Chapitre I
Les Marches de Fer-Fendu s’ouvraient autour de Briseforge comme une vieille blessure que le temps n’avait jamais refermée. La roche, partout, portait des veines rousses et noires qui semblaient saigner du métal jusque dans la poussière. Le vent descendait des plateaux en longues rafales sèches, fouettait les façades de bois et de tôle, faisait grincer les poulies, battre les enseignes, geindre les toits mal fixés. À flanc de falaise, le bourg s’accrochait par nécessité plus que par confiance : maisons tassées les unes contre les autres, passerelles branlantes, escaliers taillés à même la pierre, cheminées crachant une fumée lourde qui sentait le charbon, le minerai chaud et la fatigue.
Même au crépuscule, Briseforge ne donnait pas l’impression de se reposer. On y travaillait, on y réparait, on y comptait, on y tenait. Des mineurs rentraient encore des puits de surface, les épaules blanchies de poussière. Des enfants couraient avec des brassées de bois maigre. Des femmes rinçaient des outils dans des baquets d’eau grisâtre. Et partout, sous les gestes ordinaires, quelque chose tirait les visages vers le bas : une nervosité récente, plus profonde que la misère habituelle, comme si la ville avait commencé à écouter un bruit venu du dessous.
Elara Thorne gravit la dernière rampe menant au Repos de l’Enclume en gardant la main près de la garde de son épée. La fatigue du voyage raidissait ses épaules, mais sa démarche restait droite, régulière, presque sobre malgré la cotte de mailles usée qui pesait sur elle. La poussière avait terni ses cheveux châtains tressés serré dans son dos ; une fine cicatrice coupait sa joue gauche ; ses yeux verts observaient chaque recoin avec l’attention de ceux qui ont appris à ne pas accorder au hasard la moindre seconde d’avance.
Quand elle poussa la porte de l’auberge, une chaleur lourde lui sauta au visage. Bière tiède, soupe trop cuite, laine mouillée, graisse de cuisson, fumée de bois bas de gamme. Le plafond était si bas par endroits que les plus grands devaient baisser la tête entre certaines poutres. L’âtre lançait des reflets cuivre sur des tables rayées de couteau. Des dés claquaient. Des chopes tintaient. On riait fort par réflexe, comme on tape du poing sur une cloison pour se convaincre qu’elle tiendra encore une nuit.
Derrière le comptoir, un halfelin bedonnant au tablier douteux essuyait une chope avec la gravité d’un prêtre devant un autel de fortune. Il leva un regard las vers la nouvelle venue, jaugea l’armure, l’épée, le bouclier, et inclina à peine le menton.
— Une place, de l’eau, ou les deux ? demanda-t-il.
— Les deux.
Il posa devant elle un gobelet d’eau claire, ce qui à Briseforge ressemblait presque à une marque de respect.
Elara choisit une table d’où elle pouvait voir la porte, le comptoir et l’escalier menant aux chambres. L’habitude, plus que la méfiance. Elle but une gorgée, puis laissa son regard balayer la salle.
Le premier à s’imposer fut le nain.
Il tenait le comptoir comme un bélier tient une porte. Trapus jusqu’à l’excès, les épaules larges, la barbe rousse piquée d’éclats sombres, Thrain Barbefer riait plus fort que tout le monde autour de lui et buvait comme s’il avait passé la journée à avaler de la poussière brûlante. Sa hache reposait contre sa jambe avec la familiarité d’un outil aussi bien que d’une arme. Rien chez lui n’était discret : ni la voix, ni les mains, ni cette façon d’occuper l’espace comme si la salle avait été construite à partir de ses coudes.
Plus haut, presque perdue dans la fumée, une silhouette était perchée sur une poutre comme un oiseau noir sur une branche morte. Fine, immobile, les jambes repliées avec une aisance insolente, Lirael Sylvechante mordait dans une pomme tout en surveillant la salle d’un regard ambré qui n’accordait sa confiance à rien. Son arc court était passé en travers du dos ; ses cheveux noirs se fondaient presque dans l’ombre ; elle semblait tenir moins de place qu’une lampe, et pourtant Elara la remarqua aussitôt. On ne devient pas invisible en ignorant le monde. On le devient en le regardant mieux que les autres.
Le troisième homme se tenait à l’écart, dans un angle où le feu de l’âtre arrivait à peine. Grand, vêtu sombrement, un bâton noueux posé contre le banc, il avait le calme de ceux qui choisissent chaque geste au lieu de les subir. Une petite flamme dansait au-dessus de ses doigts, non pour impressionner la salle, mais pour éclairer son verre. Les yeux violets de Korvin Ombrelune paraissaient absorber la lumière plus qu’ils ne la renvoyaient. Quand il releva la tête, un instant, Elara eut la nette impression qu’il avait déjà pris la mesure des sorties, des distances, du poids de chaque silence dans la pièce.
Elle détourna le regard la première.
Autour d’elle, les conversations allaient et venaient sans vraiment se fixer, mais un même mot revenait par fragments, comme un clou mal enfoncé qu’on sent sous la semelle : la mine. La Mine Oubliée. Disparus. Ombres. Gobelins. Conseil. Encore deux. Pas remontés. Plus bas que la galerie sud. Personne n’y retourne.
Elara reposa son gobelet.
Le halfelin du comptoir venait justement de se pencher pour couper court à une dispute entre deux ouvriers quand la porte s’ouvrit d’un seul coup.
Le vent entra le premier, charriant poussière et froid. Le vieux nain qui le suivait avait le souffle court, la barbe pleine de boue séchée et les yeux dilatés de quelqu’un qui avait vu trop de noir pour se contenter d’une peur ordinaire. Il trébucha presque jusqu’au comptoir et y jeta un rouleau de parchemin, une carte grossière et une petite bourse qui tinta d’un son trop dense pour n’être qu’une promesse en l’air.
— Il faut des volontaires, lança-t-il d’une voix cassée. Pas demain. Pas après-demain. Maintenant. Les disparitions ont encore augmenté à la Mine Oubliée. Ceux qui descendent ne remontent plus. On a parlé de gobelins au début. Maintenant on parle d’autre chose. D’ombres. D’ombres qui marchent avec eux.
Le brouhaha tomba, pas d’un coup, mais par cercles, comme une mare qui cesse de frémir.
Le vieux nain défit la bourse, la renversa sur le comptoir. Plusieurs pièces d’or roulèrent entre les traces de bière avant de s’immobiliser contre le parchemin.
— Le bourgmestre paie, reprit-il. Le Conseil aussi, pour une fois qu’on leur arrache quelque chose. Cinquante pièces d’or par tête. Plus une part de ce que vous ramènerez. Vous entrez. Vous trouvez ce qui prend nos gens. Vous le tuez. Vous revenez avec des preuves.
Personne ne bougea.
Un mineur au nez cassé ricana sans joie.
— Cinquante ? Ils doivent être sacrément désespérés.
— Ou sacrément coupables, cracha une femme orc à la table voisine.
Quelques hommes se penchèrent pour mieux voir les pièces, puis reculèrent presque aussitôt, comme si l’or lui-même portait malheur.
Dans son coin, Korvin cessa de faire tourner sa flamme. Son regard s’était posé sur l’une des pièces. Un reflet y avait glissé d’une manière étrange, non pas comme sur du métal poli, mais comme si quelque chose, sous la surface, avait répondu. Son expression ne changea pas. Il but une gorgée et reposa son verre.
Elara, elle, se leva.
— Si c’est si grave, demanda-t-elle d’une voix assez claire pour traverser la salle, pourquoi la garde ne descend-elle pas elle-même ?
Le vieux nain eut un rire sans amusement.
— Parce que la garde protège les murs, les coffres et les gens qui donnent des ordres. Parce que les conseillers savent compter les morts tant qu’ils ne descendent pas les chercher. Parce qu’un tunnel, pour eux, c’est un endroit où l’on envoie ceux qu’on peut encore payer à leur place.
Un murmure amer courut parmi les tables. Personne ne protesta.
Elara regarda la carte. Puis les pièces. Puis les visages autour d’elle : fatigués, fermés, honteux parfois, mais surtout terrorisés. Il y avait dans cette peur quelque chose de trop familier pour qu’elle détourne les yeux.
— J’irai, dit-elle.
La déclaration fut simple, sans défi, sans théâtre. C’était presque ce qui la rendit plus solide.
Au-dessus d’eux, la silhouette perchée sur la poutre se mit en mouvement. Lirael laissa tomber son trognon de pomme dans l’âtre, sauta souplement au sol et atterrit sans bruit, comme si la gravité n’avait obtenu d’elle qu’un consentement partiel.
— Moi aussi, dit-elle.
Plusieurs clients jurèrent en découvrant qu’elle les observait depuis tout ce temps.
— Je l’avais dit qu’elle ne gênait personne, marmonna le halfelin derrière son comptoir. C’est toujours quand elle descend que ça crée des histoires.
Lirael s’avança jusqu’à la carte sans demander la permission. Ses yeux glissèrent sur le tracé des galeries, puis sur les crêtes dessinées en amont de la mine, comme si elle voyait déjà le terrain au-delà du papier.
Du fond de la salle, une voix calme s’éleva.
— Si des ombres se promènent réellement dans ces tunnels, il serait discourtois de les laisser sans compagnie.
Korvin se leva, prit son bâton et rejoignit les autres avec cette souplesse tranquille qui paraissait presque insolente chez quelqu’un d’aussi peu pressé. Il s’arrêta près du comptoir, effleura du regard l’or répandu, puis le vieux nain.
— Je viens aussi.
Thrain posa sa chope si fort que l’écume sauta sur le bois.
— Et un Barbefer ne laissera pas des rats de galerie saccager une mine sans leur apprendre les bonnes manières.
Il essuya sa barbe du revers de la main, attrapa sa hache et rejoignit le groupe. En se levant, il dominait à peine la hanche d’Elara, mais tout en lui annonçait qu’il se considérait plus large que n’importe quelle menace raisonnable.
Le vieux nain les regarda comme on regarde quatre personnes qui viennent, peut-être, de signer pour lui un répit.
— Alors écoutez bien, dit-il. L’entrée principale est condamnée officiellement, mais pas impraticable. Le chemin le plus direct part du Sentier des Écorces Brisées. Trois heures de marche depuis Briseforge si vous gardez un bon rythme. Les disparitions se concentrent surtout dans les galeries anciennes, vers les veines profondes. On a retrouvé des outils. Du sang. Jamais les corps.
Le halfelin frappa alors du plat de la main sur une table occupée par trois joueurs de dés qui n’avaient rien proposé d’autre que des commentaires.
— Debout, les héros de comptoir. Cette table change de propriétaires.
Les protestations furent molles. Ils se levèrent en titubant, emportant leurs chopes. Le halfelin passa un torchon douteux sur le bois et fit signe aux quatre volontaires.
— Barnabé, au cas où vous survivriez assez longtemps pour avoir besoin d’un nom, dit-il. Asseyez-vous. Si vous partez ensemble, autant vérifier maintenant que vous ne vous égorgerez pas avant la sortie de la ville.
Elara s’assit la première. Thrain prit place en face d’elle avec la lourdeur d’une enclume qu’on dépose. Lirael choisit l’extrémité du banc, assez près de l’allée pour se lever d’un bond. Korvin s’installa en dernier, face à l’elfe.
Pendant une seconde, personne ne parla.
Puis Elara posa ses deux mains à plat sur la table.
— Elara Thorne.
Thrain renifla.
— Thrain Barbefer.
— Lirael Sylvechante.
Korvin inclina légèrement la tête.
— Korvin Ombrelune.
Ce fut bref, presque sec, et suffisant.
Le premier à rompre le silence fut naturellement Thrain.
— Une elfe dans des galeries naines, grommela-t-il. Voilà qui promet. Tu comptes tirer dans le noir ou chanter dessus pour qu’il s’éclaire de lui-même ?
Lirael tourna vers lui un regard où il y avait moins de colère que d’évaluation.
— Si je tire, répondit-elle, tu n’auras pas à te demander d’où vient la lumière.
Barnabé étouffa un rire dans sa barbe. Korvin, lui, fit apparaître une étincelle au creux de sa paume, juste assez vive pour danser entre eux sans les éblouir.
— Voilà qui règle au moins une partie du problème, murmura-t-il.
Elara ne sourit pas, mais sa voix coupa net la suite.
— Épargnez-vous ça pour les gobelins. Si nous descendons, nous descendons ensemble. Sinon, on économise du temps et de l’or à tout le monde en s’arrêtant ici.
Thrain croisa les bras. Lirael ne répondit pas. Korvin laissa s’éteindre son étincelle.
Elara poursuivit :
— Je ne demande pas qu’on s’apprécie avant l’aube. Je demande qu’on soit utiles. Alors voilà les règles. Pas de coup dans le dos. Ce qu’on récupère se partage à parts égales. Si l’un tombe, les autres ne l’abandonnent pas sans raison valable. Dans la mine, l’orgueil vaut moins qu’une corde solide.
Le nain la dévisagea un instant, puis hocha le menton.
— Ça me va.
— À moi aussi, dit Korvin.
Lirael haussa une épaule.
— Tant que personne ne me demande de marcher au milieu comme une lanterne.
Elara acquiesça.
— Tu ouvriras la marche. Tu repères mieux que nous les traces, les pièges et les postes d’embuscade.
Cela sembla convenir à l’elfe.
— Thrain, reprit Elara, tu viens juste derrière elle. Tu connais la pierre, l’air, les signes d’un éboulement. Si tu sens du gaz, on recule sans discuter.
Cette fois, l’approbation du nain fut plus nette.
— Enfin une parole sensée.
— Je prendrai le centre, continua Elara. Bouclier devant si ça tourne mal.
Korvin fit doucement tourner son bâton entre ses doigts.
— Et moi, je ferme la marche, j’imagine.
— Oui. Tu gardes un œil sur nos arrières, et tu gardes ta magie pour ce qui mérite vraiment d’être brûlé.
Le sorcier esquissa un sourire léger.
— Une consigne raisonnable. Décevante, mais raisonnable.
Barnabé revint avec quatre chopes, cette fois sans alcool pour tous sauf Thrain, qui jura qu’une petite bière restait un acte médical. Il posa aussi un morceau de craie et la carte entre eux.
Lirael l’attira vers elle.
— Il y a deux approches, dit-elle. Le Ravin des Loups contourne les hauteurs et offre plus de couverts, mais on perd du temps. Le Sentier des Écorces Brisées est plus direct et plus exposé.
— Plus rapide, trancha Thrain.
— Plus visible, rectifia Lirael.
Elara se pencha sur le tracé. Trois heures si tout allait bien. Plus si le terrain leur résistait. Et la lumière tomberait vite en saison froide.
— On prend le sentier direct, décida-t-elle. Je préfère arriver tôt à la mine et garder du jour devant l’entrée plutôt que gagner une approche plus prudente et perdre la moitié de notre marge.
Korvin suivait le contour du chemin du doigt sans le toucher.
— Le direct me convient. Les embuscades me dérangent moins au vent libre que sous une corniche.
Lirael observa encore la carte, puis acquiesça.
— Alors on part à l’aube. Pas plus tard.
Thrain vida sa chope.
— Chez Grom le Boiteux, au pied du sentier. Son étable est assez vaste pour nous voir arriver et assez laide pour ne pas se tromper.
Barnabé souffla du nez.
— Vous décrivez le lieu ou le propriétaire ?
— Les deux, répondit Thrain.
Un sourire passa, bref mais réel, autour de la table. Le premier.
Elara se redressa légèrement.
— Bien. Rendez-vous à l’aube chez Grom. Équipe légère. Pas de chargement inutile. De quoi tenir une journée de marche, de quoi soigner une blessure courte, de quoi éclairer proprement.
— J’ai ce qu’il faut pour les pièges et les repérages, dit Lirael.
— J’ai ce qu’il faut pour les portes, les pierres et les crânes épais, dit Thrain en tapotant le manche de sa hache.
Korvin fit jouer une gemme pâle entre ses doigts avant de la faire disparaître dans sa manche.
— Et moi pour les ténèbres qui auraient oublié de rester à leur place.
Elara hocha simplement la tête. Inutile d’en demander davantage pour ce soir-là. Chacun avait montré assez de prudence pour n’être pas un fou complet, assez d’orgueil pour ne pas être un poids mort.
Autour d’eux, la taverne reprenait peu à peu son bruit, mais quelque chose avait changé. Les regards se levaient vers leur table plus souvent qu’auparavant. On y lisait du scepticisme, de la curiosité, parfois même un soulagement honteux. Quand une ville n’ose plus descendre là où elle a bâti sa fortune, ceux qui acceptent de le faire deviennent aussitôt plus visibles qu’ils ne l’avaient demandé.
Le vieux nain roulait déjà sa carte avec des gestes plus fermes. Avant de se retirer, il s’arrêta près d’Elara.
— Revenez avec des preuves, murmura-t-il. Pas seulement avec un récit. Le Conseil sait très bien douter quand ça l’arrange.
— Nous verrons d’abord si la mine nous laisse revenir, répondit-elle.
Il eut un rictus qui ressemblait à de la gratitude, puis disparut dans la nuit.
Le temps passa encore un peu. Pas longtemps, juste assez pour que les derniers détails se fixent. Barnabé leur désigna les chambres disponibles au Repos de l’Enclume, mais tous ne comptaient pas rester.
— Mon cousin Gorrim m’héberge, dit Thrain en se levant le premier. Trois rues plus bas, près des forges. Et avant que quelqu’un parle, oui, il dort moins mal que moi.
— J’ai une chambre à l’Étoile Voilée, dit Lirael. Une lucarne, un verrou et personne pour ronfler dans le lit voisin. Ça me suffit.
Korvin repoussa sa chope vide.
— La veuve Lirra a encore ma soupente, à condition que je ne fasse pas exploser son plafond. Nous avons un arrangement vieux comme ses plaintes.
Barnabé leva les yeux au ciel.
— Et vous, paladine ?
— Je reste ici.
— Vous paierez d’avance, alors. Les héros coûtent cher en draps quand ils saignent.
— Je tâcherai de ne saigner que dehors.
Cette fois, même Barnabé sourit.
Ils se levèrent à leur tour.
Thrain fut le premier à tendre la main, non pour un serment élégant, mais parce qu’il semblait considérer qu’un accord devait se vérifier par la solidité des doigts. Elara la serra sans broncher. Lirael hésita une fraction de seconde avant d’incliner simplement la tête. Korvin fit de même, avec ce demi-sourire qu’on n’aurait pas su dire moqueur ou sincère.
Puis chacun récupéra ses affaires.
Au moment de quitter la table, Lirael sentit le regard de Korvin glisser vers elle. Pas insistant. Pas lourd. Juste attentif, comme celui de quelqu’un qui avait remarqué qu’elle s’était tenue près des sorties toute la soirée et qui n’en faisait pas un commentaire. Elle lui rendit un signe de tête presque imperceptible. Le sorcier sembla surpris, puis inclina la tête à son tour.
Elara saisit sa lanterne.
— À l’aube, dit-elle.
— À l’aube chez Grom le Boiteux, confirma Thrain.
— Et pas en retard, ajouta Lirael.
Korvin ouvrit la porte et laissa entrer un filet d’air froid.
— J’essaierai d’arriver avant les ennuis, pour une fois.
Ils sortirent l’un après l’autre dans la nuit de Briseforge.
Le vent portait encore l’odeur du métal et de la cendre. Plus haut, invisible derrière les crêtes, la montagne attendait. Et sous la montagne, quelque chose d’autre attendait aussi.
Le Repos de l’Enclume referma sa porte sur leurs silhouettes dispersées, mais le pacte, lui, demeura.
À l’aube, ils ne seraient plus quatre étrangers assis autour d’une prime.
Ils seraient ceux qui auraient accepté de descendre.