Insane Shade

All Rights Reserved ©

Summary

Ils pensaient avoir découvert un homme. Ils ont réveillé quelque chose d’autre.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Partie I - Sibérie : Ce qui dormait sous la glace

SIBERIE : CE QUI DORMAIT SOUS LA GLACE 

(INTRODUCTION)

- La Découverte dans la glace

Novembre 1941 — Sibérie, région de Lakoutsk

Un vent coupant siffle à travers la plaine blanche. Depuis deux heures, un détachement de soldats soviétiques progresse dans le blizzard, bottes enfoncées dans la neige jusqu’aux genoux. Leur mission : repérer un lieu stratégique pour de futures installations militaires, ordre direct du président Youri Sokolov.

Soudain, le soldat de tête s’arrête net.

Tovaritch ! Venez voir ! Une grotte… Une grotte de glace ! C’est peut-être la planque idéale pour une base.

Tous lèvent la tête. Un énorme bloc de glace, semblable à un iceberg échoué, se dresse au milieu du terrain. Plus loin, une ouverture sombre s’ouvre sous des stalactites géantes.

— Ouais… foutrement impressionnant. On fouille ? — Évidemment. Avancez.

Ils s’enfoncent dans la cavité, lampes à pétrole en main. Leurs pas résonnent sur le sol gelé. Des éclats de glace tombent parfois du plafond, comme un avertissement.

Après plusieurs minutes, un soldat s’arrête, accroupi devant une masse étrange.

— Hé ! Regardez ça ! On dirait… un amas de glace mélangée à de la neige… C’est pas normal.

Il gratte avec ses gants. Puis il s’allonge presque, creusant de ses bras.

— Quelqu’un m’éclaire ?! J’vois rien… mais y’a quelque chose là-dessous.

Un camarade accourt avec une lampe. Le faisceau tremblant révèle une silhouette figée sous la couche translucide. Un bras. Un torse. Une jambe.

Le soldat recule, blême.

— Par tous les diables… c’est… c’est un homme ?!

— On dirait un cadavre préhistorique, dit un autre, fasciné. Creusez, vite. C’est une découverte inestimable.

Tous se regroupent, grattent frénétiquement. Peu à peu, le corps se dessine. Allongé, cambré, suspendu comme en apesanteur.

— C’est… magnifique. On dirait une statue. — Regardez son visage… Ses yeux sont mi-clos. — Ses lèvres entrouvertes… Comme s’il allait parler. — Et sa peau… blanche comme la neige. — … Attendez. C’est moi ou… ses yeux sont rouges ?

Un silence glacé tombe. Même le blizzard semble se taire.

Une heure plus tard, un médecin légiste arrive. Carnet en main, il observe.

— Incroyable. Jamais vu une telle conservation… Un homme grand, athlétique. Muscles figés mais intacts. Teint cadavérique. Cheveux clairs, courts. Yeux rouges ternis… on dirait qu’il dort depuis des millénaires.

Il griffonne à toute vitesse.

— Il faut l’extraire immédiatement. Nous allons l’étudier en laboratoire.

Il lit son premier rapport à voix basse : “Observation préliminaire d’un corps glaciaire. Conservation parfaite. Extraction nécessaire pour autopsie et analyses génétiques. Hypothèse : individu préhistorique.”

Soudain, le sol vibre. Un grondement sourd résonne dans la grotte.

— Camarades… c’était quoi ?!— Blyat ! Un tremblement ?! — Vos gueules ! Ecoutez un peu !

Une voix. Grave. Gutturale, métallique. Elle roule dans les parois, incompréhensible, comme un écho d’outre-tombe.

Les soldats reculent, paniquent. Des blocs de glace s’écrasent du plafond. L’entrée se bouche dans un vacarme assourdissant. Les lampes s’éteignent une à une. Noir complet.

Puis une lumière. Faible d’abord, rougeâtre. C’est la tombe de glace. Elle pulse. Elle respire.

Craquement. Une fissure court le long du bloc. Puis une autre. Jusqu’à ce que tout explose dans un fracas aveuglant.

Une main surgit, claque contre le sol gelé. Puis l’autre. L’homme arrache son torse de la gangue translucide, haletant comme s’il revenait d’entre les morts.

Il se dresse lentement. Sa peau est pâle, presque phosphorescente. Ses cheveux blancs collés par la glace. Ses yeux… deux braises rouges, vivantes cette fois, qui se fixent sur les soldats terrifiés.

Silence. Le souffle de l’homme fait s’élever une brume glaciale.

La légende du Marshnikov venait de naître.

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

L’homme se redresse entièrement, trempé de glace. Sa poitrine puissante se soulève comme s’il reprenait sa première respiration depuis des millénaires. Une aura rouge glacée l’entoure, son souffle épais cache à moitié son visage, ses yeux rouges fixent les silhouettes des soldats, qui reculent, paralysés.

Un officier balbutie, arme tremblante :

— Qu… qui es-tu putain ?!

Pas de réponse. Juste ce souffle rauque, guttural, qui s’échappe de ses poumons.

Un soldat, pris de panique, hurle : — Feu ! Feu, bordel !

Un coup de feu éclate dans la grotte. L’écho ricoche sur la glace. La balle file droit vers le front de l’homme.

Mais… elle s’arrête net. Suspendue dans l’air, à quelques centimètres de son visage.

Les soldats écarquillent les yeux, terrifiés.

L’homme lève lentement une main. La balle tremble, grince… puis se désintègre en poussière métallique, qui retombe dans la neige.

Un silence absolu tombe. Même le vent s’est tu.

L’homme avance, ses pas résonnent sur la glace. Chaque mouvement est lent, calculé, comme celui d’un prédateur.

Il parle enfin. Une voix grave, rauque, comme sortie des entrailles de la terre : — …Вы… люди. (Vous… les hommes.)

Un des soldats s’effondre à genoux, murmurant une prière orthodoxe. Les autres pointent leurs armes, mains tremblantes.

Mais l’officier, plus téméraire, crie pour masquer sa peur : — Ce… cet homme appartient à l’Union soviétique ! En son nom, tu es notre prisonnier !

Un rictus déforme le visage glacé. Pas un sourire… un avertissement.

Les lampes s’agitent, les fusils claquent. Mais déjà, des armes s’arrachent des mains, flottent dans les airs, attirées comme par une force invisible. Elles se plient, se tordent, se broient dans un vacarme métallique, retombant au sol en carcasses fumantes.

Les soldats hurlent. Certains veulent fuir, d’autres reculent contre les parois de glace.

L’homme continue d’avancer. Sa silhouette blanche, rougeoyante par les yeux, se découpe dans la pénombre.

Le médecin légiste, fasciné malgré la terreur, chuchote en griffonnant encore dans son carnet : — …Ce n’est pas un homme… C’est une arme vivante…

Le médecin, tremblant, tient toujours son carnet entre ses mains glacées. Ses lunettes sont embuées par le froid et l’effroi, mais ses yeux brillent derrière les verres. Il recule d’un pas, puis s’avance de nouveau, incapable de s’empêcher d’observer l’homme qui vient de briser ses chaînes de glace.

Il écrit, mais sa voix accompagne chaque mot, rauque, fébrile :

Ha… ha ! Incroyable… Ce n’est pas un cadavre, ni une relique. Ce n’est pas un fossile… Non… c’est bien plus que ça.

Il rit nerveusement, un rictus presque malsain.

Regardez-le ! Un homme… non, une créature ! Conservé intact par la glace millénaire, doté de pouvoirs que nous n’avons même pas les mots pour décrire. Il arrête une balle d’un geste, il brise le métal comme du verre…

Il tremble, mais continue d’écrire frénétiquement, comme possédé.

C’est une arme. Une arme parfaite ! Une arme qui n’a pas été forgée par nos laboratoires, mais par l’Histoire elle-même, par la Nature, par… le Diable peut-être !

Il lève les yeux vers l’homme, exalté.

— Si nous le contrôlons, si nous l’étudions… Il pourrait être l’arme ultime de l’Union soviétique ! Le soldat immortel, le protecteur invincible de la patrie !

Sa voix monte, hystérique, ses notes griffonnées deviennent illisibles sous la vitesse.

— Imaginez… imaginez les nazis écrasés sous ses pieds, imaginez les ennemis de l’Union réduits en poussière ! Aucun char, aucun avion, aucune bombe ne peut rivaliser avec ça.

Il rit à gorge déployée, un rire secoué par la peur autant que par l’ivresse de sa découverte.

— Messieurs… ce n’est pas un homme. C’est notre victoire incarnée !

Le silence retombe après sa tirade. Les soldats le fixent, stupéfaits, certains horrifiés de l’entendre parler ainsi, d’autres hypnotisés à leur tour par cette vision de gloire soviétique.

Le médecin ne tient plus en place. Ses yeux sont fous, ses mains tremblent mais s’avancent, comme si elles étaient attirées par une force magnétique. Il ne recule pas devant la peur des autres soldats. Au contraire, il la méprise.

Imbéciles ! Vous ne comprenez pas ! C’est une bénédiction de l’Histoire ! Une arme vivante, offerte à l’Union par le froid éternel !

Il s’approche. Ses bottes crissent sur la glace, chaque pas résonne dans le silence. Les soldats murmurent, l’un d’eux tente de l’arrêter :

—Docteur, reculez ! Vous êtes fou !

Mais le médecin le repousse d’un geste sec et continue, hypnotisé. Il tend la main vers la peau pâle de l’homme, comme pour confirmer que ce n’est pas une hallucination. Ses doigts effleurent presque l’avant-bras de l’homme, encore couvert de givre.

Le contact se fait. Un frisson violent parcourt le médecin. Ses yeux s’illuminent d’extase.

— Froid… mais vivant… Mon Dieu… ses tissus sont intacts… intacts !

Il se met à rire, fou, nerveux, secoué par une joie malsaine.

Mais soudain, l’homme bouge. Sa tête se tourne lentement vers lui. Ses yeux rouges s’ouvrent davantage, deux braises qui l’embrasent de leur regard.

Le médecin se fige. Ses lèvres tremblent, mais il ne peut plus reculer.

La main de l’homme se lève. Sans un mot.

Le médecin s’arrache du sol, comme happé par une force invisible. Ses jambes battent l’air, sa gorge se serre, son carnet tombe dans la neige. Ses lunettes glissent de son nez. Il suffoque, ses yeux exorbités fixés sur ce démon blanc qu’il prenait pour une bénédiction.

Les soldats hurlent. Certains prient, d’autres reculent.

Le médecin, étranglé par une force qu’il ne comprend pas, réussit à articuler un dernier mot, entre admiration et horreur :

— …Arme… parfaite…

Puis l’homme resserre les doigts. D’un claquement sec, la nuque du médecin se brise. Son corps retombe comme une poupée de chiffon sur la glace.

Silence.

Les yeux rouges se tournent vers les soldats restants.

Le corps du médecin gît sur la glace, nuque brisée, carnet éparpillé, ses notes trempées de neige. Les soldats reculent, certains lèvent leurs fusils mais leurs mains tremblent trop. Un silence morbide s’installe, troué seulement par les halètements de peur.

Et puis, une voix.

— Stop.

Faible. Féminine. Mais claire.

Tous se retournent. Vera. Une doctoresse spécialisée dans la psychiatrie. Elle porte son manteau militaire serré contre elle, ses yeux écarquillés par la peur mais fermes, fixés sur l’homme albinos. Ses lèvres tremblent mais elle continue d’avancer, une main tendue, comme pour calmer un animal sauvage.

— Ne tirez pas…

Les soldats la regardent, horrifiés.

— Vera ! Blyat ! Reviens ! Tu veux canner ou quoi ?!

Elle ne répond pas. Son cœur bat à tout rompre, ses bottes crissent sur la glace alors qu’elle franchit la distance qui la sépare de lui. Elle jette un bref regard au médecin mort, détourne aussitôt les yeux, avale sa peur.

Devant elle, l’homme respire lentement. Ses yeux rouges, inhumains, la fixent sans ciller.

Vera inspire, la gorge serrée. Elle parle, sa voix brisée mais audacieuse :

— …Je… je ne veux pas te faire de mal. Tu… tu comprends ?

Un silence. La grotte entière semble suspendue à sa phrase.

L’homme incline très légèrement la tête, comme intrigué. Ses yeux braises ne la quittent pas.

Vera, les mains moites, ose un pas de plus.

— …Je ne sais pas qui tu es… ni d’où tu viens. Mais… Tu n’es pas notre ennemi.

Le souffle glacé de l’homme s’élève encore. Ses yeux rouges clignent une fois. Les soldats, derrière, n’osent plus bouger.

Vera, malgré sa peur, ne détourne pas le regard. Elle enchaîne :

— Je peux te donner un endroit reculé ou tu peux être tranquille, à l’abri. Au chaud. Je te donnerai de quoi manger , boire, et dormir si tu le souhaite. Juste... Ne nous fais pas de mal. En retour, je prendrai soin de toi.

— L’homme contre toute attente, va répondre quelque chose de lunaire :

-Chaud... Avoir chaud...

Vera voit une lueur d’espoir. Il a l’air de comprendre sans comprendre. Elle tente de lui faire signe pour lui dire « Suis-moi », et, dans un silence de glace, l’homme obtempère : Il finit par suivre Vera dans le Bunker Médical.

Partie I - Né du Froid : Sibérie Orientale

Pendant le trajet , Vera a couvert l’homme d’une épaisse couverture ;

Il devient un peu plus calme, presque immobile. Les hommes assis à côté de lui sont terrifiés, mais ils ont pour ordre de le surveiller et de le braquer en permanence.

Il est pâle, visiblement très affaibli. Il arrive à peine a ouvrir les yeux, tremble. Il a puisé le peu d’énergie qu’il lui restait pour sortir et se défendre...

Au moment de se lever, Vera lui tend les bras. L’homme penche la tête, regarde ses bras ;

...

Après une micro seconde d’hésitation, il se lève, doucement, et suit Vera dans le bunker.

Ils arrivent dans une salle , un endroit avec un plafond assez petit, juste assez pour laisser les têtes passer.

Dans la salle, un lit lambda, une armoire, un petit bureau, une lampe de chevet et une lampe-chauffage. L’ambiance y est écrasante, un peu anxiogène.

Vera montre à l’homme son nouvel endroit, certes austère, mais plus chaud. Ce sera désormais sa « chambre » jusqu’à nouvel ordre.

- Regarde. dit Vera, avec un petit sourire triste.

Ce sera ton endroit à toi, personne n’a le droit de venir jusqu’ici pour t’embêter.

L’homme penche la tête, intrigué. Il marche doucement, regarde l’espace autour de lui :

Ce n’est pas du luxe pour un humain, mais pour lui, ça l’est.

Vera le regarde, les mains jointes, comme une prière. Petit sourire triste, toujours. Elle espère que ça lui plaît, même si il n’y connaît rien.

Reste là. Dit Vera, doucement.

Je vais aller te chercher des habits chauds...

L’homme ne la regarde pas, intrigué par la pièce. Il touche maladroitement les murs, la table, et le lit. Surtout le lit.

Vera vient chercher des vêtements, mais elle ne connaît pas sa taille exacte. Elle va faire appel à un médecin masculin pour prendre ses mesures.

-C’est un grand homme... Il me dépasse d’au moins une tête et demie... Je n’ai pas de notions en taille pour les hommes, je vais appeler le docteur Zourov.

Vera s’empresse d’aller le voir, toque doucement à la porte de son bureau.

Entrez.

Bonjour Docteur Zourov, je viens d’admettre un soldat spécial dans mon cabinet. Mais il faut l’ausculter, et je n’en n’ai pas le droit. Pourriez-vous vous en occuper ? Il lui faudrait des vêtements à sa taille aussi.

Le docteur fronce les sourcils, un peu surpris par la demande de Vera. Il rétorque :

Un soldat spécial ? A ausculter ? Des vêtements ? Qu’est ce que c’est que ce cirque ?

Vera grimace un peu, gênée. Mais c’est la vérité.

Oui...Un soldat spécial à ausculter...

Le Docteur Zourov souffle, mais accepte la demande de Vera. Il prend une mallette, pour transporter les instruments d’auscultation ; stéthoscope, tensiomètre à poire, un pèse personne, un ruban-mètre, des bandages si nécessaire et un otoscope.

Zourov sort de son bureau, suit Vera. Il demande :

De quel type de soldat parlez-vous ?

Un nouveau soldat, assez... Spécial. Je pense que quand vous le verrez, vous comprendrez certainement. Pour l’instant, il est affaibli et à besoin de soins intensifs.

A ce point là ? Rétorque le médecin.

Vous savez, les soldats ont une routine extrême pour résister a tout type de temps. Ils sont même suivis à la lettre pour y détecter tout type de début de malaise.

Oui, à ce point là, répond Véra.

Il a besoin de notre aide.

Les deux médecins se dirigent vers la chambre de l’homme, poussent la porte et le trouvent assis sur le lit, toujours enveloppé dans sa couverture de laine. Il n’est pas encore décidé à s’en séparer.

C’est moi... Souffle Vera.

Le docteur va s’occuper de toi, d’accord ?

L’homme la fixe, sans sciller. Il penche légèrement la tête, intrigué.

Le docteur Zourov est entré sans le voir, il s’est contenté de poser sa mallette sur la table, et de tout sortir. Au moment où il se retourne, il écarquille les yeux, stupéfait :

...

...

Qu’est ce que... Il est... ?

Le docteur Zourov en perd ses mots. Il se contente de le fixer, incrédule, les bras ballants.

L’homme ne scille pas, le fixe.

Qu’est ce qui ne va pas docteur ? Dit Vera, doucement.

Cet homme est un soldat ?!

Oui docteur. Un soldat...spécial.

Le docteur Zourov essaie de reprendre contenance, se redresse et s’approche de l’homme : il lui parle ;

Bonjour mon cher, je suis là pour vous soigner. Pouvez vous enlever cette couverture ?

Vera s’empresse d’aller vers l’homme, et lui retirer la couverture.

Elle tire doucement. Il résiste. Ses doigts se crispent. Un grognement sourd.

Ne t’inquiète pas , ne t’inquiète pas ! On ne va pas te reprendre ta couverture !

Vera tente un geste affectif, maladroit mais doux : elle pose une main sur sa joue.

Qu’est ce que c’est que cette histoire ?! Il ne peut pas oraliser comme un être humain ordinaire ?! Ne me dites pas que je dois m’occuper d’un homme arriéré ?!

Vera le prend mal. Elle tente de le défendre :

Docteur un peu de retenue ! Ce n’est pas professionnel ! Cela reste un homme fragile, soyez compréhensif, il ne vient pas d’ici !

Vous vous moquez de moi ?! Il vient de nous grogner dessus comme un chien enragé !

Docteur je vous prie, reprenez vous ! Si vous vous montrez menaçant, il sera agressif !

Bon, d’accord, d’accord ! On se calme... On reprend ses esprits.

Le docteur cesse, et se reprend. Il essaie d’être doux pour ne pas le brusquer.

Vera lui enlève sa couverture malgré son refus. Il se retrouve encore nu.

La couverture glisse.

Le silence tombe.

Le docteur Zourov se fige.

Ses yeux parcourent le corps de l’homme, lentement. Trop lentement.

— …

— Vera…

Sa voix tremble, à peine.

— Ce n’est pas… un soldat.

[…]

Vera détourne brièvement le regard. Juste une seconde.

Puis elle revient vers lui.

— Ça va… — Ça va…

Elle pose une main sur lui, doucement.

[…]

Les épaules de l’homme se tendent.

Un grondement sourd monte dans sa gorge.

Ses yeux ne quittent pas le médecin.

Le docteur Zourov ne bouge plus.

Puis, lentement… il lève une main.

— D’accord…

Sa voix est basse. Stable.

— On va y aller doucement.

[…]

Il avance d’un pas.

S’arrête.

Observe.

[…]

— Je vais toucher ton bras…

Sa main approche. Lentement.

Très lentement.

[…]

Les muscles de l’homme se tendent.

Un grondement sourd.

Zourov s’arrête immédiatement.

— Bien… — Très bien…

Il recule légèrement.

— On ne va pas se presser.

Le docteur essaie toujours de rester calme et doux, il parle a Vera a voix basse :

Il a un nom ?

Non...

Il faut lui trouver un nom.

Age ?

Inconnu...

Mais d’où il sort bordel... ?

De la glace...

Le docteur prend conscience que ce n’est pas un cas ordinaire, et qu’il faut être prudent.

— Il faut agir vite… souffle Zourov.

— Je sais.

[…]

Vera s’approche.

— Ça va… — Ça va…

Sa main se pose contre sa joue.

Les épaules de l’homme tremblent encore.

Mais il ne recule pas.

— Maintenant, murmure Zourov.

Le médecin s’approche. Lentement.

Pose deux doigts sur son bras.

Un grondement.

Les muscles se tendent.

— Non… non… souffle Vera.

Sa main glisse dans ses cheveux.

— Ça va…

Le corps se relâche légèrement.

Juste assez.

Zourov agit rapidement.

— Respiration faible… — Température très basse…

Il recule aussitôt.

Comme s’il venait de frôler un animal sauvage.

Bien...

Il est faible mais reste agressif. Il a besoin de repos.

Maintenant, je vais essayer de jauger ses mesures pour qu’on puisse l’habiller.

Le docteur recule lentement.

Son regard ne quitte pas l’homme.

— …Il est grand.

Un temps.

— Très grand.

Il plisse les yeux.

— Une tête de plus que moi, au moins…

Il réfléchit.

— Carrure large… ossature solide…

Un souffle.

— On trouvera ce qu’il lui faut.

Son regard descend.

Vers ses pieds.

— Pour les chaussures…

Il hésite.

— Il faudra éviter de le manipuler trop vite.

Vera fronce légèrement les sourcils.

— Nous n’avons peut-être rien à sa taille ici…

— Dans ce cas, répond Zourov, on improvisera.

Un regard vers Mikey.

— Mais pas maintenant.

Il se redresse.

— Il doit rester au repos.

Un silence.

— Et surtout…

Son ton baisse.

— Évitez de le contrarier.

Un bref regard vers Vera.

— Nous avons déjà beaucoup de chance.

— Qu’il ne nous ait pas arraché la gorge.