confidences dans l'ascenseur

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Summary

Une cabine d'ascenseur. Deux inconnus. Et un secret qui n'aurait jamais dû être murmuré.Claire a tout sacrifié pour ce job. Mais pour l'obtenir, elle doit affronter son pire cauchemar : un ascenseur jusqu'au 53ème étage. Quand la machine s'arrête net, l'entretien d'embauche vire au drame. Dans le noir complet, elle se confie à un étranger, révélant la blessure béante laissée par Vince, son premier amour disparu. Elle pensait mourir dans ce cercueil de fer. Elle ne savait pas qu'elle venait d'y être retrouvée par l'homme qui allait bouleverser sa vie à jamais.

Genre
Romance
Author
Aby Noah
Status
Complete
Chapters
3
Rating
5.0 3 reviews
Age Rating
13+

Vaincre sa peur

« Tu peux le faire. Tu peux le faire, Claire. »

Cette phrase tournait en boucle dans mon esprit, tel une prière désespérée, depuis que j’avais reçu ce mail de confirmation. J’avais été sélectionnée pour un entretien chez Zurich North America, le prestigieux cabinet d’assurance niché au cœur de la Willis Tower.

À Chicago, ce n’était pas juste un gratte-ciel, c’était une colonne d’acier et de verre de 110 étages défiant les assauts de mère nature.

Je me tenais devant les portes chromées des ascenseurs, les mains si violemment crispées sur les anses de mon sac que mes phalanges blanchissaient. Aujourd’hui n’était pas un jour ordinaire : j’avais LE rendez- vous .

Pourtant, ce n’était pas le face-à-face avec les recruteurs qui me terrifiait. J’avais passé des nuits blanches à réviser les modèles de gestion des risques. Je savais que j’étais prête. Sortie deuxième de ma promotion, j’avais cette rigueur qui frôlait l’obsession. Non, mon véritable ennemi, c’était le trajet.

Cinquante-troisième étage. Pour une claustrophobe comme moi, c’était une ascension vers l’Everest, un péril sournois enfermé dans une boîte de métal.

Le hall de la Willis Tower était une fourmilière de cadres pressés et de touristes ébahis.

En levant les yeux vers le plafond vertigineux, j’eus l’impression que le bâtiment lui-même pesait sur mes épaules.

Deux options s’offraient à moi.

La première : gravir les 1 086 marches. L’idée m’effleura, mais arriver en nage, le maquillage dégoulinant sur mon chemisier en soie crème, était le meilleur moyen de griller mes chances.

La seconde option était l’ascenseur. Mon pire cauchemar. Une cage suspendue par des câbles au-dessus du néant.

Pour dompter ma peur, j’étais arrivée une heure en avance. Je voulais éviter la foule, la promiscuité, l’air qui se raréfie sous le souffle des autres.

Les portes s’ouvrirent dans un tintement cristallin. L’habitacle était vide. Je pris une grande inspiration, contrôlant mon diaphragme comme on me l’avait appris au yoga, et fis un pas hésitant.

Le sol semblait déjà se dérober. Mais au moment où les parois de métal commençaient à se rejoindre, une main ferme bloqua la fermeture.

Un homme entra.

Le temps parut se suspendre. Costume gris anthracite, chemise d’un blanc immaculé, allure de prédateur de la finance. Il dégageait une aura de confiance presque insultante.

Il m’adressa un bref signe de tête avant de me tourner le dos. D’un geste précis, il appuya sur le bouton du cinquante-quatrième étage.

La Direction.

Avant de se détourner, il jeta un coup d’œil rapide sur ma silhouette. Il avait dû noter mes mains tremblantes. Puis, il retourna à son smartphone, m’excluant de son univers.

C’est alors que son parfum envahit l’espace clos. Une note boisée, profonde, mêlée à une touche de cuir. C’était une odeur de luxe et de stabilité. Contre toute attente, cette fragrance agit comme un baume, apaisant un instant le martèlement de mon cœur.

Je fixais le cadran.

Les chiffres défilaient. 10... 15... 20... Chaque unité représentait des mètres de vide creusés sous mes escarpins.

Soudain, au vingtième étage, un choc brutal nous fit vaciller.

Le silence qui suivit fut plus terrifiant que n’importe quel bruit. Un silence lourd, épais.

L’homme ne cilla pas, ses doigts continuant de courir sur son écran, avant qu’il ne réalise que le mouvement avait cessé. Je m’agrippai à la barre latérale, les articulations douloureuses.

— C’est normal, Claire. Juste un réglage technique, murmurai-je pour moi-même, le souffle court.

La cabine repartit enfin. Je lâchai un soupir de soulagement trop bruyant. L’inconnu se tourna légèrement, me fixant par-dessus son épaule. Ses yeux étaient d’un bleu d’acier, perçants.

— Tout va bien, Mademoiselle ? demanda-t-il d’une voix basse et grave.

Je me contentai d’un signe de tête, incapable de décrocher un mot.

Nous approchions enfin de ma délivrance.

Le chiffre 53 s’alluma. Je me préparai à bondir hors de cette prison. Mais au lieu de l’ouverture libératrice, une secousse d’une violence inouïe ébranla la cabine. Un craquement métallique sinistre résonna dans la cage. La cabine oscilla dangereusement, puis... le noir complet.

Une seconde plus tard, la lumière rouge de sécurité s’enclencha, baignant l’espace d’une lueur écarlate et irréelle. On aurait dit une scène de film d’horreur.

— Oh mon Dieu... non. Pas ça. Pas aujourd’hui !

La panique monta en moi comme un raz-de-marée. Ma poitrine devint un étau. Ma vision se troubla. L’homme, conservant un calme olympien, s’approcha du panneau et appuya sur l’interphone.

— Ici l’ascenseur B, niveau 53. Activez la procédure d’urgence immédiatement, ordonna-t-il. Sa voix n’avait pas tremblé d’une octave.

— Bonjour Monsieur, répondit une voix grésillante. Nous avons une surcharge sur le circuit secondaire. Les freins de secours se sont bloqués. Le diagnostic va prendre du temps.

— Faites vite, trancha-t-il. Il y a une jeune femme en état de choc avec moi.

Je ne l’écoutais plus. Le monde se rétrécissait. Les parois chromées devenaient les murs d’un cercueil vertical. Mon sac glissa de mes doigts, s’écrasant au sol. Je voyais les angles se refermer sur moi pour m’écraser.

— Comment vous appelez-vous ?

Sa voix était tout près. Je sentis une présence imposante se poster devant moi.

— Claire... Claire Evans... articulai-je dans un souffle erratique.

— Bonjour Claire. Je m’appelle Ray. Regardez-moi.

Je levai les yeux, croisant ce regard bleu qui semblait vouloir m’arracher à ma propre terreur.

— Écoutez-moi : j’ai une formation de secouriste. Vous ne craignez rien. Cette cabine est maintenue par trois systèmes de freins indépendants. Même si le câble principal lâchait, nous ne bougerions pas d’un millimètre.

Je tentai d’imprimer ses mots dans mon cerveau, mais mon angoisse était trop forte.

— Secouriste... avec un costume qui coûte mon loyer annuel ? balbutiai-je avec une ironie désespérée.

Un sourire franc éclaira son visage, brisant son masque de glace.

— C’est bien, vous avez encore de l’humour. J’étais secouriste dans l’armée, Claire. Avant de troquer le treillis pour le sur-mesure.

L’interphone grésilla à nouveau. — Désolé Monsieur... cela va prendre au moins une heure. Le technicien doit accéder à une pièce complexe.

— Une heure ? répéta Ray, les sourcils froncés.

Il se tourna vers moi et vit que je sombrais. La sueur perlait sur mon front, mes lèvres devenaient bleutées. L’obscurité, l’odeur de l’ozone, l’étroitesse... c’était trop.

— Je veux sortir... je vous en supplie ! On va tomber, je le sens !

Mes yeux s’emplirent de larmes. Je commençais à hyper-ventiler, mes mains cherchant désespérément une issue sur les parois lisses.

Ray comprit que je basculais. Sans hésiter, il retira sa veste de costume et la déposa sur mes épaules. La chaleur du tissu, imprégnée de son parfum, m’enveloppa comme un bouclier.

— Claire, regardez-moi. Ne quittez pas mes yeux. Restez avec moi, ici, maintenant.

Sa voix était comme une main tendue au-dessus du gouffre.

— Nous allons nous asseoir. Le sol est solide, Claire. Sentez la moquette sous vos doigts. Elle ne va nulle part.

Il accompagna mon mouvement tandis que nous glissions ensemble le long de la paroi. Il s’installa juste à côté de moi, brisant toutes les barrières de la distance sociale. Il prit mes mains tremblantes dans les siennes. Sa peau était chaude, incroyablement rassurante. De son pouce, il commença à caresser le dos de ma main, un mouvement lent, hypnotique.

— Respirez avec moi. Inspirez... bloquez... expirez. Voilà... encore une fois.

Je calquai mon souffle sur le sien.

— Maintenant, Claire, emmenez-moi ailleurs. Racontez-moi un souvenir. Un endroit où l’air circule, où le ciel n’a pas de limite. Fermez les yeux. Où êtes-vous ?

Je fermai les paupières, me laissant porter par la mélodie de sa voix.

— Je suis... au bord du lac Michigan, murmurai-je. C’est l’automne. Le vent est frais, mais le soleil est encore chaud. L’horizon est si loin qu’on ne voit pas l’autre rive. On dirait l’océan.

— Bien, continua Ray. Sentez le vent, Claire. Entendez les vagues. Il n’y a plus de murs. Rien que vous et l’infini.

Je continuai ma description, décrivant la couleur de l’eau et le cri des mouettes.

Pour la première fois depuis que les portes s’étaient fermées, je n’étais plus seule face au vide.

J’étais avec lui, suspendue entre ciel et terre, et étrangement, le poids du monde semblait un peu plus léger.

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