couper le ciel en deux. Mes yeux s’écarquillèrent. L’Académie Noctis n’avait rien d’un campus ordinaire.

C’était… monumental.

Ancien.

Majestueux et inquiétant à la fois.

Les bâtiments semblaient sortir d’une autre époque, avec leurs pierres sombres, leurs vitraux, leurs gargouilles. Une forêt dense entourait l’Académie, comme un rempart vivant. Et une étrange sensation me traversa la nuque, un frisson qui me fit relever la tête.

Quelqu’un nous observait.

Je ne savais pas d’où venait cette certitude… mais elle était là. Lourde. Insistante.

La voiture s’arrêta près du bâtiment principal. Le chauffeur, un homme austère, déposa ma valise puis repartit aussitôt, sans un mot.

Sympa.

Je n’eus pas le temps de bouger qu’une silhouette s’avança vers moi.

Un homme. Grand, droit, presque trop immobile pour sembler humain.

Sa démarche était silencieuse.

Ses vêtements impeccables.

Ses yeux… d’un gris aussi froid que la pierre du bâtiment derrière lui.

Je sentis mon souffle se bloquer. Pas par peur.

Par instinct.

Quelque chose en lui émanait… un mélange de calme et de danger. Une intensité que je ne parvenais pas à décrire.

Il s’arrêta à un mètre de moi, les mains croisées derrière le dos.

— Bienvenue à Noctis, dit-il d’une voix grave qui vibra jusqu’à mon ventre.

— Merci… murmurai-je.

Un silence. Pas un silence gêné, non.

Un silence lourd. Observateur.

Comme s’il évaluait chaque battement de mon cœur.

— Je suis le professeur Keller, reprit-il. Votre référent cette année.

— Ah. Oui. Enchantée. Je suis Amaya.

Mes doigts tremblaient légèrement sur la poignée de ma valise. Je n’arrivais pas à soutenir trop longtemps son regard. C’était ridicule, j’en étais consciente… mais il me donnait l’impression d’être nue devant lui.

Pas physiquement — mais intérieurement.

Comme s’il voyait à travers moi.

Il inclina légèrement la tête.

— Je suis chargé de vous accompagner pour votre première journée. Il y a des règles importantes à connaître. Et des zones strictement interdites.

Je relevai les yeux.

— Interdites ?

— Vous comprendrez très vite.

Encore cette sensation qu’il en disait moins qu’il ne savait.

Je fus tentée de poser une question, mais quelque chose dans son attitude me retint. Il ne me faisait pas peur… mais il dégageait une sorte d’autorité tranquille, presque hypnotique.

— Suivez-moi, dit-il simplement.

Je le suivis à l’intérieur du bâtiment. Immédiatement, je fus saisie par le contraste.

Dehors : sombre, froid, imposant.

Dedans : silence… et tension.

Les couloirs étaient si propres qu’ils semblaient irréels. Les portraits anciens accrochés aux murs me donnaient l’impression que leurs yeux suivaient chacun de mes pas.

— Pourquoi ai-je l’impression d’être observée ?

La question m’échappa sans que je puisse la retenir.

Keller s’arrêta. Lentement.

Il tourna la tête vers moi. Son regard gris s’accrocha au mien avec une intensité déstabilisante.

— Parce que vous l’êtes, répondit-il calmement.

Je déglutis.

— Par… par vous ?

— Par l’Académie tout entière. Ici, chaque détail compte. Chaque geste. Chaque parole.

Je frissonnai sans savoir pourquoi.

Nous reprîmes la marche. Keller m’expliqua les horaires, les règles, les bâtiments… mais je retenais à peine la moitié. Mon attention était captée par autre chose :

chaque fois que je détournais le regard, je le sentais encore.

Présent.

Vigilant.

Comme une ombre protectrice.

Arrivés au hall de l’internat, une voix masculine se fit entendre derrière nous :

— Nouvelle ?

Je me retournai. Un garçon de mon âge s’approchait, sourire en coin, l’air insolent et charmant à la fois. Ses cheveux sombres tombaient légèrement sur ses yeux, et il avait une manière de marcher qui dégageait une assurance presque arrogante.

— Je m’appelle Narek, dit-il en me tendant la main.

Je m’apprêtai à la prendre, mais Keller s’interposa subtilement.

Pas physiquement, juste d’un mouvement presque imperceptible qui suffit à glacer l’air entre eux.

— Elle est avec moi, dit Keller.

Narek haussa un sourcil, amusé.

— Je vois ça. Je voulais seulement l’accueillir. Ça ne vous dérange pas, si ?

Keller le fixa longuement.

Un duel silencieux.

Chargé de tension.

Puis il se tourna vers moi.

— Amaya, évitez ce garçon.

— Pourquoi ? demandai-je, surprise.

— Parce qu’il attire les ennuis. Et parce que les ennuis, ici, peuvent vous coûter plus que vous ne l’imaginez.

Narek éclata d’un petit rire sarcastique.

— Toujours aussi dramatique, professeur. Elle peut décider elle-même, non ?

Je sentis leurs regards brûler au-dessus de ma tête. Une hostilité palpable.

Et quelque chose d’autre.

Une vieille histoire.

Un conflit que je ne comprenais pas.

— Amaya, dit Keller en m’adressant enfin un regard adouci, suivez-moi. C’est important.

Sans attendre ma réponse, il se dirigea vers l’escalier.

Je jetai un dernier coup d’œil à Narek.

Son sourire avait disparu.

Son regard était étrangement sérieux.

Et pour la première fois, je vis quelque chose dans ses yeux qui me fit frissonner.

Pas de la séduction.

Pas de l’arrogance.

De la peur.

Ou de l’avertissement.

Je rejoignis Keller en silence.

Quand nous arrivâmes au premier étage, il s’arrêta, se tourna vers moi, et dit d’une voix plus basse, presque murmurée :

— Amaya… vous n’êtes pas ici par hasard.

— Comment ça ?

— Et vous devez rester en vie.

Mon cœur s’arrêta.

— Pourquoi est-ce que je serais en danger ?

— Parce que Noctis observe.

— Et vous ? Vous m’observez aussi ?

— Oui.

Un silence.

Un souffle.

Une tension qui m’enserra la poitrine.

— Pourquoi ? demandai-je.

Il me fixa longtemps.

Trop longtemps.

Et d’une voix grave, presque douloureuse :

— Parce que j’ai déjà échoué une fois. Et je ne peux pas recommencer.

Avant que je puisse poser la moindre question, il ouvrit la porte de ma chambre.

— Reposez-vous. Je reviendrai vous chercher ce soir pour… vous montrer ce que vous devez vraiment savoir.

Je restai plantée là, tremblante.

— Ce soir ? Pourquoi ?

— Parce qu’à Noctis, les vérités ne sortent que dans l’obscurité.

Il referma la porte derrière lui.

Je m’appuyai contre le mur, le cœur battant à m’en faire mal.

Et pour la première fois…

je compris que mon arrivée à Noctis n’était pas un nouveau départ.

C’était le début de quelque chose que je n’étais peut-être pas prête à affronter.