Ceux que la loi abandonne

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Summary

Ses parents ont été tués. Le coupable n’a jamais été capturé. Alors Useong a créé sa propre justice. Un gang. Une mission. Une vengeance. Mais une fois le sang versé… il ne s’arrête pas. Parce que certains monstres méritent de disparaître. Même si ça signifie en devenir un. Car certaines blessures ne guérissent jamais. Elles changent simplement de forme.

Genre
Drama
Author
Oceane
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Prologue

La neige tombait sur le sud de Séoul, couvrant les rues d'un épais manteau blanc. Useong, neuf ans, levait ses yeux aux couleurs du feu vers le ciel. Un petit sourire se dessinait sur son visage alors que le froid se posait sur ses joues sous la forme de doux flocons de neige.

Son cartable, roulant difficilement derrière lui, se retrouvait régulièrement bloqué par de petits tas de neige. Le bleu nuit du tissu souple se retrouvait couvert de petits points blancs.

Des familles sortaient faire des bonhommes de neige, des enfants faisaient des anges de neige, ou s'amusaient à prendre cette poudre blanche pour se la lancer. Les rires résonnaient partout autour de Useong. Des éclats de voix d'enfants glissant sur cette pellicule immaculée se faisaient entendre ici et là.

Tout était si chaleureux, et pourtant, le cœur de Useong restait glacé. Il observait les familles, en se disant qu'il aurait pu être là. Il aurait pu, oui, si ses parents n'avaient pas aussi peur que son petit frère Ujin attrape un rhume.

Ujin est le petit frère de Useong. Âgé de seulement 4 ans, sa naissance a été un fort dérangement pour Useong. En effet, avant, Useong avait toujours été celui dont on prenait soin, celui à qui on offrait tout. Mais après la naissance de Ujin, Useong a comme été éliminé de la famille, devenant une simple ombre naviguante dans la grande maison où ils habitaient.

Useong s'est retrouvé, du jour au lendemain, restreint. Manger gras ? Surtout pas, ça donnerait des maladies à Ujin. Jouer dans la neige ? Folie ! Ujin tomberait malade. La vie de Useong ne dépend que de ce petit diable. Parfois, Useong pense à se débarrasser de Ujin pour retrouver ce qu'il avait auparavant. Mais comment faire, quand les parents sont toujours en train de veiller sur le cadet pour vérifier excessivement à son bien-être ? Tous les plans de Useong sont tombés à l'eau. Et pourtant, il n’avait jamais renoncé à le faire disparaître de sa vie.

Rentrant chez lui après l'école, Useong longeait seul la rivière Han. Son regard posé sur la fine couche de glace de l'eau, il essayait de deviner combien de poissons étaient emprisonnés là-dessous. Mais la neige fondant sur le dessus de ses baskets noires et humidifiant ses chaussettes abricot, Useong presse un peu le pas. Le froid commençait à tomber vite, et des frissons prenaient Useong.

Au loin, sa maison se dessinait. La mousse poussant sur le toit, le long des gouttières était visible, laissant deviner la négligence des adultes vivant ici. Mais quelque chose d'étrange attire l'œil de Useong. Une Hyundai noire était garée devant la clôture blanche. Intrigué, Useong s'avance en se questionnant sur l'identité des invités. Il n'a aucune famille, à part ses parents, donc il ne comprend pas qui aurait pu venir ainsi à l'improviste.

Par prudence, Useong décide de contourner la maison pour rentrer par le salon. Il passe donc à côté des camélias gelés par les changements extrêmes de température. Il passe devant une fenêtre et son regard est attiré par un mouvement. Il tourne la tête et voit un homme. L'homme est entièrement vêtu de noir. Son visage est caché par une cagoule. Seuls ses yeux sont visibles. Bruns, froids, déterminés.

Et puis les parents de Useong, sur le canapé, regardant la télévision comme n'importe quel couple heureux. Sur l'écran, un film d'action. Le son était à fond, on entendait les voitures drifter dans les courses poursuites du film. Useong repose son regard sur l'homme. Qui peut-il bien être ? Que va-t-il faire ?

Mais tout se passe bien trop vite. L'homme sort une arme à feu. Deux coups résonnent et les corps des parents de Useong s'effondrent au sol dans un bruit étouffé par la télévision. Un cri échappe des lèvres du jeune garçon et il se cache vite avant d'être vu. Ses oreilles sifflent et son instinct de survie le pousse à fuir. Au ras du sol, il parvient à trouver une cachette. Les larmes coulent sur son visage. Son souffle, saccadé, lui donne l'impression d'étouffer.

Il n'entend rien. Cependant, il aperçoit l'homme s'enfuir de la maison, rentrer dans la Hyundai noire qu'il démarre en trombe. Useong reste alors là, accroupi, les mains sur ses oreilles. Le son de la détente résonnait toujours, comme un écho. Troublé, son esprit rejouait la scène pour être sûr de ce qu'il avait vu. Il la revoit au ralenti.

Deux détentes. La première sur sa mère. La seconde sur son père. Le sang qui a giclé quand la balle est entrée dans la chair. Le semblant de fierté dans le regard du meurtrier. Mais un élément manque. Où était Ujin ? Useong rouvre les yeux d'un coup. Où est Ujin ? Cette question le taraude d'un coup. Elle tourne en boucle. Et malgré la douleur, Useong se lève et s'élance vers la porte d'entrée.

En ouvrant la porte, Useong est pris d'un haut-le-cœur. Les corps de ses parents sont là, sur le tapis autrefois immaculé. Le sang formait une flaque tout autour des corps. Les mains tremblantes, Useong se raccroche sur un meuble pour ne pas tomber. Il ferme les yeux, le plus fort qu'il le peut. Il essaye d'ignorer cette vision horrifique pour se reconcentrer sur sa mission principale : retrouver Ujin avant qu'il ne retrouve les parents comme ça.

Useong prend alors une profonde inspiration. L'air brûle sa gorge. Il ouvre ses yeux à nouveau. Tentant d'ignorer ce qu'il voit, Useong se précipite d'un pas chancelant vers les escaliers. Il manque de se cogner contre un mur et de rater des marches. Mais il finit à l'étage, plus ou moins en bon état. Sa voix, chevrotante, parvient à sortir un mot "Ujin !"

Un geignement se fait entendre dans leur chambre commune. Titubant, Useong atteint la porte et l'ouvre. Il y voit son petit frère, tremblant, ses petites mains sur ses oreilles. Useong soupire de soulagement. Ujin est en vie. Il n'est pas seul. Il s'effondre et prend son cadet dans ses bras. Il le sert si fort que Ujin pourrait étouffer.

Les minutes semblent durer des heures lorsque la sirène de la police, stridente, se fait entendre dans toute la ville. Les deux frères sont retrouvés là, seuls, au milieu de cette grande pièce foide. On les couvre de serviettes chaudes. Mais Useong ne se sent pas réchauffer pour autant. Son cœur, vide d'émotions, a encore du mal à comprendre ce que ses yeux ont vu plus tôt.

Ils sont emportés. Plus loin. Ailleurs. Loin de l'acte cauchemaresque dont Ujin igore tout. Les policiers posaient des questions à Useong, pour parvenir à comprendre ce qu'il s'est passé. Cependant, leurs voix semblent bien trop lointaines pour l'aîné de la fratrie. Il restait donc silencieux, le regard dans le vide. Il se concentrait uniquement sur la sensation de la petite main de son cadet dans la sienne, refusant de la lâcher.

Son cœur battait dans ses tempes. Pourquoi s'inquiète-t-il pour Ujin ? Il se pose cette question en boucle. Pourquoi a-t-il eu peur de le perdre ? Lui-même ne sait pas. Il a juste... Agi. Comme un grand frère aurait dû agir. C'est bien la première fois qu'il agit comme il aurait toujours dû le faire.

Finalement, les deux enfants sont déplacés ailleurs. Dans un orphelinat. Useong observait tout d'un regard vide d'émotions. Outre l'odeur âcre des produits d'entretien, il peut entendre les rires des enfants qui jouent dans une salle, au chaud. Mais Useong n'a pas le cœur à rire avec eux. Pourquoi sont-ils si heureux alors qu'ils n'ont pas de famille et sont seuls ?