Chapitre 1
— Amélia et moi on aimait d’autant moins les grossiers qu’on était toutes les deux de Seine Saint-Denis. Les sifflets, les comportements déplacés… fiouuuu ! On connaissait depuis le début de l’adolescence. Voire avant.
— C’est pour ça que vous vous évadiez dans la nature en toute occasion !
— Oui, et là pour un job saisonnier, près d’une petite ville de province.
— Mais les sexistes sont partout. Non ?
— D’une manière ou d’une autre. Au moins, fini la petite bande de traînards à casquettes et survêts. Après tout, passer d’un petit sexiste en jogging à un vieux sexiste poilu… pourquoi pas ? Toujours ça de changé. Et on espérait quand même qu’on en croiserait moins, quel que soit le style.
— Et alors ?
— On est tombé sur… des machos virils. Pas pareil que des sexistes !
— Mieux ? Pire ?
— Déjà un bon cran au-dessus. Les machos de service furent l’équipe de rugby du coin. Dès qu’ils nous ont vues, ils sont venus boire des coups au bar où on bossait, après chaque entraînement.
— Et ils vous plaisaient pas ?
— Physiquement… bien bâtis les gars ! Plusieurs beaux gosses… En plus on avait pas un milliard d’activités pendant notre temps libre. Oui, on aurait pu sortir avec eux. Flirter un peu, pourquoi pas coucher avec l’un ou l’autre. Mais… trop lourds pour nous les mecs. Remarques salaces, blagues graveleuses. Coupant toute envie !
— Les cons !
— Alors qu’à la base y avait rien d’exclu !
— Pourquoi ils vous kiffaient vous en particulier ? L’exotisme ?
— Oui, jeunes, jolies, parisiennes. S’il y avait d’autres filles dans les parages je pense vraiment que nous étions les plus bandantes. De loin.
— De toute la région ?
— En toute modestie oui je pense.
— Vous deviez sacrément les frustrer.
— Par contre y avait bien un heureux dans l’histoire : le patron. Son chiffre augmentait grâce à nous ! Sans qu’on fasse rien ! Rien d’autre… qu’être nous !
— Et vos salaires ils augmentaient aussi ?
— Pas nos salaires non. Mais pas mal de pourboires. Et le boss nous donnait quelques avantages. Partir plus tôt, des repas, lui laisser le nettoyage…
— Vous étiez vraiment en sécurité avec eux ?
— Garçons gouailleurs… mais gentils. Non, jamais personne aurait tenté de nous forcer. Ils étaient même plutôt protecteurs. Tout agresseur se serait fait démolir !
— Venir chaque soir sans le moindre résultat… Ils se sont pas lassés ?
— Tu connais les hommes. Tant qu’il y a pas un « non » clair et net… Et tu connais les femmes ! Tant qu’à faire on faisait un peu nos pétasses. Rigoler, sourire… Rabrouer gentiment. Tu vois le genre ? Quel plaisir d’être féminines ! Pouvoir se comporter un peu librement ! Sans risque ! Jamais on aurait pu faire ça dans notre ville du neuf trois.
— Vous les aimiez bien au fond.
— Sûrement.
— Donc… il s’est absolument rien passé ?
— Avec moi non.
— Donc avec ta copine Amélia si.
— Il est arrivé un évènement… très étrange. UN seul. Mais alors in…croyable. Niveau désir, Amélia et moi on était pareilles : zéro. Vraiment, trop de comportements tue-l’amour ! Enfin des tue-désir.
— Tu désires ?
— Des « tue-le-désir » je veux dire, car il était pas question d’amour. Pas de temps pour ça. Et tout juste pour du sexe ! Peu avant la fin du contrat ma copine les a conviés au grenier, une fois le boss parti faire des achats.
— De gros achats j’espère.
— Qu’importe, l’homme était un lent. Toujours à s’arrêter dix fois en chemin pour saluer une connaissance et se raconter des tas de choses.
— Pourquoi au grenier ?
— Nos chambres étaient toutes petites et ils étaient quinze !
— Quinze ! ? !
— Heu… Bah quoi ? Une équipe sans remplaçants ça fait quinze. Même qu’on appelle ça le rugby à quinze.
— Et la nature ? La campagne c’est fait pour aller baiser dans la nature non ?
— Pas celle-là. Trop de cancans, de racontars. Les copains, pas à l’aise avec ça.
— Tiens qui l’eut cru.
— Les extravertis ont leurs petites timidités. Puis on était presque un peu chez les ch’tits, y avait toujours quelqu’un de la famille plus ou moins dans le coin. Si tata passe et tombe sur son neveu qui… enfin voilà quoi.
— Quinze. Encore heureux qu’il y ait pas de remplaçants. Car… Non… quinze. Elle a pas invité les quinze ! ? Avec pour objectif de se farcir les quinze !!
— Si, tout était clair dès le début. Avant même d’avoir gravi la première marche ! Oui, Amélia allait bel et bien coucher avec eux. Chacun d’eux.
— Au final elle avait donc du désir pour eux.
— Je te jure, toujours aucun, comme moi.
— C’est absurde !
— Je comprenais pas non plus. Attends ! Le mystère va s’éclaircir.
— Ça n’a pas dû redorer l’image de la Parisienne.
— Tu es sûre ? Pour beaucoup d’hommes, même machos, une fille qui couche c’est plutôt chouette.
— Après ça ils vont venir à Paris en imaginant mille Parisiennes avides de les satisfaire !
— Elles sauront bien les remettre à leur place. Certaines les satisferont, peut-être ?
— Et le patron, envie de vous lui aussi ?
— Je crois qu’on représentait un défi sexuel trop haut pour sa pomme. Enfin pour sa teub. Et qu’il osait même pas y songer.
— Et avec les gus… Aucune crainte que ça dérape sévère ? Moi j’aurais eu peur. Tellement que même si j’avais eu du désir j’aurais renoncé. Et elle, sans désir… ne renonçait pas !
— Amélia a donné ses règles. D’abord, ce serait un par un. Personne d’autre la touche pendant qu’elle est avec un partenaire. Ensuite, tout le monde à poil. Pas question de juste sortir le building ! Trois : elle baise avec l’un, les autres regardent. Quatre : aucun mot cochon. Le premier qui la traite de salope ou de petite pute, finito. Cinq : les seuls autorisés à faire du bruit : elle, et celui qui la saute. Tous les autres devront ET regarder ET dans un silence religieux.
— Religieux ! C’est le mot…
— Six : préservatifs obligatoires et fournis par eux. Et enfin, aussi et surtout sept : partenaire juste autorisé à s’allonger, rien d’autre. On la retourne pas, on lui prend pas les hanches, ni les cheveux. Pas de tape au derrière, de levrette, de… Unique geste permis, lui toucher les seins. Et en douceur s’il vous plaît. On empoigne pas, on malaxe pas comme si on pétrissait… juste des caresses.
— Tu t’en souviens bien on dirait.
— De ça, et de chaque détail.
— Donc t’es montée aussi.
— Officiellement pour vérifier que les règles étaient bien respectées. Officieusement…
— Pour te rincer l’œil. Et à aucun moment t’as eu envie de te joindre à la partie ?
— Aucun. Je sais même pas si Amélia aurait apprécié.
— Comment ça s’est déroulé ?
— Un matelas, eux autour. La copine se met nue et s’installe. Eux soudain gênés ! De longues secondes de malaise absolu. Pour moi un régal. Grenier pas bien grand, ils allaient devoir rester sans fringues collés les uns aux autres !
— Ça en a fait renoncer certains ?
— Oh non, occasion bien trop belle à saisir. Alors ils ont fini par se lancer. Personne pourrait l’approcher tant que l’ombre d’un tissu serait encore sur un seul d’entre eux ! Pas même une chaussette. Même les bracelets et pendentifs ont dû être retirés, avec une Amélia attentive et intransigeante. Une inspectrice en chef passant la troupe en revue ! Ne laissant rien passer ! Drôle… et fascinant. Ils parvenaient pas à décider de l’ordre. Je te jure ça devenait attendrissant ! Amélia en a invité un au hasard, qui s’est allongé auprès d’elle.
— Des pipes ?
— Pas une seule. Elle a promené ses paumes devant les lèvres du mec pour se faire lécher les mains. Une fois les doigts bien baveux, branlette. Mais alors une délicieuse, douce, massante et délicate, super bien fichue.
— Efficace ?
— Et pas qu’un peu. Pas de jaloux, même la déjà dressée avait droit au petit astiquage préliminaire. Amélia traitait à part égale, en mode mini-régime communiste… éphémère. Alors… tout est devenu mécanique. Astiquage, puis Amélia grimpe sur le mec, s’insère d’un coup le nécessaire avec une facilité déconcertante, qu’importe la taille, détenant une sorte de puits sans fond.
— Dans leurs têtes ils ont dû enchaîner les comparatifs…
— Les comparatifs ?
— Pour les tailles de bites.
— Ils devaient souvent se voir dans les douches, aux vestiaires après les matchs…
— Pas en érection !
— Oui sans doute. Donc ! Ensuite elle pose ses mains sur le torse et bouge son bassin. Assez vite le rythme s’accélère, de plus en plus frénétique, et hop : éjaculation. On a senti le premier devant un dilemme : faire durer ? Trop, pas assez ?
— Pour des mecs tout le temps en compétition !
— Tu penses ?
— Le rugby est un sport de compèt’. La compèt’ entraîne la compèt’. Je connais ce type… de types. Ils se comparent leurs pectoraux, leurs conquêtes, leurs salaires. Gentiment, n’empêche qu’ils le font. La pression devait être énorme. Je dirais même qu’ils n’étaient pas là par plaisir, juste pour pas se débiner.
— Chacun ayant l’espoir d’être celui qui la ferait crier et jouir ?
— Aucun doute.
— À ce propos, tout compte fait chacun finissait par jouir sans trop attendre. À défaut de la faire jouir elle.
— Jusqu’au quinzième ? ! ? Pour de bon ?
— Fallait le voir pour le croire. J’y croyais pas, j’ai vu, j’ai constaté !
— Hallucinant.
— Mon amie a toujours été très sportive. Gym, footing. Bons muscles, excellent cardio, mental d’acier.
— Et les capacités du minou ?
— Elle a toujours eu des prédispositions. Dès son premier doigt, une chatte à toute épreuve. Élastique, endurante, jamais la moindre irritation. Un cadeau des cieux !
— Elle a voulu tester ses limites ?
— Non, les tester eux ! Amélia connaissait parfaitement son corps, elle savait qu’elle tiendrait. C’est ce que j’ai compris : la copine voulait leur donner une bonne leçon. L’homme allongé, sans aucun pouvoir. Presque « forcé » de montrer une sorte de candeur enfantine en jouissant devant tous ses potes. Un homme qui jouit montre une sorte de… faiblesse. Et puis ils prennent souvent un air assez idiot, soit dit en passant. Et attendrissant ! Amélia montrait quelque chose de viril dans ses coups de reins. Un air dominateur. C’était pas réellement eux qui la baisaient : c’est elle qui les baisait. Tous baisés, et bien baisés, en toute beauté. Elle a pris leur machisme, l’a jeté à terre et l’a piétiné. Le partenaire retournait à sa place après avoir été sous les griffes de la belle… tête baissée ! Enchaînement de K.O. !
— Plaisant à voir ?
— Pas désagréable. Surtout, si surprenant… si singulier !
— Aucun orgasme ?
— Aucun, ni même de cris ou de gémissements, juste un souffle fort. Elle se lâchait pas, elle… « bossait ». Si Amélia se prostituait elle serait une professionnelle hyper efficace.
— Le client aime que la fille gémisse paraît-il, même s’il sait qu’elle simule.
— Elle se serait adaptée.
— Ça les a fait évoluer tu penses ?
— Je pense. De gros baraqués machos, le temps d’une nuit, devenus petits garçons chétifs ! L’homme qui n’a plus une goutte de sperme en lui est touchant. Quoiqu’un peu pitoyable. Les muscles et le bronzage ne valent plus rien.
— Eux pitoyables, elle impitoyable !
— Tout le monde s’est revêtu, chacun est rentré chez soi, sans un mot. Ils s’attendaient pas à ça ! Pourtant… ils rêvaient d’éjaculer en elle et tous l’avaient fait. Dès le lendemain les copains étaient bien plus doux. Que ce soit envers nous ou les autres filles.
— Ce qu’il faut pas faire…
— Y a qu’un point qui me chiffonne : trois jours plus tard ils ont perdu leur match ! Contre une équipe moins forte ! Amélia s’est sentie coupable. Être autant rabaissés dans leur virilité les avait comme ramollis…








