Without Her near me

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Summary

Dans cette maison où régnait l'angoisse constante du retour de notre mère, ma petite sœur et moi sommes restés forts. Malgré ça, il aura suffi d'une soirée pour tout faire basculer. Ma mère est morte, et ma petite sœur et moi avons étés placés dans des foyers différents Hors de question d'accepter cela. Je vais la retrouver, la ramener auprès de moi et alors, enfin nous pourrons vivre heureux simplement tous les deux. Enfin... C'est ce que je pensais jusqu'à ce que je réalise que pour pouvoir la sauver elle, je dois me sauver moi. Me sauver de mes démons, me remettre de mon traumatisme. Adda, attends-moi, même si tu ne me vois pas, je veille. N'oublies pas, c'est toi et moi contre le monde entier. Attention, cette œuvre est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existés ne sauraient être que fortuites.

Status
Complete
Chapters
7
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue

Une fois encore, elle s’est servie de moi pour évacuer sa colère. 

Elle est rentrée énervée, certainement à cause des clients du bar minable où elle travaille parfois à mi-temps.

À bout de nerfs et totalement hors d’elle, maman fait irruption dans ma chambre. Il est tard. Elle me regarde avec une rage que je ne lui connais que trop bien, son éternelle cuillère en bois à la main, spectre de tous mes tourments. Mon corps, connaissant déjà l’objet de tous ses supplices, réagit immédiatement en se figeant et mon cœur s’emballe, terrifié.

Comment diable est-il possible de rendre un objet ordinaire si terrifiant ?

Mon corps se crispe. Une douleur sourde émerge dans la partie inférieure de mon abdomen, à l’idée de ce qu’il va arriver. Mes dents crissent et grincent sous l’emprise de la peur. Mes ongles s’enfoncent dans la peau de mes mains, mes muscles sont tendus. Dans un silence funeste qui me semble interminable, elle s’approche, brandit son objet fétiche et le fait s’abattre sur moi, brisant l’attente dans un éclat de douleur.

Une fois, deux fois, trois fois…

Je ne perds pas le compte, jamais. C’est devenu un automatisme pour moi. Je compte chaque coup qui frappe mon corps et s’abat toujours plus fort sur ma peau depuis de nombreuses années. Je reste silencieux, maîtrisant chaque son qui tente de s’échapper de mes entrailles pour contenir cette douleur inhumaine. Je ne fais pas ça pour ma mère, je tiens bon pour elle.

Dans son déchaînement, ma mère s’accroche inlassablement à sa “règle d’or” : épargner ce que le monde pourrait voir, préservant ainsi, la plupart du temps, mon visage et mes mains. Pourtant, parfois, une inspiration cruelle la saisit et elle délaisse sa cuillère en bois pour d’autres instruments : un rouleau à pâtisserie, une serviette, un balai… Un soir même, ce fut même un dictionnaire alors que je lui avais simplement demandé de l’aide pour faire un devoir. Elle m’a reproché de l’avoir dérangée pour “une chose aussi futile alors que tu sais que je suis occupée”, avait-elle lâché d’une voix teintée de haine et de dégoût.

Elle lève le bras, puis l’abaisse, dans un mouvement mécanique, répétitif, implacable. Encore et encore jusqu’à ce que sa colère s’apaise enfin. Me laissant là, au milieu de la chambre, figé, le corps tétanisé par la douleur, cherchant désespérément l’air dont mes poumons rêvent en silence.

Je sais que demain, apparaîtront sous mon tee-shirt de larges hématomes sombres et violacés, de la taille de mon poing, et d’autres, plus discrets, marqueront mes jambes. Pourtant, malgré la violence du moment, je ne pense pas avoir les côtes fêlées ni de membre fracturé. C’est une maigre consolation.

Ce qui me gêne le plus lorsqu’elle me blesse, c’est la difficulté de trouver une explication crédible à fournir à tous ces petits curieux du collège qui me questionnent sur la manière dont je me suis blessé. Bien sûr, je trouve toujours une anecdote inexistante mais crédible à leur raconter du genre “je suis tombé d’un arbre en grimpant dessus” ou encore “j’ai glissé du perron”.

Me taire semble parfois être une épreuve insoutenable. Le silence pèse sur moi et mes émotions, confuses et tumultueuses, s’entremêlent jusqu’à brouiller les paroles de mes amis. La plupart du temps, lorsqu’ils me demandent simplement comment je vais, je sens monter en moi une brusque irritation que je ne parviens pas à contrôler. Je repousse alors ceux qui tentent de m’approcher, comme si mon cœur me murmurait que tout serait plus facile à supporter si personne ne s’intéresse à moi.