Quand la lumière renaîtra

All Rights Reserved ©

Summary

Dans une société où l'amour n'est pas toujours libre, Aliénor, jeune bourgeoise du XVIIIe siècle, n'adhère pas à cette société où les femmes ne sont rien. Promise à un homme qu'elle n'a pas choisi, elle voit son destin basculer lorsque sa meilleure amie lui révèle l'existence des Résistantes, une ancienne communauté secrète oubliée. Aux côtés d'Isaure la princesse de France, Charlotte, Aliénor et leurs alliées reconstituent ce réseau clandestin où personne ne se connaît vraiment. Les Résistantes se lancent dans une lutte discrète mais dangereuse pour faire évoluer la condition de vie des femmes. Lettres anonymes, réunions secrètes, projets interdits, organisation d'un coup d'État... réussiront-elles à rester discrètes ? Jusqu'où seront-elles prêtes à aller pour faire renaître la lumière ? Entre son amour naissant pour un homme qui est contre toute rébellion et encore plus provenant de femmes et sa carrière prometteuse de couturière, restera-t-elle concentrée sur sa mission ? 𝑳𝒂 𝑹𝒆́𝒔𝒊𝒔𝒕𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒂 𝒖𝒏 𝒑𝒓𝒊𝒙, 𝒆𝒕 𝒆𝒍𝒍𝒆𝒔 𝒗𝒐𝒏𝒕 𝒆𝒏 𝒑𝒓𝒆𝒏𝒅𝒓𝒆 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒄𝒊𝒆𝒏𝒄𝒆... 𝘊𝘰𝘷𝘦𝘳 & 𝘉𝘢𝘯𝘯𝘦𝘳𝘴 𝘳𝘦𝘢𝘭𝘪𝘴𝘦𝘥 𝘣𝘺 @une_blueberryy

Status
Ongoing
Chapters
5
Rating
5.0 1 review
Age Rating
13+

Chapitre 1


Je me souviens de ces longues heures passées à jouer insouciamment.

Ce temps où l'on ne devait pas constamment faire bonne figure.

Ce temps où l'on était des enfants.

— Bon sang Aliénor, nous sommes attendues !

— Oui mère, j'arrive.

Seulement voilà, ce temps est révolu.

Je me pare de quelques bijoux et demande à ma nourrice de serrer mon corset. Avec cet instrument de torture qui enserre mon corps, je peine à respirer. Néanmoins je n'ai pas le choix. Ma mère m'attend au pied de l'escalier, énervée.

— Enfin te voilà ! Enfile ton châle, nous allons être en retard !

Je m'exécute et elle m'entraîne dehors. La rue est bondée de passants, certains méprisants, d'autres avides de notre argent. Je veille à ce que mon châle couvre bien mes bras. Ma mère me prie de me dépêcher, je n'en ai aucune envie, mais je lui obéis. Nous avons rendez-vous avec la famille de mon futur mari. Toute la soirée de la veille, mes parents m'ont vanté les mérites de ce Charles de Valois et n'ont cessé de me répéter l'importance de ce dîner. Mon père est déjà chez eux pour parler affaires.

— Tu es prête ?

— Oui, réponds-je d'un air las.

Ma mère demande à un garde de nous ouvrir, tandis qu'il s'incline brièvement sur notre passage. La demeure est sublime. Nous marchons dans l'allée entourée d'arbres, nos pas crissant sur le gravier. La façade du manoir est en pierre claire, ponctuée de hautes fenêtres qui, je suppose, laissent entrer un généreux flot de lumière. Un petit escalier en pierre nous mène à l’intérieur du manoir. La grande porte en chêne est entrouverte, nous la poussons et entrons. A peine entrée, un domestique me prend mon ombrelle et mon châle pour les déposer dans une armoire.

— Redresse-toi et souris. Avec la tête que tu fais, le beau Charles ne voudra pas de toi.

— Et si moi je ne veux pas de lui ?

— Tu n’as malheureusement pas le choix.

— Et lui il l’a ?

— Tu connais les conditions de vie des femmes.

— Marguerite, ma chère amie !

— Madeleine, comment allez-vous, depuis le temps ?

— Mon dos me fait souffrir affreusement, mais ce n’est qu’un détail. Et donc voilà la belle Aliénor. Charles a très hâte de vous rencontrer.

— Et moi donc, réponds-je sarcastiquement mais avec un air doucereux.

Madeleine, ne remarquant pas mon sourire niais, un peu trop forcé, continue.

— Que dites-vous d’aller dans le salon en attendant le retour des hommes ?

— Ce serait avec plaisir Madeleine.

La femme nous emmène dans son salon et nous invite à nous installer sur un canapé en tissus blanc crème où des coussins de velours reposent. Au-dessus de nous pend un lustre composé d'une multitude de pierres précieuses. Sur la table basse faites avec du chêne, sont disposés des services à étages, des tasses et une théière assorties. Une domestique arrive sur l’ordre de Madeleine, et nous sert à chacune une tasse de thé. Ma mère et son amie entament une discussion peu passionnante sur la place de la femme dans la société. Nous le savons déjà que les femmes doivent se réduire à écouter et approuver bêtement tous les propos des hommes, à quoi bon en parler constamment si c’est pour ne rien faire ? Je laisse mes pensées divaguer loin de la conversation des deux femmes, et m’amuse à nommer les pierreries qui ornent le lustre.

— Et vous Aliénor, qu’en pensez vous ?

— Excusez-moi, je n’ai pas écouté votre conversation. De quoi parliez vous ?

— Nous n’allons pas vous encombrer l’esprit avec nos broutilles. Vous avez l’air préoccupée. Souhaitez-vous nous entretenir de ce qui vous tracasse ?

— Rien de bien important, je suis seulement un peu anxieuse.

Elles acquiescent et reprennent leur conversation.

Des voix masculines parviennent à mes oreilles. Immédiatement je me lève et époussette ma robe. Mère m’adresse un regard bienveillant et s’approche de moi. Elle replace une mèche de cheveux derrière mes oreilles.

— Là c’est parfait, m’annonce-t-elle avec un clin d’œil.

Mon père arrive en compagnie d’un homme ayant vers la fin de la quarantaine. Une calvitie apparente avec des cheveux grisonnants de chaque côté, un visage pâle, de petites lunettes de lecture sur le bout du nez lui donnent une apparence assez stricte mais bienveillante. Il est vêtu d’une longue veste de soie bleu foncé lui arrivant aux genoux, sous sa veste il porte une chemise en lin blanc et une culotte courte lui arrivant également aux genoux. Dans sa main il tient une montre à gousset dorée.

— Jacques, je te présente ma fille Aliénor et ma femme Marguerite que tu connais déjà.

— Mesdames, vous êtes ravissantes. Mademoiselle je vous présente mon fils Charles.

Un jeune homme d’environ vingt ans aux yeux bleus et aux cheveux blonds plaqués d’un côté, me fixe doucereusement.

— Bonjour Aliénor , enchanté, dit-il en prenant ma main et en y déposant un baiser.

— Bonjour Charles de même, dis-je poliment mais sans une once d’engouement.

— Allons ! Vous pouvez vous asseoir, je vais demander à Caroline de nous resservir du thé et du café, dit-elle en invitant sa bonne à suivre ses instructions, ce qu’elle fait immédiatement.

Je me sens tout à coup rassurée. J’aurais cru qu’ils nous diraient d’aller nous promener dans les jardins, sous leur surveillance évidemment. Si je ne doit supporter qu’un petit dîner, cela devrait pouvoir le faire. Mais Jacques n’a pas l’air de vouloir me laisser tranquille.

— Alors Aliénor, que faites-vous durant votre temps libre ?

— Je…

— Elle adore coudre, cuisiner avec sa nourrice et lire, répondit mon père.

— Henri, laisse la répondre voyons ! s’esclaffe l’homme. Ce qu’il dit est vrai ?

Certes mes passe-temps préférés sont la lecture et la couture, mais pour ce qui est de la cuisine c’est totalement faux. Il y a quelques années j’ai provoqué un départ de feu, en voulant cuisiner, depuis, je suis interdite de toucher à ne serait-ce qu’un ustensile de cuisine. Si mon père a dit cela c’est qu’il y a une raison.

— O… oui, réponse très peu convaincante, qui me vaut un regard noir de mon paternel.

— Et quelles sont vos lectures favorites ?

— J’apprécie particulièrement « Zadig » et « L’Ingénu » de Voltaire. Mais j’apprécie également les livres et poèmes de Jean Jacques Rousseau et de Pierre de Marivaux.

— Vous avez de très bon goûts littéraires, ma chère.

Jacques, ne sachant que dire de plus, se tourne vers mon père et entame une discussion sur le mariage. Je prends ma tasse et commence à boire tout en écoutant vaguement leur conversation.

— Et donc le mariage se déroulera le 14 juin ?

C'est-à-dire dans un mois ! Je me mets à tousser, la boisson amère me brûle la gorge. Je pose la tasse sur la table basse en renversant un peu de thé. Je tape contre ma poitrine pour faire passer ma quinte de toux. Je sens tous les regards braqués sur moi.

— Caroline ! Sers un verre d’eau à la demoiselle, ordonne Jacques.

La servante aux cheveux blonds, me tend un verre d’eau que j’accepte avec empressement. Je me délecte des bienfaits de l’eau et comme par magie, ma toux cesse.

— Aliénor, ma chérie, tu vas bien ? me demande ma mère.

— Oui, plus de peur que de mal, dis-je avec un faible sourire.

Que va dire mon père après cet incident ? Il est capable de se mettre dans une colère noire si l’on va à l’encontre de ses projets, alors après cette maladresse que va-t-il me faire ?

— Le dîner est servi, nous annonce Caroline.

Nous nous levons et nous nous dirigeons dans la grande salle. Au centre de la pièce trône une grande table recouverte de mets délicieux. Mon père et celui de Charles s’assoient côte à côte et nos mères aussi, chacune en face de son mari. Charles tire une chaise à mon intention, je m'assois en le remerciant.

En entrée nous sommes servis d’une petite conversation sur les guerres. Le plat de résistance arrive, accompagné de son débat sur la politique. Enfin pour le dessert nous nous régalons avec une autre discussion sur le mariage.

Concernant la dot, nous sommes bien d’accord qu’elle est de 10 000 livres ? demande mon père.

Oui c’est cela.

Dans le grand vestibule, je revêt mon châle et prend mon ombrelle à la main. Elle ne me sera pas utile, mais je ne vais pas prendre le risque de la laisser ici et de devoir revenir plus tôt que nécessaire.

J’ai très hâte de vous revoir. Passez une agréable nuit et à très bientôt, je l’espère.

Merci beaucoup Charles, à vous aussi. Au plaisir de vous revoir.

Je sors de la demeure et attends mes parents. L’air frais qui accompagne le crépuscule me fait frissonner. Mes parents sortent peu de temps après moi et descendent les quelques marches qui nous séparent.

Aliénor, est tu donc folle ?! Tu pars avec un court au revoir et tu manques de t’étouffer ! Ce ne sont pas les bonnes manières que l'on-t-a inculquées ! Que vont penser les de Valois ? Que leur future belle-fille est maladroite et indisciplinée ? Nous ne pouvons laisser passer ça. Tu vas donc être privée de sortie pendant une durée indéterminée. Pendant ce temps, tu écriras une lettre à Charles et une autre à ses parents, et tu iras leur remettre en main propre.

Oui père.

Mais cela ne suffit pas à mon père et il continue à me sermonner durant tout le trajet de retour. Nous rentrons chez nous. Je commence à monter les escaliers et mon père me dit

N’oublie pas, le mariage est dans un mois. Tu n’as pas le choix.

Si j’ai le choix ! Dans l’église je pourrai très bien dire non ! crié-je.

Et tu sais ce qu’il adviendra de toi si tu fais ça, me menace mon père en s’approchant de plus en plus de moi.

Il me regarde avec une colère noire dans les yeux. Je soutiens son regard, ce que je ne devrais pas faire, mais c’est plus fort que moi. Il lève sa main et me gifle avec une haine non dissimulée. J’ai mal, néanmoins je ne le montre pas.

Peu importe les souffrances que l’on m’infligera, je résisterai, et brillerait encore plus fort…