Cher Carnet,
voilà bien longtemps que je n’ai plus écrit ici. Il faut dire que bien des choses ont changées depuis que la petite est née. Mes priorités ne sont plus celles qu’elles étaient même si mon rêve de toujours brûle encore quelque part encore en moi. Je ne parle plus de moi à la troisième personne, même pour rire, car je ne suis plus la personne la plus importe de ma vie à mes yeux. Ça sonnerait faux. J’espère pouvoir faire découvrir mon travail un jour. Reprendre l’écriture de mon long métrage et en être la réalisatrice en temps voulu. En attendant j’invente des petites histoires pour Elly. Elle y est moins réceptive que je l’aurais souhaité. Elle est si petite.
Je l’aime si fort si tu savais ! La voir gambader dans toute la maison, au parc main dans la main avec Auréus. Franchement, on m’aurait dit que nous aurions une fille ensemble… C’est fou.
Elly dit de plus en plus de choses. C’est parfois assez amusant.
Elle doit être plus vive que moi à son âge et pourtant c’est pas pour rien que j’avais écopé du surnom de « tornade » enfant. J’ai tellement hâte de la voir grandir, de mieux la connaître, de la voir tomber amoureuse, chuter et se relever encore et encore. De la découvrir en tant que fillette puis ado et adulte. De connaître et l’encourager dans ses passions, rire de ses folies et sentir mon amour pour elle croître de jour en jour. Sa petite bouille de nourrisson me manque aussi parfois il est vrai. Ses premières fois si précieuse éveillent en moi cette esprit enfantin trop vite égaré. J’ai voulut grandir trop vite.
Je lui ai promis de ne pas la laisser en faire autant.
Je m’impatiente de retrouver l’énergie pour devenir celle que je souhaite être. Je ne m’étais jamais imaginée dans un rôle de maman. Le temps, je lui ai toujours reprocher de ne pas s’écouler au même rythme que me poussait mes ambitions. Toujours trop lent, toujours des « un jour ça arrivera » « quelques années d’études et tu seras prête » « travaille encore et encore, apprends, perfectionne toi » si frustrants. C’est long d’apprendre, et les secondes restent toujours les mêmes. J’espère aujourd’hui le ralentir et profiter de chaque instant, m’impatienter longtemps pour ne rien oublier de ce détour inattendu que m’a offert la vie.
Finir mes jours auprès d’Auréus et de ce petit bout tout neuf.
Sans m’oublier pour autant.
Juste, apprendre à attendre. Être indulgente envers moi-même et les autres. Faire de ma famille et de mes proches une de mes priorités.
Car c’est ça vivre pleinement: comprendre qu’on ne peux pas se restreindre à n’avoir qu’un seul but, au risque de passer à côté de ce qui pourrait nous plaire si on ne regarde que devant.
Mon amour voilà une année que tu es partie. J’ai reconnu ce petit carnet dès que je l’ai vu. Tu l’emportais partout avant, tu écrivais sur la table du salon, sur tes genoux en rando quand je t’imposais une énième pause. Tu me regardais de ton air moqueur et dégainais ton stylo dans un silence complice. Je ne t’ai jamais demandé ce que tu y pouvais bien noter.
Je pensais y trouver de tes fameuses idées de films qui faisaient pétiller tes yeux et battre mon coeur plus vite.
C’est toi que j’ai trouvé. Et ça m’a fait mal.
2124 aurait dût être plus douce. Elle t’a arrachée à moi et à notre fille.
Nous ne vieilliront pas ensemble. Ta fille ne se souviendras pas de toi.
J’essaierais de lui transmettre ta force.
J’espérerais voir de tes mimiques en elle.
Je devrais me refuser à la façonner dans la douleur de ta perte.
Apprendre à évoquer seulement de vieux souvenirs éteints pour te faire exister un peu dans notre quotidien encore.
A ré-aimer un jour, à vivre avec cette sensation que j’aurais pu te sauver, si j’avais su contre quoi ton corps se battait à notre insu…A ne plus en vouloir à la terre entière.
À vivre sans tes bras, sans toi. Peut-être dans ceux d’une autre, que j’aimerais aussi, en me détestant de penser que tu aurais dû être la seule. Parce que j’aurais l’impression de te tromper et de lui faire de la peine à t’aimer encore.
Tu n’as pas vécue assez. Ce cancer t’as emportée plus vite que la foudre qui frappe le sol… C’est toi qu’elle a frappée ma chère Sol… tu n’as pas eu le temps de digérer la nouvelle. De te battre.
Tu n’aurais jamais laissé la peur te gagner je le sais. C’est toi qui m’aurais consolé quand j’aurais craqué pour nous deux en te voyant affaiblie et plus courageuse qu’une lionne.
Tu n’as jamais cessé de rire et d’écrire.
Nous n’avons eu que 13 petits jours à compter de cette terrible annonce. Pourtant les pronostics nous donnaient plus de temps. Un espoir de guérir. Même un minuscule espoir, que nous seul aurions nourrit.
Ta voix s’est éteinte. Je l’ai oublié. Mes souvenirs finiront par me mentir, entachés par la colère et la peine. Egarés dans le passé.
J’apprendrais à Elly à t’aimer, à croire en la vie. Je lui apprendrais ces qualités qui étaient les tiennes et comme tu savais lire le bien en tous. Elle saura comme tu l’aimais. Comme tu l’aimes encore aussi loin que tu sois d’elle.
Je t’aime. A jamais.
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