Take #1
Bérénice connaissait Carl depuis son enfance. Son père, Adam, peintre amateur avait rencontré le jeune homme lors d’un vernissage et le courant était tout de suite passé. Bien que son aîné de dix ans il avait pris en affection le jeune provincial de vingt-cinq ans. Il lui rappelait sa propre jeunesse passée dans les campagnes du Poitou. Issu du même milieu prolétaire et avec une trajectoire similaire, Carl avait eu la chance de faire de brillantes études en science.
Il lui fut fort de constater qu’en dépit d’un point de départ commun, sa conception du rapport à l’autre était bien différente de celle d’Adam.
Pour Carl, une culture, un âge ou un statut social ne comptait guère. Seule la capacité à conceptualiser le réel sous une forme aussi étendue que possible d’immanence comptait. Carl se complaisait dans des relations complexes et y voyait une manière de flatter son intellect et son ego.
Il entrevoyait les rapports humains comme de plaisants problèmes mathématiques et lui donnait une attitude distante et un peu froide.
Toutefois, il aimait rejoindre son ami chez lui le week-end pour y laisser s’exprimer sa créativité. Les deux hommes passaient des journées entières à peindre dans le sous-sol d’Adam, aménagé en atelier. Dans son art comme dans sa vie de tous les jours, ce père de famille un peu original aimait la simplicité et portait en lui une forme de brutalité. Son caractère direct et écorché procurait à Carl un sentiment de sécurité. Ici l’hypocrisie n’avait pas droit de cité.
A son grand bonheur, ces séances permettaient également à Carl de saluer Patricia, la ravissante femme d’Adam. Il ne manquait jamais d’échanger avec la belle brune, un bon mot le temps d’un café. Souvent apprêtée pour son cours de sport, il se délectait sans mot dire de sa fine silhouette et de ses formes parfaites. Maintenues fermement dans un juste au corps noir, il devinait les contours de ses lèvres au travers de la fine étoffe lorsqu’assis sur sa chaise, elle le servait avec son air réservé.
Quoiqu’il observait d’autre que son visage un peu trop sérieux à son gout, il ne boudait jamais son plaisir. Ses fesses rebondies mises en valeur par la posture de son bassin naturellement en antéversion donnait l’impression qu’elle offrait sa croupe en permanence. Ses épaules quant à elle tirées en arrière mettaient ses ogives généreuses en évidence.
Elle était un appel à la luxure sans le savoir, et Carl chaque samedi durcissait à coup sûr.
Parfois interrompu par Chloé, l’aîné des deux filles, il avait trouvé la parade en la questionnant sur ses histoires de cœur. Mal à l’aise sur le sujet, elle ne tardait jamais à quitter la pièce et les laisser tranquille.
Quelques matins parfois, lorsqu’il allait fumer sa cigarette sur le perron, il surprenait Patricia en nuisette. Ses longues jambes et son décolleté n’étaient qu’un hors d’œuvre avant qu’il n’aperçoive ses tétons au travers de la soie. Parfois même un léger début de duvet brun dépassait de sa culotte blanche qu’il avait sur l’instant toujours envie de ravir et de plaquer sur son visage.
Patricia était belle au naturel mais aussi une ingénieure rigoureuse. D’une morale sans faille, elle était une femme fidèle aux apparences frigides. La séduction n’était pas un jeu auquel elle aimait jouer.
Un matin, au cours de leur happening créatif dans le sous-sol du pavillon d’Adam, Carl à l’inspiration en berne. Il décide d’aller prendre l’air un instant et en informe son ami. En pleine transe créatrice sur un morceau de Pink Floyd, il n’y prête qu’une attention furtive.
Le jeune homme monte l’escalier et se dirige vers la porte d’entrée, lorsque sur le point de sortir, le son de la douche l’interpelle. La porte de la salle de bain était ouverte et la vapeur d’eau de la pièce envahissait lentement le couloir.
Surpris par cet étrange situation, il s’approche lentement dans le plus grand silence…
Quelle magnifique vision le frappe alors, lorsqu’il découvre Patricia en train de prendre sa douche. Son sublime corps scintillant et couvert de savon était un régal pour les yeux.
Tandis qu’elle tournait le dos à l’embrasure de la porte, Carl se délectait de sa superbe silhouette. La finesse de ses épaules et de ses dorsaux se mariait harmonieusement à la délicate musculature qui menait à ses reins. Comme suspendues dans les airs, ses fesses au galbe parfait frétillaient sous le ruissellement de l’eau. Le spectacle était grandiose : il concurrençait, sans en pâlir, les plus belles figures des nymphes d’Hylas.
Se cambrant pour se savonner, son sexe en forme de figue tantôt apparent, donnait à Carl des vertiges. Sans même s’en rendre compte, il avait empoigné sa verge. Dure comme l’ébène, il la polissait devant ce corps de femme qui était sans comparaison aux jeunes plastiques qu’il avait pu contempler jusqu’alors.
Soudain, Patricia se retourne et se cale dans l’angle de la douche. Pris de panique, le jeune homme se cache aussitôt derrière la porte. Craignant d’être vu, son cœur bat la chamade. Que penserait-on de lui s’il était découvert à se branler devant l’innocente femme de son ami ? Mais l’excitation est trop grande et sa queue tellement tendue qu’elle le fait souffrir.
Un court instant immobile et un soupir provient de la douche. Dévoré par la curiosité, le jeune homme jette discrètement un coup d’œil en direction de Patricia. A son grand étonnement, la belle brune était en train de se caresser. Les yeux fermés, et les cuisses écartées, elle passait ses doigts lentement sur son clitoris alors que son bassin se tordait de plaisir et qu’elle pétrissait ses seins.
Se rapprochant à moins d’un mètre, Carl empoigne son sexe et se masturbe avec lenteur et délectation. Ne pouvoir exister dans cette aventure était épouvantablement frustrant mais l’interdiction de toucher cette plastique parfaite décuplait ses sens. Cherchant à répudier de sa propre chair son incontrôlable désir, sa pensée se fige dans l’instant présent. Gouverné par ses instincts les plus primaires, il caresse cette femme parfaite de son regard, son odorat et son ouïe.
Carl n’est plus tout à fait conscient, sa nuque, sa gorge et son diaphragme se contractent au rythme des doigts de sa muse. Sans qu’elle ne le sache, le jeune homme n’est plus que l’écho lubrique du désir de Patricia.
Comme une révélation mystique, il est captivé par celle qui l’avait fait frémir tant de fois. Conscient qu’il était témoin d’un moment intime de cette femme, son anonymat le fait frissonner d’excitation. Voler cet instant qu’absolument personne au monde n’était censé voir, en faisait un acte aussi singulier et précieux que l’atteinte du nirvana.
Bouche bée, sonné par le spectacle et la trique dure, il en perd la notion du temps. L’orgasme imminent, le jeune homme se rapproche alors d’elle tandis que monte le frisson. S’astiquant fiévreusement, il convulse soudain. Le souffle contenu et revêtu d’un air implorant, il gicle abondamment sur ses jambes lisses et ses pieds délicats.
Patricia quant à elle, se donne aveuglément du plaisir et laisse échapper discrètement un léger soupir. Soudain elle accélère les mouvements de ses doigts. Sa respiration s’intensifie et son ventre se mets à onduler. Elle gémit et laisse échapper discrètement :
- Oh oui…Putain…
Alors qu’il savoure l’instant en faisant coulisser son membre lascivement, Carl se remet à bander. Le ventre plat et les tétons dures de Patricia lui donne une farouche envie de la posséder.
Mais soudain le corps de la belle se crispe tandis qu’un râle de plaisir la transporte. La décharge d’extase est intense et ses jambes tremblantes peine à la soutenir.
Carl se rhabille précipitamment et s’échappe alors de la pièce à pas de velours tandis que Patricia ouvre les yeux. Son visage rubicond affiche un air de satisfaction. Ne prêtant aucune attention particulière au liquide poisseux qui recouvrait ses cuisses, elle l’étale sur son corps la pensée légère.
Ce fut la seule fois où Carl eut la chance d’approcher d’aussi près la pureté du plaisir féminin. Pour autant il ne cessa par la suite d’y repenser, tant l’excitation de voir ce corps en extase avait décupler son audace.
Se hâtant d’aller fumer sa cigarette sur le perron, Carl rêvasse. La vision persistante de ce sexe rose et des ces grandes lèvres très légèrement détendues, accaparaient son esprit. Soudain, les ricanements de deux jeunes femmes passant devant lui dans la rue le ramènent dans le présent. Leurs regards gourmands l’interpellent et le laissent pantois alors qu’elles disparaissent de son champ de vision. Observant autour de lui naïvement, rien ne heurte son regard. Mais alors qu’il se retourne face au vitrage la porte d’entrée, il constate dans son reflet que son sexe encore bien raide et gonflé dépasse de la taille de son pantalon. Mordant le bout de sa cigarette pour la maintenir en position, il remet son membre en place, le visage rouge de honte.