Poker face

All Rights Reserved ©

Summary

À Manhattan, certaines tours dominent la ville, d'autres la surveillent. Lorsque Vanora franchis les portes de la Tour de Contrôle, elle pense entrer dans une simple entreprise.
Un travail, un nouveau départ, une chance de laisser son passé derrière elle. Elle se trompait. Au sommet se tient Zaion, le contrôleur, froid, impassible. Un homme dont le regard semble toujours ouvert sur la ville,
sur la Tour,
sur elle. Pourtant, ce n'est pas le seul regard qu'elle sent dans son dos. Aaron. Une présence étrange. Un regard qui semble la connaître... ou la reconnaître. Mais dans un jeu dont elle ne connais ni les règles, ni les joueurs. Ici, il n'existe que deux choix: Devenir le joueur ou être le jouet Et dans cette partie, il faut apprendre à garder une poker face. Même lorsque les règles finissent toujours par se graver au fer rouge

Genre
Romance
Author
NabiLume
Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

Je hurle.

Mais personne ne vient.

La pièce sent le métal chaud et le désinfectant. Une odeur écœurante qui me brûle la gorge à chaque respiration.

— Tiens-la. Deux mains âgées s’abattent sur mes épaules et m’immobilisent sur la table.

Je me débat.

— Non... je veux rentrer.

Mes jambes battent dans le vide, mais quelqu’un les attrape.

La femme devant moi esquisse un sourire presque tendre.

— Ça ne durera qu’un instant, ma princesse.

Je vois alors l’objet dans sa main, un tampon de métal, rouge, brûlant.

La chaleur me frappe avant même qu’il ne touche ma peau.

Je hurle.

Le métal s’enfonce dans mon épaule.

Ma peau crépite.

L’odeur de chair brûlée remplit la pièce.

Et dans le chaos de ma douleur, j’entends une dernière phrase :

— Maintenant, elle est marquée.


J’arrive enfin à Manhattan après deux heures trente de vol depuis Atlanta.

Nouvelle ville, nouvelle vie. Du moins, c’est ce que j’essaie de me répéter en regardant les immeubles de verre défiler derrière la vitre du taxi.

Après tout ce que j’ai entendu sur cette ville, je devrais m’y sentir en sécurité. Protégée,

Protégée d’Hugo.

Je suis sortie deux ans avec ce pauvre con rencontré à la fac.Mon premier amour et sans doute ma première vraie erreur, une relation d’une toxicité sans nom.

Tout a vraiment explosé le jour où j’ai compris qu’il couchait avec Virginie, mon ancienne meilleure amie.

Je les ai trouvés chez moi, assis sur mon canapé en train de regarder“The Notebook”comme si de rien n’était.

Et puis j’ai vu la capote traîner par terre, juste à côté alors que j’étais partie une semaine en séminaire et ça faisait déjà trois mois que je ne partageais plus le même lit qu’Hugo.

Depuis la mort de sa sœur, il avait complètement vrillé. Il sortait tard la nuit sans prendre la peine de me prévenir et en supplément de ça il avait téléchargé Tinder.

Quand je regardais sa localisation, elle disparaissait vers deux heures du matin puis réapparaissait vers dix heures. Notre relation était condamnée depuis longtemps, ce n’était qu’une question de temps. Alors quand l’occasion s’est présentée, j’ai sauté dessus.

J’ai trouvé un superbe appartement à Manhattan après plusieurs visites en visio.Aujourd’hui, je dois enfin signer le bail avec l’agent immobilier.

Dixième étage.Vue imprenable, un nouveau départ et surtout loin d’Hugo.

Parce que depuis notre rupture, il ne supportait pas que je l’aie trompé. Assez ironique, un simple flirt avec un collègue d’Atlanta a suffit pour qu’il se transforme en véritable stalker.

Il avait piraté ma boîte mail.Surveillait mes réseaux sociaux.Et m’envoyait encore des fleurs chez moi, des bouquets que je jetais systématiquement à la poubelle.

Hugo avait tout pour plaire, sauf une chose essentielle la stabilité et une chose était sure je valais mieux que ça.

Après avoir passé une heure à faire les boutiques en attendant mon rendez-vous avec Aaron, l’agent immobilier, une douleur familière pulse dans mon épaule.

Ma marque, la brûlure en forme de sceau que je porte depuis l’enfance. À l’orphelinat, on m’avait toujours dit que c’était une tache de naissance. Mais après quelques recherches j’ai compris que ce n’était pas naturel, il s’agissait d’une brulure.

Je ne connais ni mes parents biologiques, ni mes origines. La seule famille que j’ai, c’est Shana, ma cousine. Nous avons grandi ensemble à l’orphelinat Williams, elle est la seule personne au monde que je considère comme ma sœur.

Le taxi finit par s’arrêter, je descends et observe les immeubles autour de moi.

La rue est étrangement calme pour Manhattan, presque trop calme.

Une zone résidentielle luxueuse, à l’écart du chaos habituel de la ville.

Des caméras sont installées à chaque coin de rue, impossible d’entrer plus loin sans autorisation.

Je sors mon téléphone pour appeler Aaron mais au moment où je compose son numéro une voix s’élève derrière moi.

— Mademoiselle Williams ?

Je me retourne.

Et je le vois.

Grand.Costume trois-pièces parfaitement taillé.Cheveux sombres impeccablement coiffés.

Ses yeux bruns m’observent avec une attention presque calculée. Une Rolex glisse sous la manche de son costume lorsqu’il me tend la main, son sourire est parfaitement maîtrisé.

— Aaron, agent immobilier chez Carter’s Immobilier. Enchanté.

Il me tend la main avec un sourire professionnel.

— Enchantée. Vous pouvez m’appeler Vanora, Vanora Williams.

— Vous êtes prête ? L’appartement n’attend plus que vous.

Il se dirige vers le portail d’accès de la zone résidentielle. Une borne s’allume lorsqu’il s’approche, et il déverrouille l’entrée avec un simple scan de son visage.

Je hausse légèrement les sourcils.

Wow...ici, la sécurité ne plaisante pas. Avec un système pareil, Hugo ne pourra jamais venir m’emmerder.

En franchissant le portail, je découvre que ce quartier est bien plus grand que je ne l’imaginais. C’est presque une mini-ville au cœur de Manhattan. Les immeubles modernes s’élèvent autour de nous, impeccables, silencieux, loin du chaos habituel de la ville.

Les appartements ici coûtent une fortune mais je comprends vite pourquoi. Ce quartier est réputé comme l’un des plus sécurisés du pays.

Au centre du complexe se dresse une immense tour de verre, impossible de la manquer. Des hommes armés patrouillent à son pied. Le contrôleur de la tour, d’après ce que j’ai lu, ne laisse absolument rien passer.

— Après vous, dit Aaron en m’indiquant l’entrée de mon immeuble.

Alors que nous avançons, il ajoute d’une voix plus basse :

— Avec cette ville, pas sûr que les démons du passé puissent venir vous traquer.

Je relève les yeux vers lui.

Il me regarde droit dans les yeux, comme s’il savait quelque chose.

L’ascenseur nous emmène jusqu’au dixièmeétage. Quand les portes s’ouvrent, je découvre un couloir entièrement vide.

— C’est le seul appartement de l’étage, précise Aaron.

Il déverrouille la porte. Et là je reste un instant sans voix, l’appartement est immense, baies vitrées, plafond haut, lumière naturelle tout respire le luxe discret.

Peut-être même tropgrand pour une femme de vingt-trois ans qui tente simplement de recommencer sa vie.

— Un café ? propose Aaron en se dirigeant vers la cuisine ouverte.— Ça aide toujours à se détendre.

Je souris légèrement, il vrai que le café et moi c’est une grande histoire d’amour.

Après avoir fait le tour complet de l’appartement, je reviens vers le salon.

Tout est parfait, presque trop parfait.

Quand je relève les yeux, Aaron m’observe. Un air amusé passe dans son regard.

— Convaincue ?

Je hoche la tête sans hésiter.

— Oui.

Son sourire s’élargit.

— Marché conclu, alors.

Il pose les documents du bail sur le comptoir et ajoute, sur un ton étrangement léger :

— Ah, et les murs sont entièrement insonorisés. Ici, personne n’entend rien même pas des cris d’horreur.

Je fronce légèrement les sourcils, surprise par la remarque, mais il a déjà retrouvé son sourire professionnel. Je signe les documents et quelques minutes plus tard nous échangeons nos numéros.

— Je repasserai dans deux jours, m’explique-t-il. On fera l’enregistrement de votre ADN et de votre Face ID, ce sera votre clé d’accès à toute la zone.

Je hoche la tête.

Tout ici semble pensé pour empêcher quiconque d’entrer ou de sortir sans autorisation...

Aaron est beau, charismatique et étonnamment attentif aux détails.

Les murs insonorisés, par exemple avec mes cauchemars, je pourrais réveiller tout l’immeuble.

Je ne me souviens pourtant pas avoir mentionné ce critère dans mon dossier mais ce n’est sûrement qu’un hasard.

La porte se referme derrière Aaron avec un légerclic,le silence retombe immédiatement dans l’appartement.

Je reste quelques secondes immobile au milieu du salon, les clés encore dans la main, comme si mon cerveau essayait de rattraper ce qui vient de se passer.

Je l’ai fait.

Nouvelle ville.Nouvel appartement.Nouvelle vie.

La vue sur Manhattan est à couper le souffle. Les lumières de la ville s’étendent à perte de vue, comme une mer d’étoiles artificielles.

Pour la première fois depuis longtemps, mes épaules se détendent. Ici, Hugo ne pourra pas me trouver.

Je pose ma main contre la vitre. C’est alors que mon regard se pose sur la grande tour de verre que j’avais remarquée en arrivant.

De nuit, elle est encore plus impressionnante et la plupart des étages sont plongés dans l’obscurité.

Sauf un.

Tout en haut.

Une large baie vitrée éclaire une pièce immense. Je plisse les yeux, une silhouette s’y tient.

Un homme, grand, immobile.

Je ne distingue que sa forme sombre contre la lumière derrière lui, il ne bouge pas et pendant une seconde étrange j’ai l’impression qu’il regarde dans ma direction.

Mon cœur rate un battement.

Ridicule.

La distance entre nous est beaucoup trop grande pour qu’il me voie. Je secoue légèrement la tête et détourne le regard.

Quand je regarde à nouveau vers la tour, la lumière s’éteint, la silhouette a disparu.

Un frisson glisse le long de ma nuque, je ferme les rideaux d’un geste rapide. Puis je me persuade que ce n’est rien, juste quelqu’un qui travaille tard, rien d’autre.

Pourtant, alors que je m’éloigne de la fenêtre, une sensation étrange ne me quitte pas.

Comme si quelqu’un, quelque part dans cette tourvenait tout juste de me remarquer.