Chapter 1 la nuit qui dure trop longtemps
### POV : KNOP
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Il y avait de la musique.
Pas ce genre de musique qu’on entend — ce genre de musique qu’on *sent*. Dans les côtes. Dans le bas du ventre. Une basse lourde qui montait du plancher et faisait vibrer les semelles comme si la maison elle-même respirait.
Knop était là, un verre entre les doigts, et il regardait *elle.*
De l’autre côté de la pièce. Une robe couleur nuit. Elle parlait à quelqu’un qu’il ne voyait pas, elle riait — un rire contenu, discret, le genre qui ne cherche pas à être entendu mais qui l’est quand même. Quelque chose entre le santal et la vanille flottait dans l’air. Chaud. Troublant. Comme une promesse faite à voix basse.
Knop posa son verre et traversa la pièce.
Il était devant elle. Elle leva les yeux. Pas de surprise. Pas de recul. Elle le regarda comme si elle l’attendait.
— Tu es en retard, dit-elle.
Sa voix. Ce niveau de profondeur. Cette chaleur qui ressemblait à du velours posé sur la peau.
— Tu bois quoi ? trouva-t-il à dire.
— Ce que tu m’apportes.
Il revint avec deux verres. Ils parlèrent. Les mots n’avaient pas vraiment d’importance — c’était le rythme qui comptait. La façon dont elle penchait la tête quand quelque chose l’intéressait. La façon dont elle se rapprochait, infiniment, imperceptiblement, à chaque fois qu’il baissait la voix.
À un moment il avait dit quelque chose qui l’avait fait rire — vraiment rire. Et Knop l’avait regardée et avait senti quelque chose se serrer dans sa poitrine. Pas de la douleur. L’opposé exact de la douleur.
Il posa sa main sur sa hanche. Doucement. En question plutôt qu’en affirmation.
Elle n’avait pas reculé.
— Il fait chaud ici, dit-elle contre son oreille.
Ce souffle sur sa peau. Ce frisson qui descendit le long de sa nuque.
— Ça l’est, répondit-il.
Ils échangèrent un regard. Celui qui contient une conversation entière — une question, une réponse, un accord tacite. Elle prit sa main.
L’escalier. Une porte. Une salle de bain en marbre clair. Elle alluma la douche et se retourna vers lui. La vapeur commençait à monter entre eux. Elle le laissa s’approcher sans reculer d’un centimètre.
Ses mains à lui de chaque côté de son visage. Elle ferma les yeux une fraction de seconde — pas de peur, plutôt comme on ferme les yeux avant quelque chose qu’on sait être bon. Il posa ses lèvres sur les siennes. Elle répondit. Pas timidement — avec une certitude, une précision, les mains dans son dos qui tiraient doucement. Son corps entier qui disait *oui* sans que la bouche prononce le mot.
Il sentit ses doigts à elle contre son torse. Son propre souffle se coupa. Il sentit—
— **KNOP.**
Deux coups secs contre la porte. Puis la porte qui s’ouvre sans attendre.
— Yo, lève-toi. Il est presque midi.
Knop ouvrit les yeux d’un coup.
Le plafond de sa chambre. Le ventilateur qui tournait sans vraiment rafraîchir l’air. Miami entrait par la fenêtre — la chaleur, le bruit d’une voiture, quelqu’un qui criait en espagnol trois étages plus bas.
Tenner était dans l’embrasure, une boîte de céréales à la main qu’il mangeait directement sans lait. Comme d’habitude.
Knop prit conscience de plusieurs choses à la fois. Il avait chaud. Son cœur battait encore trop vite. Et son bermuda était... problématique.
Il tira le drap sur lui.
— T’as fait quoi comme rêve ? demanda Tenner.
— Pourquoi tu demandes ça ?
— Parce que tu faisais des bruits. Genre... des bruits.
Le silence dura exactement le temps que Knop décide que le déni était inutile avec un homme qu’il connaissait depuis l’âge de neuf ans.
— Ferme la porte, dit-il.
Tenner entra, s’installa sur le bord du bureau et attendit. C’était ça Tenner — il attendait toujours. Sans insister, sans pousser. Juste cette patience tranquille qui finissait toujours par avoir raison de tout le monde.
— C’était elle, dit Knop.
— Elle elle ?
— Elle elle.
Tenner posa ses céréales.
Knop raconta. Pas tout — certaines choses restèrent pour lui — mais assez. La fête. La robe. La façon dont elle avait dit *tu es en retard.* L’escalier. La vapeur. Et comment le réveil avait été une violence.
Tenner écouta sans l’interrompre une seule fois.
— Ça fait combien de temps ? demanda-t-il quand Knop se tut.
— Je sais pas vraiment.
— Tu lui as jamais parlé ?
— Je lui dis bonjour des fois. Devant le boutique.
— *Bonjour.* T’as vingt et un ans et tu lui dis *bonjour.*
— Tenner—
— Elle a quel âge ?
— Quarante-deux ans.
Silence.
Tenner se leva, se dirigea vers la porte. Avant de sortir il se retourna. Sa voix avait changé — plus de taquinerie. Juste lui, vraiment lui.
— T’as fait ce rêve parce que quelque chose en toi sait déjà ce qu’il veut. La question c’est pas l’âge. C’est pas ce que ta famille va dire. La seule vraie question Knop — t’as le courage d’aller frapper à cette porte ?
Il n’attendit pas la réponse. La porte se referma doucement.
Knop resta seul avec le ventilateur, la chaleur, et le souvenir encore vivant d’une vapeur de douche dans un rêve qu’il n’avait pas voulu quitter.
Il se leva. Alla à la fenêtre. Regarda la rue en bas.
Quelque part, à quelques blocs de là, une femme ouvrait son boutique, faisait son café, vivait sa vie — sans savoir qu’un garçon de vingt et un ans venait de décider qu’il irait lui dire bonjour.
Vraiment cette fois.
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*Fin du Chapitre 1*