Les Rêves Etoilés De Maël Et Emma

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Summary

Dans l’Angleterre victorienne, un héritier rebelle devient obsédé par une actrice aussi brillante qu’insaisissable. Méfiante après une trahison passée, elle le repousse… jusqu’à ce qu’un homme puissant menace de détruire sa vie. Contraints par un pacte dangereux, ils se rapprochent malgré eux. Entre désir, peur et lutte de pouvoir, leurs sentiments deviennent impossibles à ignorer. Mais dans un monde qui cherche à les séparer, aimer pourrait bien tout leur coûter.

Genre
Fantasy
Author
Oceane
Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1: Rencontre au crépuscule

La salle était pleine, mais il s’y sentait seul.

Les rires montaient par vagues, les conversations se mêlaient dans une cacophonie feutrée, et pourtant… rien ne l’atteignait vraiment. Assis dans l’ombre d’une loge, il observait sans voir, distrait, presque lassé de ce monde qu’il connaissait trop bien.

Les étoffes luxueuses, les regards calculés, les faux sourires — tout lui paraissait terriblement prévisible.

Il aurait dû être ailleurs.

Mais ce soir-là, quelque chose le retenait.

Ou peut-être… quelqu’un.

Le rideau frémit.

Un silence étrange s’abattit peu à peu sur la salle, comme si l’air lui-même retenait son souffle. Puis la lumière changea, plus douce, presque irréelle… et elle apparut.

Au début, il ne comprit pas.

Il la regarda comme on regarde une silhouette parmi d’autres, sans attente particulière. Et puis, en un instant — un simple mouvement, un regard, une manière de se tenir — tout bascula.

Son cœur manqua un battement.

Elle n’était pas simplement belle.

Elle était… vivante.

Chaque geste semblait chargé d’une émotion qu’il ne parvenait pas à nommer. Elle ne jouait pas — elle brûlait. Sur scène, elle devenait quelque chose de plus grand, de plus fragile, de plus dangereux aussi.

Et lui… il ne pouvait plus détourner les yeux.

Autour de lui, les spectateurs retenaient leur souffle, suspendus à ses mots. Mais lui n’entendait presque plus la pièce. Sa voix, pourtant claire, lui parvenait comme à travers un voile.

Tout ce qu’il voyait, c’était elle.

La manière dont ses doigts tremblaient à peine avant de se refermer.

La lueur dans ses yeux, à la fois brillante et brisée.

Cette tristesse… subtile, enfouie, mais bien réelle.

Comme si, derrière le personnage, quelqu’un appelait à l’aide.

Il se redressa légèrement, sans s’en rendre compte.

Qui était-elle ?

La question s’imposa à lui avec une violence inattendue.

Il connaissait les actrices. Il connaissait les jeux, les artifices, les illusions soigneusement construites pour séduire un public avide d’émotions faciles.

Mais elle…

Elle n’avait rien d’illusoire.

Elle était trop vraie.

Et c’était précisément ce qui le troublait.

Un frisson lui parcourut l’échine lorsqu’elle tourna brièvement la tête dans sa direction. Ce n’était qu’un instant, à peine une seconde… mais il eut l’impression absurde qu’elle le voyait.

Lui.

Pas l’homme qu’il était censé être.

Pas l’héritier, ni le nom qu’il portait.

Juste… lui.

Son souffle se coupa.

Puis elle détourna le regard, comme si de rien n’était.

Et pourtant, quelque chose s’était déjà brisé.

Ou peut-être… quelque chose venait-il de naître.

Il ne savait pas encore qu’à cet instant précis, sans un mot, sans un geste de plus… il venait de perdre toute forme de raison.

Le rideau tomba sous une pluie d’applaudissements.

Le monde reprit vie dans un tumulte étouffé — les bravos, les murmures émerveillés, les regards encore suspendus à l’illusion. Mais derrière la scène, la magie se brisait déjà.

Emma ne souriait plus.

À peine eut-elle franchi les lourds rideaux qu’elle laissa tomber ce masque invisible, celui qu’elle portait avec tant de perfection. Ses épaules s’affaissèrent légèrement, comme si le poids de tous ces regards venait enfin de la quitter… ou peut-être de l’écraser.

L’air des coulisses était différent. Plus froid. Plus réel.

Elle inspira lentement, tentant de calmer les battements irréguliers de son cœur. Ses doigts tremblaient encore, imperceptiblement, trahissant ce que personne n’avait remarqué.

Ou du moins… elle l’espérait.

— Magnifique, comme toujours.

La voix la fit tressaillir.

Elle n’eut pas besoin de se retourner pour savoir à qui elle appartenait.

Son expression se ferma aussitôt.

— Vous me flattez, répondit-elle d’un ton neutre.

Il s’approcha. Lentement. Trop près.

Elle détestait ça.

— Je ne flatte pas, Emma. Je constate.

Un silence.

Elle sentit son regard glisser sur elle, comme une main qu’elle n’avait pas autorisée. Chaque fibre de son corps se raidit, mais elle resta immobile. Habituée.

Toujours habituée.

— Le public vous adore, continua-t-il. Et vous savez à quel point cela m’est… utile.

Ses doigts se crispèrent légèrement contre le tissu de sa robe.

Bien sûr.

Tout avait un prix.

— Je fais simplement mon travail.

Un léger rire s’échappa de ses lèvres à lui. Sec. Presque amusé.

— Oh, ne soyez pas si modeste. Vous faites bien plus que ça.

Elle se tourna enfin, lentement, affrontant son regard sans détour.

— Que voulez-vous ?

La question était directe. Tranchante.

Pendant une seconde, quelque chose passa dans ses yeux. Une lueur plus sombre. Plus dangereuse.

Puis il sourit.

— Rien… pour ce soir.

Un mensonge.

Elle le savait. Il le savait. Et pourtant, le jeu continuait.

— Reposez-vous, ajouta-t-il en s’éloignant. Vous aurez besoin de toute votre énergie pour la suite.

Ses pas résonnèrent un instant, puis disparurent.

Le silence retomba.

Emma ne bougea pas tout de suite.

Elle resta là, immobile, les yeux fixés dans le vide, comme si quelque chose en elle venait de se fissurer… ou de se refermer davantage encore.

Puis, lentement, elle relâcha l’air qu’elle retenait.

Ses mains tremblaient.

Pas de trac.

Pas cette fois.

Autre chose.

Quelque chose de plus ancien.

Plus profond.

Elle détourna le regard, cherchant à se raccrocher à quelque chose de réel — une loge, un miroir, la lumière vacillante d’une bougie.

Et pourtant…

Une sensation persistait.

Étrange. Inattendue.

Comme un regard posé sur elle, différent des autres.

Moins lourd.

Moins… sale.

Elle fronça légèrement les sourcils.

Dans un coin de son esprit, une image floue refit surface — une silhouette dans l’ombre, des yeux qui ne la dévoraient pas… mais qui semblaient la voir.

Vraiment.

Elle secoua doucement la tête.

Ridicule.

Les hommes ne voyaient jamais vraiment.

Ils prenaient. Ils exigeaient. Ils détruisaient.

Elle le savait mieux que personne.

Alors pourquoi… cette impression refusait-elle de disparaître ?

Les couloirs étaient presque vides.

Les derniers échos de la représentation s’étaient éteints, remplacés par ce silence étrange qui suit les tempêtes. Quelques bougies vacillaient le long des murs, projetant des ombres mouvantes sur les pierres anciennes.

Il n’aurait pas dû être là.

Et pourtant, il avançait.

Sans hésitation.

Chaque pas le rapprochait d’elle, comme s’il n’avait jamais eu le choix.

Il ignorait ce qui le poussait ainsi — ce besoin irrationnel, presque brûlant, de la revoir. De comprendre. De briser cette distance qu’elle avait imposée sans même le connaître.

Ou peut-être… de se briser lui-même contre elle.

Il s’arrêta devant une porte entrouverte.

Une lumière douce s’en échappait.

Un instant, il hésita.

Puis il frappa.

Une fois.

— Entrez.

Sa voix.

Plus basse. Plus vraie que sur scène.

Il ouvrit.

Emma se tenait devant son miroir, détachant lentement ses cheveux. Les mèches dorées glissaient sur ses épaules dans un silence presque irréel. Elle croisa son regard dans le reflet… et se figea.

Une seconde.

Pas plus.

Puis son expression changea.

Froide. Fermée. Intouchable.

— Vous vous êtes trompé de porte, dit-elle calmement.

Il referma derrière lui.

— Je ne crois pas.

Un silence.

Elle se tourna enfin, lui faisant face.

Et cette fois… il n’y avait plus de scène pour les protéger.

— Les spectateurs ne sont pas autorisés ici.

— Je ne suis pas un simple spectateur.

Ses mots tombèrent, lourds de sens.

Elle haussa légèrement un sourcil.

— Non, en effet. Vous avez l’air de penser être bien plus que ça.

Il esquissa un sourire à peine perceptible.

— Et vous avez l’air de détester les hommes de mon genre.

Cette fois, elle ne prit même pas la peine de cacher son mépris.

— Votre genre ?

Elle fit un pas vers lui. Lent. Mesuré.

— Vous voulez dire ceux qui pensent que tout leur est dû ? Qui entrent où ils veulent, prennent ce qu’ils veulent… et s’imaginent qu’un simple regard suffit ?

Chaque mot était une lame.

Et pourtant… il ne recula pas.

Au contraire.

— Je ne suis pas venu prendre quoi que ce soit.

Elle laissa échapper un léger rire. Sans joie.

— Vraiment ?

Un silence tendu s’installa entre eux.

Puis elle s’approcha encore.

Trop près.

— Alors dites-moi… pourquoi êtes-vous là ?

Sa voix avait changé.

Plus basse.

Plus dangereuse.

Il sentit son cœur battre plus fort, mais cette fois… il ne détourna pas le regard.

— Pour vous.

Le mot resta suspendu entre eux.

Brut. Sans détour.

Elle ne bougea plus.

Pendant une fraction de seconde… quelque chose vacilla dans ses yeux.

Puis tout se referma.

— Vous devriez partir.

Froid. Définitif.

Mais il ne bougea pas.

— Vous n’êtes pas ce que vous montrez sur scène.

Ses mots la frappèrent plus fort qu’il ne l’aurait cru.

Elle se raidit.

— Et vous croyez me connaître ?

— Non.

Un pas de plus.

— Mais je sais reconnaître quelqu’un qui joue pour survivre… pas pour plaire.

Le silence devint presque insoutenable.

Ses yeux s’ancrèrent dans les siens.

Et cette fois… elle ne détourna pas le regard.

Quelque chose passa entre eux.

Invisible.

Brûlant.

Dangereux.

Puis, brusquement, elle recula.

Comme si elle venait de se souvenir de quelque chose.

Ou de quelqu’un.

— Sortez.

Sa voix tremblait à peine.

Mais c’était suffisant pour trahir la faille.

Il la fixa encore une seconde.

Puis deux.

Comme s’il gravait son visage dans sa mémoire.

— Je reviendrai.

Elle ne répondit pas.

Il se détourna finalement, ouvrant la porte sans un bruit.

Et lorsqu’il disparut dans le couloir…

Emma resta seule.

Immobile.

Son cœur battait trop vite.

Beaucoup trop vite.

Elle porta une main à sa poitrine, comme pour tenter de le calmer.

Inutile.

Elle ferma les yeux.

Une erreur.

C’était une erreur.

Elle le savait.

Elle le sentait.

Et pourtant…

Pour la première fois depuis longtemps…

Elle avait eu peur.

Pas de lui.

Mais de ce qu’elle avait ressenti.

La nuit était tombée depuis longtemps.

La ville s’était enveloppée de ce calme trompeur que seuls les insomniaques connaissaient vraiment. Les lanternes éclairaient faiblement les rues pavées, dessinant des halos tremblants dans l’obscurité.

Mais lui ne voyait rien de tout cela.

Il marchait sans but.

Ou plutôt… sans vouloir admettre le sien.

Ses pensées revenaient toujours au même point.

À elle.

À ce regard.

À cette manière qu’elle avait eue de le défier sans jamais baisser les yeux.

Un rire amer lui échappa.

Combien de femmes avaient tenté d’attirer son attention ? Combien avaient cherché à lui plaire, à se rendre désirables, à jouer ce jeu qu’il connaissait par cœur ?

Trop.

Et pourtant… aucune n’avait jamais réussi à le faire vaciller.

Aucune.

Jusqu’à ce soir.

Il s’arrêta brusquement.

Passa une main dans ses cheveux, agacé.

Ridicule.

Ce n’était qu’une actrice.

Une illusion bien construite, rien de plus.

C’était ce qu’il aurait dû penser.

Ce qu’il aurait dû ressentir.

Mais au lieu de ça…

Il revoyait ses yeux.

Pas ceux qu’elle offrait au public.

Les autres.

Ceux qu’elle avait laissés apparaître, l’espace d’un instant — trahissant une fatigue, une colère… et quelque chose de plus fragile encore.

Quelque chose qu’elle refusait de montrer.

Et c’était précisément ça qui l’obsédait.

Pas sa beauté.

Pas son talent.

Non.

Sa vérité.

Il reprit sa marche, plus lentement cette fois.

Comme s’il pesait chaque pensée.

Chaque sensation.

— Je reviendrai…

Les mots lui revinrent en mémoire.

Il les avait dits sans réfléchir.

Et pourtant… ils sonnaient comme une promesse.

Ou peut-être une condamnation.

Un léger sourire étira ses lèvres.

Dangereux.

Presque inconscient.

Il aimait ça.

Ce défi.

Cette résistance.

Elle ne voulait pas de lui.

Parfait.

Cela rendait les choses… intéressantes.

Mais au fond, il savait que ce n’était pas seulement ça.

Ce n’était pas un jeu.

Pas vraiment.

Il y avait quelque chose d’autre.

Quelque chose de plus profond.

De plus incontrôlable.

Et ça… c’était nouveau.

Une fenêtre éclairée attira brièvement son attention.

Il leva les yeux… sans vraiment voir.

Puis, lentement, son regard se détourna.

Son esprit était ailleurs.

Toujours.

Encore.

À elle.

— Emma…

Son nom glissa entre ses lèvres, presque malgré lui.

Et pour la première fois depuis longtemps…

Il ressentit quelque chose d’inattendu.

Pas du désir.

Pas du simple intérêt.

Non.

Quelque chose de plus trouble.

De plus dangereux.

Quelque chose qui s’installait doucement, insidieusement… comme une empreinte impossible à effacer.

Il expira lentement.

Trop tard.