Prologue
© I. Harrous, 2025 Tous droits réservés. ISBN : 979-10-980955-0-4 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur (article L111-1 du Code de la propriété intellectuelle) et a fait l’objet d’un dépôt enregistré sur le service HUGO de protection juridique des œuvres de la Société des Gens de Lettres (SGDL). Toute reproduction ou diffusion, totale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, sans autorisation écrite préalable de l’auteur, est strictement interdite.
À mon père, K. Harrous. Ton regard m’accompagne encore. I. Harrous
Prologue
Le 5 juillet 2025, le Japon attendait la catastrophe. Les rumeurs grossissaient comme un nuage noir. Sur les forums, on parlait d’un désastre imminent. Les agences de voyage enregistraient des annulations en masse et les compagnies aériennes perdaient des clients. Certains faisaient des réserves de nourriture. D’autres priaient. Au début du mois, une série de petits séismes secoua les îles Tokara. Alors, la peur se mua en certitude. La fin semblait proche. Pourtant, le 5 juillet passa. Aucun grand séisme ne frappa l’archipel. Cependant, une fissure s’était ouverte ailleurs, plus profondément. Dans l’esprit collectif. L’attente même d’une catastrophe avait créé une brèche, un vide où l’angoisse, la méfiance et la panique s’étaient installées. Tout commença dans cette brèche.
Le samedi 5 juillet 2025, à 18h55 précises, cette histoire prit racine.
Je l’ignorais alors. J’écrivais à l’aveugle, guidé seulement par des images qui résonnaient en moi comme des visions. Les personnages prenaient place dans mon esprit tels des silhouettes mouvantes projetées sur un écran intérieur. La structure du récit se dressait sous la forme d’un bloc cinématographique, à croire qu’elle attendait simplement d’être révélée.
Ce n’est que plus tard. Le vendredi 12 septembre 2025, à quatre heures du matin qu’une coïncidence me surprit. Pendant que je traînais sur Internet la nuit, je suis tombé sur un carnet de rêves écrit trente ans plus tôt. Son auteure, Ryo Tatsuki, y annonçait qu’en juillet 2025, la véritable catastrophe arriverait. Cette coïncidence m’a bouleversé. La prophétie et mon récit avaient la même date de naissance.
À ce stade, l’écriture du livre n’était pas terminée. Il avançait, pierre après pierre, page après page. Mais je ne voyais plus que du hasard. C’était un signe. Une synchronicité. Et parfois, ce sont justement ces coïncidences, si petites et si improbables, qui montrent ce que nous n’osons pas encore nommé. Mon récit vient d’une suite d’événements qui me dépasse.
Et moi-même, qui l’ai écrit, je ne sais pas ce qu’il engendrera.
Une sensation étrange s’empara de moi. Une sorte de fièvre intérieure avec l’intuition que quelque chose relevant de l’inintelligible venait de s’ouvrir sous mes pas. Évidemment, les sceptiques crieront au hasard. Mais, ceux sensibles aux signes y verront une synchronicité, une révélation résultant d’une conjonction cosmique, voire l’éveil de forces occultes.
Mais au fond, il n’y a pas de mot pour ce que j’ai ressenti. Depuis ce jour, je n’ai plus essayé d’expliquer. J’ai juste laissé le destin faire son chemin. Ce reste d’éclat lyrique n’est peut-être qu’une résonance inventée. Ou autre chose.
Une trace sombre, gravée dans ces pages comme une cicatrice.
Gardez à l’esprit qu’il ne s’agit pas seulement d’un autre récit. Dès que vous lisez ces lignes, vous passez un seuil sans retour. Vous prenez part à quelque chose qui m’échappe encore. Vous entrez dans un étrange écho avec de vieux rêves, ceux qui pressentaient une faille où le groupe finirait par se perdre. Depuis toujours, à travers les siècles, elle revient sous des formes différentes. Des foules poussées par un élan mystérieux, des danses incontrôlées, des fièvres qui emportaient des corps et bouleversaient des villes entières.
Et aujourd’hui encore, d’autres signes, notés bien avant nous, semblent en annoncer l’écho. Peut-être, sans même le vouloir, vous prendrez part à l’invocation de l’ancienne faille.
Une brèche plus vieille que nous, où nos certitudes disparaissent et où des forces que nous pensions endormies se réveillent.








