Chapter 1. Le Jour qui ne revient plus
Le vent marin soufflait doucement contre les quais, transportant l’odeur de sel et cette sensation crispante d’un voyage vers l’inconnu.
Devant les ferries alignés, des centaines d’élèves et leurs familles attendaient d’embarquer, valises serrées contre eux, regard oscillant entre excitation… et un étrange malaise impossible à expliquer.
L’Académie ÎLE-MORTIS.
Un établissement prestigieux, réputé pour ses programmes élitistes, ses infrastructures modernes, son isolement “propice à la concentration”.
Une école dont on disait qu’elle fabriquait des génies.
Mais personne, absolument personne, ne semblait remarquer que plusieurs anciens élèves… n’avaient jamais terminé leur année.
Erenwald Karsen, 16 ans, observait l’horizon avec un froncement de sourcils, comme si quelque chose clochait.
— T’as l’air malade, lança une voix derrière lui.
Il se retourna.
C’était Mira Aso, cheveux noirs courts, regard vif comme une lame. Une élève réputée pour son intelligence, mais aussi pour sa tendance à se mettre à l’écart.
— J’ai juste… un mauvais pressentiment, répondit Erenwald en fixant la mer.
— Normal. Un lycée sur une île, ça fait film d’horreur, non ?
— Ce n’est pas ça. C’est comme si… on était observés.
Mira haussa un sourcil, prête à lui répondre, mais leur attention fut captée par le grincement métallique du haut-parleur.
> « Élèves admis à l’Académie, embarquement immédiat. Les parents sont autorisés à accompagner jusqu’au campus. »
Les ferries partirent un par un, glissant sur l’océan calme.
Calme… étrangement calme.
L’arrivée sur l’île
Lorsque l’île apparut enfin, un murmure parcourut les élèves.
Elle était magnifique : forêt dense, falaises majestueuses, bâtiments modernes aux toits noirs brillant sous le soleil.
Presque trop parfaite.
Des enseignants en uniforme bleu marine les attendaient au port, souriants, impeccables, presque… mécaniques.
— Bienvenue à l’Académie ÎLE-MORTIS, déclara l’un d’eux.
— Vous devrez suivre nos instructions dès votre installation. L’île peut être imprévisible.
Erenwald sentit un frisson lui parcourir l’échine.
“Imprévisible” ?
Qui utilise ce mot pour une île destinée à des lycéens ?
Les familles suivirent les élèves vers les résidences. L’ambiance était bizarre : les sourires forcés, les regards fuyants, le silence un peu trop pesant.
Dans la cafétéria gigantesque, un professeur prit la parole.
— Vos familles repartiront demain matin. Profitez de cette soirée d’accueil.
Mira pencha la tête vers Erenwald.
— Ils disent ça comme si… ils savaient que ce sera difficile de partir.
— On se fait sûrement des idées, tenta-t-il sans conviction.
Le piège se referme
Le lendemain matin, les ferries étaient prêts à repartir.
Les familles montèrent, saluèrent leurs enfants, agitèrent leurs mains comme à un début de vacances.
Mais dès que les bateaux quittèrent le quai, la mer se mit à bouillir.
Littéralement.
Des vagues gigantesques surgissaient d’un calme pourtant absolu il y a quelques secondes. Les ferries oscillaient, les capitaines hurlaient des ordres, les familles paniquaient.
— C’est pas normal ! cria un parent.
— Les instruments répondent plus ! hurla un autre.
— On… on ne bouge plus ! s’écria un professeur.
Comme si une force invisible retenait les bateaux à quelques mètres de la côte.
Puis, soudainement…
Une bourrasque noire, silencieuse, traversa l’océan.
Les ferries furent repoussés vers la plage comme des jouets.
Les familles sortirent en courant, tremblantes, horrifiées, certaines en larmes.
Impossible de repartir.
Erenwald sentit son cœur s’accélérer.
— Mira… tu as vu ça ?
— Oui. Et ce n’était pas une tempête.
— Non. C’était… quelque chose.
Le soir venu
La direction convoqua tout le monde dans la grande cour.
Le directeur, un homme grand au regard étrange et calme, prit la parole.
— Nous allons devoir garder tout le monde ici temporairement jusqu’à ce que la mer se cal…
Il marqua une pause.
Son regard se fixa dans le vide, comme s’il écoutait quelque chose que personne n’entendait.
— …jusqu’à ce que la situation soit résolue.
Erenwald fronça les sourcils.
— Ce type ne dit pas tout, chuchota Mira.
— Je le pense aussi.
La nuit tomba.
Une nuit où la lune semblait plus lourde, plus proche.
Où l’air vibrait d’un silence sinistre.
La découverte
Erenwald ne trouvait pas le sommeil.
Il marchait seul autour du bâtiment principal, cherchant à comprendre ce malaise qui lui collait à la peau depuis son arrivée.
C’est là qu’il la vit : une trappe métallique semi-camouflée dans le sol, devant l’école.
Ouverte.
Il s’accroupit et éclaira l’intérieur avec son téléphone.
Un escalier plongeait dans l’obscurité.
Mais ce n’était pas ce qui le fit reculer, le souffle coupé.
Au fond du passage…
quelque chose brillait.
Un symbole.
Un cercle fracturé, entouré d’un motif semblable à une spirale.
Et au moment où il le fixa, son cœur se serra violemment.
Un flash.
Une vision.
Une voix inconnue chuchotant dans sa tête :
> « Tu es enfin revenu. »
Erenwald recula d’un pas, tremblant.
— …Revenu ?
Revenu où ?
C’est alors qu’une silhouette se dressa derrière lui.
— Tu ne devais pas être ici.
Il se retourna d’un coup.
Un professeur le fixait dans la pénombre, ses yeux brillants d’une façon… inhumaine.
— Pars, Erenwald.
— Vous connaissez mon nom ?
— Pars maintenant.
Une seconde.
Le vent arrêta de souffler.
Les arbres se figèrent.
Quelque chose vibra sous la terre…
Erenwald recula, son souffle court.