Chapter 1
"Love can be cruel."
Ma valise à la main, je me dirige vers la dame au comptoir. Mon billet d'avion tremble dans mes mains. Voilà 2 ans que je n'ai pas remis les pieds à Washington, pas depuis ce qui s'est passé. Un frisson me parcourt à ce souvenir mais j'ai promis d'être forte. Je ne peux pas rester bloqué dans le passé, il faut que j'aille de l'avant. C'est pourquoi je me retrouve à tendre mon billet d'avion et à plaquer un faux sourire sur mes lèvres.
— Bonjour.
— Bonjour, vos papiers, s'il vous plaît.
Je lui tends chaque document et après vérification elle me laisse passer. Mon anxiété s'accentue à chaque pas qui m'approche de l'avion. Je n'ai aucune idée de comment sont devenues les choses à Washington. Je reçois de temps en temps des nouvelles de mon père, mais je sais qu'il ne me dit pas tout pour ne pas m'inquiéter. Arrivé devant l'avion, je me demande si tout ceci est nécessaire ? Je peux encore faire marche arrière, mon père comprendrait. Un gamin que je n'avais pas aperçu vole mon paquet de friandises qui dépassait de mon sac.
-hey !
Il ne m'écoute pas et entre dans l'avion. Je le poursuis sur quelques mètres avant de déclarer forfait, après tout ce n'est qu'un sachet de friandises. Le plus embêtant, c'est qu'il ne m'est plus possible de faire marche arrière maintenant.
— Madame, veuillez-vous asseoir, l'avion va bientôt décoller. Quel est votre numéro ?
-23
L'hôtesse m'indique ma place et je m'assois côté hublot. J'observe la piste d'atterrissage lorsque j'entends des gens s'asseoir près de moi. Je suis surprise de retrouver le gamin qui m'a volé tout à l'heure.
— Les friandises sont bonnes ?
Le garçon me reconnaît de suite et tente de cacher le paquet.
— C'est mon paquet.
Un petit rire m'échappe.
— Seulement si tu me laisses en piquer quelques-uns.
Il n'a pas l'air joyeux de cet accord mais finit par soupirer et me tendre le paquet.
— Merci.
Je regarde de nouveau par le hublot. Dans 6 heures je serai chez moi. Là où tout a commencé et ça me terrifie. Pourtant il y a bien quelqu'un que j'aimerais revoir. Mon amour d'enfance Adam, il n'a jamais su pourquoi j'étais parti et je n'ai jamais repris contact avec lui. Jusqu'à maintenant. Il sera dans le même lycée que moi pour notre dernière année et je compte bien lui reparler, peut-être que cette fois-ci les choses se passeront différemment.
Je sors enfin de l'avion lorsque mon téléphone vibre. C'est mon père. "Un chauffeur t'attend à la sortie de l'aéroport." Je lui réponds avant de me diriger vers la sortie. Ma relation avec mon père est quelque peu compliquée et les événements de ces deux dernières années n'ont pas amélioré la situation. Une partie de moi est contente de le voir, une autre lui en veut toujours. Si j'ai fui, c'est en partie son idée aussi. Mon téléphone vibre de nouveau juste au moment où j'aperçois le chauffeur de mon père, Albert.
— Bonjour Albert, Comment allez-vous ?
— Bonjour Eva, Je vais bien, merci, et vous ? Comment était l'Alaska ?
— Je vais bien et l'Alaska est un endroit vraiment formidable.
Je m'installe à l'arrière et profite qu'Albert fasse le tour de la voiture pour regarder mon téléphone. J'ai un message de Laurie, ma plus chère et seule amie.
"Alors ce voyage, ça va ?"
"Tu as intérêt à m'envoyer des nouvelles tous les jours, je sens déjà que tu vas me manquer."
"Et je veux toutes les anecdotes croustillantes sur Adam !!"
Un sourire se dessine sur mes lèvres, cette fille est mon soleil, elle m'a aidée quand j'ai débarqué en Alaska seul et dévasté et depuis on est inséparables. Je lui réponds vite fait, sachant que je l'appellerai une fois rentré.
"Le voyage s'est bien passé. Toi aussi tu vas me manquer. Je t'appelle dès que je peux."
Je lève les yeux et aperçois le regard d'Albert à travers le rétroviseur.
— Pourquoi être revenu ?
Je détourne le regard et observe la ville de mon enfance défiler devant mes yeux.
— Quelqu'un m'a dit que pour aller de l'avant il faut savoir affronter ses peurs. Et je n'ai plus envie d'avoir peur.
Le chemin continue en silence et j'apprécie ce moment de tranquillité. C'est étrange de voir que les choses n'ont pas tellement changé. Comme si je n'étais jamais parti. Mais je sais que je ne suis plus la même fille qu'il y a deux ans. La ville n'a peut-être pas changé mais moi oui. La voiture passe le portail de la villa où j'ai passé mon enfance et des souvenirs de ma vie d'avant me reviennent en mémoire. Je descends de la voiture après qu'Albert m'a ouvert et j'observe les portes de la villa. Ces portes que j'ai ouvertes et fermées des centaines de fois.
— Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, votre présence ici, mais je suis content de vous revoir parmi nous.
J'observe Albert avec ma valise en main, des larmes perlant au coin de mes yeux, mais je les fais disparaître.
— Moi aussi, ça me fait plaisir de vous revoir.
Un sourire apparaît sur son visage avant qu'il ne se dirige vers la porte avec ma valise. Je pousse un soupir tremblant et suis Albert à l'intérieur. Encore une fois rien n'a changé mais je suis coupé court dans mes observations lorsqu'une énorme boule de poil me fait chavirer en arrière.
— Comète !
Je caresse mon adorable berger australien pendant qu'il continue d'essayer de me lécher de partout.
— Oui, toi aussi tu m'as manqué, mon grand.
— Comète assis.
Il obéit mais je vois sa queue frétiller encore d'excitation de me voir. Mon père s'approche de nous.
— Eva, je suis content de te voir. Ton voyage s'est bien passé ?
— Oui, juste un peu fatigué.
— Ta chambre est prête si tu veux te reposer.
— D'accord, merci.
Un silence un peu pesant s'installe et je décide alors de récupérer ma valise et de faire signe à Comète de me suivre. Ma chambre est telle que je l'ai laissée. Je commence à ranger mes affaires tout en appelant Laurie. Elle répond au bout de deux sonneries.
— Salut beauté.
— Salut Laurie, Tu as réussi à retrouver Tom ?
— Non mais je te promets que dès que je le trouve, je lui fais la peau.
Un rire m'échappe.
— J'en doute pas.
— Et toi alors, est-ce que ça va ? Et ne répond pas oui pour me faire plaisir, je veux la vérité.
Je souffle avant de me laisser tomber sur mon lit. Comète caresse ma jambe en recherche d'attention. Je lui gratte alors derrière l'oreille.
— Je pensais que les choses allaient changer, j'ai l'impression que tout est resté identique.
— Et ce n'est pas une bonne chose ?
— Si, je crois. Le truc, c'est que moi j'ai changé.
Comète me regarde, me suppliant de jouer avec lui, et je laisse échapper un sourire vaincu.
— Tu n'es sûrement pas la seule à avoir changé et puis c'est pas parce que le mobilier est pareil que tu es revenue deux ans en arrière.
— Oui je sais, tu as raison, c'est juste beaucoup de souvenirs d'un coup, j'ai surement besoin de temps.
— Si tu as besoin, je suis là, Ev.
— Je sais, pareil pour toi, Li.
— Je dois te laisser pour retrouver Tom, mais appelle-moi quand tu veux, d'accord.
— Laisse en vie ce pauvre Tom.
— Je garantis rien.
Je ris de nouveau et le poids qui pèse sur mon cœur depuis mon arrivée s'allège un peu.
— À toute, Li.
– À toute Ev.
Je raccroche et me concentre sur Comète.
— Tout est mon seul ami ici.
Comme pour approuver, il lèche ma main.
— Allez, il faut que je continue à ranger et après je te promène.
Il sautille de nouveau et je continue de ramasser les affaires dans ma valise pour les mettre dans l'armoire. Demain sera chargé puisque c'est mon premier jour d'école. J'ai d'autant peur que je suis excité à cette idée. On verra bien ce que me réservera demain.