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Âmes enchaînées

Summary

Si tu avais le choix… que choisirais-tu vraiment ? La haine détruit. L’ambition corrompt. La passion enchaîne. Et l’amour… consume jusqu’à ne rien laisser. Une âme divisée. Un cœur prisonnier de ses propres contradictions. Et une vérité enfouie… capable de tout faire basculer. Même la vie.

Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
13+

Prologue

La brise fraîche de ce jour pluvieux glissait entre les silhouettes rassemblées, effleurant les visages sans jamais s’y attarder, portant avec elle une odeur de pierre mouillée et de terre ouverte, comme si le monde retenait son souffle.

Diane leva les yeux vers le ciel, un gris uniforme, sans profondeur, sans échappée, puis les referma presque aussitôt, cherchant dans l’air une forme de calme qui lui échappait encore.

L’air était pur, presque trop pur, en décalage avec le poids sourd qui persistait en elle, et chaque inspiration traversait quelque chose de fêlé sans parvenir à l’apaiser.

Autour d’elle, les voix demeuraient basses, contenues, respectueuses, mais elles semblaient déjà lointaines, comme si une distance s’était installée sans qu’elle en décide.

La chapelle derrière elle gardait cette solennité figée, presque étrangère désormais, comme si tout ce qui s’y était déroulé appartenait à une autre réalité, et pourtant rien ne s’effaçait vraiment.

La perte ne s’imposait pas d’un seul bloc. Elle avançait par vagues lentes, s’insinuant dans les moindres interstices, et l’idée que sa grand-mère n’était plus là restait encore incomplète, suspendue, incapable de se déposer pleinement en elle.

Elle demeura immobile, laissant les condoléances glisser autour d’elle sans les atteindre tout à fait. Des regards, des gestes, des mots continuaient d’exister, mais quelque chose en elle les tenait à distance, comme filtrés par une brume épaisse.

Elle inspira à nouveau, plus lentement cette fois, comme si son équilibre dépendait de ce simple rythme, et la pensée d’avancer affleura, fragile, incertaine, presque étrangère, mais suffisamment présente pour qu’elle s’y accroche.

C’est à ce moment que le silence changea.

Rien de brusque, rien qui puisse réellement s’expliquer, simplement une tension plus fine dans l’air, comme un fil qui se resserre imperceptiblement.

Le murmure ambiant se modifia sans disparaître, et quelque chose se déplaça dans l’espace, assez discret pour passer inaperçu, assez précis pour être ressenti.

Diane ne bougea pas tout de suite. Une sensation plus subtile prit forme, celle d’un regard posé sur elle, calme, attentif, sans insistance mais impossible à ignorer, puis une voix, douce, empreinte d’une tristesse retenue, glissa jusqu’à elle au bord du murmure.

Elle tourna la tête.

Un homme âgé se tenait à quelques pas, simplement présent, sans avoir forcé l’instant ni cherché à capter l’attention. Il semblait s’être inscrit là avec une justesse presque troublante, et dans ses yeux passait quelque chose de plus profond qu’une simple compassion, une forme de reconnaissance silencieuse, comme s’il percevait plus que ce qu’elle laissait voir.

Diane le fixa un instant, et un souvenir remonta, flou d’abord, incomplet, mais familier, lié à une autre présence, à une autre visite, à un moment qu’elle n’arrivait pas encore à saisir entièrement. Quelque chose dans sa posture, dans sa manière d’être là sans s’imposer, réveillait cette mémoire sans encore la dévoiler.Son cœur se serra légèrement.

Le deuil restait là, dense, immobile, mais autre chose s’y mêlait désormais, une impression discrète, presque insaisissable, comme si cet instant ne relevait pas du hasard, comme s’il s’inscrivait dans un mouvement déjà en cours, silencieux et patient, qui l’avait attendue sans jamais la presser.

Diane releva légèrement les yeux vers lui. Ses mots apportaient quelque chose de calme, presque fragile, et pourtant une autre sensation persistait, plus diffuse, comme une incompréhension ancienne qui refusait de se dissiper.

Elle resta un instant à le regarder, attentive malgré elle, laissant cette impression s’installer sans chercher à la saisir.

Le souvenir de leur première rencontre émergea lentement, porté par cette sensation plus que par une image précise.

Il était venu voir sa grand-mère.

Diane se revit, un peu en retrait, observant sans vraiment s’imposer.

Elle ne connaissait pas cet homme. Il s’était présenté avec une politesse simple, presque effacée, comme quelqu’un qui ne souhaitait pas déranger, et pourtant sa présence avait aussitôt créé un léger décalage dans la pièce, quelque chose de difficile à nommer.

Sa grand-mère l’avait accueilli comme si elle l’attendait. Comme si sa venue n’avait rien d’inhabituel.

Diane, elle, était restée là, attentive sans comprendre, attirée malgré elle par cet échange dont elle ne saisissait pas le sens.

L’homme parlait peu. Il y avait dans sa manière de se tenir, dans la retenue de ses gestes, une tristesse discrète qui ne passait pas inaperçue. Et surtout, ses yeux bleus, profonds, semblaient contenir une histoire qu’elle n’avait pas su lire sur le moment, quelque chose qui l’avait marquée sans qu’elle puisse l’expliquer. Elle se souvenait surtout du silence. De cette impression étrange, suspendue entre eux.

Puis la voix de sa grand-mère l’avait appelée, douce mais ferme, et elle s’était tournée vers elle sans hésiter.

L’instant s’était refermé ainsi, simplement, laissant derrière lui une sensation inachevée qui, à l’époque, n’avait pas trouvé de place.

Le souvenir ne s’effaça pas. Il glissa plus loin, plus profondément, jusqu’à ce moment où tout avait basculé.

La scène lui revint par fragments, plus nets cette fois, presque trop présents.

La lumière trop pâle de la chambre. L’air lourd, immobile. Et sa grand-mère, étendue, affaiblie d’une manière qu’elle n’avait jamais connue.

Dans un instant de lucidité fragile, elle avait parlé. Ses mots sortaient avec difficulté, entrecoupés de souffle et de toux, comme s’ils devaient franchir quelque chose pour atteindre Diane.

« Tu dois prendre soin de toi, Diane… tu ne dois pas les laisser venir pour toi… ne les laisse pas découvrir… »

Sa main s’était refermée sur la sienne, avec une force inattendue.

Puis le vide.

Les mots étaient restés suspendus, inachevés, laissant derrière eux une tension sourde, persistante, qui ne s’était jamais vraiment dissipée.

Et avec elle, cette sensation qu’une part essentielle lui échappait encore.

Sa grand-mère avait quitté ce monde peu après.

Les souvenirs s’enchaînèrent sans qu’elle puisse les retenir. Les couloirs de l’hôpital, trop longs, trop blancs.

Le bruit étouffé de ses pas.

Et au milieu de ce flou, une silhouette.

L’homme. Il était là.

Comme s’il avait toujours fait partie de cette histoire.

Dans sa détresse, Diane s’était dirigée vers lui sans réfléchir, portée par une urgence qu’elle ne contrôlait plus.

Les mots étaient sortis d’un seul mouvement, brisés par les sanglots.

« Pourquoi ? Elle m’a dit que la magie existe… » Sa voix tremblait, accrochée à cette seule idée.

L’homme l’avait regardée longuement, avec cette même gravité silencieuse.

« Et elle existe… mais… »

« Alors sauvez-la », coupa-t-elle aussitôt, la voix vacillante. « Qu’attendez-vous ? Si vous dites que la magie existe… sauvez-la. »

Un silence s’installa, lourd, immobile.

« La magie peut servir à beaucoup de choses, Diane… mais dans son cas… il est déjà trop tard. Nous ne pouvons pas la ramener. »

Les larmes lui échappèrent sans retenue.

« C’est injuste… » Le mot se brisa, incapable de contenir ce qu’elle ressentait. « Je suis vraiment désolé », murmura-t-il simplement.

Le souvenir se retira lentement, comme une marée silencieuse qui laisse derrière elle une trace plus froide.

Le présent reprit sa place autour d’elle, sans brusquerie.

La pluie.

La foule dispersée.

La chapelle, immobile.

Diane inspira, légèrement tremblante, puis releva les yeux.

L’homme était toujours là.

Le souvenir de cette dernière conversation avec sa grand-mère continuait de vivre en elle, intact, trop vif encore pour s’atténuer.

L’idée de son absence restait irréelle, comme si une part d’elle refusait encore de la laisser partir tout à fait.

« Je suppose qu’il est temps de partir… » dit Dumbledore d’une voix calme, constatant que la foule s’était presque entièrement dissipée.

Diane ne détourna pas les yeux du cercueil.

« Si ça ne vous dérange pas… j’aimerais rester quelques minutes seule… »

Sa voix était basse, mais stable.

Il acquiesça sans insister.

« D’accord. Je vous attends dehors. »

Ses pas s’éloignèrent doucement, se fondant dans le silence retrouvé.

Diane resta immobile un instant.

Puis, lorsque la porte se referma derrière lui, quelque chose céda.

Les larmes revinrent, plus libres cette fois, sans retenue, envahissant son visage et sa respiration. Elle ferma brièvement les yeux, laissant le chagrin la traverser entièrement, sans chercher à le contenir.

« Tu as été égoïste… tu sais… » murmura-t-elle entre deux souffles irréguliers.

Les mots restèrent suspendus dans l’air, sans réponse.

Elle essuya lentement ses larmes, comme pour reprendre un certain contrôle, fidèle à cette promesse silencieuse qu’elle s’était faite de ne pas s’effondrer complètement.

Sa main glissa dans sa veste.

Elle en sortit une rose rouge.

Le geste était simple, mais précis.

Elle se souvenait. Sa grand-mère n’aimait pas les roses blanches. Trop froides, disait-elle. Trop lisses. Elle préférait les rouges, pour ce qu’elles portaient de vivant, d’imparfait, d’intense.

Diane porta la fleur à ses lèvres, y déposa un baiser presque imperceptible, puis la laissa rejoindre le cercueil, dans un geste lent, comme si elle cherchait à prolonger cet instant autant que possible.

Elle resta là encore un moment, immobile, comme suspendue à quelque chose qui refusait de se refermer complètement.Puis elle se redressa.

Le geste était léger, presque mécanique, et pourtant, au même instant, une sensation plus subtile se glissa en elle. Rien de visible. Rien qui puisse s’expliquer.

Seulement une infime variation, comme si l’air avait changé de texture sans que rien, autour, ne bouge réellement.

Elle s’arrêta.

Un silence plus dense s’installa, à peine perceptible, mais suffisamment présent pour retenir son attention. Ce n’était pas un bruit, ni même une présence clairement identifiable. Plutôt une impression, diffuse, qui s’imposait sans se montrer.

Elle n’était plus seule. Son regard dériva lentement vers l’ombre, au-delà de la brume fine qui s’accrochait aux pierres. Une gargouille d’ange se dessinait dans la pénombre, figée dans une expression que la lumière rendait incertaine, presque vivante sous certains angles.

Et là, derrière elle… Quelque chose attendait.

D’abord, ce ne furent que deux points rouges dans l’ombre.

Fixes.

À peine perceptibles.

Puis leur présence s’imposa, plus nette, comme si le regard s’y ajustait lentement.

Une forme émergea.

Un grand chien.

Il se tenait en retrait, à demi pris dans la pénombre, si immobile qu’il semblait presque faire partie du lieu, comme une présence ancienne que la lumière n’atteignait jamais tout à fait. Son pelage noir absorbait les contours autour de lui, effaçant les limites de son corps, et ses yeux, d’un rouge profond, traversaient l’obscurité avec une intensité silencieuse.

Il ne bougeait pas.

Diane sentit un frisson remonter lentement le long de sa nuque, s’étendre, s’ancrer plus profondément. Quelque chose en elle reconnut, avant même de comprendre, que cette présence n’avait rien d’ordinaire.

Le temps sembla se resserrer autour d’eux.

Elle resta figée, incapable de détourner les yeux, comme retenue dans cet échange silencieux qui n’avait rien de naturel, rien de rassurant. Il n’y avait ni menace visible, ni mouvement, et pourtant tout en lui évoquait une attente, une vigilance ancienne, comme si cet instant s’inscrivait dans quelque chose de plus vaste qu’elle.

« Diane, ça va ? »

La voix de Dumbledore traversa l’espace, nette, et le monde sembla reprendre une consistance plus familière.

Elle sursauta légèrement, comme tirée d’un endroit plus profond, puis tourna la tête vers lui, encore traversée par ce qu’elle venait de voir.

« Oui… ça va… »

Sa voix resta basse, presque stable.

Elle ramena son regard vers l’ombre.

Il n’y avait plus rien.

La brume.

La pierre.

Le silence.

L’endroit semblait identique, immobile, comme s’il n’avait jamais rien abrité.Diane resta un instant à fixer cet espace vide, attentive, comme si quelque chose pouvait encore émerger, puis ses épaules se relâchèrent légèrement.

« Oui », reprit-elle, plus doucement, presque pour elle-même.

Dumbledore l’observa un court instant, sans insister, puis inclina légèrement la tête.

« Allons-y. Le taxi nous attend. »

Diane acquiesça.

Elle fit quelques pas, puis, presque malgré elle, se retourna une dernière fois.

L’ombre n’avait pas bougé.

La brume glissait toujours contre la pierre, et la gargouille se dressait, muette, exactement à sa place.

Rien ne trahissait ce qu’elle venait de voir.

Rien.

Diane resta un instant suspendue à cette absence, comme si quelque chose pouvait encore surgir, ou se révéler autrement.

Puis elle inspira lentement, cherchant à ramener ce qu’elle venait de vivre à quelque chose de plus simple, de plus familier. La fatigue. Le choc. Le trop-plein.

Une explication suffisante.

Elle détourna les yeux.

Mais au moment de rejoindre Dumbledore, une sensation persista, discrète, tenace, comme une empreinte laissée en elle.

Comme si, quelque part, le regard ne l’avait pas quittée. 

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