Prologue
NDA: ⚠️ Avertissement
Ce récit contient des scènes et des thèmes matures, incluant :
violence, sexualité explicite, traumatismes, détresse émotionnelle, sang, mort, damnation, et relations complexes.
Certaines scènes peuvent être difficiles pour les lecteurs sensibles.
Ce livre est destiné à un public mature.
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03:45 am
L'heure affichée sur le cadran de mon réveil m'arracha un soupir de désespoir.
Cette heure a le même effet que les sons des cloches de l'église, me rappelant que je n'aurai jamais droit au repos.
Allongé sur le dos dans ce lit trop grand, j'ai pourtant l'impression de suffoquer.
Mon t-shirt colle à ma peau transpirante, signe que j'ai, une fois encore, eu un sommeil agité.
La fenêtre, embuée par la pluie qui s'abat contre ses carreaux, laisse entrer la faible lumière du réverbère à l'extérieur.
J'entends le vent menaçant qui ose s'aventurer dans les ruelles de Brooklyn à une heure aussi tardive.
Je reporte mon attention sur le réveil et lâche un râle avant de le retourner, de sorte à ne plus voir cette heure maudite, indiquant un rendez-vous que je subis depuis plusieurs jours maintenant.
Cette putain de migraine.
Je la sens se glisser en moi, s'accaparant une moitié de ma tête jusqu'au nerf de mes yeux, m'obligeant à les refermer pour tenter de l'apaiser.
Aucun médicament n'aura d'effet.
Aucun remède n'existera pour moi.
Dans un soupir, je me lève du lit en retirant rapidement mon pyjama.
La lumière de la salle de bain me fait soudainement plisser les yeux ; je l'éteins aussitôt avant de la rallumer.
J'ouvre le robinet d'eau chaude et me glisse sous le jet brûlant.
L'eau coule dans mes cheveux blancs devenus trop longs, s'écrase sur mes épaules puis ruisselle le long de mon corps.
Chaque goutte a l'effet d'une aiguille, laissant ma peau rougir après son passage, me rappelant que je suis toujours là, que j'existe dans cette réalité, et que ce trou béant que je ressens depuis ces quatre dernières années continue de s'agrandir, m'engloutissant un peu plus chaque jour.
Mes paumes posées de part et d'autre du jet, je m'offre entièrement à cette douleur.
Je suis là.
Une serviette enroulée autour de la taille, je me retrouve face à ce reflet que je méprise tant.
Un teint pâle, des cernes violettes soulignent mon regard bleu, le rendant encore plus sévère et froid que d'ordinaire.
Avec cette allure de déterré, on dirait que je suis en compétition avec un cadavre.
De l'encre noire tache mon torse, formant des dessins qui se glissent sournoisement jusqu'à l'arrière de mon oreille gauche, se terminant par une phrase gravée dans mon âme.
Je passe une main dans mes cheveux pour les tirer en arrière.
Je devrais me couper les cheveux.
Je ne ressemble plus à rien.
Un énième soupir m'échappe avant que je ne retourne dans la chambre pour enfiler un short de sport et un t-shirt bleu foncé.
Un rituel s'est installé depuis l'arrivée de ces migraines.
Trois heures du matin résonnent dans mon esprit : je me réveille en sueur à cause du même cauchemar, file sous la douche, puis sors courir.
Et lorsque je travaille, la migraine apparaît après le dernier client et m'accompagne jusqu'à mon appartement, pour une douche brûlante suivie d'une nouvelle course.
Il faut dire qu'à l'heure actuelle, c'est ma première relation sérieuse...
Oui, cette migraine dont je rêve qu'elle me pose un lapin un jour.
Juste un jour.
J'empoigne mes clés et mon téléphone, puis me précipite vers la cage d'escalier.
Une fois à l'extérieur, je laisse l'air pollué de New York s'infiltrer dans mes poumons.
Mon téléphone affiche quatre heures dix.
J'ai l'impression que le temps passe de plus en plus vite ces derniers temps, me laissant cette sensation persistante d'être en retard... ou d'avoir manqué quelque chose.
Je range mon téléphone dans la poche de mon short et commence à courir sous la pluie.
Prendre une douche chaude avant d'aller courir sous la pluie est une décision d'inconscient.
Nous sommes en plein mois de janvier, et les probabilités d'attraper un sale virus sont élevées.
Mais cela ne me concerne pas.
Ce corps n'a aucune faille, à part l'esprit qui l'habite.
Je dépasse les avenues sans m'attarder sur les vitrines des boutiques vintage ni sur les graffitis aux couleurs habituellement criardes, désormais rendus sinistres par la lumière des réverbères.
Les bars ont déjà fermé, et les rues silencieuses n'ont pour seule musique que le bruit de mes baskets frappant le bitume luisant.
Quelques silhouettes fantomatiques s'effacent aux coins des rues.
C'est l'heure de se mettre à l'abri.
Les derniers fêtards rentrent chez eux pour retrouver la chaleur de leur foyer, pendant que moi, je la fuis.
Plongé dans mes pensées, je n'entends plus que le bruit de mes pas, ma respiration saccadée et mon cœur battant si fort que j'ai l'impression que n'importe qui pourrait l'entendre.
N'importe qui pourrait entendre ces battements réguliers qui tambourinent de plus en plus fort, comme pour annoncer un mauvais présage.
Je suis toujours là.
Le pont de Williamsburg se dresse devant moi, me surplombant, m'imposant à ma propre existence.
La rivière qui me sépare de Manhattan ordonne à ma respiration de se calmer, ne laissant plus entendre que mon cœur, enfermé dans ma cage thoracique.
Je me rappelle l'époque où cet organe vital ne se contentait pas de remplir sa fonction.
Quand il battait pour quelqu'un, produisant une douce mélodie.
Aujourd'hui, sa mélodie sonne faux.
Il bat pour un amour qu'il a ressenti... mais dont il ne se souvient plus de toutes les notes.