Chapter 1
EZIA
Je cours, je cours à toute vitesse vers la voiture en feu. Plus je m’approche, plus elle semble s’éloigner... Et je l’entends crier, il m’appelle à l’aide... Mais je n’arrive pas à l’atteindre. Je le vois se débattre contre les flammes, il n’arrive pas à sortir de la voiture. Il fait chaud, tellement chaud, les flammes sont de plus en plus hautes. Je sens des mains, un nombre incalculable de mains, me retenir pour m’empêcher de sauter dans la voiture. Je crie, je crie à en perdre haleine......
— LEO !!! LEEOO !!
— Ez !! Ez ne t’approche pas !
J’hurle, mon visage ravagé par les larmes... J’essaie encore de m’approcher de la voiture. Je ne peux rien faire à part assister à la mort de mon frère, mon héros... Un gouffre s’ouvre sous moi et je tombe dans le néant.
Je me réveille en sursaut, prise d’une quinte de toux à la recherche d’oxygène et en sueur. D’une main tremblante, je décolle mes cheveux de mon visage, et attrapant mon téléphone pour regarder l’heure.
4h15... comme d’habitude depuis un an. D’après le psy, que Tom me force à aller voir, il s’agit du moment où les poumons évacuent les déchets toxiques, étant un organe associé à la mélancolie ou encore à la peine, le rapprochement était rapide à faire avec le choc vécu lors de cette fameuse soirée.
Je m’assois sur mon lit, et enfouis ma tête dans mes mains pour m’aider à reprendre mes esprits. La bouche asséchée, je jette ma couette et me dirige vers la cuisine. Le trajet est devenu un automatisme que je réalise les yeux fermés. Pendant que je me désaltère, je ferme les yeux en prenant une grande inspiration. Toute mon attention se concentre sur les battements de mon cœur qui commencent tout juste à se calmer.
Me voit-il de là où il est ? Si c’est le cas, il doit me trouver bien pathétique... Mais je n’étais pas prête à vivre ça. Personne n’est prêt, c’est pour cela que ça s’appelle un “accident”.
C’est brutal et ça laisse dans l’incompréhension en créant un violent vide.
Quand on a vingt-cinq ans, on se sent jeune, puissant, immortel et l’idée que tout peut s’arrêter à n’importe quel moment est loin de nous. La vie n’est pas juste et n’a pas de règle : un nourrisson peut vivre quelques heures et déchirer le cœur de ses parents la minute qui suit, un adolescent peut se rendre au collège et ne jamais rentrer, victime d’une fusillade...
La seule chose dont nous sommes certains, c’est quand nous arrivons dans ce monde. Le facteur que nous pouvons contrôler, c’est ce que nous faisons de notre vie. Et celui sur lequel nous n’avons aucune emprise... c’est ce moment où la faucheuse apparaît pour nous emmener loin de nos proches. Elle ne regarde pas notre âge, notre situation, ce que nous sommes en train de faire : l’heure c’est l’heure.
Reprenant le chemin inverse, mon regard est attiré par la porte de sa chambre. M’arrêtant devant, je finis par l’ouvrir et rentre pour m’asseoir sur son lit. Aujourd’hui, cela fera un an, jour pour jour, mais je n’ai toujours ni la force, ni le courage de vider cette pièce ou de faire le tri dans ses affaires. Je n’arrive pas à me faire à l’idée qu’il ne passera plus cette porte. M’occuper de sa chambre c’est accepter qu’il est vraiment plus là et c’est hors de mes moyens. Malgré le soutien de mes amis et de Tom.
Rien n’a donc changé : il y a toujours ses vêtements dans le placard et son odeur rassurante aux notes d’iris et de poivre est toujours présente. La multitude de photos de ses voitures, ainsi que des trophées qu’il a remportés pendant des courses, sont toujours accrochés aux murs, autour d’étagères remplies de récompenses.
J’effectue toujours le même tour de la pièce, les yeux embués de larmes.
D’une main tremblante, le souffle court, j’attrape la photo encadrée de nous deux sur sa table de nuit. Nous avions pris cette photo il y a trois ans lorsque Léo était encore pilote officiel sur circuit, il avait alors vingt-trois ans et moi, je venais d’en avoir vingt-et-un ans. Le soir, nous avons fêté sa victoire et j’ai fini dans un sale état, un rire triste m’échappe en y repensant. C’est fou comme on se ressemble, même s’il s’amusait à me dire que j’avais été adoptée, nos cheveux blonds comme les blés, nos nez droits et courts, nos yeux de la même couleur que la méditerranée prouvent bien que nous avons les mêmes géniteurs. D’un doigt léger, je caresse son visage souriant de bonheur en laissant couler une larme sur le mien. La seule chose qui a changé, c’est la quantité de gouttes salées. Au début, c’était un flot incontrôlable, puis avec le temps, les torrents sont devenus des fleuves, des rivières, puis des ruisseaux. Bientôt, ils ne seront qu’une fine pluie, mais ne disparaîtront jamais vraiment.
Il y a quelques mois en arrière, j’aurais continué à me morfondre jusqu’à ce que mon réveil sonne. Je sais que ça ne lui aurait pas plu du tout. Il m’aurait sorti du lit à coup de seau d’eau froide. Léo ne me ménageait pas – ce petit enfoiré – mais c’est ce dont j’avais besoin. Tout mon monde s’est effondré ce soir-là, et remonter la pente me semble impossible. Heureusement, Tom, mon patron, ne m’a pas lâchée et m’aide à tenir le cap.
Trouvant un brin de motivation, je m’empare d’une tenue de sport, enfile un pull – il ne fait pas chaud à cinq heures du matin à Los Angeles. Équipée de mon casque audio sans fil, me voilà partie. ”Prada" de Cassö à fond dans les oreilles, je me lance pour huit kilomètres de course, rejoignant le bord de l’océan. Ma destination atteinte, je stoppe ma course pour marcher, retire mon casque et profite du calme du début de journée, seulement interrompu par les vagues qui viennent s’échouer sur la plage. J’avance le long du rivage, dans ce cadre typique des séries américaines que j’aime tant : un long chemin en béton entouré de hauts palmiers. Certains sont déjà en train de parcourir cette allée en roller, me saluant sur leur passage. C’est fou comme les gens du matin n’ont à rien avoir avec ceux de la journée, comme si se lever tôt ne rendait pas aussi aigri que ce que certains veulent le faire croire. Léo ne faisait pas partie des lève-tard, il adorait les levers de soleil et la fraîcheur matinale, préférant rattraper ses heures de sommeil au soleil allongé sur la plage, tel un lézard. Ça lui permettait d’entretenir son teint halé que les filles lui trouvaient super sexy.
En rentrant à l’appartement, j’enchaîne avec des exercices de renforcement musculaire et d’assouplissement jusqu’à m’effondrer sur le sol du salon, exténuée et trempée de sueur. Je souffle cinq minutes avant de prendre une bonne douche chaude, et m’aider tant bien que mal à détendre mes muscles bandés par l’effort. Des vêtements propres enfin enfilés, je saisis mon téléphone et tique sur l’heure.
Je vais encore être en retard ! Je suis une femme morte !
Il faut que je me bouge ou Tom va encore me tomber dessus.
Dévalant rapidement les escaliers, j’en profite pour attacher mes longs cheveux en queue de cheval. Le garage se trouve à deux rues de l’appartement et à vingt minutes de l’université, c’est pour cela que Léo l’avait choisi.
Ouf deux minutes d’avance... enfin,il faut encore que je me change !
Dans le garage, en direction des vestiaires, je crie.
— SALUT TOM !!
— SALUT PRINCESSE ! ENCORE EN RETARD !! me lance-t-il depuis son bureau.
Je ne réponds pas et me dépêche d’enfiler mon bleu de travail. Sur le point de rejoindre mon poste de travail, la grosse voix de Tom m’interpelle.
Aie, c’était sûrement le retard de trop... il ne me supporte plus, il va me virer !!
Je me sens énormément redevable envers Tom. Après le décès de Léo, il m’a prise sous son aile. Il m’a accueillie chez lui pendant quelques mois, le temps que je trouve la force de revenir vivre seule dans notre appartement. Il m’a aidée avec les démarches administratives, l’université, en me forçant à aller voir un psy pour ne pas tomber dans la dépression et il m’a embauchée au garage. Malgré tout, j’ai toujours le sentiment d’être un poids pour lui et qu’à tout moment il me mette à la porte, parce qu’il en a ras le bol.
C’est la boule au ventre que j’attrape la poignée de son bureau.
J’ai peur !
Le seuil à peine franchi, je ne lui laisse pas le temps d’en placer une.
— Je suis sincèrement désolée, Tom ! S’il te plaît, ne me vire pas !! Je vais faire des efforts, ne me mets pas à la porte !! Tom, s’il te plaît !! supplié-je.
Ma tirade terminée, je prends le temps de regarder l’expression faciale de Tom. L’homme d’une cinquantaine d’années me fixe de ses yeux polaires, ses cheveux sont courts et grisonnants, sa carrure ne prête pas à rire lorsqu’il s’énerve. Un sourire moqueur aux lèvres, debout derrière son bureau, Tom ne relève pas mes paroles. Il ouvre la bouche, prêt à répondre, quand un pouffement me fait détourner le regard pour le poser sur la chaise en face de son bureau où se tient un jeune homme. N’ayant même pas remarqué qu’il n’était pas seul, mes joues se colorent instantanément.
— Ezia, je te présente Tayron Macdonagh, notre nouveau mécanicien. Tayron, voici ta nouvelle collègue Ezia Morreti. annonce enfin Tom.
Mes yeux s’écarquillent et ma bouche s’entrouvre sous le choc de l’annonce. Il ne m’avait pas informé qu’il cherchait un nouveau mécanicien... un remplaçant... même si au fond je savais qu’un jour il lui faudrait quelqu’un d’autre.
Il aurait quand même pu choisir un autre jour que la date de sa mort...
À la vue de ma tête, sous le choc, Tom ajoute :
— Je suis désolé de te prendre au dépourvu... mais tu reprends les cours bientôt, tu seras moins présente... Léo n’est plus là... m’explique-t-il, la voix hésitante. Et l’an dernier c’était beaucoup trop compliqué. Il me fallait une personne en plus. Tayron vient d’emménager en ville, il cherche du travail, timing parfait...
Je ne sais pas quoi penser.
— Euh... Je... Je comprends Tom... Je... euh... Je vais me mettre au travail. dis-je un peu déboussolée.
Je sais qu’il nous faut un nouveau mécano, mais mon coeur se serre. Passant ma main sur mon visage, je tente de refouler la tristesse qui m’habite et ne rien laisser paraître.
Amorçant un pas pour faire demi-tour, Tom m’arrête :
— Ez ! J’aimerais que tu présente l’atelier et les chantiers en cours à Tayron. Il faut qu’il se familiarise avec le garage.
Le jeune homme remercie Tom d’un mouvement de tête, avant de me rejoindre. À mon niveau il me tend la main, un sourire timide aux lèvres. Mes yeux font plusieurs allers-retours entre sa main et son visage, avant de se décider à lui serrer, et de l’inviter à me suivre.
Le garage, spécialisé dans la restauration et l’entretien de véhicules de collection, est équipé de trois ponts élévateurs, derrière se trouve un grand établi tout le long du mur avec diverses pièces entreposées dessus, séparé en deux par le distributeur d’huiles équipé de deux gros fûts. Dans l’angle en face des ponts se trouve la machine pour monter et démonter les pneus, accompagnée de celle pour rééquilibrer les roues. Et dans la partie arrière se trouve l’espace carrosserie, équipé d’une cabine de peinture et tout le nécessaire pour remettre une voiture accidentée en état.
— C’est la première fois que je vois un garage aussi propre, me lance Tayron en regardant tout autour de nous.
— Tom est intransigeant sur ça. Il ne supporte pas le désordre ! Et tous les vendredis après-midi, c’est ménage général. Pense à laisser ton espace de travail propre et ranger avant de partir le soir, sinon le lendemain tu risques de perdre un peu d’audition. lui dis-je, sèchement.
Léo se faisait toujours remonter les bretelles par Tom parce qu’il laissait toujours du cambouis partout derrière lui. Il n’a jamais su travailler proprement au grand désarroi de notre patron qui passait son temps à le réprimander. Le regard perdu en direction de l’espace de travail qui lui était attribué, je ne sens pas le sourire prendre place sur mon visage alors que ce souvenir refait surface.
— Mais c’est que tu sais sourire finalement ! me lance Tayron.
J’avais presque oublié sa présence, surprise je plante mon regard azur dans le sien.
— Je... je suis désolée si je suis peu avenante. dis-je en massant ma nuque. Je ne savais pas que Tom avait embauché un nouveau gars, pour remplacer...
Je n’arrive pas à finir ma phrase.
— Il m’a expliqué dans les grandes lignes... Je suis dés...
Je le coupe dans son élan, je n’ai pas envie d’avoir sa pitié. Il lui a parlé de Léo, la décision a dû lui coûter aussi. Il n’a pas d’enfants et considérait mon frère comme son fils. La perte de Léo l’a tout autant affecté que moi.
— Tu n’y es pour rien. Il lui fallait un nouveau gars, dis-je, essayant de me convaincre aussi. Bon, il faut finir la Corvette qui est sur le premier pont. Tu trouveras sur le tableau de bord une fiche avec les travaux à faire dessus. De mémoire, c’est une révision complète. Si jamais tu as besoin de quelque chose, n’hésite pas. finis-je pour passer plus vite à autre chose.
Ce n’est pas un petit chantier qui m’attends aujourd’hui, je dois remplacer l’embrayage sur une Dodge Challenger et pour ça il me faut démonter le moteur.
Allez ma fille, un peu de motivation !
L’automobile est notre passion commune, avec mon frère. Celle-là même qui m’a amenée à vouloir devenir ingénieure dans les sports mécaniques. Peu de femmes exercent cette profession et même si elle commence à se démocratiser, nous sommes seulement trois filles dans toute ma promotion à l’université de Los Angeles.
Concentrée sur mon chantier, je ne peux pas m’empêcher de lancer des regards en direction de Tayron. Ce matin, je ne me suis pas montrée des plus sociables. Il ne s’est pas gêné pour me le faire remarquer.
Mais c’est que tu sais sourire finalement !
Beh oui abruti... il est juste rare ces derniers temps.
Perdue dans mes pensées, je fixe le jeune homme qui a retiré le haut de son bleu de travail pour l’attacher autour de sa taille, me permettant de pouvoir l’admirer un peu plus en détail. Son tee-shirt noir moule parfaitement ses muscles bien développés, et laisse apparaître de nombreux tatouages le long de ses bras. Il est concentré sur son travail, penché dans le moteur, me permettant de ne voir de sa tête que sa tignasse brune avec de légères ondulations.
La voix de Tom retentit dans l’atelier.
— Rentre la langue Ez ! Tu baves !
Instantanément, Tayron tourne la tête dans ma direction, au moment où je détourne le regard. Les joues rosées, je réplique.
— Tu débloques, le vieux !
J’arrache un rire à Tom.
Comment fait-il pour avoir une attitude aussi légère aujourd’hui, il a oublié quel jour nous sommes?
Je ne perds pas plus de temps et je me remets au travail.
Dix-sept heures. Enfin, ma journée au garage est terminée.
Après la remarque de Tom, je me suis concentrée sur mes tâches sans prêter attention à Tayron. Il est venu me demander quelques trucs dans la journée, ce qui m’a permis d’admirer son visage, ses traits fins, ses pommettes saillantes et ses yeux hazel, mélange de marron et de vert envoûtants.
Alors que je dis au revoir à Tom, et à la secrétaire, j’entends des pas rapides dans ma direction.
— Ezia ! crie Tayron.
Une fois à ma hauteur, il enchaîne.
— Je me disais qu’on pourrait aller boire un coup quelque part. Etant nouveau en ville, je ne connais personne, ni les endroits branchés pour faire des rencontres. il passe une main dans ses cheveux avant de finir. Ça te dit ?
Il fut un temps où j’aurais accepté son invitation avec plaisir, faisant même appel à mes amis de la fac, nous l’aurions amené dans un bar branché de L.A.. Mais cette époque est révolue, ça fait maintenant un an. Je me suis renfermée sur moi-même et je n’ai ouvert mon cercle à personne d’autre que mes potes de l’université : Thaïs, Sacha, Ethan et Mélinda.
— Je suis désolée. Je ne suis pas dispo ce soir. Tu peux demander à Tom ou au carrossier, ils seront peut-être partants. lancé-je en reprenant mon chemin.
Majournée est loin d’être finie, je dois rejoindre Melinda pour mon second job.
Nos parents sont retournés en Italie six mois avant la mort de Léo. Au début, ils nous envoyaient de l’argent pour nous aider à faire face aux frais, mais du jour au lendemain nous avions à peine des nouvelles et des petits virements, de temps à autre, totalement insuffisants pour payer mes frais de scolarité, l’appartement... Léo a travaillé d’arrache-pied pour que nous ayons une bonne situation. Il a fallu que je trouve des solutions quand les factures ont commencé à s’entasser et que je me suis retrouvée seule. C’est là que Melinda m’a dit qu’ils cherchaient de nouvelles serveuses/danseuses auSplendide, un club de strip-tease huppé de Los Angeles où elle travaille. Elle m’a décroché un entretien d’embauche et le soir même je commençais. Depuis, j’ai appris le pole dance, et je remercie mon frère pour les heures de gainage et de renforcement musculaire qu’il m’a forcée à faire. Ça m’aide aujourd’hui, au-delà d’avoir un corps sculpté et ferme.
Je repasse à l’appartement, prends une rapide douche et attrape les clés de ma moto pour rejoindre leSplendide. Le club ouvre dans deux heures, mais ce soir nous avons une session d’entraînement pour la future chorégraphie de groupe.
Mon amie m’attend devant l’entrée de service. C’est une jeune femme tellement chic de nature. Elle est un poil plus grande que moi, avec de longs cheveux noirs et de beaux yeux noisettes sur un teint légèrement hâlé. Elle est l’incarnation même de la bomba latina. Lorsqu’elle me voit, Méli me saute dans les bras.
— Ma chérie ! Comment tu vas ??
— Je vais bien. Et toi, tes vacances ?
Pendant que nous entrons dans le club, Mélinda me raconte ses vacances en détail. Enfin, surtout ceux qui concernent le beau blond qu’elle a rencontré dans une paillote à Malibu.
— S’il te plaît Méli !! Epargne-moi les détails. la coupé-je dans son élan. Il y a des choses que tu peux garder pour toi, comme ce truc qu’il fait avec sa langue... Comment c’est possible d’ailleurs ?
Alors qu’elle se prépare à répondre, je lève la main pour la couper.
— Oublie ma question, je ne veux pas savoir !
Ma réponse et mon air dégoûté lui arrachent un rire.
— Ahh Ez, ça fait trop longtemps que tu n’as pas vu le loup ma puce ! Il serait peut-être temps de faire appel à un ramoneur, tu dois avoir de sacrées toiles d’araignées. Peut-être es-tu redevenue vierge?
— Mééliii !! crié-je l’air désabusé en lui donnant un coup dans les côtes.
Nous éclatons de rire toutes les deux.
Il est vrai que depuis un an j’ai mis de côté ma vie sentimentale. Comment pouvais-je faire rentrer quelqu’un dans mon intimité, alors que j’étais, et je suis toujours, au fond du gouffre ? Je doute qu’un homme ait envie d’une femme en dépression. Avant l’accident, tout était doux et simple, j’aimais plaire et j’enchaînais les conquêtes. Rien de sérieux, juste des corps à corps, plus ou moins torrides selon le partenaire. Pas d’attache, que du sexe. Avec Mélinda, nous nous lancions des paris pour savoir avec lequel des mecs, qui nous dévoraient du regard, nous allions passer la fin de soirée, ça avait le don d’exaspérer nos amis.
C’était une autre époque. J’ai trop de choses à penser maintenant pour ajouter un homme à l’équation !