| Presque un accident

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Summary

Un groupe d'amis. Quelques jours loin de tout. Rien d'inhabituel, en apparence. Ils se connaissent depuis des années, suffisamment pour éviter certains sujets, suffisamment pour ne plus poser certaines questions. Il y a ce qu'ils montrent, et puis il y a le reste. Les silences, les regards, les détails qu'on choisit de ne pas relever. Tout bascule le soir où Lucas chute. Un accident, disent-ils. Mais très vite, les versions divergent. Les souvenirs ne coïncident plus tout à fait, les absences deviennent trop visibles, et certains gestes, pourtant anodins, prennent une autre signification. Lina, sa petite amie, est la dernière à l'avoir vu. Elle ment. Pas sur tout, mais assez pour que le doute s'installe. Alors chacun ajuste, complète, modifie. Par peur, par loyauté, ou simplement pour ne pas être celui qui dira la vérité en premier. Car ce qu'ils savent, aucun d'eux ne peut se permettre de le dire entièrement. Et plus ils parlent, plus une évidence s'impose : ce n'est pas ce qu'il s'est passé qui les condamne, mais tout ce qu'ils ont choisi de taire.

Genre
Thriller
Author
Alialv
Status
Ongoing
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
16+

| Chapitre 1

Ils n'étaient pas arrivés en même temps, mais l'effet était le même à chaque fois. Une présence de plus dans la maison, un bruit de valise dans l'entrée, une voix familière qui brisait le calme installé depuis quelques minutes.

Rien d'exceptionnel, rien qui ne sorte vraiment de l'ordinaire. Pourtant, à mesure qu'ils se retrouvaient, quelque chose semblait légèrement déplacé, comme si le temps avait continué d'avancer pour chacun d'eux, sans jamais vraiment les attendre au même endroit.

Lina avait été la première à s'installer. Elle avait posé ses affaires dans la chambre du fond, celle qui donnait sur l'extérieur, loin du passage. Ce n'était pas un choix réfléchi, plutôt une manière instinctive de s'éloigner un peu, de garder une forme de distance dès le départ. Elle avait toujours été comme ça, en retrait, attentive sans être envahissante. Elle parlait peu, observait beaucoup. Il y avait chez elle quelque chose de calme, presque trop maîtrisé, comme si chaque réaction passait d'abord par un filtre invisible. Ceux qui ne la connaissaient pas auraient pu la trouver froide. Ceux qui la connaissaient savaient simplement qu'elle ne disait jamais tout.

Lucas, lui, n'avait pas tardé à remplir l'espace. Il avait cette facilité à s'imposer sans en avoir l'air, à occuper une pièce sans jamais donner l'impression de le faire volontairement. Les discussions venaient à lui naturellement, les regards aussi. Il plaisantait, relançait, rendait les silences moins lourds. C'était presque automatique, comme un rôle qu'il n'avait jamais vraiment décidé de jouer mais qu'il maîtrisait parfaitement. Avec Lina, il se montrait plus posé, plus attentif en apparence. Mais cette attention avait parfois quelque chose de mécanique, comme si elle répondait à une attente plus qu'à une nécessité réelle.

Camille était arrivée peu après. Elle n'avait jamais eu besoin de beaucoup de temps pour comprendre une situation, encore moins pour s'y adapter. Son regard passait rapidement d'un détail à l'autre, sans jamais s'attarder trop longtemps, mais rien ne lui échappait vraiment. Elle parlait facilement, assumait ce qu'elle pensait, sans chercher à adoucir systématiquement ses mots. Il y avait chez elle une forme de franchise qui pouvait déranger autant qu'elle pouvait séduire. Avec Lucas, son attitude était légère, presque anodine, mais suffisamment marquée pour ne pas être totalement ignorée.

Nathan avait refermé la marche. Plus discret, plus mesuré, il donnait l'impression d'être en dehors des tensions, comme s'il les observait sans jamais vraiment y participer. Il écoutait davantage qu'il ne parlait, intervenait au bon moment, avec les mots justes, ou du moins ceux qui semblaient l'être. Il avait cette manière de comprendre les autres sans qu'ils aient besoin de s'expliquer complètement. Une qualité qui le rendait rassurant, en apparence. Mais comprendre ne signifiait pas forcément tout dire.

Sarah, elle, s'était installée sans bruit. Elle avait salué tout le monde avec douceur, pris ses repères lentement, comme si elle cherchait à ne déranger personne. Elle évitait les conflits, les tensions trop visibles, préférant lisser les choses plutôt que de les affronter. Son sourire était souvent présent, mais rarement totalement spontané. Il y avait toujours, derrière, une hésitation presque imperceptible.

Très vite, la maison s'était remplie de voix, de mouvements, de gestes familiers. Les discussions s'enchaînaient sans effort, portées par l'habitude plus que par une réelle envie de se raconter. Chacun prenait sa place, retrouvait ses marques, comme si rien n'avait réellement changé. Comme si le temps écoulé n'avait laissé aucune trace.

Et pourtant, il suffisait de prêter attention à certains silences, à certains regards un peu trop rapides, pour comprendre que quelque chose résistait. Rien de visible, rien de clairement formulé. Juste une impression diffuse, persistante, que tout ne reposait pas sur des bases aussi simples qu'ils voulaient bien le croire.

Personne n'en parlait.

Mais personne n'ignorait complètement que quelque chose, quelque part, n'avait jamais été réglé.