chapitre 1: Solan
A Avon, la butte Montceau. Il y a 10 ans.
Assis dans un coin de son lit, recroquevillé entre ses draps froissés et le mur froid, sous la lueur vacillante d’une veilleuse qui projette des formes menaçantes sur ses dessins, la tête appuyée sur ses genoux et les mains serrées sur ses jambes, il espère ne plus entendre les sanglots qui proviennent du salon. Ce n’était ni la voix de sa mère, ni celle de son père, des marques rouges apparaissent sur son front tellement il se serre sur lui-même ; son cœur bat si fort qu’il croit qu’on peut l’entendre, sa gorge se serre.
Mais il se lève, il doit savoir ce qu’il se passe. Bouleversé, il baisse la poignée de la porte de sa chambre et marche, les jambes tremblantes, il longe les murs du long couloir et aperçoit une silhouette accrochée au téléphone, il s’approche doucement … d’une voix faible, il ose parler :
- « Qu’est-ce qu’il y a ? »
- « RIEN !! va dans ta chambre !! »
C’est son oncle Henri, le petit frère de son père. Il ne lui avait jamais crié dessus, il est là, paniqué, perdu, désespéré, faisant les cents pas. Ses sanglots s’étouffent dans ses mains. Solan se demande :
-Avec qui son oncle est au téléphone, ici chez lui, si tard dans la nuit ?
-Pourquoi ses parents ne sont-ils pas là ?
-Pourquoi ne l’ont-ils pas prévenu qu’ils partaient ?
Il retourne dans sa chambre avec tout autant de questions, et sa gorge tout autant nouée. Il espère que ses parents arriveront bientôt. Normalement, son père aurait dû rentrer du travaille depuis longtemps. Il ne sait pas quelle heure il est, mais il sent que quelque chose cloche. Ce n’est pas normale. Les minutes sont interminables. Il fixe sa porte comme si elle allait brusquement s’ouvrir. Une sueur froide glisse le long de son dos ; il reste immobile, comme si bouger pouvait aggraver la situation.
Un mauvais pressentiment, une sensation étrange… Quelque chose était arrivé. Les ombres dansent, il entend les branches des arbres valser lentement à travers sa fenêtre, au souffle du vent.
Il ferme les yeux.
Il essaie d’oublier.
Mais il ne peut pas.
Le silence est lourd.
Il lui fait mal.
Il entend la porte d’entrée. Elle s’ouvre enfin. Plusieurs pas s’approchent de la chambre, son cœur s’emballe.
- « Maman ! »
- « Solan … »
Mais son père n’était pas rentré. Il ne comprend pas. Elle est accompagnée de policiers et d’autres personnes, des hommes qu’il ne reconnaît pas.
- « Mais Maman, il est ou papa ? »
Elle n’arrive pas à répondre, ses yeux son rouges et ses joues si mouillées, elle regarde un homme qui l’accompagne, ses lèvres tremblent, elle tient à peine debout. Elle se met à genoux et prend Solan dans ses bras, elle le serre fort.
Un homme s’approche de lui :
- « Ecoute Solan, ton papa est allé au ciel »
Au ciel ? il se répéta ces mots dans sa tête, plusieurs fois.
- « Non ! je les eu au téléphone tout a l’heure avec maman, et il m’a dit qu’il me ramènerait une surprise ! »
- « Tu vas aller te reposer, il est tard maintenant, vous ne serez pas seuls … »
Il regarda sa mère en essayant de trouver une réponse dans ses yeux, mais rien, elle n’était plus la même. Tout lui paraît toujours aussi flou. Sa mère était rentrée mais quand est ce qu’il allait voir son père ?
Il rejoint la chambre de ses parents, se couche à la place de son père et rajoute des petits coussins autour de lui. Il regarde le plafond. Il ressent un frisson, comme une caresse sur son bras. Il sent le parfum de son père, là dans l’air, juste à côté de lui.
Son regard scrute les moindres recoins de la chambre. Il entend des murmures, des voix, comme un bourdonnement lointain et étranger ; les inconnus sont toujours là. Et Solan comprend, sans pouvoir l’expliquer, que plus rien ne sera jamais comme avant. Sa mère ne viendra pas l’embrasser ce soir ; elle aussi semble être partie loin, quelque part ou il ne peut pas la suivre.