Prologue
Je suis né le 13 novembre 1968, à 10 h 01, à l’hôpital d’Angoulême. Je vins au monde couvert de sang, hurlant dans les bras de ma mère, sous le regard ému de mon père. J’étais, sans aucun doute, le petit garçon le plus aimé du monde. À seulement un an, je savais déjà parfaitement marcher. Je possédais une certaine aptitude à me déplacer aisément, et je dansais même avec agilité sur les morceaux préférés de mon père.
Mon père, un homme au passé compliqué, se montrait néanmoins très impliqué dans sa vie de couple. Il aimait prendre soin de ma mère, parfois au détriment de son fils. Ce que, malgré moi, je trouvais remarquable. Ma mère, d’un tempérament légèrement hypocondriaque, fut une femme remarquablement douce. Elle aimait s’occuper de moi : m’habiller, me laver, me nourrir, jouer à mes côtés.
Lorsque j’eus l’âge d’aller à l’école, elle prit la décision de m’instruire à la maison. Ancienne professeure de français au lycée, elle n’eut aucune difficulté à m’enseigner la discipline. Elle nourrit un certain penchant pour les vieilles pratiques scolaires, réservées autrefois aux enfants qui n’étaient pas sages. J’étais, à bien y réfléchir, l’aboutissement d’un fantasme : pour la première fois de sa vie, elle put frapper un élève sur les doigts avec une règle.
Mon père, quant à lui, aimait parfois me gifler, ce qu’il jugeait nécessaire à mon éducation. Ma mère le priait d’arrêter. Il cessa lorsque j’atteignis mes cinq ans, comme une forme de félicitations pour ces premières années prometteuses.
Dès l’âge de quatre ans, je pris pour habitude de me plonger entièrement dans le noir. J’écarquillais longuement les yeux et comptais jusqu’à cinq cents. J’aimais l’effet de la lumière lorsque je la rallumais. J’éprouvais alors une forme d’extase en voyant apparaître autour de moi de petits points colorés qui semblaient danser en rond.
Ma mère considérait que j’étais un garçon différent. Hors du commun. Un enfant qu’il fallait préserver. Ainsi, je passais mes journées à la maison ou au supermarché, sans jamais parler à d’autres personnes que mes parents. Je fus heureux, bien que je ressentisse que quelque chose me manquait.