L'ombre sous leurs projecteurs

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Summary

Dans les couloirs prestigieux de son école d’art, elle se fond dans la masse, pinceau à la main et regard discret. Personne ne se doute que derrière cette apparente simplicité se cache l’héritière la plus riche du pays, une jeune femme dont la fortune pourrait acheter des empires. Pour elle, l’anonymat est le plus précieux des luxes. Mais son secret vacille lorsqu’elle croise le chemin d’un garçon magnétique. En intégrant son cercle d'amis, elle découvre avec stupeur qu’ils ne sont pas des étudiants ordinaires, mais des stars planétaires habituées aux projecteurs qu’elle fuit tant. Pourtant, sous les paillettes et l'ivresse des concerts, le conte de fées vire au cauchemar. Entre trahisons, mensonges et non-dits, elle réalise que celui qu’elle aime n’est pas arrivé dans sa vie par hasard. Il détient une pièce maîtresse du puzzle de son enfance : un lien direct et inavouable avec son père décédé. Peut-on vraiment aimer celui qui détient les clés d’un passé que l'on a tout fait pour enterrer ?

Genre
Romance
Author
Khad
Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 : Le Premier Éclat

Tout a commencé il y a quelques années. J’étais jeune, pleine d’énergie, avec un seul rêve en tête : vivre de l’art et devenir une peintre reconnue. Mon père était mon pilier, celui qui croyait en moi sans hésiter. Grâce à lui, j’avançais sans peur.

Aujourd’hui, je suis dans une école d’art, entourée de crayons, de toiles et de couleurs vives. Je me sens à ma place, exactement là où il aurait voulu me voir. Mais les responsabilités s’accumulent, plus lourdes chaque jour, et je sais que la réalité n’attend qu’un moment de faiblesse pour me rattraper.

Pour obtenir mon diplôme à temps, j’ai dû ajouter des cours supplémentaires afin de combler mes points manquants. J’ai choisi la musique et le sport, les deux matières où je pouvais briller sans trop me fatiguer.

En théorie, il ne me restait qu’une dernière année avant le diplôme. Il suffisait de réussir mon examen final. Quelques semaines encore, un oral à préparer, une dernière ligne droite.

Du moins… c’est ce que je croyais.

Jamais je n’aurais imaginé que ma vie, si tranquille jusque-là, allait soudain basculer.

Je travaillais sur mon projet, seule dans la salle que j’avais réservée. Je finalisais ma maquette : l’esquisse du tableau que je devais peindre… et surtout la mise en place du modèle.

Mais rien n’allait. Impossible de trouver l’emplacement exact des objets pour exprimer ce que j’avais en tête.

C’est à ce moment-là qu’un jeune homme entra brusquement dans la salle et referma aussitôt la porte derrière lui.

Il resta figé, dos à moi, comme s’il hésitait à respirer. Puis il se tourna.

Son regard croisa le mien, effrayé, presque prêt à détaler.

Et surtout… comme s’il venait de reconnaître quelqu’un qu’il n’était absolument pas prêt à revoir.

Cette expression, mélange de choc et de refus, ne dura qu’une seconde — mais elle me frappa de plein fouet.

Et lorsque ses yeux sombres se posèrent sur moi, un frisson étrange me traversa le corps.

Instinctivement, je me retournai vers ma table, comme si me replonger dans mon projet pouvait effacer cette sensation déroutante.

— Bonjour… Je suis désolé de débarquer comme ça. Est-ce que je peux rester quelques minutes ici… ?

— Fais ce que tu veux, répondis-je sans même le regarder, coupant court à sa phrase.

Le silence retomba. Puis j’entendis ses pas s’approcher. Il se plaça derrière moi et observa mon dessin par-dessus mon épaule.

— C’est joli.

— Merci, répondis-je, incertaine.

D’un geste sec, j’arrachai la feuille et la jetai.

— Pourquoi tu fais ça ? demanda-t-il, surpris.

— Ça n’exprime pas ce que je veux.

Je me levai et commençai à déplacer les objets.

— Tu peux m’expliquer ce que tu fais ? demanda-t-il.

Je me tus d’abord. Après tout, pourquoi lui répondre ? Mais quelque chose m’échappa, comme si ma voix s’était décidée avant moi.

— C’est un projet d’étude. Je dois présenter une peinture ou un dessin avec un modèle, et utiliser seulement ces objets-là.

— Je peux… ?

Il s’approcha lentement. Sans attendre, il commença à déplacer les objets, l’un après l’autre, avec une précision surprenante.

Une fois terminé, il recula et me regarda.

Ses yeux… Ils étaient tellement perçants que j’eus l’impression qu’il voyait à travers moi.

Pas simplement comme quelqu’un qui observe — non. C’était comme si son regard fouillait au-delà de ma peau, au-delà de mes gestes, comme s’il lisait quelque chose que moi-même j’ignorais encore.

Je me détournais aussitôt et retournai m’asseoir sur mon tabouret.

Je me remis à dessiner. Il resta silencieux derrière moi, immobile, patient… attendant simplement que je termine.

— C’est beau comme ça, dit-il doucement.

Je lui souris et levai les yeux vers lui.

Soudain, mon cœur se réchauffa — brutalement, intensément.

Comme si quelque chose en moi, longtemps éteint, venait de se rallumer d’un seul coup.

Une chaleur vive se propagea dans ma poitrine, inattendue, presque déroutante, comme une flamme qu’on croyait disparue et qui renaît sans prévenir.

Ce n’était pas juste une émotion : c’était un choc, une onde qui me traversa de la tête aux pieds, réveillant un endroit de mon être que je pensais définitivement gelé depuis…

Depuis ce jour que j’avais tout fait pour oublier.

— Merci, murmurai-je.

Son regard semblait dur au premier abord, presque froid, mais ses prunelles… elles étaient d’une douceur désarmante. Je le fixai sans bouger. Jamais je n’avais rencontré quelqu’un d’aussi étrange… d’aussi magnétique.

Il y avait en lui quelque chose d’indéfinissable, quelque chose qui me happait au point de m’empêcher de détourner le regard.

— Je m’appelle Lee Seon, dit-il finalement.

— Kate Stone.

Il écarquilla les yeux. Son expression changea instantanément : la surprise d’abord, nette, indéniable… puis un repli soudain, comme si quelque chose en lui venait de se fermer.

Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit brusquement avant de se refermer violemment. Je détournai mon regard vers l’entrée et aperçus trois garçons.

— Lee ! On t’a trouvé ! lança l’un d’eux.

— Tu trouves que c’est le moment ? enchaîna un autre.

— Où étiez-vous passés ?

— On essayait d’échapper aux…

Je les observais en silence, l’air effacé, quand soudain on frappa à la porte.

— S’ils nous trouvent, on…

— Mettez-vous derrière la porte, dis-je machinalement.

Je m’approchai et l’ouvris. À peine avais-je tourné la poignée qu’une fille se jeta presque sur moi.

— Tu ne les aurais pas vus ?! hurla-t-elle en me montrant une photo de cinq garçons.

— C’est qui ? demandai-je, même si j’en reconnaissais quatre.

— Des chanteurs ! Ils viennent étudier un an ici !

Je restai silencieuse, hésitant entre les dénoncer ou me taire.

— Kate ! Je sais que t’aimes pas ce genre de personne et que ça t’intéresse pas, mais réponds-moi !

— Oui, je les ai vus. Ils sont partis vers le gymnase, y a deux minutes.

— Merci !

Elle partit en courant, sûre d’elle. Elle tombait droit dans le piège.

Je refermai la porte et retournai à mon projet.

— J’ai vraiment cru que t’allais lui dire, souffla l’un d’eux.

Je ne répondis pas. Je n’avais jamais eu le moindre intérêt pour les célébrités.

Ce monde-là… ce n’était pas le mien. Les projecteurs, les cris, l’admiration excessive, tout ça me paraissait lointain, presque irréel. Je n’avais pas grandi avec ce genre de fascination — bien au contraire. Les gens acclamés, entourés, poursuivis… c’était tout ce que j’évitais dans ma propre vie. Je préfère l’ombre, le silence, les espaces où personne ne me regarde. Et eux… ils étaient tout l’inverse. Trop visibles. Trop bruyants. Trop présents.

— Où est passé Ren ? demanda Lee.

— J’en sais rien. Il était juste derrière nous avant qu’on entre.

Leur téléphone sonna. Ils discutèrent longuement avant de raccrocher. Un silence lourd s’installa derrière moi.

— Quoi ? demandai-je sans tourner la tête.

— Où se trouve le théâtre ? questionna Lee.

— À l’opposé d’ici. Pourquoi ?

— Tu pourrais nous montrer où c’est, s’il te plaît ?

— Si je vous aide, je serai débarrassée de vous, dis-je en me dirigeant vers la porte.

Vous ne pouvez pas sortir comme ça. Attendez-moi ici.

Je sortis et me rendis aux salles de stock et d’archives pour récupérer de vieux costumes de théâtre.

Cette sensation étrange revint, glissant sous ma peau comme un courant froid et chaud à la fois. Je n’aimais pas ça. Je n’avais jamais aimé ressentir quelque chose qui ne m’appartenait pas. Je suis une personne solitaire. Je fonctionne mieux seule, loin du bruit, loin des gens, loin des regards insistants. Je ne m’occupe pas des inconnus — je n’ai jamais su comment faire.

Et encore moins des célébrités, toujours entourées, toujours observées, comme si leur vie appartenait au monde entier. Ce n’était pas mon univers.

Et pourtant, malgré moi, cette fois-ci… quelque chose me poussait à revenir vers eux.

Quelque chose que je n’arrivais ni à nommer, ni à comprendre, mais qui me suivait depuis qu’il avait franchi la porte.

Je revins et posai les vêtements.

— Mettez ça, dis-je en ressortant aussitôt.

— C’est bon, on peut y aller maintenant !

Ils sortirent quelques minutes plus tard — méconnaissables. Enfin… presque.

— Lee, mets les lunettes. Et toi, la casquette.

— Merci, répondit-il.

Nous traversâmes le campus dans un silence relatif. Puis je les entendis discuter dans une langue étrangère — familière, étrangement familière.

— Dis-moi, Lee, tu l’as trouvée où, cette fille ? demanda l’un.

— C’est pas ce que vous croyez… Et je ne suis pas un coureur de…

— On est arrivés, dis-je en ouvrant la porte du théâtre.

— Ren ! T’es là !

— Vous voilà ! J’ai cru que vous m’aviez oubliés !

— Bon, maintenant je peux y aller, dis-je en faisant demi-tour.

— Attends, m’attrapa Lee. Encore une dernière chose… s’il te plaît.

Où se trouve le bureau du principal ?

— Un peu plus loin.

— Tu peux nous y conduire ? Je m’appelle Ren Choi.

— Des stars, c’est ça ? Désolée d’être si peu emballée, dis-je en repassant devant eux.

Je marchai devant, vers la troisième partie de l’école. Ils reprirent leur conversation dans leur langue.

— Si seulement il y avait plus de filles comme elle, dit quelqu’un.

— Ça nous faciliterait la vie, ajouta un autre.

— Comment vous avez eu son aide ? demanda Ren.

Un silence lourd tomba. Je me retournai — et tous les regards pointaient Lee. C’en était presque déprimant.

— C’est là. Je vous laisse.

Je partis sans attendre autre chose.

Le lendemain matin, je m’apprêtais à aller en cours lorsqu’une vague de filles déferla derrière moi, criant :

— Ils sont allés par là !

Génial.

Ils étaient encore dans les parages. Comme si cette école n’était pas déjà assez bruyante… il avait fallu y ajouter des stars traquées par une horde de fans surexcitées.

Les couloirs vibraient de cris, de pas précipités, de chuchotements qui rebondissaient contre les murs comme une tempête incontrôlable.

Exactement ce que j’essayais d’éviter depuis le début.

Je pris un détour pour rejoindre ma salle préparatoire d’examen, l’endroit où mon travail devait être exposé et où j’espérais avancer tranquillement.

C’était censé être mon refuge silencieux : quatre murs blancs, quelques tables, l’odeur du papier neuf, la lumière douce des néons…

Un espace coupé du reste du monde. Un endroit où rien ni personne ne devait venir perturber mon calme. Mais aujourd’hui, ce ne serait clairement pas le cas.

À peine la porte ouverte, je compris que ma tranquillité venait de s’évaporer. Ils étaient tous les cinq là. Installés parmi mes objets, mes feuilles, mes croquis — comme s’ils avaient colonisé la pièce. Et quand ils me virent, leurs visages s’illuminèrent d’un même sourire, parfaitement synchronisé, presque chorégraphié.

— Bonjour, me salua Ren.

— Il y a plein d’autres filles qui seraient ravies si vous alliez les voir, lançai-je en ouvrant grand la porte pour leur montrer la sortie.

Lee la referma aussitôt. Il était juste derrière moi, si près que je sentis son souffle contre ma nuque. Mon cœur fit un bond… rapidement suivi de cette drôle de sensation, familière et déstabilisante, celle qui revenait chaque fois qu’il s’approchait.

— On aurait encore besoin de toi, dit Lee avec un sourire beaucoup trop charmant pour être honnête.

— Et moi, d’être ignorée encore longtemps, répliquai-je avec la même énergie.

— En attendant qu’on puisse se montrer sans attirer toute l’école, tu pourrais nous donner un petit coup de main, ajouta un autre garçon.

Je soupirai, vaincue.

— Je reviens.

Je finis par céder. En sortant, je partis leur chercher d’autres vêtements. Même moi, je ne comprenais pas pourquoi je faisais ça. Je ne supportais pas les gens qui se comportaient comme s’ils étaient au-dessus du monde. Les stars, en particulier. Alors pourquoi je les aidais ?

Je revins avec une pile de vêtements défraîchis, qui sentaient la poussière et le vieux théâtre.

— Voilà. C’est bon ? demandai-je en les observant, déguisés comme de véritables ringards.

— Mouais. Merci Kate, répondit l’un d’eux. Je m’appelle Chen Wang.

— Moi, c’est Seing Gi.

— Shota Say, ajouta un troisième.

— Très bien. Ce n’est pas tout, mais mes cours m’attendent…

Je les laissai derrière moi et me rendis à mon cours facultatif de musique. Comme toujours, je m’installai tout au fond pour me faire oublier. Mais à peine assise, deux silhouettes prirent place de chaque côté de moi.

— Qu’est-ce que tu fais dans un cours de musique ?

Je fermai les yeux. Non. Impossible. Ça ne pouvait pas être eux.

— Pourquoi tu lui demandes ça ?, dit Ren en coréen à Lee.

— C’est un cours facultatif…

Je ne voulais pas être remarquée. Je mis fin à la conversation d’un ton sec, sans leur laisser le temps d’insister.

Mais pendant tout le cours, je fus distraite par leur discussion. Et évidemment, je comprenais chaque mot de ce qu’ils disaient en coréen : leur prochaine tournée, leur nouvel album, leurs problèmes personnels… Même leurs histoires de couple. Enfin… surtout celles de Ren. D’après ce qu’il disait, ça n’allait clairement pas durer longtemps. Pourtant, quelque chose m’interpella : Lee n’avait pas l’air à l’aise. Il souriait, oui… mais son sourire sonnait faux, presque forcé, comme s’il se doutait que je pouvais les comprendre.

La journée passa étrangement vite. Le soir venu, je me dirigeai vers les dortoirs. L’avantage de cette école, c’est que tout était regroupé. Mon projet touchait enfin à sa fin. Il ne me restait plus que la peinture à finaliser avant le rendu du lendemain. La salle devait être prête, décorée… et surtout, fermée.

Le jour suivant, sur le chemin des salles, je tombai nez à nez avec Ren, Shota et Lee.

Ils se figèrent un instant, puis sans un mot, ils me suivirent, comme s’ils savaient exactement où j’allais.

Et moi… je sentais déjà une mauvaise prémonition me serrer la poitrine.

Quand j’ouvris la porte de ma salle d’exposition, l’air se bloqua dans ma gorge.

L’intérieur était méconnaissable.

Tout était sens dessus dessous.

Les affiches arrachées pendaient tristement des murs, leurs bandes collantes encore visibles.

Des feuilles froissées jonchaient le sol, comme si quelqu’un avait dansé dessus avec une rage incontrôlée.

Le sol était taché, marqué de traces douteuses, et certains objets étaient renversés, brisés, déplacés sans aucune logique.

Mes maquettes, mes compositions, mes heures de travail minutieux… saccagées sans le moindre remord.

Mon travail entier… réduit en miettes.

Comme si quelqu’un avait volontairement écrasé tout ce que j’avais construit.