UNION

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Summary

Quand Owen télécharge UNION, il ne s’attend qu’à une chose : peut-être enfin rencontrer quelqu’un. Il était loin d’imaginer que cette décision allait bouleverser toute sa vie.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapter 1 : Le lié

1 + 1 = 2. C’est simple, logique et mathématique. Personne ne va contredire cette réponse. Mais je pense que parfois c’est bien plus compliqué : la réponse la plus logique n’est pas forcément la plus juste. C’est comme voir quelqu’un tuer une autre personne dans la rue. À première vue, on va automatiquement dire que le méchant de cette histoire, c’est le tueur. Mais on ne sait rien de la victime… et si c’était quelqu’un de pire ? Un terroriste, un violeur, ou autre.

Voilà le genre de réflexions que j’ai dans ma tête. Moi, Owen, je suis toujours là à chercher plus loin, à vouloir creuser… et en vrai, ça ne me réussit pas. La seule chose que je creuse, c’est l’écart social avec les gens. Mais bon, la solitude, ça ne me gêne pas. Quoi demander de plus ? Je suis là, moi, mes jeux vidéo, mes séries, mes animés, dans mon petit appartement. J’ai besoin de personne. À l’époque, quand je devais sortir pour aller travailler, qu’est-ce que ça me fatiguait… Maintenant je bosse en freelance. Je réalise quelques visuels et du motion design pour des entreprises, et je peux payer mon loyer, mes charges et ma nourriture. Je ne manque de rien, et je ne me sens pas forcément isolé du monde, car j’ai le regard le plus puissant sur ce dernier : internet.

Il y a peut-être une chose qui me manque : la chaleur d’une femme. J’ai mes petits sites X, mais bon, ça ne sera jamais pareil. J’ai eu une petite copine, une fois. C’était en CM2. Elle s’appelait Louise. Notre relation était aussi intense que rapide : on s’est embrassés en cachette derrière la cantine, puis on s’est mis ensemble. On s’était promis de se marier… et le lendemain, elle a embrassé Tony aussi, derrière la cantine. Je n’ai pas eu besoin d’être plus intelligent que ça pour comprendre que notre amour était fini. Aujourd’hui, j’ai 24 ans et je n’ai jamais retouché les lèvres d’une fille. Celles du haut… et encore moins celles du bas.

J’essaye d’utiliser des applications comme Tinder et autres, mais sans succès. Pourtant, je pense pas être le plus moche de la Terre. Je me classerais comme normal, classique quoi.

Je fais 1m80. J’ai une morphologie normale, on va dire : je ne suis ni mince, ni gros, ni musclé. J’ai les cheveux bouclés, d’ailleurs, je devrais les couper ; et j’ai un teint de peau métissé, j’ai les yeux noirs basique. En vrai, ça va… je ne suis pas non plus Gollum dans Le Seigneur des Anneaux.

Mais bon, ça n’a pas l’air d’intéresser les filles. Peut-être que c’est ma photo sur Tinder : c’est moi avec ma figurine de Pitou dans Hunter X Hunter. Moi qui pensais que les filles aimaient les chats… ça ne m’a rien apporté de plus. Je crois surtout que j’ai une vie trop simple, trop banale pour elles. Elles veulent quelqu’un qui leur procure des sensations, du danger. Du coup, elles se dirigent vers des mecs que, moi, personnellement, je trouve bêtes. Je les catégorise en sous-espèces. Mais bon… malheureusement, dans la chaîne alimentaire, ils sont au-dessus de moi.

Après, je suis pas difficile. Je ne veux pas d’une meuf extrêmement bonne ou autre. Juste une copine simple, avec qui je pourrais passer de bons moments. Je ne suis pas là à juger sa vie, son corps, ou même son passé. Certains hommes jugent le body count des femmes, comme ils disent… alors que leurs mères ont sûrement explosé les scores pour pondre de tels trous du cul. Moi, avec mon zéro de body count, je ne suis personne pour juger une femme là-dessus. Et puis, j’ai appris dans Apex Legends qu’il vaut mieux jouer avec des joueurs expérimentés si on veut monter vite en niveau.

Mais bon… Tinder, ce n’est pas trop pour moi. Je me tâte d’essayer UNION, la nouvelle application de rencontre. Apparemment, elle est basée sur une IA qui analyse tout de toi et de tes habitudes afin de t’orienter vers la personne qui te correspond le plus. En vrai, ça ne coûte rien d’essayer.

Je vais me prendre une petite canette de Red Bull dans le frigo et tester l’application. Bon… je pense que je devrais ranger un peu mon appart, on sait jamais, peut-être que je vais trouver une fille dès ce soir. J’avance vers le frigo avec la gorge sèche et l’envie de sentir le Red Bull glacé couler dans ma gorge. Je récupère ma canette et je retourne à mon bureau. La sensation de la canette fraîche dans ma main est vraiment incroyable.

Je pense qu’il est temps de la déguster et de télécharger cette fameuse application sur l’App Store. L’application est gratuite — encore heureux. Il manquerait plus que ça, de payer pour rencontrer des meufs… autant aller aux putes, en vrai. D’ailleurs, quand je pense qu’il y en a qui payent Tinder… Moi, je n’en suis jamais arrivé là. Je préfère acheter des skins : au moins, eux, ils restent fidèles et à toi, pas comme Louise du CM2.

Du coup, j’ouvre l’application UNION. L’interface est sombre, toute noire, avec un bouton « Unis-toi maintenant » écrit en doré. C’est classe… mais à la fois bizarre. J’ai comme un pressentiment étrange. Mais ce n’est qu’une application de rencontre… qu’est-ce qui pourrait arriver ?

J’appuie sur le bouton et je vois une sorte de chargement avec écrit « Analyse des données ». Ce qui est bizarre, c’est que je n’ai rempli aucun formulaire. Et le plus étrange, c’est que ce chargement dure… 24h ! C’est vraiment n’importe quoi. Je ne vais pas attendre autant de temps. Je préfère quitter et supprimer cette application bizarre. Mais je n’y arrive pas : je ne peux plus utiliser mon téléphone. L’éteindre ou le rallumer m’est impossible. Merde… ça m’apprendra à télécharger n’importe quoi. Demain, j’irai chez le réparateur pour le réinitialiser. Bordel. Il ne me reste plus qu’à aller dormir. Il se fait tard, en plus : 2h du matin déjà. Et j’ai quelques visuels à bosser demain, vaut mieux être raisonnable.

Je ferme les yeux avec, en dernier plan, l’image de mon téléphone que je n’arrive pas à éteindre qui éclaire la pièce. Le silence. Moi. Et ce chargement débile. Je sens la fatigue devenir de plus en plus lourde, puis le noir total.

J’entends le réveil sonner à 7h30. Heureusement que je peux l’arrêter directement sur la tablette, car mon téléphone est toujours inutilisable, avec toujours ce fichu chargement dessus. Par contre, c’est étrange : j’ai l’impression qu’il a avancé plus vite que prévu. Dans 4h, ce sera fini. Je me demande si c’est nécessaire de sortir du coup, pour le faire vérifier. Il sera peut-être comme neuf à la fin de ce chargement.

Je vais quand même aller faire un tour tout à l’heure, au cas où je me suis chopé un méchant virus. Et puis, un peu d’interaction sociale ne me fera pas de mal : ça fait une semaine que je ne suis pas sorti. Je devrais aussi penser à me racheter de la Red Bull.

Mais avant ça, je dois absolument finir le visuel de PLAZAKID, un magasin de jouets pour enfants qui veut une affiche pour leur nouvelle figurine de Dark Vador. Je n’ai jamais compris l’engouement qu’ont les gens pour Star Wars. Un jour peut-être, je devrais me mater les films pour comprendre. Les délires de science-fiction, ce n’est pas trop pour moi. Ils me payent 250 euros, je ne peux pas cracher dessus. En plus, j’aime bien mon affiche. En vrai, elle est finie, je peux l’envoyer et partir me préparer pour sortir en ville.

Je ne sais pas trop quoi mettre, Ce n’est pas comme si j’allais croiser l’amour de ma vie. Je vais enfiler un jogging et un sweat full black et c’est parti. Ah, j’ai failli oublier mon téléphone maudit. Normalement, d’ici deux heures, ce sera fini. Le temps de prendre le bus, d’arriver en ville et d’acheter mon pack de Red Bull. Mais il me semble que j’ai oublié quelque chose. De toute façon, quand j’en aurai besoin, je m’en rappellerai.

La tablette sonne. C’est maman qui m’appelle ? Mais oui… j’avais oublié : putain, c’est l’anniversaire d’Olivia. Je décroche et ma mère me sermonne, car j’ai oublié de venir pour l’anniversaire de ma débile de sœur. Mais je ne peux pas la voir : elle est superficielle, matérialiste, toujours là à vouloir être mise en avant. Elle m’insupporte vraiment. Même si elle est plus grande que moi enfin, de trois ans, ça va ça ne définit pas la grandeur de son esprit. La seule chose qu’elle a dans la tête, c’est un miroir qui reflète sa propre personne.

J’ai fait comprendre gentiment à ma mère que j’avais du travail et que je ne pourrais pas être là. C’est un mensonge, mais je préfère rester à la maison ce soir. Déjà que je dois aller en ville, ça va assez me fatiguer comme ça.

Quelques instants plus tard, je suis dans le bus avec mes écouteurs, en train d’écouter ma playlist et de dévisager les gens. Il y a tellement de types d’humains différents. Par exemple, une vieille dame qui va en ville. Je me demande comment elle trouve encore la force de se déplacer… à voir sa tête, elle ne devrait pas tarder à jouer au Scrabble avec l’ange de la mort en personne.

Il y a aussi les jeunes qui se croient tout permis, à mettre leur musique à fond. Et en plus, ils écoutent du rap. Moi, je n’appelle pas ça de la musique. Juste de la vulgarité auditive. Et puis, il y a le mec chelou au fond du bus, à côté de moi, qui ne quitte pas la jolie étudiante des yeux. En y repensant, le mec chelou est assis à côté de moi, au fond… est-ce que ça voudrait dire que je suis chelou à ce point ?

Pas le temps de trop réfléchir : le GPS indique que mon arrêt est bientôt.

Quand je descends, je vois que la jolie étudiante descend aussi. Je préfère la dépasser directement, car je n’ai pas envie de marcher derrière elle et de passer pour un psychopathe. En plus, je suis pressé : j’aimerais rentrer chez moi au plus vite. Je jette un œil sur le téléchargement de l’application : il reste 1h. Juste le temps qu’il faut pour prendre mes Red Bulls et passer chez le réparateur. Il pourra constater à quel point cette application est débile.

Les Red Bull goût pêche blanche, c’est vraiment la meilleure chose au monde. En vrai, j’ai fait pas mal de clients, je peux me permettre de prendre deux packs, que je glisse dans mon sac à dos. Ça va pouvoir me durer un bon moment. Ça, c’est fait. Maintenant, je fonce chez le réparateur. Heureusement, son magasin est pas trop loin de l’épicerie.

Le réparateur, c’est Jonny. Un mec vraiment cool. Lui et moi, on se comprend. On parle un peu le même langage. On a une grande attache envers la technologie et un profond amour pour la boisson. Bon… moi, c’est le Red Bull, lui c’est le whisky. Mais c’est presque pareil. On est un peu comme des amis.

J’arrive devant sa boutique de réparation, mais elle semble fermée, ce qui est bizarre à cette heure-là. Mais je me rappelle qu’il m’avait dit que si j’avais besoin de quelque chose, je pouvais passer derrière le magasin : il y a l’entrée de sa maison. Car oui, son magasin, c’est le sous-sol de sa maison.

Du coup, je vais derrière et je monte l’escalier extérieur. C’est étrange… mon cœur se serre, ma respiration s’accélère sans raison. Chaque pas que je fais sur les marches est plus difficile que le précédent, comme si mon corps refusait de monter à l’étage.

Me voilà arrivé devant la porte, limite le souffle coupé, en repensant aux mots de Jonny : « La porte de derrière est toujours ouverte pour les amis. » Mais si sa porte est toujours ouverte… se pourrait-il que d’autres que des amis soient déjà venus ?

J’ouvre doucement la porte. Je me retrouve dans le couloir d’entrée. Silence. Enfin… pas totalement. Je perçois comme des voix dans le salon. Je m’approche. C’est bizarre : j’entends plusieurs hommes. Pourtant, Jonny n’est pas réputé pour recevoir beaucoup de visites. Il est un peu comme moi : solitaire.

Je m’approche doucement de la porte du salon. Les voix deviennent de plus en plus perceptibles.

Et lorsque j’ouvre la porte en disant : « Désolé de te déranger, Jonny, j’ai besoin de toi », je reste tétanisé par ce que je vois : un homme en train de poignarder le corps sans vie de Jonny. Son corps avait la mâchoire disloquée, comme si on l’avait frappé avec la force d’une voiture. Ses globes oculaires étaient enfoncés, et sur lui, cet homme continuait de le poignarder en rigolant, répétant sans cesse : « Crève, crève, crève ! »

Assis sur le canapé, il y avait un autre homme, les gants recouverts de sang, fumant une cigarette tranquillement. J’avais l’impression que c’était lui qui avait frappé Jonny à mort. Mais pourquoi l’autre continuait-il à le poignarder ? Ce sont des monstres.

Il y avait aussi un type qui fouillait dans son frigo, se plaignant d’un ton rabaissant qu’il n’y avait rien de bon à manger. Et puis, il y avait cette fille, debout à la fenêtre. Elle était aussi belle qu’elle paraissait froide, avec un visage inexpressif, dénué d’émotion, comme si la scène horrible sous ses yeux n’avait aucun intérêt.

Mais qui sont-ils ? Pourquoi avoir tué Jonny ? C’était quelqu’un de bien. C’était la seule personne qui me comprenait un peu. Les larmes commencèrent à couler sur mes joues. Sans réfléchir, je savais que je devais partir. Je me retourne, avec la sensation d’abandonner mon ami… mais il est déjà trop tard. Peut-être que si je sortais plus souvent, j’aurais pu éviter ça, j’aurais pu être là pour lui.

Les remords et la culpabilité envahissaient mon esprit, en même temps que je me précipitais vers la porte d’entrée. Mais en l’espace d’un instant, je me retrouve face à l’un des hommes. C’est celui qui cherchait dans le frigo. Comment peut-il être devant moi aussi rapidement ? C’était pourtant celui placé le plus loin de moi dans la pièce.

Je pense que c’est la fin. Je vais mourir et rejoindre Jonny. C’est sûrement la punition pour n’avoir rien fait de constructif dans ma putain de vie. Ça me donne la gerbe, vraiment.

À peine le temps de cligner des yeux et je me retrouve allongé au sol. Y’a pas de doute : l’homme m’a frappé. Mais c’était tellement rapide que je n’ai pas compris. La douleur arrive, brutalement. Ça fait tellement mal. J’ai l’impression que tout mon visage est paralysé, je n’arrive même plus à cligner des yeux.

Je le vois s’approcher de moi. Il continue de me frapper. À chaque coup, j’ai l’impression que mon cœur s’arrête, et celui d’après, qu’il redémarre. Il me frappe au visage, mais c’est tout mon corps qui encaisse. C’est la fin. Je vais mourir. J’aurais préféré être avec ma mère et Olivia, en vrai.

Et c’est là que mon téléphone se met à recevoir une notification. Ça doit être la fin du téléchargement. Mais, étant dans les vapes, je distingue une autre notification… le même son venant de la pièce.

Mais ça n’a plus d’importance. Je vois le poing de cet homme foncer sur moi. Ce serait sûrement le dernier coup que je pourrais encaisser… Quand soudain, j’entends la voix de la fille crier : « Le tue pas, c’est mon lié ! »

L’homme répond : « Quoi, ce petit merdeux ? Bordel… » Il me lâcha violemment au sol, et je sombre dans un profond coma, sans comprendre ce qui s’est passé.