Les lettres de Neyla
Le lustre brillait trop fort.
Illia plissa légèrement les yeux derrière ses lunettes, mal à l’aise dans cette immense salle à manger qui ne lui semblait jamais vraiment être la sienne.
Aymen, assis à côté d’elle, jouait distraitement avec sa fourchette.
Neuf ans.
Aujourd’hui, ils avaient neuf ans.
Et comme chaque année, leur anniversaire ressemblait plus à une réunion forcée qu’à une fête.
La table était remplie.
Leurs grands-parents.
Leurs oncles.
Et elle.
La meilleure amie de leur mère.
Leur marraine.
La seule, avec leur beau-père, à leur sourire vraiment.
— « Vous avez grandi… » murmura leur marraine en posant une main douce sur l’épaule d’Illia.
Illia esquissa un petit sourire.
Mais il ne dura pas.
— « Ça change rien. » lâcha leur grand-père.
Le silence tomba immédiatement.
— « Ils lui ressemblent même pas. » ajouta-t-il froidement.
Les doigts d’Aymen se crispèrent.
— « Papa… » commença Illia doucement.
Mais—
— « Ça suffit. »
La voix de leur beau-père coupa l’air.
Calme.
Mais dangereuse.
Debout au bout de la table, il fixait les grands-parents avec un regard qu’ils connaissaient bien.
Celui qui ne laissait pas de place à la discussion.
— « Vous êtes invités ici. Comportez-vous comme tels. »
Un silence tendu suivit.
Un des frères de leur mère se leva brusquement.
— « Tu nous donnes des leçons maintenant ? »
— « Je protège mes enfants. » répondit leur beau-père sans hausser la voix.
Mes enfants.
Illia sentit son cœur se serrer.
Aymen releva légèrement la tête.
— « Les tiens ? » ricana l’autre oncle. « T’oublies vite ce qui s’est passé. »
La marraine intervint rapidement :
— « Arrêtez. Pas aujourd’hui. »
Ses yeux se posèrent sur les jumeaux.
Doux.
Inquiets.
Le silence retomba.
Lourd.
Comme toujours.
Quelques minutes plus tard, leur beau-père posa doucement sa main sur l’épaule d’Aymen.
— « Venez. »
Les jumeaux échangèrent un regard avant de se lever.
Sans discuter.
Le contraste avec le reste de la maison était frappant.
Leur chambre était calme.
Presque hors du monde.
Leur beau-père referma la porte derrière eux.
Puis, lentement…
Il sortit deux enveloppes.
Vieilles. Fragiles.
Précieuses.
Le souffle d’Illia se coupa.
— « Papa… ? »
Il hésita une seconde.
Comme si chaque mot pesait trop lourd.
— « Votre mère… les a écrites pour vous. »
Le temps s’arrêta.
Aymen fronça les sourcils.
— « Avant… ? »
— « Oui. » répondit leur beau-père doucement. « Elle savait. »
Illia sentit ses mains trembler.
— « Elle savait qu’elle allait mourir… ? »
Il hocha la tête.
— « Elle a fait un choix. »
Sa voix se brisa légèrement.
— « Elle a choisi de vous laisser vivre. »
Le silence devint irréel.
— « Et de partir à votre place. »
Les yeux d’Illia se remplirent de larmes.
Aymen fixa les enveloppes.
Comme si elles pouvaient exploser.
— « Prenez-les. »
Ils obéirent.
Automatiquement.
— « Vous les lirez quand vous serez prêts. »
Leur beau-père les regarda encore une seconde.
Avec une tendresse infinie.
— « Joyeux anniversaire… mes enfants. »
Puis il sortit.
Le bruit de la fête reprit au loin.
Comme si rien n’avait changé.
Mais dans cette chambre…
Tout était différent.
Illia serra l’enveloppe contre elle.
— « Aymen… »
Mais il avait déjà ouvert la sienne.
Ses yeux parcouraient les premières lignes.
Et son visage changea.
Complètement.
— « Illia… » murmura-t-il.
Sa voix n’était plus la même.
— « Elle… elle dit que… »
Il s’arrêta.
Blême.
— « Quoi ? » demanda Illia, le cœur battant.
Aymen releva les yeux vers elle.
Terrifié.
— « On nous a menti. »
💥 FIN DU CHAPITRE 1








