Un sourire de sa part [MM]

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Summary

[MM] Diégo Lemaire, 28 ans, travaille dans un hôtel depuis trois mois. Après des années de petits boulots, il commence enfin à entrevoir une stabilité. Mieux encore : il s’apprête à signer l’acquisition la plus importante de sa vie, une petite maison à l’orée de la ville. Richard Dervaux, 32 ans, lui, arrive à l’hôtel pour une toute autre raison. Envoyé par son beau-père, le propriétaire, il doit évaluer un management défaillant et comprendre pourquoi les employés défilent sans jamais rester. Mais dès son premier jour, un imprévu vient bouleverser ses plans : le réceptionniste, aussi bavard que maladroit, le prend pour un nouvel employé… et Richard ne le détrompe pas. Entre malentendus, silences et regards trop insistants, la frontière entre jeu et vérité s’amenuise. Car derrière les sourires professionnels et les règles strictes, les cœurs pourraient bien s’en mêler. Peut-on bâtir quelque chose de sincère lorsque tout commence par un mensonge ?

Genre
Romance
Author
Themys_E
Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
16+

Prologue : Nouveau collègue

Diégo descendit du bus en consultant son téléphone.

« Tu pourras venir me chercher après mon cours de patinage ? » C’était Cédric, son petit voisin. Il tapa rapidement : « Ok, je serai là à 18h ». Il rangea son téléphone et trébucha aussitôt sur le trottoir.

— Magnifique, ne manquerait plus que je me casse un bras, marmonna-t-il.

Il se redressa, réajusta sa sacoche et se dirigea vers l’hôtel du centre-ville. À cette heure matinale, le soleil se levait à peine et, par chance, il y avait encore peu de passants. L’établissement avait un charme d’antan, avec ses moulures victoriennes et ses grandes fenêtres encadrées de rideaux épais.

Il poussa la porte. Le sol en marbre blanc cassé renvoyait la lumière des lustres suspendus, et les plantes parfaitement taillées semblaient surveiller les clients autant que les réceptionnistes. Il adressa un sourire à sa collègue à l’accueil, puis fila vers les vestiaires.

En entrant, il s’arrêta net avant de percuter un homme en costume sombre qui se tenait près des casiers. Il était grand et avait une posture droite. Ses cheveux sombres étaient impeccablement coiffés et son regard noisette venait de se poser sur lui avec un je-ne-sais-quoi de terrifiant.

Diégo cligna des yeux, puis se rappela qu’un nouvel employé devait commencer ce jour-là à sept heures trente. L’homme était en avance.

— Bonjour ! lança-t-il avec enthousiasme pour briser la tension.

— Bonjour, je suis Richard, le...

— Parfait, coupa Diégo en retirant sa veste. Première journée, j’imagine ? Vous allez voir, on survit très bien ici. Enfin... la plupart du temps. En tout cas, je vois que vous êtes arrivé en avance. Ça me laisse le temps de vous faire une visite rapide des lieux. Donc...

Il ouvrit son casier. La porte grinça si fort qu’elle semblait avoir aussi sa propre opinion.

— Ignorez le casier 12 sinon il risquerait de couiner aussi fort que le mien.

Richard l’observait sans ciller, comme s’il l’écoutait attentivement. Ravi, Diégo enfila sa veste de service et alla en chercher une pour son nouveau collègue au fond de la pièce. Dès qu’il revint vers le nouveau venu, celui-ci haussa un sourcil.

— Oui, il y a même un déguisement, dit-il en grimaçant. D’ailleurs, super costume !

— Ah-hem, toussa son interlocuteur qui ne le fixait plus mais avait rivé les yeux sur son torse.

Diégo baissa son visage et eut un sourire crispé.

— J’ai tendance à mettre ma veste de service à l’envers, chuchota-t-il en la retirant avec un sourire gêné.

Richard ne bougea pas, mais accepta la veste tendue pour la journée. Puis, enfin, Diégo entendit de nouveau sa voix grave.

— Vous travaillez ici depuis longtemps ? demanda-t-il calmement.

— Trois mois. Ce qui fait de moi l’un des plus anciens. Il faut dire que le personnel change plus vite que les fleurs du hall.

— Intéressant.

Diégo attrapa son badge, le fixa puis leva ses yeux gris sur Richard.

— Oui, comme vous le dites. C’est pour ça qu’il y a des règles, reprit-il en se dirigeant vers la sortie des vestiaires. La première : toujours sourire. Il y a une bonne ambiance entre collègues. Sauf avec Monsieur Maurin, notre directeur. Il est... très strict.

Il se tourna vivement vers Richard qui stoppa net ses pas pour éviter de lui rentrer dedans.

— Mais entre collègues, on s’entend très bien, insista Diégo en posant ses yeux gris dans ceux de son interlocuteur. Promis.

Diégo reprit sa marche, Richard lui emboîtant le pas et ajouta :

— Et deuxième règle : si un client vous dit qu’il connaît Monsieur George Durant, le propriétaire... ne le croyez jamais. Ils disent tous ça.

— Vraiment ?

— Oh oui. Joël, le chef cuisinier du restaurant d’à côté, m’a expliqué que si un client sort ce type d’excuse, je dois le lui envoyer.

— Ah bon ?

— Oui, il est ami avec le fils du propriétaire, enfin, Joël m’a dit que c’était le beau-fils de Monsieur Durant, fils par alliance, un truc comme ça...

Diégo s’arrêta au milieu du couloir et se tourna vers Richard quand celui-ci émit un léger ricanement étouffé.

— Pourquoi vous me regardez comme ça ? le questionna-t-il en lui décochant un regard sombre.

— Aucune raison, répondit l’homme en ajustant légèrement sa manche.

Diégo n’en crut pas un mot, persuadé que Richard se moquait de lui. Comme il l’avait appris à ses dépens, un collègue ne faisait pas de lui, un ami.

— Bien. Alors suivez-moi, je vais vous montrer la réception. Et rassurez-vous, je suis très pédagogue. Sauf quand je suis stressé. Ou quand je parle trop. Ce qui arrive... souvent.


Richard n’avait rien dit depuis le début, et même s’il le voulait, ce Diégo l’en empêchait. Il se surprit à sourire en laissant son regard glisser un peu trop bas. Finalement, George avait bien fait de l’envoyer ici.