Chapter 1
𝐂𝐡𝐚𝐩𝐢𝐭𝐫𝐞 𝟏 — 𝐋𝐞 𝐫𝐞𝐠𝐚𝐫𝐝
La nuit avait avalé la ville.
L’air était froid, humide, et les lampadaires fatigués éclairaient à peine la ruelle derrière l’hôpital. Mes chaussures claquaient contre le béton alors que je marchais vite, mon sac d’infirmière serré contre moi.
Une autre garde terminée.
Une autre journée à voir des gens souffrir.
Je soupirai en passant une main dans mes cheveux. J’étais épuisée.
Je m’appelais Haaliya, j’avais 19 ans, et ce soir-là je ne pensais qu’à une seule chose : rentrer chez moi, prendre une douche brûlante et dormir pendant dix heures.
Pour rentrer plus vite, je pris mon chemin habituel.
L’entrepôt abandonné.
C’était un raccourci que je prenais souvent. Un passage sombre entre deux vieux bâtiments industriels. Rien de spécial. Rien de dangereux… du moins, c’est ce que je croyais.
Le vent faisait grincer une vieille porte métallique.
Je fronçai les sourcils.
Puis je sentis l’odeur.
Métallique.
Épaisse.
Le sang.
Mon cœur rata un battement.
En avançant de quelques pas prudents, je vis quelque chose au sol.
Une silhouette.
Un homme.
Allongé.
Immobile.
Sous la lumière tremblante d’un néon cassé, je distinguai enfin la scène.
Un corps.
Et une mare de sang.
Mon souffle se coupa.
Le sang entourait sa tête, sombre et épais, s’étalant lentement sur le béton froid.
Mes réflexes d’infirmière me poussèrent à avancer.
— Monsieur… ?
Ma voix tremblait.
Je m’agenouillai.
Deux doigts sur son cou.
Aucun pouls.
Mon estomac se noua.
Il était mort.
Et c’est là que j’entendis une voix derrière moi.
Grave.
Froide.
— Qui est-ce ?
Mon sang se glaça.
Je me retournai lentement.
Ils étaient là.
Trois hommes dans l’ombre.
Et au milieu d’eux…
Lui.
Grand.
Très grand.
Il devait mesurer presque 1m90.
Ses cheveux noirs coupés en wolfcut, légèrement désordonnés, encadraient un visage aux traits durs. Sa mâchoire était marquée, presque sculptée dans la pierre.
Mais ce qui me paralysa vraiment…
Ce furent ses yeux.
Marron clair.
Presque dorés.
Ils me fixaient comme si j’étais déjà morte.
Un tatouage sombre serpentait sur son cou, disparaissant sous le col de sa chemise noire. Un autre recouvrait entièrement son bras gauche.
Un silence lourd tomba sur l’entrepôt.
Mon cerveau cria une seule chose.
Fuis.
Je me levai d’un bond.
Et je courus.
Mes pas résonnaient dans l’entrepôt.
Mon cœur battait si fort que j’avais l’impression qu’il allait exploser. Je ne regardais même pas derrière moi.
Je devais sortir.
La porte.
Encore quelques mètres.
Presque.
Presque—
Une main attrapa mon bras.
Brutalement.
Je poussai un cri.
Je fus tirée en arrière et mon dos heurta un torse dur comme de la pierre. Une autre main se posa sur ma bouche pour étouffer mon cri.
L’odeur de cuir et de fumée m’envahit.
Une voix murmura près de mon oreille.
Calme.
Terriblement calme.
— Chut.
Je me débattis de toutes mes forces.
Mais c’était inutile.
L’homme qui me tenait était bien trop fort.
Ses doigts se resserrèrent autour de mon poignet.
Et je levai les yeux vers lui.
Nikolai Volkov.
Son regard descendit lentement sur mon visage.
Puis sur mon corps.
Puis remonta vers mes yeux.
Comme s’il m’analysait.
Comme s’il décidait quelque chose.
Le silence dura plusieurs secondes.
Puis il parla.
Une seule phrase.
Froide.
Décisive.
— Elle nous a vus.
Derrière lui, l’un des hommes demanda :
— On la tue ?
Le temps sembla s’arrêter.
Le regard doré de Nikolai resta planté dans le mien.
Un léger sourire apparut au coin de ses lèvres.
Un sourire qui me glaça jusqu’aux os.
— Non.
Ses doigts se resserrèrent autour de mon bras.
— Elle vient avec nous.
Et à cet instant précis…
Je compris une chose.
Ma vie venait de basculer.
Et je venais d’entrer dans l’enfer.