J'avais le choix

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Summary

C'est l'histoire de deux jeunes tout deux élèves mais opposé par les contraintes du monde qui les entoure

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1


Chapitre 1 — Les silences






Le réveil sonna à 5h30.

Ezéchiel était déjà éveillé.

Il avait passé la nuit à fixer le plafond, à refaire mentalement les exercices de mathématiques, à se demander s’il avait mal recopié une formule, oublié un signe, inversé une donnée.

Aujourd’hui, les résultats tombaient.

Dans la cuisine, son père était déjà assis, le journal ouvert devant lui. La tasse de café fumait, intacte.

— C’est aujourd’hui.

Ce n’était pas une question.

— Oui.

Sa voix était calme. Trop calme.

— Tu as travaillé.

Là non plus, ce n’était pas une question.

— Oui.

Son père replia lentement le journal.

— Alors il n’y a aucune raison d’échouer.

Aucune raison. Ezéchiel baissa les yeux vers ses mains, elles tremblaient légèrement il les glissa sous la table volant ainsi dire qu’il avait peur.

Que parfois, malgré le travail, ça ne suffisait pas, mais dans cette maison, on ne parlait pas de peur seulement de résultats. Arrivé à l’école il avait un sentiment de déjà vu, mais il sortit de ses pensées quand il entendit du bruit de bavardages d’élèves.

Je connaissais déjà mon sort mais j’ai quand même eu une lueur d’espoir. Je m’approche du tableau d’affichage qui était entouré d’élèves excités.

Terminale D à gauche.

Terminale A à droite.

Deux mondes dans la même cour.

Je chercha son nom dans la colonne des admis.

Une fois.

Deux fois.

Puis je le trouva.

Ezéchiel K.

Admis : non.

Le mot resta planté là, froid.

Autour de moi, des cris de joie éclataient des accolades, des larmes de soulagement.

Je ne sentit rien au début.

Puis quelque chose céda doucement à l’intérieur.

Pas un bruit.

Juste une fissure.

— Eunice Mensah ! Mention excellente !

Les applaudissements partirent du côté des Terminale A.

Il leva les yeux malgré lui.

Elle s’avança, droite, élégante, un sourire poli sur les lèvres.

Parfaite.

Comme toujours.

Il détourna le regard.

Bien sûr qu’elle avait réussi.

Les filles comme elle réussissent.

Les garçons comme moi… parfois non.

Plus tard, près des escaliers, ses amis parlaient fort.

— Frère, moi j’ai géré !

— On fête ça ce soir !

Ils tapaient dans les mains, riaient, commentaient les filles qui passaient.

Moi j’était là.

Mais absent.

— Eh, toi t’es silencieux aujourd’hui, lança Yvan.

— Fatigué.

C’était plus simple que d’expliquer que j’avait l’impression d’avoir déçu toute une lignée d’ancêtres.

Il la vit descendre les marches, entourée de ses amies.

Il hésita.

Il ne savait pas pourquoi il voulait lui parler.

Peut-être pour prouver qu’il existait encore.

Il s’éloigna légèrement de son groupe.

— Eunice…

Elle s’arrêta.

Ses amies aussi.

Un silence.

Un regard échangé entre elles.

— C’est pas le pote des gars qui notent les filles sur dix ? murmura l’une.

— Fais attention, ajouta une autre.

J’entendit mais je ne protesta pas. J’aurait pu dire que je ne participait jamais à ces discussions.

Mais je restait parce que partir aurait été pire, mais je n’avait plus l’énergie pour me défendre.

Eunice me regarda enfin.

Pas méchamment.

Avec prudence.

— Tu voulais quelque chose ?

— Je… voulais te féliciter.

Un battement.

— Merci.

Sa voix était distante.

Puis elle se tourna.

— On y va.

Elle passa à côté de lui sans me jeter un regard davantage.

Je resta immobile quelques secondes.

Il aurait préféré un refus clair.

L’indifférence était plus violente.

Le soir, dans ma chambre, la feuille était posée sur le bureau.

Admis : non.

Mon téléphone vibra et c’était un numéro de mon père, il doit être sûrement au travail et lui annoncer une telle nouvelles serait comme gâcher sa journée même si tôt ou tard par le biais de la directrice.

Papa : Alors ?

Je fixa l’écran.

Tapa.

Effaça.

Tapa encore.

Oui.

Et j’envoya enfin.

Le mensonge pesa immédiatement dans ma poitrine.

Je m’allongea sur mon lit sans allumer la lumière.

Dans le silence, je pensa à son regard.

À la méfiance dans ses yeux.

Je me dis qu’elles avaient raison.

Les gens comme moi ne sont pas des héros, ils sont des erreurs qu’on corrige.





Le lendemain, à la récréation, Eunice le remarqua malgré elle.

Il était assis seul sur un muret.

Ses amis riaient plus loin.

Il ne participait pas.

Il fixait le vide.

— Tu le regardes encore, dit son amie.

— Non.

Mais elle mentait.

Quelque chose dans son silence ne correspondait pas aux rumeurs.

Et pour la première fois, elle se demanda :

Et si on s’était trompées ?